Le 9e Congrès du Parti Communiste Italien, qui aura lieu à la fin de janvier, ne donnera pas lieu à des débats aussi amples et aussi importants que ceux du Congrès de 1956. Mais les discussions qui se sont déjà déroulées démontrent qu'il y a encore suffisamment de conflits, y compris à l'échelle de la direction nationale, et que le P.C. italien est loin d'être revenu à ce monolithisme politique et organisationnel qui le caractérisait à l'époque stalinienne.
On a fait assez de bruit dans la presse à propos d'une bagarre entre les « novateurs » et les « conservateurs », entre les « durs » et les « souples ». Il y a eu, comme d'habitude, pas mal d'exagérations et d'extrapolations, mais une différenciation entre deux « tendances » ou deux « groupes » est réellement apparue au cours des réunions du Comité Central lui-même.
De quoi s'agit-il? D'une part une tendance, dont Togliatti est le leader et qui, tout à fait sûre d'écraser les adversaires, se prononce en faveur d'une accentuation du cours adopté après le 20 Congrès du P.C. de l'Union soviétique et au 8* Congrès du P.C. italien lui-même. Cette accentuation se dessine surtout en ce qui concerne les questions politiques italiennes et le régime à l'intérieur du Parti (Togliatti et les siens parlent de la nécessité d'amplifier la démocratie interne), tandis que, en ce qui concerne les questions internationales, on mise à peu près sans réserves sur le « réformisme » khrouchtchévien.
A ce propos, il est utile de souligner que le P.C. italien a à nouveau insisté sur la nécessité de l'autonomie des partis communistes nationaux, en repoussant définitivement l'idée de « l'Etat-guide » à laquelle cependant certains P.C. semblent plus ou moins rester liés.
Il faut ajouter un incident particulier qui définit mieux l'attitude actuelle des dirigeants du P.C. italien. Dans une récente conférence de presse, Togliatti est revenu sur la polémique de 1956, au cours de laquelle il avait encouru la desapprobation du C.C. du P.C. de I'U.R.S.S. (On se rappelle qu'après cette désapprobation, Togliatti avait gardé le silence). Répondant à une question posée par un journaliste, il a déclaré formellement : « Je suis toujours du même avis » (à savoir l'avis exprimé à propos de la question du culte de la personnalité dans l'interview à « Nuovi Argomenti »).
Si on ne suivait que les compte-rendus du Comité Central, on aurait l'impression que les adversaires de la ligne de Togliatti sont plutôt fantomatiques. En effet, tout le monde attaque des « sectaires », des « dogmatiques », des « camarades qui n'ont pas compris ce qu'il y a de nouveau », etc... ; mais on ne donne jamais le nom de personne, bien qu'on admette que ces pécheurs se trouvent à tous les échelons du parti. La faute de cet état de choses en incombe aux intéressés eux-mêmes qui, dans les discussions destinées à être connues par les militants du rang et a fortiori devant ces derniers, se taisent, tandis que la polémique réelle ne se développe encore qu'en petit comité.
Il faut dire que les adversaires de Togliatti ne sont pas de taille. Il s'agit en réalité de nostalgiques du stalinisme, qui ont accepté à leur corps défendant le 20Congrès et qui s'efforcent de revenir aux vieilles méthodes dès qu'il leur paraît possible de le faire. Parfois, ils ne négligent pas de recourir à une certaine démagogie non sans une certaine duplicité, dans le but de capturer une certaine influence parmi des secteurs de gauche du parti ; mais sur les questions capitales de la « voie italienne au socialisme », ils sont aussi droitiers que Togliatsi lui-même. En raison de leur carence politique effective, ils sont condamnés à la défaite et leur rôle dans le parti sera de plus en plus négligeable (déjà après le 8° Congrès ils avaient été, dans leur majorité, relégués à la Commission de Contrôle, d'où ils se sont limités à bombarder, par des lettres et des mémoires, la direction du Parti).
En ce qui concerne le document de discussion qui est soumis à l'approbation du Congrès, sur toute une série de points, il pousse plus loin certaines positions du Congrès précédent. Nous faisons allusion surtout à la fameuse question des « alliances ». Cette fois-ci, on envisage beaucoup plus ouvertement la possibilité d'alliances ou de convergences (c'est un nouveau leit-motiv des togliattiens) avec certains secteurs de la bourgeoisie moyenne ou non-monopoliste. Il va de soi que l'expérience sicilienne d'un gouvernement de coalition avec le parti catholique dissident de M. Milazzo est exploitée comme l'argument numéro 1.
Il faut dire qu'il y a dans des secteurs assez larges, sinon une opposition claire, les nere nations de nues ravite des capitalist des perplexités au sujet de nouvelles alliances. On s'interroge surtout sur les consé monopolistes pour faciliter l'alliance ? Formellement, les bureaucrates rejettent cette éventualité ; mais déjà certaines déclarations autorisent l'opinion contraire. D'ailleurs, si on veut concrètement aboutir à des alliances ou des convergences aussi vastes, il faudra bien payer un certain prix.
Sur une autre question on discute dans cette période qui précède le Congrès, à savoir sur les conséquences intérieures de la détente. Deux points de vue s'opposent fréquemment : les uns pensent qu'on aura une « détente » à l'intérieur et qu'il faudra 222222 partir de cette « nouvelle réalitd » ; les autres soulignent que la lutte de classe va quand même continuer. Togliatti et les siens ont une position assez souple et prudente et il est évident qu'ils veulent au moins éviter de donner l'impression d'un virage mécanique à la façon de Thorez.
Contrairement à ce qu'ont écrit certains observateurs à l'étranger, les documents du P.C. italien rejettent ouvertement la perspective « attentiste », c'est-à-dire la perspective qui consisterait, pratiquement, dans l'attente de la victoire du « camp socialiste » par la victoire de l'U.R.S.S. dans la « compétition pacifique ». Mais, indépendamment de ce qu'ils disent à ce sujet, les dirigeants du P.C. italien favorisent objectivement l'attentisme, parce que, d'une part, ils exaltent non sans exagérations les succès soviétiques, et que, d'autre part, ils élaborent une politique qui n'ouvre aux masses aucune perspective fondamentale. Sur ce plan, il n'y aura pas de changements essentiels lors du prochain Congrès.