Au retour des vacances, l'économie française a montré des signes de stagnation. Les heures de travail. sont réduites dans l'industrie automobile. geois inquiets envisagent différentes mesures, dont une très petite augmentation des salaires, pour éviter que la situation économique empire. Le mécontentement ouvrier les questions économiques est évident, mais les pertes de salaires ralement limitées, il est peu vraisemblable que de grands mouvements revendicatifs se produisent. Cependant, ce sont des conditions qui favoriseraient une action politique tement politique, si les directions ouvrières voulaient vraiment faire quelque chose. ouvriers, d'autant plus qu'il y a de très nombreux motifs de méconten-
Renault vient de décider le licenciement de 3.000 travailleurs. Cette décision suscite douteux que cela se transforme en grandes luttes revendicatives. ouvriers. Des manifestations qui auront même une grande énormément d'émotion, et elle provoquera des manifestations de la part ampleur, mais il est fort D'ailleurs, la revendication naturelle dans ces circonstances — la semaine de 40 heures payée 48 — sort du domaine strictement économique, elle se pose à l'échelle nationale, elle devient une question politique, et elle s'insérera dans le contexte de la situation politique
La question principale, décisive, c'est la continuation de la guerre d'Algérie. Depuis la rupture des négociations (si on peut employer ce dernier terme) à Melun, chacun que les tristes gouvernements de la IV République en face du haut état-major comprend que de Gaulle de au Mali pour maintenir un bastion au Sénégal et pour essayer de prévenir un vote l'armée. Le soutien des colonialistes belges dans l'affaire du Congo, les manœuvres défavorable à P'O.N.U. sur l'Algérie, l'attitude dédaigneuse envers les Nations Unies, tout cela contribue à faire comprendre en France que ce régime s'enfonce dans une impasse, et que la « grandeur » était une politique qui allait coûter cher.
Dans cette situation où les illusions qui suivirent l'arrivée au pouvoir de de Gaulle se dissipent chaque jour un peu plus, les grandes organisations se taisaient, ou tout au plus prenaient leurs distances par rapport au pouvoir; elles ne faisaient aucune propagande pour offrir une solution et encore moins appelaient-elles à une action contre le gouvernement et le régime.
La nature a-t-elle horreur du vide politique, en tout cas le besoin a créé les appels qui ont bouleversé l'apathie.
Il y a quelques mois, la grande presse dénonçait avec indignation le « réseau Jeanson » qui aidait l'action du F.L.N. en France, et le groupe clandestin « Jeune Résistance » qui aidait de jeunes Français à ne pas servir dans la guerre d'Algérie La répression, loin de donner les résultats qu'elle recherchait, a au contraire stimulé de nouvelles forces qui se morfondaient dans la pseudo « action de masse » des grandes organisations contre la guerre, et ne voyaient plus aucune efficacité aux pétitions et aux « journées d'action » sans autre action que de décider de nouvelles « journées d'action » identiques. Aussitôt après les arrestations de membres du « réseau Jeanson », les publications clandestines sont multipliées, Algériens s'amplifiait, dans la jeunesse estudiantine se développait l'idée d'être réfrao taire au départ pour la guerre d'Algérie.
Au moment où s'ouvrait le procès du « réseau Jeanson », paraissait une déclarator 12 Onnaisant droits vous aristes, es et depuis par un nombre daque tion reconnaissant le droit à l'insoumission signée tout d'abord jour plus grand, et où se trouvent des noms fort notoires, pour certains tout à fait inattendus.
Au cours du procès, qui fut marqué par une défense vigoureuse, les accusés et ertains temoins ont tait des declarations défiant les autorités. La plus important si celle de Jean-paul Sartre qui a suscité la rage de toute la réaction et la stupeu de tous ces hommes de « gauche » qui se nourissent de mots pourvu qu'ils restent sans danger (1).
Ainsi l'intelligenzia qui, de tradition en France, participe dans une mesure appré ciable à la vie politique, cette fois-ci a rempli un certain rôle de parti, du moins en ce qui concerne l'affirmation de certains mots d'ordre, de certains appels à la jeunesse. Il n'y a pas à discuter telle ou telle idée de la déclaration des 121 : ce qu'ils ont fait, dans la carence des dirigeants politiques, est un acte hautement courageux que tout révolutionnaire doit soutenir.
Le pouvoir en France a d'ailleurs tout de suite compris l'importance politique de cette declaration : des qu'elle fut connue, il a renforcé la loi contre l'insoumission et l'encouragement à celle-ci. Quel « pouvoir fort » que celui qui, devant les signatures de cent vingt et un intellectuels, se précipite pour renforcer l'arsenal répressif Plus rapidement que les chefs des grands partis ouvriers, le le danger de cette déclaration intervenant sur un terrain miné par l'hostilité générale gouvernement a compris à la continuation de la guerre d'Algérie et par l'acceptation croissante de l'indépendance de l'Algérie. que cela montait Pas an contes pacit. Apostol role gos simemental avate aoute En annonçant l'aggravation des peines, le porte-parole gouvernemental avait ajouté retentissantes — sont venues s'ajouter, portant un nouveau déti au pouvoir.
Quoiqu'il en soit, toute la situation politique en France ne fait que tourner autour de la guerre d'Algérie, et de toute part la tension s'élève. La crise se reflète même dans des coins les plus surprenants. Ainsi le gouvernement a réuni des « commissions d'élus » algériens, dont les membres ont été désignés par lui, pour étudier plusieurs questions algériennes, et il s'est trouvé là des gens pour s'élever contre les « regroupements » de population. Même à la réunion des parlementaires de l'U.N.R., la formation dont le seul programme est de suivre de Gaulle, des élus musulmans ont refusé de voter une motion contre les accusés et témoins du proces du « réseau Jeanson » si on ne condamnait pas en même temps les tortures !
Le P.S. s'est prononcé pour la reprise des négociations, en enrobant cela de divers propos filandreux. Les centrales syndicales C.G.T., F.O. et C.F.T.C. ainsi que de la Fédération de l'Education Nationale, ont, à ce sujet, une position voisine de celle du Parti socialiste. Le P.S.U. se prononce contre l'insoumission et l'aide aux Algériens, mais sous la pression de jeunes, prend la défense de ceux qui sont arrêtés et poursuivis. L'attitude du P.C.F. jusqu'à ces derniers jours était d'une hypocrisie et d'une lâcheté inouïes. « L'Humanité » n'a jamais publié de façon tant soit peu honnête l'insoumission. Elle n'a en particulier pas publié une ligne de la déclaration de les points de vue partisans de l'aide aux Algériens ou de ceux qui sont pour
(1) Ces deux textes ont été reproduits dans un supplément de « La Vérité des Travailleurs », diffusé dans les entreprises.
Sartre. Elle s'est bornée à dire que les communistes étaient, eux, pour « l'action de masse ». La direction du P.C.F. s'est gardée de dire qu'elle a exclu des rangs du parti des membres qui avaient aidé les Algériens; elle faisait le silence depuis nombre de communistes emprisonnés parce qu'au service des mois sur un militaire ils s'étaient refusés à aller en Algérie. Depuis quelques jours, un certain
: « L'Humanité » rend compte du « procès Jeanson » en tournant semble s'esquisser première page, la direction des Jeunesses Communistes fait une déclaration sur « les veulent pas faire la guerre » Celles-ci organisent des démonstrations jeunes qui ne devant les mairies...
Le procès Jeanson et l'appel des 121 ont fait avancer la situation en France sur la question algérienne : tout le monde, à partir de leur action, a dû prendre position, les partis, les organisations syndicales, les cardinaux eux-mêmes, etc...
La déclaration des 121 a bien entendu stimulé la rage de prétendus représentants de la culture française, pour la plupart de vieilles ganaches sans talent. Mais elle aussi troublé la routine des « gauches », lesquels se des dirigeants de la Fédération de l'Education Nationale, de sortir un manifeste dont le but était d'arrêter le courant de signatures vers les 121. Rien ceux qui sont vraiment ce que Trotsky baptisa un jour de « vieilles filles des deux sexes ». Mais la situation en France, à propos de l'Algérie, est tendue que texte, écrit pour arrêter un courant pro-F.L.N., sert dans des milieux plus arriérés comme premier pas involontaire vers positions plus fermes. Néanmoins, la ligne de division qui s'est produite sur ce point, en ce qui concerne les directions et les publicistes se revendiquant de la gauche, a une grande importance pour l'avenir, Pes dite déves de conceptions, tede léretes de perspect des manit des plus mart Jour le développement ultérieur de la lutte; la « guerre des manifestes » exprimait de conceptions, les différences de perspectives, quant aux plus importantes questions de l'avenir de la société et des moyens d'y parvenir.
Ce n'est pas tout; l'Union Nationale des Etudiants de France (U.N.E.F.) qui avait avant les vacances rétabli les relations avec l'organisation des étudiants algériens, I'U.G.E.M.A., « dissoute », a décidé de faire une manifestation publique pour la paix en Algérie. Elle a fait appel à toutes les organtsations pour s'associer à sa décision. Il est indiscutable que cette décision, pour certains, ne vise qu'à constituer qu'une manifestation de contre-pression sur le pouvoir, face à la pression ultra. Mais, quoi qu'il en soit à ce sujet, une manifestation de rue aurait une importance exceptionnelle ; ce serait la première réelle manifestation contre le régime de Gaulle, ce serait le début d'une épreuve de force.
Or, la direction du du P.C.F. a aussitôt fait grise mine à cette proposition, le prétexte que « la classe ouvrière et son parti » ne peuvent pas être « des forces d'appoint ». Argument auquel la direction du P.C.F. ne songea guère lorsqu'il s'agit de faire un « front national » contre le réarmement allemand. L'opposition de la direction du P.C-F. se comprend par le fait que si elle sait pouvoir garder le contrôle sur des manifestations locales, elle sait aussi qu'une manifestation centrale, dans laquelle participeraient les « 121 » ne pourrait pas aussi aisément être encadrée politiquement et risquerait de déborder les objectifs de la direction du P.C.F.. Au moment où nous écrivons cette note, on ne sait encore à quoi aboutiront les entretiens de IU.N.E.F. avec les organisations syndicales pour la journée du 27 octobre. On peut craindre que les pressions diverses limitent les manifestations de cette journée; mais, de toute raçon, le proces Jeanson et les 121 ont contribué à faire avancer la lutte contre la guerre d'Algérie et ils ont éveillé des forces qui n'auront cesse d'agir jusqu'à la victoire de la Révolution algérienne.
La réaction s'est déchaînée. Salan a condamné la politique de de Gaulle
« l'Algérie algérienne ». Les propos des ultras contre le pouvoir se multiplient. Mais les capacités d'action de la réaction sont limitées. Même dans leur bastion algérien
Isrsont bien prudents : les événements de janvier dernier leur ont donné à réfléchir sur leurs propres forces et ils ne sont pas sans savoir que la lassitude est grande, y compris parmi les Européens d'Algérie qui voient commencer \une septième année de guerre sans la moindre perspective de victoire.
Le vrai danger, c'est que la lâcheté, les carences, depin des courage des inteitectesistes de cole et decisse ouvrière paralysent, grandes masses, laissent le champ libre au pouvoir pour réprimer violemment. Le pouvoir bonapartiste ne s'embarrasse guère de ce qui est manifestation en vue d'exercer une pression surtout quand cela vient des masses. sait très bien à quoi s'en tenir sur les sentiments populaires dans la question algérienne• pouvoir repose avant tout sur les de coercition, plus particulièrement sur l'armée (c'est-à-dire l'armée de métier). Il ne va pas scier la branche sur laquelle il est posé. Le régime issu du 13 mai ne disparaîtra pas comme celui de la IV' République. Ce qui est très important dans les manifestations des intellectuels, c'est qu'une partie d'entre eux est arrivée à des conclusions tout à fait justes sur ce point. La déclaration de Sartre pose le problème et les perspectives en termes que nous approuvons sans réserves :
efforts à la « la gauche seule force qui lutte aujourd'hui réellement contre l'ennemi commun des est impuissante, et elle le restera si elle n'accepte pas d'unir ses libertés algériennes et des libertés françaises. Et cette force, c'est le F.L.N....
« ..les Français qui aident le F.L.N. ne sont pas seulement poussés par des senau service d'une cause étrangère, ils travaillent pour eux-mêmes, pour leur liberté timents généreux à l'égard d'un peuple opprimé et ils ne se mettent pas non plus leur avenir. Ils bénéficient de concours de plus en plus nombreux, d'une sympathie active ou passive qui ne cesse de grandir. Ils ont été à l'avant-garde d'w mouvement qui aura peut-être réveillé la gauche, enlisée dans une misérable prudence. Elle aura mieux préparé l'inévitable preuve de force avec l'armée ajournée depuis mai 1958..
-« le moment approche où chacun devra prendre ses responsabilités. Or ceux-là mêmes qui sont les plus engagés dans l'action politique hésitent encore sont les sait quel respect de la légalité formelle, à franchir certaines limites. nemes qui sont les plus par on jeunes au contraire, appuyés par les intellectuels, qui comme en Corée, en Turquie, au Japon, commencent à faire éclater les mystifications dont nous sommes victimes D'où l'importance exceptionnelle ex tous les le de cs, de toses les prudens, e s Algens et de de ce proces. Pour la première fois en dépit tous les obstacles, Français, fraternellement unis par un combat commun, se retrouvent ensemble dans le box des accusés...
• Ce qu'ils [les Français] représentent, c'est l'avenir de la France, et le pouvoir éphémère qui s'apprête à les juger ne représente déjà plus rien »
Le danger, c'est que l'initiative reste au pouvoir bonapartiste, et que celui-ci ne manquera pas de s'en servir pour se livrer à une répression acharnée. La partie s'engage donc dans des conditions qui feront que la victoire s'obtiendra à un prix plus élevé. Mais il ne peut y avoir aucun doute quant aux résultats. D'abord parce que sur le plan international. la révolution coloniale est invincible, et que ceux qui aujourd'hui s'opposent résolument à la guerre d'Algérie ont à leurs côtés les gros bataillons de la révolution coloniale. Ensuite parce que ce mouvement a dès maintenant conquis l'avant-garde de la jeunesse estudiantine, qu'il englobera toute la jeunesse du pays, et que ces jeunes, auprès desquels les vieilles directions ont très peu d'autorité, serviront de détonateur dans le mouvement ouvrier. Ainsi à accélérer le difficile combat pour la création d'une nouvelle direction contribueront-ils dont le seul programme ne pourra être que celui du marxisme révolutionnaire, de la IV* Internationale.
Les trotskystes/de France, sans abandonner un seul instant le travail au sein du P.C.F., où se trouvent les forces révolutionnaires ouvrières les plus importantes du mouvement ouvrier français, ne manqueront pas d'accorder à l'action d'avant-garde des intellectuels et | des jeunes tout l'appui qu'elle mérite, notamment en vue de la populariser auprès des travailleurs, pour surmonter les méfaits des directions et sus citer l'action de la classe, la vraie action de masse, qui arrêtera la guerre, appuiera le combat de la Révolution algérienne jusqu'à son triomphe et balavera le régime gaulliste.