En 1956, le président Eisenhower fut réélu sous le slogan « paix et prospérité ». Depuis la récession de 1957, la « prospérité » n'a plus été assurée. Quant à la « paix », l'échec de la conférence au sommet a dramatiquement souligné combien elle reste fragile. Aussi, depuis la mort de Foster Dulles, l'impérialisme américain traverse-t-il une crise de direction qui ne cesse de s'amplifier.
Elle reflète sans doute un processus objectif : la détérioration constante des rapports de forces dans le monde, entre les forces capitalistes sans cesse battues en brèche, et les forces anti-capitalistes qui se renforcent partout, sauf dans les dernières forteresses « occidentales » du Capital. Elle n'en reflète pas moins aussi une absence de dirigeants capables de mobiliser les ressources encore énormes de l'impérialisme pour organiser une riposte tant soit peu efficace.
Les milieux dirigeants de l'impérialisme ont incontestablement pris conscience de la nécessité d'élaborer une stratégie globale nouvelle, depuis l'échec lamentable du roll back cher à M. Dulles. En fait, ainsi que le remarque non sans raison l'hebdomadaire britannique The Economist, ce sont les Etats-Unis eux-mêmes qui commencent à être « rolled back » au bout de l'ère Eisenhower.
On est frappé par la similitude des solutions proposées par Rockefeller dans le cales, fous les a des conces densites des le can dors tous multi-millionmonopoles, tous entourés par les idéologuas les plus perspicaces du camp bourgeois.
Dans la lutte à l'investiture républicaine, Richard Nixon me put « éliminer » la candidature Rocketeller qu'en empruntant largement son programme. Dans la lutte à l'investiture démocrate, Kennedy et Stevenson devinrent pratiquement indistinguables. Les nuances qui séparent Kennedy de Nixon sont elles-mêmes insignifiantes. En fait, le « réarmement politique » de l'impérialisme a été réalisé avant même que les électeurs ne l'aient légalisé dans un sens ou dans l'autre. Et la nouvelle stratégie de la bourgeoisie américaine peut se résumer dans la formule suivante : « expansion inflationniste » à l'intérieur, alliance avec la bourgeoisie coloniale à l'extérieur. Nous aurons l'occasion, dans un prochain numéro, d'indiquer les limites d'une telle politique, telles que les montrent entre autre certaines tentatives du passé.
Le changement est notable, surtout si on se rappelle qu'en 1952, la lutte pour républicaine se joua entre Eisenhower et Taft, incarnation de la vieille garde républicaine isolationniste et conservatrice, qui exprimait les intérêts de la bourgeoisie moyenne beaucoup plus que ceux des grands trusts. Ce courant, traditionnellement important dans l'histoire politique des Etats-Unis, a pratiquement disparu comme facteur politique. A la Convention républicaine, son dernier Mohican, le sénateur Barry Goldwater, capitula sans panache ni perspective-
Il en alla de même de la « gauche » démocrate des liblabs (libéraux-ouvriers). Encore en 1948, Truman arracha-t-il la victoire grâce à une campagne électorale extrê mement démagogique contre les trusts et les monopoles, et les « maîtres de Wall street ». On chercherait en vain la moindre trace d'un pareil vocabulaire non seulement dans la campagne électorale actuelle de Kennedy, mais même dans les « débats » de la convention démocrate. Les chefs syndicaux récoltent ainsi les fruits de leurs capitulations politiques en chaine. Les dirigeants démocrates supposent à juste titre que les votes de ceux-ci sont en tout cas acquis; ils me faire semblant de les acheter. On a ainsi vu le spectacle inoul des dirigeants synmême plus dicaux appuyant un candidat qui est l'auteur d'un projet de loi antisyndical et qui ne propose même pas de le reviser !
Cette « érosion des extrêmas » fait de la campagne électorale présente celle que la télévision à un degré inconnu. Des mesures même temps limité davantage encore les possibilités d'action des partis minoritaires, anti-démocratiques flagrantes ont en en premier lieu du Socialist Workers Party qui s'efforce d'opposer un candidat ouvrier indépendant aux deux candidats de la grande bourgeoisie en présence. Jamais le caractère formel et trompeur de cette démocratie n'apparut de manière aussi flagrante qu'aujourd'hui.
Il n'est pas étonnant que le public soit perplexe et que le doute continue à planer jusqu'à la dernière minute sur la personne du vainqueur. Certes, dans le pays. les démocrates sont largement majoritaires, et la mauvaise conjoncture économique (on semble être à la veille d'une nouvelle récession) se joignant aux défaites successives que l'impérialisme américain a dû encaisser à l'échelle mondiale devrait amener presque certainement une victoire démocrate pour le Congrès.
Mais les deux candidats en présence se ressemblent si fortement dans leur plateforme, se distinguent si peu dans leurs « convictions » politiques, que leur « person-
» semble devenir le facteur décisif du scrutin, et le rend incertain à l'extrême. L'impasse dans lequel la politique d'appui au parti démocrate a conduit les travailleurs américains devient ainsi apparente. Mais il faudra des chocs violents avant qu'ils n'apprennent à imiter la classe ouvrière canadienne, pourtant toute proche, qui a décidé de construire un Labor Party fondé sur les syndicats.