Un exemple formidable de la vigueur. de la force de la révolution latinoaméricaine, de la révolution coloniale, c'est cette révolution cubaine qui, aux frontières mêmes de la citadelle fortifiée de l'impérialisme, développe la mobilisation révolutionnaire des masses la plus ample et mène à bien les mesures les plus radicales contre l'impérialisme. Condamnés à la conférence de Costa-Rica, les dirigeants de cette révolution sont acclamés par les Noirs et les Porto-Ricains à Harlem : la révolution cubaine polarise les forces en Amérique latine, stimule et impulse les secteurs les plus exploités aux Etats-Unis mêmes, à Harlem et dans le sud.
Après avoir été profondément secouée par la grève générale et la chute de la dictature de Machado et celle de Enmienda Platt en 1933, la domination impérialiste ne put être rétablie que sur la base d'un développement des forces de répression et une profonde corruption des miJeux politiques, qui permirent de susciter un arbitre, Batista, appuye sur les forces de l'armée. Les régimes de Grau San Martin, de Prio Socarras, marqués par la décomposition et la corruption, ne servirent qu'à faire la preuve de la faillite de la democratie parlementaire. Les staliniens embourbaient le mouvement ouvrier dans la collaboration de classes. Eduardo Chiba d'un la rstade, priens de la une neste bas, à la tête de secteurs de la ieunesse intransigeante contre la corruption du gouvernement de Prio. L'impuissance de cette campagne petite bourgeoise fut démontrée le jour de 1950 où Chibas se tiга un coup de rèvolver devant la télévision où il faisait sa campagne. Pour une grande partie des secteurs petits bourgeois qui le suivaient, ainsi fut scellée la rupture avec les illusions dans les voies démocratiques de la « régénération » de la vie politique de Cuba. Peu de jours après, Batista prenait le pouvoir par un coup d'Etat appuyé sur l'armée et, quelques jours plus tard, il en était félicité personnellement par Nelson Rockefeller.
Le suicide de Chibas et le coup d'Etat de Batista marquèrent la fin d'une étape de la lutte politique de Cuba. La vieille bureaucratie politique s'adapta, la vieille avant-garde ouvrière, stupéfaite et impuissante, se dispersa. Contre ladaptation et la resignation, des secteurs jeunes, surgis du Partido Ortodoxo, le parti de Chibas,
Cuba faisait partie du système militaire des Etats-Unis avec leur base de Guantanamo. Avec son gouvernement fort, elle faisait partie du système d'équilibre politique et social construit laborieuSement par l'impérialisme à ses frontières, après les expropriations des pétroles au Mexique. Avec la subvention de sa production sucrière. Cuba faisait partie intégrante de la production sucrière du sud des Etats-Unis. avec lequel elle satisfaisait aux nécessités du marché intérieur nord-américain, sans exposer la production sucrière de coût élevé des Etats du sud aux soubresauts de la concurrence du marché mondal.
C'est tout ce système qui a été ébranlé et brisé par la Révolution cubaine. renouèrent avec la tradition révolutionnaire de 1933, la « thèse insurrectionnelle ». Parmi eux, Fidel Castro, qui avait milité avec les fervents soutiens de Chibas.
Le processus de formation d'une force politique possédant une capacité d'action fut lent et contradictoire. Cependant que la vieille avant-garde ouvrière qui n'avait pas accepté la collaboration avec Mujal, se dispersait et s'atomisait en petits groupes ou se repliait sur une activité syndicale de très petite envergure, compte tenu des conditions de la répression, ces jeunes petits bourgeois se lançaient dans la lutte avec un grand manque de confiance envers la capacité révolutionnaire des masses ouvrières. Ils concevaient la lutte comme l'action héroïque de petites minorités décidées.
L'assaut de la caserne Moncada, en 1953, dirigé par Fidel Castro, fut une action putschiste typique. Une centaine des assaillants et de leurs auxiliaires fut tuée, assassinée, une vingtaine survécut, parmi lesquels Fidel lui-même et Raoul Castro. Mais ce coup de main et la courageuse défense politique qu'ils rent devant les tribunaux de Batista, dans assumeune situation d'atomisation des forces de l'opposition et d'impuissance absolue des grands partis, attirèrent l'attention sur ce petit groupe. Au sein d'une jeunesse qui avait perdu confiance dans les voies pacifiques démocratico-parlementaires, le groupe de Fidel Castro ne convainquait pas par son programme (il ne dit rien, au cours de sa défense lors du procès de Moncada, qui n'ait pas été dit dans les trente années précédentes d'une façon beaucoup plus complète), mais par sa dé-
LE DEVELOPPEMENT DES FORCES DE LA REVOLUTION
LE DEVELOPPEMENT DES FORCES DE LA REVOLUTION
QUATRIEME cision et son audace, parce qu'il s'était Jancé dans l'action insurrectionnelle.
Le débarquement du Granma en décembre 1956, s'il fut encore un coup de de, ou la moitié de l'expédition fut exterminée, se réalisa déjà dans une situation où un réseau de groupes était organisé à Cuba. Mais alors, l'action de ce petit groupe décidé, allait, par son audace trouver la Jonction avec une force revolutionnaire, celle des paysans, développer et organiser leur action (1).
Ce détachement avancé de la petite bourgeoisie urbaine, qui voulait en finir avec la dictature et assainir le régime capitaliste et qui dût s'appuyer sur les paysans les plus exploités de Cuba, découvrit peut-étre ainsi les racines profondes du régime de corruption que ces paysans combattaient et les forces sociales énormes qui pouvaient être mobilisées de façon révolutionnaire. C'est dans la lutte de la Sierra Maestra que cette révolution acquit le caractère de révolution agraire qu'elle conserva dans toute sa première étape.
La voie révolutionnaire ainsi entreprise éveilla et stimula des forces énormes, insoupçonnées de ses initiateurs eux-mêmes, et ces forces en se mobilisant, marquèrent profondément le processus révolutionnaire et l'équipe même qui commença l'action. L'intervention des forces de masses, développa la pensée et le programme la révolution, ainsi que son contenu social.
L'intervention des masses ouvrières ne fut pas importante dans l'étape insurrectionnelle. Mais ce fut une grève générale qui fit échouer la tentative de Batista de laisser le pouvoir à une junte militaire dirigée par Candillo, le ler janvier 1959; ce fut cette grève générale qui, aux dires de ridel Castro, donna les cles de la Havane et du pouvoir aux « rebelles ». Et, une fois dépassée l'étape démocratique et agraire de la révolution, lorsqu'il s'agit d'affronter les forces capitalistes et incarialieres To rôle de la classe ouvrière impérialistes, le rôle de la classe ouvrière devait devenir prédominant et décisif. d'autres pays sous-développés, sur un terrain arriéré, sous la domination d'une classe féodale conservatrice constituant un obstacle même au développement capitaliste du pays. Cuba, premier pays exportateur de sucre du monde, exportateur de tabac, producteur de caté, de bétail, a connu un développement capitaliste relativement grand à la campagne. 161 centrales sucrières emploient 1/2 million d'ouvriers à la récolte de la canne à sucre, dans les fabriques où se fait le sucre, dans le reseau enorme de petits chemins de fer qui unissent les fabriques aux grandes lignes ferroviaires et aux ports. Le tabac, le cate, lelevage, ont des caractéristiques semblables dans leur exploitation. Ce sont de grandes entreprises capitalistes qui ont structuré la forme actuelle d'exploitation, remplaçant les centaines de petites entreprises (trapiches) qui produisaient le sucre jusqu'au début du siècle. Ce sont de grandes entreprises américaines comme lUnited Fruit Co (celle-là même qui vainquit la révolution guatémaltèque) qui ont procé dé à des investissements dans l'exploitation sucrière et autres exploitations agricoles, et aussi un nombre important de capitalistes cubains.
La réforme agraire commencée par la Révolution cubaine, mit celle-ci directement aux prises avec les secteurs capitalistes les plus forts de Cuba, les investisseurs impérialistes. En expropriant des centaines de milliers d'hectares, la révolution affronta directement le régime capitaliste tel qu'il s'est développé à Cuba. Les capitalistes cubains ayant perdu leur base sociale petite bourgeoise, leur pouvoir politique, leur appareil répressif,
(1) Il y a quelque chose symbole dans le fait que ce
Perez, vieux lutteur paysan.
Castro à passer les lignes
Batista, à gagner la Sierra de plus qu'un fut Crescencio qui aida Fidel de l'armée de
Maestra et lui donna ses premières liaisons avec les paysans.
Accueillies à leur arrivée dans les villes par les immenses multitudes petites bourgeoises qui débordaient momentanément les ouvriers, saluées par l'opinion publique impérialiste qui cherchait un nouveau compromis en face du fait accompli, les forces révolutionnaires eurent un premier CNCC avec cette opinion publique « démocratique » lorsqu'elles mirent en pratique les tribunaux révolutionnaires et exécuterent les criminels de la guerre civile. Derrière ce jacobinisme se cachait, plutôt que des objectifs clairs , une force qui manifestait ainsi sa décision de ne pas faire de compromis avec l'ancien régime et avec les forces légales de la démocratie bourgeoise, et se montrait intransigeante et disposée à des changements radicaux.
La dissolution de l'ancienne armée et son remplacement par l'armée rebelle, formée dans la Sierra, dans. l'insurrection, fut un autre pas sur cette voie, ainsi que le remplacement des cadres de l'appareil administratif de l'Etat. En n'arrivant pas à un compromis avec les forces anciennes, la direction de la révolution était conséquente avec ses déclarations maintenait en même temps la séparation entre les camps qui devait la rendre, même étant au gouvernement, perméable à la maturation du mouvement révolutionnaire des masses.
La réforme agraire
La réforme agraire fut la première mesure révolutionnaire qui attaqua la vieille structure économique et les vieux privilèges de classe, et ouvrit la voie à de profonds changements économiques et so ciaux révolutionnaires. La réforme agraire cubaine ne se réalisait pas, comme dans
LES MESURES REVOLUTIONNAIRES
LES MESURES REVOLUTIONNAIRES l'impérialisme nord-américain restait la seule force capitaliste capable d'assumer la défense des privilèges du régime. Une fois renversé le régime fantoche de Bausta, limpérialisme apparut comme le soutien et le représentant du systeme capitaliste, comme le seul qui ait la force suffisante pour assumer sa défense.
Cependant, la réforme agraire cubaine, telle qu'elle fut décrétée, est une réforme agraire capitaliste. On expropria et on donna aux paysans de grandes étendues de terre (ceci constitue une amélioration réelle pour les paysans), mais aux mains de lancien proprietaire demeuraient la centrale, avec la fabrique, avec son chemin de fer et quelque 400 hectares des terres (30 caballerias) qui entouraient la fabrique, c'est-à-dire les meilleures terres, les mieux irriguées, les plus proches de la labrique, les plus accessibles aux transports modernes, celles dans lesquelles ont été effectués les investissements les plus importants. D'après la loi, l'ancien propretaire pouvait conserver une étendue allant jusqu'à plus de 1.300 hectares (100 caballerias) dont la productivité est supérieure de 50 % à la moyenne. C'est dire que l'ancien propriétaire conservait la centrale productrice et les terres favorisées par la rente différentielle.
Ceci créa une première contradiction dans la première grande mesure révolutionnaire du nouveau gouvernement : le gros des terres productrices de canne à sucre passa aux mains des paysans qui s'organisèrent pour les exploiter. Mais la fabrication du sucre (2) et une partie des meilleures terres restèrent aux mains des anciens propriétaires qui, en outre, ont droit, après 20 ans, par la lol, a une indemnisation pour les terres expropriées. En tenant compte du fait que c'est le gouvernement qui négocie le sucre produit sur le marché international et assigne les quotas à chaque fabrique, le rôle du propriétaire de la fabrique continue à être la clef de la production. En même temps qu'il n'a aucune utilité, il est un obstacle à toute planification de la production agricole et à toute tentative de développer l'économie en s'appuyant sur la production qui a connu le plus fort développement capitaliste. Pour ses de développement, l'Etat se voit prive d$ ses plans la principale source d'accumulation dans l'économie cubaine puisque celle-ci reste non seulement entre des mains privées mais dans celles de capitalistes qui ont déjà été expropriés en grande partie de leurs terres, c'est-à-dire d'ennemis declares de la révolution.
Ceci a été un des facteurs qui ont empêché que cette réforme agraire « capitacapitalistes. La réforme agraire ainsi conçue n'est pas arrivee a etre acceptee par les capitalistes. Elle n'a pas été réalisée avec eux mais contre eux, et en s'appuyant directement sur les masses paysannes, les ouvriers agricoles, les ouvriers et petits bourgeois pauvres des villes. Cette réforme agraire fut considérée par le capitalisme et l'impérialisme, comme une déclaration de guerre. C'est dire que la réforme agraire a débordé le fonctionnement du régime capitaliste et n'a pas trouvé à Cuba une ciasse bourgeoise capable de la canaliser et d'en profiter, avec une force suffisante pour réabsorber dans le fonctionnement capitaliste cette transformation de la campagne.
Ce ne sont pas les mesures prises pour réaliser cette réforme agraire qui ont fait de celle-ci le commencement d'un processus irréversible de l'économie cubaine, qui ont amené l'expropriation de la majeure partie de la grande propriété capitaliste, ce sont les forces sociales qui l'ont impulsée et l'extrême faiblesse du capitalisme qui n'a pu absorber ces mesures.
Les paysans qui ont reçu les terres et se sont organisés en coopératives, ont obtenu une réelle amélioration de leur situation. La coopérative leur permet d'avoir accès à une direction technique exercée par I'I.N.R.A. (3), leur assure une rentree regulière, presque un salaire, Tacces à des améliorations collectives dans les soins médicaux, l'alimentation et l'habitation (4).
Cette amélioration réelle de la condition des paysans qui, avec les chômeurs constituaient le secteur le plus arriére des masses cubaines, est la racine la plus profonde qu'ait plantée la réforme agrai re à Cuba et qui fait que les anciens pro priétaires n'ont pas l'illusion de pouvoir renverser le processus sans une défaite d'ensemble de la révolution.
L'ailiance avec les Etats ouvriers
Le domaine ou, plus que dans la retor me agraire, la Révolution cubaine a montré sa portée et son audace, avant l'ex propriation des compagnies impérialistes, rut, comme le montra en son temps le Bureau latino-américain de la IV Internationale, celui de sa politique extérieure. Les difficultés et les chocs qui ont eu lieu avec l'impérialisme depuis la réforme agraire, l'appui donné par les Etats-Unis aux forces contre-révolutionnaires cubaines, le sabotage, les bombardements, l'explosion de « La Coubre » dans le port de la Havane, ent impulsé un nouveau
(31 Institut National de la Réforme Agraire.
(4) Les « magasins du peuple ». organismes de commercialisation organisés Par IT.N.R.A., donnent accès ades articles d'alimentation plus variée et à la possibilité de vendre les articles de production locale des paysans, des coopératives de pécheurs. etc.
liste » s'affirme dans
(2) Les paysans et canne a sucre, vendent trale. Théoriquement, 1 faire moudre leur canne que, et de vendre dire ses caractéristiques les coopératives de la canne à la cenils ont le droit de en payant la fabrictement leur sucre, ceci est impraticable car trop onéreux.
mais développement de l'intervention des masses. Cette fois, l'intervention et la mobilisation du prolétariat au côté des paysans et de la petite bourgeoisie pauvre, furent fondamentales. La C.T.C., les syndicats, jouent un rôle croissant et les milices ouvrières et paysannes sont l'expression de cette mobilisatien révolutionnaire, face à l'impérialisme et à la contrerévolution.
Impulsé par cette force et cette mobilisation révolutionnaire, poussé à un affrontement chaque jour plus ouvert avec les forces capitalistes et l'impérialisme le gouvernement cubain chercha à s'appuyer sur les Etats ouvriers et sur d'autres forces de la révolution coloniale et semi-coloniale. Fidel Castro avait cherché un accord avec les Etats-Unis, pendant son voyage au début de son ya va les bourgeoisies latinogouverneamericaines ve la Contrence des 21 Buenos Aires. Poussé par les contradictions avec l'impérialisme et par la mobilisation révolutionnaire des masses cubaines, il chercha un il ehes ha ce poussa cine des appui du Etats amitation, non seulement avec l'impériahsme, mais avec les bourgeoisies latinoaméricaines déjà effrayées par l'impulsion que la révolution cubaine donnait aux mouvements révolutionnaires dans leurs propres pays.
L'alliance avec les Etats ouvriers et la rupture de l'encerclement diplomatique et économique imposé par l'impérialisme se situent parmi les acquis les plus importants de la révolution cubaine. Elles ont brisé le mythe du pouvoir et de la domination impérialiste, de l'Amérique latine « chasse gardée » de l'impérialisme yankee, elles ont ouvert, a la révolution latinoaméricaine, le champ de l'alliance et de l'appui économique des Etats ouvriers et de la révolution africaine et asiatique.
La politique astucieuse et audacieuse menée à bien avec la vente du sucre, a neutralisé en partie le poids des mesures de pression économique de l'impérialisme yankee. Sans se retirer de l'Accord international du Sucre, le gouvernement cubain a été en mesure de contrecarrer les pressions. Cuba vendait environ 3 millions de tonnes sur le marché nord-américain, à des prix supérieurs d'environ 80 % au prix du marché mondial. Ce tonnage constituait plus de la moitié des exportations normales de Cuba. Mais, comme les exportations sont sujettes à des quotas, Cuba n'exportait (ni ne recoltait) tout le sucre qu'elle pouvait exporter. Si les Etats-Unis cessaient d'acheter à Cuba, celle-ci pouvait vendre tout ce sucre sur le marché mondial, à de bas prix, bouleversant le marché, y compris le marché intérieur des Etats-Unis où les entreprises de betterave sucrière ne peuvent produire qu'a des coûts élevés. Par ailleurs, les pays exportateurs ne peuvent pas tous assurer des excédents exportables permanents. Le Mexioue a oscillé dans les dernières an. nées, entre une exportation de 200.000 tonnes et aucun excédent exportable. Porto-
NALF :35 Rico, où, dans la dernière année, les investissements nord-américains ont tenté, face à la réforme agraire cubaine, d'augmenter la production, a diminué sa dernière récolte d'environ 300.000 tonnes. En général, la consommation de sucre augmente dans les zones arriérées en processus de développement et dans les Etats ouvriers. Dans les pays capitalistes avancés, l'augmentation est seulement relative à l'augmentation de population. L'U.R.S.S. a pu passer d'exportatrice en 1959 à importatrice en 1960.
C'est sur ces éléments que le gouvernement cubain a basé sa politique offensive, obtenant des marchés supplémentaires (5).
La rupture du blocus du pétrole, l'obtention de crédits soviétiques, l'approvisionnement en U.R.S.S. et dans d'autres Etats ouvriers en machines-outils pour les débuts de l'industrialisation, ouvrent une nouvelle perspective à la révolution latinoaméricaine qui, en Bolivie et dans d'autres pays, marque le pas au même niveau depuis des années, en butte au blocus et au chantage de l'impérialisme. Mais, surtout, c'est l'appui militaire soviétique qui brisa toutes les théories des « géopolitiques » du type Haya de la Torre, Figueres et autres leaders petits bourgeois qui trouvent, dans la situation géographique de l'Amérique latine, voisine des Etats-Unis, la justitication de leur impuissance et de leur capitulation devant l'impérialisme.
Les confiscations des entreprises impérialistes
C'est au cours de la lutte contre l'impérialisme, pour le soutien de la réforme agraire, que le mouvement révolutionnaire des masses cubaines a développé son intervention et sa force, et múri dans la conscience des véritables raisons : de la situation, de la misère et de l'exploitation. En même temps que les secteurs moyens de la petite bourgeoisie ont diminué leur appui actil, abandonné la rue (quand ils ne sont pas devenus ouvertement hostiles), les masses ouvrières sont devenues le secteur le plus offensif, cohérent et actif de la révolution. La lutte contre la menace militaire, la mobilisation contre les agressions et la contre-révolution se sont transformées en une lutte contre le pouvoir économique des entreprises impérialistes. Or, ces entreprises impérialistes sont l'épine dorsale du capitalisme à Cuba. Il n'y a pas de grandes entreprises industrielles. Il y a peu d'usines
(5) Cette année, la récolte a été prolongée pour avoir un tonnage supérieur disponibie à l'exportation, et sur cette base. Cuba a pu se présenter à l'Otfice international Sucre avec des titres suffisants pour s'assigner des quotas supplémentaires pour compenser le déficit d'autres exportateurs. La diminution de 700.000 tonnes sur le marché nord-américain a été compensée en partie (en tenant compte des prix inférieurs du marché international) par une augmentation des exportations.
dépassant la centaine d'ouvriers. Cuba exportait le sucre et le tabac ; Cuba imporpait le rizset le blé (qui peuvent parfaitement être cultivés dans l'ile) et toutes sortes d'aliments, textiles, articles domestiques, etc... Les grandes entreprises sont : les chemins de fer, l'électricité, les téléphones, les raffineries de pétrole, les mines de nickel, les banques, les grands hôtels et entreprises de tourisme, la base navale de Guantanamo (6), toutes directement aux mains des trusts et du gouvernement nord-américains, et les entreprises sucrieres, delevage, de tabac, etc.... en grande partie aux mains de compagnies nord-américaines. C'est pourquoi la lutte contre l'impérialisme s'identifia et se développa rapidement en une lutte anticapitaliste à Cuba.
En dehors des chemins de fer et des mines de la Nicaro qui sont en train d'être occupées par le gouvernement, ainsi que de la base navale de Guantanamo, toutes les autres ont été confisquées. Cela signifie que le gros des grandes entreprises capitalistes à Cuba est aux mains du gouvernement et que, pour la première fois, celui-ci possède les éléments d'un plan de développement économique. Les 46 centrales sucrières confisquées aux entreprises nord-américaines ouvrent la voie pour commencer à résoudre le problème clef de la production et de la planification agraires, condition préalable a un succes reel de la retorme agraire (7).
En réalité, le maintien de la propriété privée de la plupart des entreprises industrielles et de service public de Cuba rendait illusoire tout plan de développement
(6) La base navale emploie 3.500 ouvriers cubains, en plus des nord-américains et des Jamaiquins.
L'ensemble des masses exploitées est mobilisé à Cuba. La structure capitaliste qu'avait atteinte l'économie cubaine s'était bâtie sur une surexploitation de la masse ouvrière et paysanne. Les petits paysans, qui constituèrent le premier milieu de développement de l'insurrection, sont rélégués sur les terres les moins productives, là où la canne à sucre, le tabac et le bétail ne peuvent se développer. Les ouvriers du sucre n'ont de travail qu'en moyenne pendant 3 mois par an; le reste du temps, ils doivent se maintenir avec ce qu'ils ont gagné pendant la récolte. La faible industrie, pratiquement stagnante depuis plusieurs années, ne peut absorber la maind'œuvre disponible. Chaque année, 60.000 jeunes arrivent sur le marché du travail, qui n'a aucune possibilité de les absorber. Au moment de la victoire de la Révolution, on comptait 700.000 chômeurs. Sur une population de moins de 7 millions économique de la part du gouvernement. Devant la mobilisation des masses, les expropriations et les contrôles imposés par le gouvernement, les capitalistes privés ne réinvestissaient pas leurs profits, et ainsi se dilapidaient les possibilités relatives de l'économie cubaine. Les expropriations ques-unes des sources principales d'accumettent entre les mains de l'Etat quelmulation et ouvrent les possibilités pour une planification du développement économique. Cette planification étant basée sur le contrôle par le gouvernement des possibilités intérieures (8), l'économie planifiée pourra mieux profiter des possibilités de l'aide soviétique et des Etats ouvriers, surtout en ce qui concerne la mise sur pied d industries.
La révolution, la mobilisation des masSest la serena are sappariste cons vieil équilibre, et les forces productives ne peuvent trouver leur nouvel équilibre et leur développement que dans l'étatisation de toutes les grandes entreprises et dans la planification de l'économie sur la base de l'appui de l'industrie des Etats ouvriers et de la gestion de la production par les masses travailleuses.
(7) Jointes aux 12 centrales qui étaient déjà aux mains du gouvernement (pour avoir appartenu aux anciens partisans de Batista ou pour des raisons fiscales) ces centrales expropriées aux Yankees (qui sont en général les plus importantes) produisent environ la moitié de la production cubaine de sucre.
(8) Pour ce faire, il devra aller de l'avant dans l'expropriation de toutes les centrales sucrières et des chemins de fer, ainsi que de la base navale de Guantanamo où se trouve troue leur les industries navales et metalnoyau d'une main-d'œuvre spélurgiques. d'habitants, en comprend ce que repré sente ce chiffre.
C'est cette situation qui a donné à une révolution politique un caractère social, qui fit d'un petit groupe putschiste le leader de centaines de milliers de travailleurs. La décision et l'intransigeance de ce groupe n'étaient pas seulement alimentees par une mystique « moralisatrice », mais par des causes sociales protondes, par un profond déséquilibre social qui a secoué et lancé dans insurrection. au mépris des voies démocratiques, ces jeunes universitaires.
C'est ce profond déséquilibre social qui fait que, les masses une fois mobilisées, aucune transaction, aucun équilibre intermédiaire ne peut être durable. C'est lintervention des masses qui empêche une solution capitaliste à la crise, qui pousse les contradictions du régime jusqu'à leurs ultimes conséquences. Aucun problème des masses ne peut être résolu si la révolttion s'arrête à mi-chemin, aucun des pro-
LES MASSES ET LA DIRECTION DE LA REVOLUTION
LES MASSES ET LA DIRECTION DE LA REVOLUTION
QUATRIEME blèmes mentionnés n'a été résolu à ce jour. Il y a certaines améliorations, mais aucune solution. C'est la raison objective de l'intransigeance, de l'audace, de la décision de la Révolution cubaine.
Ceux qui ne voient que Fidel Castro et qui considèrent les masses seulement comme un écho, s'étonnent de la « stupidité », du manque de « prévision » du Département d'Etat qui a poussé les dirigeants cubains à prendre des mesures de plus en plus radicales comme réaction face aux attaques et à l'hostilité de l'impérialisme. L'élément dynamique qui impulse les transformations, ce sont les masses l'impérialisme yankee qui se voit contraint mobilisées révolutionnairement. C'est de répondre de façon agressive à ce développement révolutionnaire qui mûrit de jour en jour à ses frontières.
A Cuba même, la polarisation est toujours plus nette. Dans la première étape de l'insurrection et du triomphe, avant de prendre ses mesures sociales, la révolution entraina diverses couches de la petite bourgeoisie et même de la bourgeoisie. Le développement permanent de la révolution, intervention plus decisive du prolétariat furent accompagnés par la déser tion d'une grande partie des éléments capitalistes. Même les secteurs moyens de la petite bourgeoisie urbaine se retiraient à mesure que s'approfondissaient la révolution, l'alliance avec les Etats ouvriers, les mesures anti-impérialistes et anti-capitalistes.
Les vieux partis bourgeois, ayant perdu leur base et leur cohésion, c'est l'Eglise qui prit la tête de la résistance à la marche en avant de la révolution, en essayant de s'appuyer sur les couches les plus privilégiées et les plus hostiles à la révolution parmi la petite bourgeoisie. Cette bataille, qui n'est pas encore parvenue à son point culminant, exigela un nouveau développement de la pensée, de l'idéologie de la révolution.
C'est la classe ouvrière urbaine et rurale, la paysannerie des coopératives et les petits paysans, la petite bourgeoisie pauvre des villes, qui soutiennent et impulsent la révolution.
Le développement des organisations de masse
Dans toute la première étape, dans laquelle la petite bourgeoisie constituait le noyau fondamental de la mobilisation, le mouvement des masses s'exprima par de grandes concentrations et des manifestations d'appui à la direction de Fidel Castro. L'équipe dirigeante prenait sa force dans ces mobilisations gigantesques, mais la capacité de résolution, d'initiative, restait aux mains du gouvernement, appuyé sur les forces organisées de l'armée rebelle et des cadres du Mouvement du
26 juillet, organisation politique des forces révolutionnaires.
Au fur et à mesure que le mouvement mürissait, parallèlement à ces formes d'intervention, se développaient d'autres formes propres du mouvement ouvrier et paysan : les syndicats et la C.T.C. (entravés pendant toute la première période par les restes de la vieille bureaucratie de Mujal), les coopératives paysannes, dont la direction est éligible et révocable par les affiliés à tout moment, et finalement, l' organisation des milices ouvrières, paysannes, étudiantes et d'employés. Le Mouvement du 26 Juillet, dont les cadres ont été absorbés par le gouvernement, l'armée, les syndicats, n'a pas repris vie comme parti de masse. La vie politique, les discussions politiques, la direction politique retombent sur les syndicats, les coopératives, les cadres de l'armée rebelle et les multiples organisations de l'Etat (T.N.R.A., Ministères, banques, etc...).
Il y a, en réalité, un processus parallele : a mesure que l'intervention dans les masses cesse d'être le meeting et le simple appui, et que le mouvement se canalise en organisations et intervient au de ses syndicats, milices, coopé ratives, le vieil appareil politique de fin bourgeoisie, devient inadéquat et entre en surrection, base sur l'action de la petite conflit avec les nouvelles forces.
Derrière ce double processus se trouve la contradiction fondamentale dans le développement de la révolution cubaine, les éléments de sa crise interne la plus rieuse, infiniment plus que ne lé fut la crise avec Urrutia, Diaz. Lanz et les autres éléments capitalistes.
Résistance de la direction
Les tentatives d'une réforme agraire capitaliste, la non expropriation des capitalistes indigènes - même ceux des entresucrières — le maintien du vieil prises appareil étatique, l'application imposée à la nouvelle armée, recrutée dans une insurrection et une guerre civile, de la discipline et des interdictions politiques traditionnelles, sont des éléments d'une direction capitaliste qui subsıstent encore au milieu des pas en avant révolutionnaires.
Les masses repoussent le retour des vieilles formes de la démocratie bourgeoise
« représentative », mais la révolution n'a pas encore commencé une nouvelle forme d'organisation étatique et gouvernementale. Le gouvernement imposé par la revolution s'appuie sur un appareil étatique incontrôlé, et la politique consciente de l'équipe de Fidel Castro est de conserver dans cet appareil toute la capacité de décision, d'initiative, en maintenant une direction paternaliste des masses.
Ceci reflète en définitive le manque de confiance envers l'initiative révolutionnaire des masses, les restes de la vieille conception putschiste, d'une conception dans l'appareil étatique et dans les cadres capitaliste qui, aujourd'hui, se réfugie petits bourgeois du gouvernement et de l'armée rebelle. L'action menée par Fidel
Castro lui-même pour la dissolution des groupements de gauche comme « Action
QUAT et Sabotage » au sein du Mouvement du 26 Juillet, la tentative de former un « parti unique de la Révolution Cubaine » remettant toutes les forces à la direction centralisée du gouvernement, les attaques faites contre la fraction trotskyste par les staliniens avec l'appui de quelques journaux officiels à l'occasion du Congrès de la Jeunesse latino-américaine, sont autant de tentatives d'aller à l'encontre de ce développement et de cette maturation du mouvement ouvrier et de maintenir un appareil étatique incontrôlé.
Les syndicats
C'est dans la direction du mouvement syndical que s'est exprimée le plus clairement cette situation. Cest là que mûrissent les forces ouvrières de la révolution. Après une première étape où les bureaucrates furent remplacés par les cadres de la lutte clandestine contre Batista, par ceux qui, dans les villes, organisèrent le terrorisme et tendirent à organiser les ouvriers, la tendance de la classe ouvrière est de se, donner une direction sélectionnée et reconnue pendant es vingt mois de vigoureuse action revolutionnaire. De nouveaux cadres se développent dans le sein des masses et, la classe ouvrière mettant toute sa foi et ses énergies dans la révolution, tend à intervenir avec ses propres organisations et ses propres directives, dépassant l'étape du mouvement diffus et des directions placées par les rebelles à la tête des svndicats. Le gouvernement essave de contrôler ce mouvement et d'en limiter la portée. Utilisant l'appui des masses à Fidel Castro et aux mesures révolutionnaires, il essaye d'éviter une lutte de tendances, ainsi qu'une maturation indépendante du mouvement ouvrier. Le Ministre du Travail intervient ouvertement à la place ou contre la direction de la C.T.C. et une lutte sourde, qui ne fut pas portée à la connaissance des masses, amena le changement de la direction de la C.T.C., élue au Congrès.
Les nécessités de la prochaine étape
Les expropriations, la planification de Teconomie, la lutte contre l'impérialisme et la réaction bourgeoise interne, le développement de la révolution avec l'expanintervention entice des mas pe, clig de sion du pouvoir créateur du peuple, de l'intervention à Cuba, le développement de la gestion ouvriere et des travailleurs en général sur l'économie étatisée, le développement d'un radicat si sur les cooperatibes, sur les Etat et d'un gouvernement basé sur les milices et sur d'autres formes d'organisation populaire.
N'ayant pas un régime qui assure la représentation directe des différents secteurs dans l'appareil étatique et le gou- vernemt st, les interets de en se terre vernement, les interets de ces secteurs ne leur satisfaction dans lensemble, et tendront à s'exprimer au travers de frictions, de chocs et de luttes comme celles qui existent aujourd'hui dans l'appareil syndical et à quelques échelons de l'appareil d'Etat et de l'armée rebelle. C'est seulement une organisation de type soviétique qui peut résoudre ces contradictions et empêcher leur maturation explosive dans l'avenir. La tendance au parti unique ne fait qu'accentuer les dangers.
Le stalinisme, impuissant à participer au processus revolutionnaire (9) essaye aujourd'hui de gagner son influence comme agent, dans les syndicats et sur d'autres terrains, de cette action bureaucratique conservatrice, de contrôle des forces révolutionnaires que tente le gouvernement.
Pourtant, le processus de lutte ininterrompue qui a abouti aux énormes pas en avant de la révolution cubaine, se heurte chaque jour davantage à cette tentative de contrôle bureaucratique de la révolution. La direction empirique peut se changer en un obstacle, si une avant-garde marxiste revolutonnaire ne se developpe pas et si la classe ouvriere, au travers de ses organisations detudiants, etc. ne développe pas son intervention politique dirigeante au travers d'un Parti ouvrier basé sur les Syndicats, qui doit être le vrai parti de la révolution cubaine à cette étape.
Les trotskystes cubains, la IV* Internationale, appuyent la révolution et ses mesures progressives, de toutes leurs forces ; Ils constituent en même temps la torce d'avant-garde qui lutte pour développer les forces qui peuvent assurer la continuté au processus révolutionnaire jusqu'à sa culmination en une révolution prolétarienne • socialiste. Ces forces se développent objectivement à Cuba et les trotskystes, dont l'action même est combattue par les staliniens et les forces conservatrices de l'appareil capitaliste qui subsiste encore, tendent à se lier avec les secteurs les plus vivants et les plus dynamiques, avec la direction en formation de la révolution cubaine.
ler octobre 1960.
(9). Le P.S.P. (Parti stalinien) dont la politique de conciliation de classes (qui l'amena dans le passé à appuyer Batista et Mujal) et dont le programme tiède ont été totalement débordés par la révolution et ses mesures, s'adapte aujourd'hui aux nécessités transitoires de l'équipe de gouvernement, en s'appuyant comme seul capital politique sur la solidarité des Etats ouvriers. Son alliance avec le gouvernement correspond à la résistance commune à ce que l'initiative soit laissée aux masses et c'est avec cette justitication que le P.S.P. a repris le drapeau stalinien de la lutte antitrotskyste.