L'article ci-dessous avait été préparé par le camarade Pablo avant son arrestation, mais il n'a pas eu le temps de le mettre déflnitivement au point. Nous le publions donc sous la forme où nous lavons trouvé.
Ce qui suit sont de simples pensées donnant une ligne directrice générale sur la question de la femme, de la famille, des entants, mais en aucune manière, une etude exnaustive de la question. Ainsi, Il est inevitable que certaines notions apparaîtront peut-être schématiques, passant outre à des nuances et des précisions supplémentaires nécessaires.
La sensibilité sur les questions traitées est grande, la confusion aussi. Certaines d'entre elles sont des tabous auxquels on n'ose pas toucher, y compris dans les milieux d'avant-garde. Et pourtant, l'histoire de la pensée humaine sur ces questions essariche de développements audacieux, audacieux, audacieux que le permettaient les conditions économiques et culturelles d chaque époque.
On connaît les idées de Platon sur l'éducation sociale des enfants. A partir du XVII' siècle, la question de la femme, de la famille, des enfants, commence à préoccuper sérieusement les écrivains et penseurs avancés. On sent déjà le crépuscule de la famille patriarcale qui approche et la transformation progressive de cette institution. On connait également les idées avancées des Encyclopédistes sur ce idées chapitre et qui ont énormément influencé la législation de la Révolution française dans ses premières années.
Au XIX siècle, à côté des idées réactionnaires d'un dace dans les idées d'un Fourier, Proudhon, combien d'aud'un Owen, d'une Flora Tristan, pour
One pas mentionner également Saint-Simon et la pleiade des femmes féministes, George Sand, Mme de Staël, etc... Le mouvement marxiste, avec Engels surtout, reprend et elargit davantage les thèmes les plus révolutionnaires sur ces questions.
L'apogée de ce mouvement est marquée par la législation des premières années de la Révolution Russe, avant que ne commence la dégénérescence stalinienne.
A travers ce développement historique, plusieurs idées sont émises, discutées, clarifiées : celle de l' « égalité » de l'homme et de la femme, et la notion du « couple » en tant qu'unité supérieure d'êtres complémentaires ; le « mariage d'amour» remplaçant le mariage forcé ou d'intérêt, imposé par le chef de la famille patriarcale, ou par le père de la famille bourgeoise ; la maternité voulue et le « birth control » ; l'éducation sociale des enfants.
Des reflets de ces idées sont passés dans les faits et la législation même.
Il suffit de comparer les unions libres, les mariages et la famille d'un couple mo derne, de ceux qu'on rencontre dans les milieux surtout révolutionnaires, intellectuels, universitaires, artistiques, avec la famille bourgeoise traditionnelle.
Mais il ne s'agit là que d'exceptions limitées en elles-mêmes et dans un contexte social toujours imbu de préjugés antifemme et réactionnaires.
Il est certes illusoire de croire que, sur ces questions qui touchent à la vraie civiJisation de homme, Il peut y avoir une solution avant que les racines de la société de classe ne soient extirpées, et qu'un climat, une ambiance totalement une différents ne soient créés.
Mais ce qui est dès maintenant possible, c'est tout d'abord une prise de conscience claire des vrais problèmes, l'élaboration d'un programme de transition sur ces questions, et le rapprochement autant que possible de solutions correctes dans les milieux — les couples et les familles -de l'avant-garde révolutionnaire.
Les Chinois déclarent maintenant avoir réellement libéré la femme, en la sortant de la barbarie domestique et en l'intégrant à part entière dans la vie sociale, économique, politique, culturelle. C'est là, incontestablement, le grand avantage des Communes, qui transmettent à l'organisation de la vie sociale — restaurants communautaires, creches, ecoles, etc... - les travaux domestiques de la femme. Ainsi, la femme, libérée de ces travaux, peut désormais pleinement participer, comme l'homme, à la vie sociale.
Mais, quand nous parlons du cas chinois, nous ne pouvons jamais oublier que la société chinoise actuelle est encore matériellement très arriérée et politiquement dirigée par un système bureaucratique.
Le premier facteur, naturellement, influe considérablement sur la qualité et l'abondance des services sociaux qui remplacent les travaux domestiques de la femme : restaurants, crêches, écoles. Le deuxième facteur fait craindre une solution largement administrative, et non réelle, des questions, et des supersimplifications de style stalinien classique.
Pour cette raison, périence historique caractère progressif l'égard de la femme tout en saluant l'exet le des Communes des mesures prises à chinoise, par rapport he mone devons suivre à son statut antérieur, nous devons suivre de manière très critique cette expérience.
Débarrasser la femme de la tyrannie abrutissante des travaux domestiques et la faire participer sur un pied d'égalité avec l'homme à la vie économique, politique etc, la vie sociale en un mot, c'est incontestablement un pas décisif vers la libération de la femme. Mais cela signifie concrètement ?
Prenons la question de sa à la vie économique. Que la qu'est-ce que participation femme puisse gagner sa vie sans infériorité par rapport à l'homme au point de vue possibilités de travail, qualification professionnelle, avancement et rémunération, c'est déjà briser les chaînes séculaires qui attelaient la femme esclave de jadis au char de homme, époux, amant ou pere, detenteur exclusif de l'argent, nourrisseur exchosif de la famille.
Mais, dans une société socialiste, Tatfranchissement économique de la femme ne signifiera pas nécessairement égalité avec l'homme dans les conditions de travail. Au contraire. Car la femme, par sa constitution organique, très évidemment n'est pas aussi apte que l'homme pour n'importe quel genre de travail, dans les conditions actuelles du moins.
La manière dont les Soviétiques sous femme, l'astreignant à des travaux contre Staline ont économiquement « libéré » la sa constitution spécifique, est naturellement grotesque et barbare, Il est à craindre que des excès pareils puissent encore fleurir en Chine.
La femme n'est pas, en tous points, égale à l'homme, elle est plutôt complémentaire. La femme et l'homme sont les deux aspects complémentaires de l'être humain. L'égalité absolue reste une notion foncièrement antidialectique. Egalité et identité absolues n'existent pas dans ce monde, dont chacun est en quelque sorte une piè ce unique.
La femme a des qualités et des possibilités propres que l'homme ne possède pas. Et vice-versa naturellement.
D'où également l'absurdité des discussions sur l'infériorité ou la supériorité de la femme par rapport à l'homme. Le point de départ dans ces discussions est faux, car on oublie la complémentarité de l'homme et de la femme, ces deux aspects de l'être humain.
Ici une remarque est nécessaire. Ce qui est vrai dans les conditions actuelles, c'est que la femme part handicapée dans la comparaison avec l'homme. Des siècles d'esclavage pendant lesquels la femme s'est vue soumise au rôle d'objet sexuel, de procréatrice d'enfants et exécutrice des travaux domestiques, ont nécessairement atrophié physiquement et intellectuelle ment la temme, brisé plusieurs de ses ressorts, deformé profondément son être. Aussi lui faudra-il toute une période pour Aussi m andra toute ma pers pour qu'elle puisse développer et épanour son epanour son être dans la liberté et démontrer ce dont elle est capable. Nous ne connaissons pas encore la femme car les conditions pour son développement sont encore extrêmement défavorables, beaucoup plus que pour l'homme.
La libération de la femme commence certes avec sa libération économique. Mais est-ce tout ? Nous touchons là une question négligée, y compris par le mouvement communiste dans ses meilleures époques.
Il faut partir de la constatation que cette société est toujours une société d'hommes qui s'est développée comme telle à travers de nombreux siècles, depuis l'épomes qui sest developpee connue que écoulée du matriarcat. Elle a créé une mentalité bien ancrée de l'homme et de la femme. Comme dans une sociéte coloniale, dans la societe actuelle, meme la plus civilisée, tout exalte l'opinion généralisée de l'intériorité de la femme, sous des formes diverses, plus ou moins subtiles, dont les femmes elles-mêmes sont profondément imprégnées. Il faudra là-dessus également toute une période dans le socialisme pour extirper les miasmes d'une société dominée par les hommes et donner à la femme sa place entière.
Dans la société capitaliste actuelle, vouée plus que jamais à l'idolatrie effrênée de l'argent — valeur suprême d'une civilisation qui meurt — la femme est vouée également à pousser à l'extrême son déguisement en pur objet sexuel, frivole et superficiel. La soumission de la femme moderne dans les pays capitalistes aux caprices extravagants de la mode absurdes serente penine rede la cet est une pénible preuve ment de la femme.
Quant à la situation de la femme dans les jeunes Etats ouvriers, elle n'a pas su encore trouver l'équilibre nécessaire entre les exigences spécifiques à la femme, du point de vue conditions de travail, comportement, développement intellectuel, morale sexuelle, ete..
Nous touchons , là de nouveau à des problèmes jusqu'ici à peine sérieusement discutés. La société des hommes a glo rifié la fonction procréatrice essentielle de la femme, la femme couveuse, nourricière, éleveuse d'enfants.
Mais quant à sa vie sexuelle propre, ibérée du joug de la maternité, on n'ose même pas y penser, tellement ce domaine est encore considéré comme la « chasse gardée » de l'homme seul !
Des théories absurdes ont été développées pour justifier le mythe de la femme organiquement soi-disant désintéressée d'une vie sexuelle pleine et libre à l'égal de ce que cherche l'homme. Mais on oublie, ou on feint d'oublier les conditions spécifiquement défavorables pour la femme, dans lesquelles elle est obligée de dé.
velopper sa vie sexuelle. Toute la pression sociale — traditions, religion, opinion publique etc. — est exercée dans le sens d'oppression de la vie sexuelle, pleine et libre de la femme.
Le comportement sexuel de l'homme, égoïste et souvent corrompu par la prostitution, ainsi que la peur constante de la maternite non voulue cause des traumatismes graves à la femme.
Mais qui peut sérieusement arguer que les besoins sexuels de la femme sont moins imnératifs que ceux de l'homme moins impératifs que ceux de homme? ? Au contraire il y a des raisons physiologiques propres à la femme qui la rendent apte à jouir plus fréquemment et plus amplement que, homme de son potentiel sexuel. Or cette question est jusqu'à maintenant une sorte de tabou quand il s'agit des femmes.
Pour l'homme on a admis toutes les libertés soi-disant en raison de son tempérament spécifique. Mais oppression et exploitation sexuelles de la femme sont une question sur laquelle on préfère ne pas insister. Et cependant la vie sexuelle pleine et libre de Têtre humain est une tonction vitale qui intervient incommensurablement dans son développement et son comportement individuel quotidien.
C'est là une vérité scientifique tardive que les hommes du seme siecle, meme les plus avancés, n'ont pas su admettre. La contribution de Freud dans ce domaine est effectivement géniale et fait époque. Mais le freudisme, en tant que contribution scientifique capitale, la connaissance du comportement individuel - et non collectif et social — n'a pas eu de chance avec le marxisme. Il n'a pas pu être compris, assimilé et développé dans ce qu'il y a en lui - indépendamment de la philosophie propre de Freud, de ses elucubrations sociales réactionnaires, de ses erreurs dans le domaine scientifique meme — de vrai, d'important, de nouveau pour la connaissance de la vie intime de Thomme. Même les meilleurs hommes et femmes de la Il et de la III° Internationale au XX siècle, y compris Lénine, et à l'exception de L. Trotsky, n'ont pas su apprécier et approfondir la partie vraiment scientifique, valable, de l'œuvre de Freud. Ensuite, sous le stalinisme et la dégénérescence générale du mouvement marxiste s'est même développé le discrédit de Freud. L'importance capitale de la vie sexuelle, pleine et libre, pour le développement harmonieux et le comportemnt normal, sain, euphorique, aussi bien de l'homme que de la femme, fut presque totalement ignoré par le mouvement communiste.
Même chez Engels, qui a cependant exprimé dans « L'origine de la tamille» des vues particulièrement non conformistes, audacieuses, vraiment géniales, sur la question de la femme, de la famille et de l'avenir des rapports entre les deux sexes, ses références à la vie sexuelle de la femme paraissent timides et réservées.
En cela, il était lui aussi un homme de son siècle, tout comme Lénine. La III Internationale, avant sa dégénérescence jusqu'à la mort de Lénine, n'a mis en épingle que l'aspect de la libération économique de la femme. Elle a elle aussi ignoré la totalité du problème spécifique de la femme.
Un véritable mouvement communiste devrait lutter pour la libération totale de la femme, ce qui veut dire, entre autre, pour son droit fondamental à une vie sexuelle plein conception, la femme contre non voulue es e et libre. Dans une telle protection effective de la les risques d'une maternité t un devoir sacré de toute société vraiment civilisée. Dans les conditions actuelles du développement scientifique, cette protection n'est souvent possible qu'à travers l'avortement. Certes cette pratique répétée nuit considérablement à la santé physique et morale de la femme. Mais c'est à elle seule de décider sur la question, la société lui fournissant les meilleures conditions possibles pour sa libération, y compris a travers la pratique de l'avortement d'une maternité non voulue. Demain, il n'y a pas de plus simples et nullement nuisibles, pour la science fournira des moyens assurer le même résultat. Nous sommes déjà sur cette voie.
En tout cas, toutes les mesures actuelles qui entrent dans ce qu'on appelle le Birth Control ainsi que l'éducation en ce sens doivent être librement mises par la société à la disposition des femmes. Cette revendication d'intérêt capital pour des millions de femmes doit naturellement être inscrite dans le programme de tout mouvement communiste digne de ce nom, le mouvement communiste à notre époque étant le seul mouvement vraiment démocratique, libéral et progressif.
On a naturelement beaucoup péroré, sur la fonction soi-disant essentielle de la femme, celle de la procréation. La femest, parait-il, avant tout mère. Partant d'une constatation physiologique banale, les apologistes de l'esclavage de la femme exaltent teent, phesselogigete fot parant, la telle- à dessein cette fonction. Naturelleme est mère comme l'homme est père, et cette fonction de reproduction de l'humanité, dans les termes actuels, est fondamentale. Mais de cela ne découle pas du tout la nécessité que cette fonction s'accomplisse au détriment de la vie totale pleine et libre, de la femme comme de l'homme. fraze en dans de matente tependr, en fuge dans la La femme le plus maternité, et souvent trouve plus particurelabsence de participation réelle à la vie sociale et du fait que ses rapports avec l'homme, dans le cadre de la famille actuelle. cessent vite d'être satisfaisants. La société et homme poussent de toutes leurs for: ces la femme à se confiner dans son « toyer », dans sa fonction de mère et d'épouse.
D'autre part, dans la mesure où s'éteint l'attrait sexuel initial entre l'homme et la femme et commence la vie morose de écrasante majorité des ménages actuels de par le monde, la maternité et les enTants deviennent pour la femme à la fois une solution, une occupation et une protection.
Il est absolument erroné que seule la maternité fait s'épanouir la femme et lui assure l'équilibre qui convient à son être spécifique. En réalité, pour la femme comme pour l'homme, il n'y a épanouissement et équilibre que dans la vie sociale active et dans une vie sexuelle satisfaisante. L'exemple de l'histoire est, à ce propos, particulièrement éloquent et démonstratif. Toutes les femmes qui se sont distinguées dans la vie sociale, politique, culturelle et qui ont joui d'une vie sexuelle relativement pleine et libre, n'ont accordé à la maternité et aux enfants qu'une attention limitée. Il s'agissait pour elles, - comme c'est l'habitude pour l'homme - d'un aspect de leur vie intéressante et active, parmi d'autres et pas nécessairement du principal. Loin de là.
Du reste toutes les femmes des classes possédantes et des milieux culturels avancés, qui jouissent d'une vie sociale et sexuelle satisfaisante, n'accordent à la maternité et aux enfants qu'une place stricte, subordonnée à la jouissance d'une telle vie.
En réalité, la passion de la maternité et des entants n'est le propre que de la masse infinie des femmes exclues de la vie sociale réelle et vaincues dans leur vie sexuelle et leurs rapports avec l'homme dans le cadre de la famille actuelle. Pour ne prendre que ce dernier aspect de la question, il est relativement facile de démontrer que la femme qui a vraiment établi un lien profond, riche et satisfaisant avec l'homme, dans le couple, a peu d'intérêt à faire entrer dans ce rapport un intermédiaire : les enfants. La femme n'a créé le monde traditionnel à elle — le « foyer», les enfants — dans lequel elle s'enferme et périclite, que comme une sorte de fuite et de compensation pour ses échecs dans sa vie sociale, sexuelle et amoureuse.
Naturellement la position sociale de la femme a été iusqu'ici déterminée par la structure de classe de la société. La famille, centrée autour de la femme en tant qu'épouse et mère a bien servi les intérêts de cette société à la fois société de classe et société dominée par les hommes. La société de classe a trouvé dans la famille, la cellule la plus conservatrice de sa structure. L'homme a trouvé dans la famille, la forme la plus économique pour l'organisation de sa vie individuelle, plus avantageusement que la femme.
Dans les conditions actuelles de société de classe et de toute la phase transitoire du capitalisme au socialisme, la famille monogamique actuelle, centrée — je le répète - autour de la femme, est nécessaire, ayant des avantages évidents aussi bien pour l'homme que pour la femme. Elle est tout d'abord le cadre d'organisation le plus économique de leur vie matérielle. Ensuite, elle fait miroiter, certes souvent à tort, la possibilité hâvre de protection et de paix, par rap- d'un port à la société hostile à l'individu.
Nous abordons ainsi la question, plus vaste, de la famille. La société de classe y a trouvé, comme il a été noté déjà, sa cellule la plus conservatrice. La famille sépare la femme de la vie sociale et, par les fonctions domestiques et maternelles qu'elle lui impose, elle dégrade la femme en tant qu'être humain capable d'un développement ample et libre. La famille enfin, éduque les enfants dans un milieu fondamentalement défavorable pour leur plein epanouissement en tant qu'êtres équilibrés, forts et libres.
La plupart des enfants sont élevés par des mères hystériques et ignorantes, qui cruciale, l'élan naturel de l'être humain brisent dès la toute première enfance, vers la beauté, l'héroïsme, la fraternité humaine. Les mères deviennent hysteriques et ignorantes par leur position d'inferiorite, dans la societe actuelle de classe, dominee par des hommes, par leur se paration d'une vie sociale active et intéressante, également par l'échec si fré. quent de leur vie sexuelle et amoureuse. et par l'accablement et l'abrutissement qu'infligent les travaux domestiques et les fardeaux de la maternité. Les conditions matérielles actuelles, surtout en re de logement, aggravent l'état dans lematièquel se trouvent placées les femmes pour exercer leur fonction de mères, c'est-à-dire d'éducatrices de l'humanité.
Le nouveau-ne est une possibilité de devenir immense. Certes, hérédité pèse sur chacun. Je reviendrai également. Mais la chez le nouveau-ne Part de l'indéterminé sur cette question sauf dans des cas pathologiques, très conest de toute façon. sidérable. L'influence du milieu familial dans lequel se déroule la phase initiale critique de la vie de l'être humain, est, pour beaucoup, déterminante dans sa conformation.
Dans cette phase, les mères jouent un rôle décisif. Toute la dégradation que la société inflige aux femmes, se retourne contre la société, par la fonction que les femmes remplissent en tant que mères. On pourrait dire : telles mères, hommes. tels
D'où la portée immense de la question des femmes. Il ne s'agit pas seulement de la moitié de l'humanité, il s'agit de l'humanité tout entière. Libérer réellement la femme, élever sa qualité, c'est libérer et élever la qualité de l'humanité tout entiè-
Il ne s'agit pas de mettre en question l'atmosphère affective spéciale de la famille et, plus particulièrement, de qu'on appelle l'amour maternel. Il ne s'agit pas non plus de nier l'importance, peut-être même la nécessité d'un lien. d'un contact des enfants avec les parents et surtout la mère, pendant toute une pé- riode. Ce qui est en question, du point de vue de la création d'une humanité nouvelle composée d'êtres équilibrés, forts, sains, altruistes, c'est le point suivant : peut-on confier l'éducation des enfants à la famille actuelle ? Développons mieux tous les aspects de ce problèmes. Par rapport aux traumatismes constants que la société actuelle inflige à lindividu — tous les rapports entre hommes étant le plus souvent des rapports autagonistes, de force, dexploitation économique, intellectuelle, sexuelle, où chacun tire de l'autre un avantage quelconque - la famille peut être un milieu plus réconfortant, avec son affectivité spéciale. Mais du fait qu'elle s'oppose en réalité à la société et en raison des conditions dans lesquelles se trouvent placées les femmes, qui remplissent les fonctions de mères, la famille la « meilleure », la plus affective, est loin de donner aux enfants une éducation sociale saine. Le cadre propice à la création d'une humanité nouvelle est celui de la beauté, de l'héroïsme, du sacrifice et de l'amour pour les autres. Mais l'atmosphère de la famille est, au contraire, celle de la mesquinerie morale et matérielle, de la couardise, de l'égoïsme individuel et familial. Or c'est dès le début, dès la première enfance, qu'il faut souffler fort dans l'être, pour faire gonfler en lui les potentialités de beauté, d'héroïsme et de fraternité humaine.
Au lieu d'élever les enfants dans un cadre de misère, ou de laideur, d'énervechete, d'ignstance, d'egoismet in d'hystérie, d'intimidation, de lafaut, au contraire, les faire éclore dans la splendeur des véritables vertus de l'homme, de sa véritable destinée.
Dans la société socialiste mondiale, la première société civilisée de l'humanité, il y aura de leugénisme et une éducation sociale des enfants.
Par eugènisme j'entends ceci : les hommes apprendront volontairement à laisser la procréation de l'humanité aux aptes physiquement et intellectuellement, et à ne pas avoir chacun, nécessairement, ses propres enfants. Ils se débarrasseront du vice de la « propriété privée » sur les enfants également, et apprendront à aimer les enfants des autres, les enfants de la société, comme leurs propres enfants. Dans une phase plus éloignée, quand le niveau général, sauf encore rares exceptions, sera débarrassé des méfaits d'une hérédité nuisible, l'eugènisme peut naturellement perdre son importance. Du reste, qui sait, la reproduction de l'humanité pourrait se faire alors par des voies absolument nouvelles. Des noyaux civilisés restreints, déjà à l'heure actuelle, arrivent à comprendre la nécessité de la « planification de la famille » et du contrôle de la maternité. Pourquoi une société vraiment civilisée, ne comprendrait-elle pas et n'appliquerait-elle pas, volontairement, un certain eugènisme ?
Par éducation sociale des enfants, j'entends ceci : les enfants de très bas âge seront confiés d'une manière ou d'une autre à l'éducation collective organisée par des spécialistes. Je suis absolument certain que les enfants peuvent se développer infiniment mieux dans une société d'enfants, surveillée, guidée souplement, avec finesse et réelle compétence, par des spécialistes, que dans le « giron » perpétuel des mères, gentilles, affectueuses. mais hystériques, frustrées, ignorantes, et dans l'horizon étroit et égoïste d'une famille actuelle. Seront-ils complètement separés des parents ? Je ne saurais donner la réponse à cette question qui dépend d'un développement encore à venir de la science pédagogique dans ce domaine. Il me semble qu'un lien doit exister mais qui ne doit pas renverser la tendance et l'influence de l'éducation sociale.
A une étape supérieure de l'enfance, enfants déja éduques et parents doivent avoir des rapports affectifs d'amis, de compagnons, de camarades, qui ne pèsent pas sur leurs vies réciproques. L'affectivité évoluera de son état animal actuel, vers des formes plus profondes et plus fines d'amour humain, d'estime, de solidarité, d'échanges réciproques enrichissants. La tendance générale de tous les sants. rapports humains sera d'ailleurs vers l'amour du prochain.
Actuellement, chacun se sent par rapport a lautre, gêné, inconfortable, blessé même, tant les rapports réciproques entre hommes sont antagonistes et complexes. La libération dans ce domaine consistera dans l'élimination des antagonismes, des complexes, des deséquilibres entre hommes et dans la découverte par chacun que l'autre est une source de joie possible, un aspect, une experience, time réalisation diftérente et unique de letre humain.
Mais revenons aux enfants, à la femme et à la famille. Les enfants doivent naitre et exister pour eux-mêmes, et non pas en tant qu'objets d'occupation ou de consolation ou de revanche, des parents ou de mères ou de pères, frustrés et vaincus.
La solution pour la femme n'est certes pas les enfants, le ménage, le foyer. Comme pour Thomme, la solution est dans une vie sociale active, intéressante, et une vie sexuelle et amoureuse satistaisante.
Mais sur quelle base établir cette dernière ? Dans la société actuelle les rapports egalement entre les sexes sont taussés, déformés. Il n'y a d'union heureuse dans le couple que sur la base d'une complémentarité équilibrée de tous les points de vue. Il faut naturellement qu'il y ait tout d'abord un attrait sexuel fort et mutuel. Mais cet attrait déjà est la résultante d'un ensemble de facteurs organiques, corporels, psychiques, culturels. Sa durée depend enormement de l'affinité réelle qui s'établit entre l'homme et la femme, et dans laquelle entre la totalité de leur personnalité, découverte peu à peu par l'un et par l'autre. Les liens les plus durables s'établissent entre deux êtres, cha- cun riche en lui-même, et qui présentent, créent, et développent des affinités multiples et profondes concernant leur manière de comprendre et d'agir sur la nature et la société.
L'attrait initial sexuel est la base fondamentale de tout lien dans le couple, mais il est déjà complexe dans la nature et ne dure que dans un contexte d'autres facteurs. Comment former le couple
Dans la phase de la jeunesse de l'être humain, l'attrait sexuel est puissant et quasi aveugle. Il faut l'accepter et en Jour tel qu'il est, tel qu'il vient. Mais cela ne doit pas conduire nécessairement au « mariage », à la famille, aux enfants, c'est-à-dire à un enchaînement plus durable et qu'on ne peut pas rompre dans les conditions actuelles sans nuire aux plus faibles du lien : la femme, les enfants. Un lien plus durable, sous forme de famille, ne devrait s'établir qu'à la suite d'une vie sexuelle et amoureuse pleine et libre durant la jeunesse, avec beaucoup d'expériences et pas avant que l'homme et la femme mûrissent en tant qu'êtres humains. Un lien sexuel et amoureux ne devrait tourner en « mariage », famille et enfants, sans que soit établi, après une période d'expérience dans la liberté, sa validité plus profonde.
Tandis que d'ordinaire les gens se marient jeunes, sans expérience d'aucune sorte, aveuglément pour ainsi dire, sous l'emprise de l'attrait sexuel, ou même, dans la routine et la pire encore, pour se « caser », entrer vite a centrer vite sécurité illusoire. D'où le naufrage rapide bientôt l'homme et la femme, et qu'on s'efforentre l'intermédiaire des enfants. C'est la femce d'oublier, d'embellir ou de cacher par me, le plus souvent, qui pousse au mariage, à la famille, aux enfants. Elle le fait pour se protéger contre sa position sociale défavorable et pour compenser ses échecs sexuels et amoureux. La femme ne règne dans une illusion d'appréciation et de liberté que jeune et belle. Elle se voit alors admirée, désirée, non pas pour trait sexuel sur l'homme. Mais, dans la sa personnalité totale, mais pour son atsociété actuelle, l'âge est un handicap terrible surtout pour les femmes, qui les deprecie très rapidement. D'où leur anxiété de se « marier », de consolider leur lien par des enfants, et leur résignation à ce rôle.
Dans la société civilisée de demain, les droits de la jeunesse à une vie sexuelle et amoureuse pleine et libre seront parfaitment assurés. créant la base pour des couples solides et durables. On peut déjà concevoir une société qui reconnaisse la valeur fondamentale pour l'équilibre, la joie, l'épanouissemnt de l'individu, d'une vie sexuelle et amoureuse pleine et libre, société dans laquelle le couple mo-
NALI 51 nogamique, plus ou moins durable, remplace la famille du type actuel. Les enfants d'une telle société, produits d'eugénisme, recevraient une éducation collective sociale. Naturellement cette étape est encore très lointaine, car elle présuppose une société hautement développée point de vue matériel et culturel, qui a extirpe les classes, la propriété, l'argent, les différences entre travail manuel et intellectuel, les préjugés de toute sorte concernant la femme, ou les patries ou la religion, etc. Une société d'hommes libres, hautement développés, capables de jouir leinement et sainement de la vie, sans nuire à autrui.
Pour le moment, nous avons affaire à une société capitaliste ou à une société de transition au socialisme, matériellement et culturellement encore assez arriérée. Il nous faut donc sur tous ces probe mes ta ser passer de la famille du ton un programme de transition : on actuel pour toute une période. Mais ce qui est possible et nécessaire est ceci : reconnaître tout d'abord la totalité de la question de la femme, dans tous ses aspects, dans toute sa complexité, et ne pas limiter la lutte à l'affranchissement et à l'égalité économique. Reconnaître à la femme le droit à une vie sexuelle et amoureuse pleine et libre, et la protéger légalement, par la société, contre la maternité non voulue. Eduquer les membres du Parti Révolutionnaire et les ouvriers d'avant-garde, dans un esprit tenant compte de tout ce femme, la famille, faux d'exiger de conceptions, il n'en qui a été dit sur la les enfants. S'il est tout ouvrier de telles est pas moins faux de négliger l'éducation des membres du Parti Révolutionnaire dans cet esprit. La seulement dans leurs idées politiques, ti Révolutionnaire doit se montrer non qualité communiste des membres du Parmais, également, dans leur comportement individuel et leurs conceptions d'ordre culturel et moral.
Les rapports entre hommes et femmes, les rapports avec les enfants, le comportement de chacun, dans la famille actuelle, l'éducation des enfants, sont des criteres, plus importants que la profession des idées communistes, pour la qualite vraiment communiste du membre du Parti Révolutionnaire.
Le stalinisme a fait énormément régresser la pensée et la pratique sur ces questions, au profit de conceptions et de mœurs réactionnaires et petites bourgeoises. C'est à la IV° Internationale d'élaborer une pensée cohérente concernant ces questions, qui tienne compte de l'expérience, de la science et des perspectives socialistes pour la société humaine de demain. Mai 1960.