Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 18e année, n° 8

Bad Godesberg, une victoire des liquidateurs

G. Gerbel · Quatrième Internationale, 18e année, n° 8 · janvier 1960 · p. 17-19 · 2 861 mots

In English: Godesberg — a Victory for the Liquidators (Fourth International No. 8, Winter 1959/1960).

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A son Congrès de Bad Godesberg, la social-démocratie allemande s'est donné un nouveau programme. Le fond de ce document consiste en un ralliement clair et sans équivoque à la société bourgeoise, à l'Etat capitaliste et à la défense militaire de ce dernier. Toutes les moditications de l'état de chose social, toutes les réformes envisagées de l'Etat et de la société, se situent strictement dans le cadre du capitalisme, qu'elles se proposent de proteger contre les conséquences des crises et des luttes de classes.

Ce programme est un reniement sans équivoque du de pensee marxiste Jul etan encore tolere jusquici dans le S.P.D. Tout au plus accorde-t-on encore al marxisme une place historique dans mouvement ouvrier, à l'époque où « il y avait encore des classes et des luttes de classes On sert comme infusion les idéologies pre-marxistes, compris le Sermt, sor la Montague de a sageti Montagne, qui, à ce qu'il parait, n'ont pas perdu avec les siecles. Simultanément, le « but socialiste » que, jusqu'ici, on faisait au moins encore miroiter dans les discours des jours de fête, est abandonné au profit de la démocratie formelle. L'ancienne voie réformiste au socialisme par la démocratie est remplacée par la démocratie bourgeoise elle-même. A vrai dire, le nouveau programme ne comporte pas d'innovation. Il consiste en déchets des écoles les plus diverses de l'idéologie bourgeoise, en re Paise etran de la lalle sse. densi le SPD présentant de laquelle dans le S.P.D. nées déjà, cette idéologie est le fondement spirituel de l'activité d'une partie décisive du S.P.D. (aile pro-O.T.A.N. de la fraction parlementaire - les droitiers sous la direction de Schmidt, Erler, Arndt, Deist).

Cette clique de liquidateurs a estimé le moment venu pour ériger son idéologie en base spirituelle officielle du Parti et, par là-même, conférer à sa pratique passée une légalité programmatique.

Si même le révisionnisme bernsteinien est à mille lieues de ce que la classe ouvrière s'est vu servir à Godesberg, il ne s'en agit pas moins d'une étape consequente sur la voie du révisionnisme, sans que ce soit l'étape finale. C'est le chemin qui, partant d'une politique de classe fausse, erronée, aboutit à une capitulation en règle devant la classe bourgeoise et ses garde-chiourmes réactionnaires. Ce chemin est marqué par août 1914, les journées de novembre 1918, le rôle de médecin joué au chevet du capitalisme malade sous la

République de Weimar et la capitulation sans combat en 1930-33. A cette époque déjà, le S.P.D. avait cessé d'être un parti socialiste. Dans toutes les périodes cruciales d'ébranlements sociaux, il a sauvé ctoire des liquidateurs la société bourgeoise de l'effondrement et de la révolution socialiste. Mais il s'est toujours, à ces moments, retranché derrière des formules socialistes toutes faites, dont abusait alors même l'aile droite du Parti. Ses dirigeants étaient contraints à cet abus pour pouvoir, au moins jusqu'à un certain point, conserver leur base prolétarienne. Ils y étaient tenus dans la mesure même où ils voulaient jouer leur rôle de garants contre la révolution socialiste.

A présent, Tinfluence des élements antisocialistes, étrangers et hostiles a la classe, est si forte dans le Parti, la conscience politique de la base ouvrière tellement laible par suite de circonstances historiques actuelles, objectives et subjectives, qu'ils peuvent désormais se permettre de laisser tomber le masque « socialiste ». A cela s'ajoute que l'appareil du S.P.D., après avoir jusqu ici joue un role de tampon entre la droite et la base ouvrière, s'est entièrement aligné sur les désirs des liquidateurs.

Quiconque a observé le développement de la situation politique du mouvement ouvrier dans la République federale l'activité des directions des organisations ouvrières, de même que l'action sporadi que des forces de gauche, au cours de ces dernières années et plus particulièrement depuis l'étranglement du mouvement contre le réarmement, celui-là ne peut être surpris par Godesberg et la « discussion préparatoire ». C'était une illusion de pen ser que ce Parti était encore en état d'élaborer un programme même réformiste. Si des événements comme la première guerre mondiale, la révolution et la contre-révolution dans les années 1918-23, la victoire du fascisme en 1933, la deuxième guerre mondiale et l'effondrement du fascisme et du capitalisme allemand en 1945, si de tels événements n'ont pas été à même de ramener la social-démocratie sur des positions socialistes, il était illusoire d'attendre cela d'une discussion programmatique.

A noter que depuis longtemps déjà, la social-démocratie n'est idéologiquement plus capable d'une telle discussion. Les bagarres simulées dans le « Vorwarts » n'étaient destinées qu'à donner le change sur la démocratie dans le Parti. Le vrai visage de cette démocratie s'est manifesté quand, sur le « conseil » de la direction du Parti (du Comité directeur), quelque motions émanant des organisations de base ont été écartées d'un simple geste de la main. Dans leur énorme majorité, les adhérents ne se sont nullement montrés intéressés par cette « discussion ».

Vu le bas niveau idéologique où sont maintenues les organisations de base, ils n'ont même pas la capacité de participer au débat. Or, c'est avec la capacité de participer a lelaboration des principes, de la stratégie et de la tactique que commence la démocratie interne ; cette capacité a plus d'importance que les « droits » statutaires.

La composition du Congrès, où plus de 25 % des voix (délibératives) etalent celles de personnes deléguées non par une élection, mais en vertu des postes qu'elles détiennent, voilà un autre aspect de la démocratie dans le Parti. Le reste des délégués a été trié grâce à un système fonctionnant comme filtre, apres qu'à peine 10 % des adhérents aient assisté aux assemblées de base où la discussion portait sur le programme et le Congrès extraordinaire ; en sorte que le scrutin de Bad Godesberg et toutes les motions d'approbation sur commande arrivant au fur et a mesure ne peuvent etre consideres comme l'expression de la volonte des acherents. La majeure partie des délégués provenait de la bureaucratie du Parti, des syndicats, des communes et des Länder.

Seuls 16 délégués ont eu le courage de voter contre le programme en bloc. Cette minuscule minorité manifeste la faiblesse de la gauche parmi les couches de fonctionnaires moyens de la social-démocratie et montre l'étroitesse actuelle de la base pour une aile gauche au sein de ce Parti. Au mieux, .ces 16 voix représentent des noyaux socialistes.

Dans des votes partiels sur des passages isolés, le tableau était plus positif Chest Isoles, le tableau etait plus positit. C'est ainsi que 99 délégués votèrent contre le chapitre décisif de la politique économique. Ce nombre se rapproche davantage du rapport des forces (numériques) et de l'état d'esprit réels parmi les adhérents. Il est tout à fait significatif que ce soit sur ce chapitre que les voix « contre » ont été les plus nombreuses. C'était une dernière tentative pour s'accrocher au vieux but de la socialisation. Sur ce point précisément, les membres du Parti se rendent compte, plus que sur la politique extérieure ou la politique culturelle, de l'adaptation totale du S.P.D. aux rapports de propriété établis. Il faut y ajouter les effets du programme de Munich du D.G.B et l'exploitation du programme d'Ahlen contre les « chrétiens » et la C.D.U.

Cependant, la partie la plus nombreuse des voix hostiles a capitulé lors du vote final, sous la pression massive du Bureau et de la direction du Parti. Après avoir voté contre le chapitre essentiel et décisif, ils ont accordé leur voix à l'ensemble du programme. C'était une capitulation mo Clatnit devant le bloc ferme de la droite et de l'appareil du Parti. L'appareil, contrairement à l'espoir de beaucoup de gens de gauche, ne s'est pas allié à la gauche, à la base ouvrière, contre la droite, comme il l'a fait il y a quelques années contre les « lâcheurs de lest »: en commun avec « lacheurs de lest » ; en commun avec a droite qui, par nature, lui est beaucoup lus proche, il a fait pression sur la gauche et a, en tant que force consciente de ses buts, poussé les indécis dans la voie désirée.

Le rôle le plus important dans la démoralisation de la « gauche » revient à Herbert Wehner. Non seulement il a politique. ment défendu le projet de programme avant et pendant le Congrès, mais il a essaye avec force de déchaîner sur le mode stalinien une hystérie pogromiste contre les critiques du projet. Telle est contre l'attitude d'un véritable renégat qui cherche à se libérer de l'ombre de son passé. A vrai dire, il ne s'agit même pas d'un passé glorieux. Son entrée au P.C. allemand et son ascension vertigineuse dans ce dernier eurent lieu en un temps où ce Parti dégénérait en se châtrant, lui-même et la classe ouvrière. Par une perspective erronée (le fascisme aurait déjà vaincu avec Brüning-Papen, etc. - faillite des nazis dans les délais les plus courts), par une stratégie et une tactique fausses (scission syndicale au moyen de la R.G.O., opposition syndicale révolutionnaire - le S.P.D., présenté comme l'aile gauche du fascisme - social-fascisme - front unique « à la base » - lutte en commun avec les nazis lors du plébiscite contre le gouvernement S.P.D. de Prusse) et enfin par la complète stalinisation (du Parti), la voie fut ouverte à la victoire du fascisme. L'attitude de Wehner dans la discussion contre la gauche de la base ouvrière ne s'est, en 1959, distinguée en rien du rôle qui fut le sien comme membre de la bureaucratie stalinienne contre toute critique des années 1928-33 et des premières années de l'émigration, qui avait le courage de mettre en garde contre l'évolution fatale du P.C. allemand. Alors il insultait ces camarades comme agents du socialfascisme (SPD)

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La résignat sur la base du programi qu'accrue par C'est encere vriers partici Parti, et c'est ts du social-fascisme (S .P.D.). il soupçonne ceux qui met= (!) contre le cours fatal du des agents du S.E.D. Si, au théâtralement mis en garde alitarisme du marxisme, comhaudé », il a tout simplement fait il n'a jamais été marxis.A. Il a proiessé un marxisme le stalinisme. Ses traits de égocentrisme, , mépris des les masses qui l'ont pour un dans les bras des anarchis: facilité son jeu dans la bustalinienne aussi bien que ate. Son exemple dénote até profonde des diverses vaeaucraties. ion qui s'étend sensiblement ouvrière du S.P.D. à cause ne de Godesberg ne sera la capitulation du vote final. moins nombreux que les ouseront à la vie intérieure du dans une mesure plus grande encore d'éléments je ule unes au Parti arira l'afflux et actifs.

Le programme lement « nouveau

(programmatique)

pratiquée depuis ments étrangers de Godesberg n'est nul-

». Il est la légalisation d'une politique déja des années par les éléla classe, agissant à la direction du Parti, surtout au groupe parlementaire. Sur le terrain de cette légalité, ces forces développeront une politique encore plus capitularde dans le sillage du gouvernement C.D.U. Leur appétit augmentera et leur exubérance ministérielle ne fera que croître de plus en plus. C'est ce qu'exprimera nettement le prochain programme électoral et gouvernemental. L'esprit de ce programme n'est pas celui de la « volonté de pouvoir » (ou « de puissance ») qui se manifestait tout de même encore chez Schumacher, mais celui de la participation au pouvoir sur le terrain de la société bourgeoise. Si jamais ce rêve se réalise, la social-démocratie allemande montrera que le sort de la République de Weimar lui a « enseigné » à touler aux pieds encore davantage les intérêts historiques et immediats de la classe ouvrière. En ce sens, le programme de Godesberg peut introduire une phase nouvelle dans le développement du mouvement ouvrier allemand, la phase de la différenciation entre la classe ouvrière et le S.P.D. Les ouvriers ne jugent pas le S.P.D. sur son programme, mais ils soupèseront et reconnaîtront sa politique et son action.

Ce sera la tâche des noyaux socialistes dans le S.P.D. de faire en sorte que la prise de conscience qui s'amorcera alors ne se perde pas dans les sables d'une démoralisation totale. Pleinement conscients que le chemin du S.P.D. vers le marais bourgeois est sans retour et que la différenciation de classe va venir et doit venir, ils ne doivent pas se laisser laisser couper, par la droite et par l'appareil, des ouvriers organisés dans le Parti socialdémocrate. Sans faire la moindre concession théorique et sans porter l'ombre d'une responsabilité pour ce programme, il leur faut épuiser toutes les possibilités qui s'offrent d'entamer un combat dans le cadre du programme et de le porter au-delà du programme et au-delà du Parti (centrôle pour abus de pouvoir économique - socialisation en tant que « moyen ultime », etc...). Ceci ne signifie pas une reconnaissance du document, mais une attitude tactique fondée sur la situation résultant de Godesberg.

La véritable gauche au sein du Parti doit, dans une critique marxiste sans compromis du programme, se forger l'outil idéologique qui la mettra à même, dans le processus de différenciation à venir, de constituer le noyau d'une aile gauche qui passera par-dessus le programme au cours des luttes pratiques quotidiennes.

Du fait des décisions de Godesberg, le S.P.D. se situe actuellement à la droite du D.G.B. (la C.G.T. allemande) au point de vue programmatique (même les résolutions d'Ahlen de la C.D.U. se situent « à gauche » de Godesberg). A la longue, il ne pourra pas tolérer une telle situation. Pour la grande masse des fonctionnaires syndicaux se pose déjà la question : lequel des deux programmes — de Munich ou de Godesberg — défendre ?

Dès le congrès de Stuttgart du D.G.B., - mais aussi à Godesberg circulait deja un programme du D.G.B. « amélioré » et inspiré par Rosenberg du D.G.B. Il sera présenté ouvertement lors du prochain congrès du D.G.B. D'ici là la direction du S.P.D., soutenue par la droite au sein du D.G.B., développera une activité accrue en faveur de l'adoption d'un programme semblable de collaboration de classe. La gauche aura là une nouvelle occasion de défendre les conceptions fondamentales sur les structures sociales et leur transformation dans l'optique socialiste. C'est en partant de cette même optique que la gauche doit vouer une attention plus grande aux développements syndicaux. Mais ici aussi s'applique ce qui s'était déjà manifesté lors de la discussion sur le programme dans le S.P.D. : la détense du programme fondamental de Munich ne peut non plus être menée abstraitement, par la simple participation à la discussion. Le point d'appui se situe dans un intensif travail syndical et d'entreprise.

L'image bigarrée des grèves « sauvages » qui ont leu en permanence depuis des semaines montre, à l'encontre de Tesprit du programme de Godesberg, que la lutte de classe existe même période de haute conjoncture. Le fait que ces mouvements ne s'appuient pas sur une conscience de classe particulièrement élevée, qu'ils n'approchent pas directement les grands problèmes politiques et sociaux, voilà un produit non seulement de la bonne conjoncture, mais avant tout du rôle de trahison joue pendant toute la dernière décennie par la direction du mouvement ouvrier. Mais ces mouvements peuvent devenir des écoles de la conscience de classe, si les forces socialistes conscientes ne se contentent pas d'y prendre leur place, mais en deviennent aussi les initiateurs, grâce à une étude soigneuse de toutes les données de ces mouvements.

C'est ici que la gauche se trouve en présence des couches qui étaient « absentes » dans la discussion sur le programme dans le S.P.D. L'expérience a montré que précisément les éléments ouvriers jeunes tont leurs premiers pas dans la lutte des classes, sans expérience préalable de la lutte et sans avoir été touchés par l'histoire et les théories du mouvement ouvrier. Ils sent fort sceptiques, dans leur immense majorité, face à l'autre génération, face au passe du mou vement ouvrier, face aussi aux intrigues bureaucratiques des appareils du S.P.D. et des syndicats et à la passivité équivoque du S.P.D. Tout cela, au premier stade de leur activité dans le combat de classe, que souvent ils ne reconnaissent même pas comme tel, ne peut exercer d'attraction sur eux. Mais sur ce fond de réactivation d'aînés politiquement désillusionnés et de jeunes ouvriers dépourvus d'illusions, de nouvelles forces peuvent se développer pour la gauche, dans le Parti et dans les syndicats, en vue de la grande explication à venir par laquelle la lutte des classes se manifestera dans la vie de ces organisations. La discussion autour du programme fondamental de Munich peut devenir un élément de liaison entre des mouvements élémentaires d'une part et une aile gauche fondée sur la conscience

(politique) d'autre part. Ces developpements mèneront dès lors au-delà de Godesberg et, lâchant au passage sur la droite les représentants de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie dans le S.P.D., ainsi que les éléments collaborateurs de classe dans les syndicats, ils formeront dans leur dynamique une nouvelle direction, fondée sur un programme socialiste et une pratique révolutionnaire.

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