Documents de la IVe Internationale

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La revue › 18e année, n° 11

La crise congolaise

Quatrième Internationale, 18e année, n° 11 · octobre-novembre 1960 · p. 11-13 · 1 570 mots

In English: Editorial Notes: The Congo Crisis and the Forces of the African Revolution (Fourth International No. 11, Autumn 1960).

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La crise congolaise se prolonge déjà depuis quelques mois sans aboutir à une solution tant soit peu durable, bien qu'y alent été impliquées les forces et les pressions 10. PAN, les pats aucains, etc. Pourquot la crise congolaise est-elle si importante, les plus puissantes sur l'échelle mondiale : les Etats-Unis, TO.N.U., si large et si persistante ? Qu'est-ce qui empêche que cette affaire soit réglée, comme dans le passé, par une simple opération de police de la part de l'impérialisme ou de l'O.N.U. 2 Quelles sont les raisons qui expliquent l'échec ou la neutralisation des tentatives répétées de démembrement de l'Etat congolais, qui ont empêché que celui-ci éclate sous la pression de l'impérialisme et sous celle des chefs tribaux ? ontre la population blanche qui ont fait que le Congo est devenu le centre d'ur , ce ne sont pas les soi-disant attaque crise internationale, d'une mobilisation mondiale de forces et de pressions

Le fait que le Congo soit devenu un point névralgique de la crise internationale, que des actions politiques et de masses de proportions en soi modestes aient été au centre de l'attention internationale, démontre avant tout la profondeur de la crise de la domination impérialiste dans le monde colonial. Cela démontre l'impuissance de l'impérialisme à faire face à ces foyers de la révolution coloniale. Cela indique comment de tels mouvements, dans certains pays jusqu'ici considérés comme étant éloignés, ébranlent le régime par les répercussions et les mobilisations qu'ils provoquent.

Mais si ce mouvement au Congo a une telle répercussion internationale, c'est arce qul est expression dun nouveau developpement de forces révolutionnaires isqu ici impuissantes ou inexistantes en raison de létat tribal arriéré, et contenu par l'hégémonie politique de l'impérialisme.

Le développement de ces forces est contradictoire et anarchique Il ne s'exprime pas par une force organisée et bien délimitée, même pas du type de celles connues d'apathie. Il a ses côtés forts et ses côtés faibles. Il est fort et il voit clair laible, dans des pays analogues, mais par des réactions, des explosions avec des pauses l'ennemi en présence, c'est l'exploiteur blanc, le fonctionnaire blanc ; il il montre ses faiblesses quand il s'agit de se délimiter du tribalisme et des éléments arriérés de la société congolaise.

L'armée congolaise, le mouvement national congolais de Patrice Lumumba sont les seules forces indigènes qui n'aient pas, avant tout, une base tribale. C'est pourquoi ils ont exprimé les premiers, sur la base la plus centralisée, la rébellion contre l'oppres sion colonialiste imposée par les Belges. L'armée congolaise, dans laquelle se reflètent toutes les contradictions, a été la première, après l'indépendance, à exprimer la révolte contre la tentative de l'impérialisme blanc de prolonger sa mainmise sur le pays sous des formes nouvelles. Ils ont été à l'origine d'un mouvement confus et contradictoire, dont la ligne générale, cependant, est contre l'impérialisme, pour un Etat centralisé, contre les mouvements sécessionnistes ou tribalistes qui ont été isolés dans la plupart des cas.

La force qui anime ce mouvement, avec toutes ses contradictions, ce sont les masses congolaises. Ce n'est pas l'habileté politique de Lumumba qui a empêché l'écla tement de l'Etat congolais sous les pressions entrecroisées de l'impérialisme belge, de l'impérialisme yankee, de l'O.N.U., de I'O.T•A.N., des régimes les plus droitiers de l'Afrique, comme ceux de la Tunisie et du Maroc, des chefs tribaux, de l'Union Minière et des forces militaires belges stationnant dans les pays.

C'est un mouvement de masses qui s'efforce de sortir de son état tribal arriéré, économique et social, qui cherche à accéder à de nouvelles conditions de vie, plus humaines, qui, malgré le caractère confus de ses objectifs, veut la création d'un gouvernement centralisé, qui - en adoptant des formes analogues à celles de pays de conditions similaires dans la personne de Lumumba et dans son équipe, dans l'armée avec des officiers noirs. Ce mouvement peut être temporairement dévié ou confondu par des actions telles que celles de Mobutu, mais c'est sa signification profonde qui empêche des solutions ouvertement contraires national, qui empêche une solution Mobutu - Kasabuvu - Iléo, bien qu'il n'ait pas la force et la clarté suffisantes pour imposer la solution Lumumba.

Sans comprendre ce mouvement de masses, on ne saurait comprendre la crise congolaise, la survivance « miraculeuse » de Lumumba, Timpossibilité pour Hammarskjold, l'O.N.U. et ses «casques bleus » d'imposer une solution Kasabuvu-Iléo. On ne saurait comprendre non plus la paralysie et l'impuissance des vieilles forces tribales sur lesquelles se base l'impérialisme contre l'Etat centralisé. Ces forces sont neutralisées et ont commencé à se désagréger en face du mouvement national, à la suite d'un changement politique et social qui se développe parmi les masses. Les forces tribales, les partis qui ont une base tribale, peuvent avoir une certaine force en tant que « groupes de pression », ou rendre plus difficile une action de cohésion de la part des forces nationales, de l'Etat, du gouvernement, de l'armée, du M.N.C. Mais elles ne peuvent pas imposer une solution a elles a la situation présente, elles sont con damnées à jouer un rôle local Les efforts de limpérialisme et de l'O.N.U. afin qu les Kasabuvu, Tschombé, Iléo, Kalondji, Mobutu puissent se soutenir mutuellement n'ont pas réussi à regrouper une force capable de fournir une alternative valable.

Il y a une autre force qui soutien la révolution congolaise : c'est la révolution a situation où se trouvent ces gouvernements sous les mêmes preana) dec timpe e rôle de certains gouvernements africains (Guinée rialisme qui, en se basant sur les forces les plus arriérées du tribalisme, tâche de briser l'essor de ces Etats nouveau-nés et d'éviter l'établissement d'une force qui surclasse la puissance des compagnies impérialistes. Pour s'affirmer, la cause l'indépendance et du progrès en Afrique doit combattre cette double pression décentralisatrice extérieure et intérieure. Par suite de la faiblesse des Etats, elle exige une certaine alliance et un soutien mutuel des forces progressistes. En appuyant Lumumba, Sekou Touré et Nkrumah cherchent un appui pour leur propre pouvoir à l'intérieur. L'éclatement du Mali, par l'alliance de l'impérialisme français avec la bourgeoisie de Dakar, en est un exemple.

Le rôle de l'O.N.U. a, par contre, consisté à paralyser les forces centralisatrices, isoler un secteur du pays par rapport à l'autre, à paralyser le gouvernement centralisateur de Lumumba, à se transformer dans la seule force centralisée dans le pays et à ouvrir ainsi la voie à des solutions impérialistes plus ouvertes. La contradiction parmi les forces militaires de l'O.N.U. elle-même, les démarches et les menaces de retirer les troupes de certains pays, démontrent jusqu'à quel point la situation congolaise a exercé une influence même sur l'unité d'action de l'O.N.U., et a empêché celle-ci de pousser plus loin les plans de l'impérialisme et de Hammarskjold.

L'intervention de I'U.R.S.S. n'a pas été un caprice de Lumumba. Elle est le reflet de la conscience croissante, de la part de la africaine, de la force croissante que lui assurent l'existence des Etats ouvriers et son alliance avec eux. En succes scientifiques, techniques, économiques de I'U.R.S.S. de la Chine exercent une attraction profonde sur cette révolution qui est au une recherche, de la part des masses noires, de conditions de vie que l'impérialisme leur avait niées.

L'intervention de l'Union Soviétique, ensemble avec celle des Etats africains, a contribué à neutraliser l'aggression belge et les menaces réelles d'autres interventions directes de l'impérialisme. Si, en dépit de cela, les ambassades soviétique et tchèque ont été fermées, ce succès partiel et fort probablement temporaire de l'aile réactionnaire Mobutu n'a été rendu possible qu'avec la complaisance de certains Etats cains, soucieux d'éviter une croissance trop grande de l'influence soviétique en Afrique.

Au Congo, il ne s'agit pas seulement de la création d'un Etat centralisé ou de l'expulsion de l'impérialisme. Les masses cherchent à avoir accès à la civilisation, la seule voie, c'est d'expulser les « civilisateurs », qui sont obligés désormais de s'appuyer sur les éléments les plus arriérés de la société congolaise.

Le soutien de la révolution congolaise par le mouvement ouvrier international et par les Etats ouvriers doit avant tout considérer ces aspirations sous-jacentes mouvement national, en demandant que les compagnies impérialistes soient chassées du Congo et que leurs ressources soient mises au service du développement économique du pays. En même temps, il faut établir, avec l'aide des Etats ouvriers, un plan de développement de léconomie congolaise, impliquant la diffusion du machinisme et de la technique agricoles, des investissements de capital de base et la création d'une industrie de consommation qui rende possible une amélioration du niveau de vie des nasses, qui assure une base matérielle à la lutte pour eliminer l'analphabetisme,

'élévation du niveau culturel du peuple et au dépassement de l'organisation sociale tribale. Les Etats ouvriers doivent développer un plan de formation de techniciens congolais, ete...

Ce n'est pas le capitalisme qui pourra arracher le Congo à son état arriéré. Une précondition de tout pas en avant est le retrait immédiat des troupes de l'O.N.U., la livraison des armes aux soldats et au peuple congolais.

Le peuple congolais doit ouvrir la voie vers son autogouvernement au travers d'organismes populaires d'autoadministration démocratiquement élus, et qui puissent élire démocratiquement le gouvernement central et constituer son soutien et la base de son fonctionnement national. A cet effet, le mouvement ouvrier international doit aider par tous les moyens le développement d'organisations indépendantes du prolétariat congolais (partis, syndicats), qui sont une nécessité vitale pour dépasser le cadre bourgeois qui n'est toujours pas brisé, même par Lumumba.

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