V. - L'ALLIANCE DES OUVRIERS ET DES PAYSANS :
SES BASES ET SES TACHES
Réforme agraire et révolution permanente.
L'expérience bolivienne est concluante : le développement en profondeur de la réforme agraire est incompatible avec la survivance du régime capitaliste. Malgré son caractère non capitaliste, la réforme agraire est par la logique de son développement, à cette époque et dans les pays arriérés, de nature anticapitaliste. D'ou le dilemme : ou bien c'est un gouvernement ouvrier et paysan qui soutient et développe la révolution agraire, ou bien c'est le gouvernement bourgeois qui s'opposera aux masses paysannes et fera échec à la réforme agraire, dans une alliance plus ou moins ouverte avec les propriétaires fonciers.
L'illusion L'illusion des partis petits bourgeois et des théoriciens du développement bourgeois des pays arriérés, consiste à croire que la réforme agraire, la destruction du féodalisme à la campagne et le transfert intérieur par l'adusi et et tent les bacies terres aux paysan: créent un marché ses pour un développement du capitalisme et de la bourgeoisie industrielle.
Cependant le premier résultat d'une rétorme agraire entreprise « à la bolivienne » n'est pas la création d'un marché large (il viendra après, si le développement de la production intervient), mais la destruction d'une des bases d'investissements et d'accumulation capitalistes, à savoir l'alliance des capitalistes propriétaires terriens et l'appropriation diavec les recte par ces derniers du travail non payé des paysans.
La réforme La réforme agraire rompt l'équilibre des forces entre la bourgeoisie nationale et le prolétariat. D'une part, du fait que la réforme agraire est imposée par des
Best masses mobilisées et armées (sinon il n'y aurait point de réforme agraire ni de partage de terres), le prolétariat gagne un puissant allié D'autre part, la destruction du pouvoir politique et économique des propriétaires terriens enlève à la faible bourgeoisie nationale son meilleur allié — l'impérialisme mis à part — contre l'offensive des masses.
Le développement de la révolution paysanne rapproche l'heure de la capitulation de la bourgeoisie nationale devant l'impérialisme, en se livrant ainsi à son allié le plus sûr contre les masses
La révolution paysanne, la mobilisation armée des paysans pour la prise et la défense des terres, leur soutien du régime issu de la révolution des masses ont constitué les seules bases pour le maintien de la révolution bolivienne.
Sans l'armement des paysans et leurs syndicats, sans l'alliance de fait entre les syndicats paysans et les syndicats ouvriers - en premier lieu les syndicats des mineurs — qui a été réalisée malgré le sabotage des directions; bref, sans la dualité du pouvoir il y aurait longtemps que la révolution bolivienne aurait été défaite, par suite de la capitulation de la direction petite bourgeoise devant la pression et sous les coups de la réaction indigène et de l'impérialisme.
Si une situation de double pouvoir n'était pas intervenue, la réforme agraire, " progressiste » et « démocratique » qu'elle aurait pu etre, serait morte depuis long temps aux mains d'un pouvoir capitaliste stable.
Cependant la survivance de l'Etat capitaliste, du régime capitaliste en Bolivie travaille objectivement jour après jour
(*) Voir le début dans « Quatrième Internationale », n° 9, mai 1960.
contre la réforme agraire. Si celle-ci n'était soutenue par d'autres mesures anticapitalistes, mais se voyait isolée et blopas quée, la désillusion et la dispersion des masses commenceraient. Cependant ce ne sera pas l'affaire d'un jour. Des paysans armés défendant leurs terres dans
La question
La question du pouvoir devient la question clel pour la victoire de la révolution agraire et le développement industriel et agricole du pays. Le pouvoir capitaliste est impuissant à arracher le pays à son retard teodal et a developper le capita« Capitalisme d'Etat et l'impôt en natulisme. Comme Lénine la montré dans le re », seul le pouvoir ouvrier peut développer le « capitalisme » dans un pays arriéré, sous la direction et le contrôle d'un Etat ouvrier.
C'est aussi ce que Trotsky dit dans sa deuxième thèse de la « révolution permadont le développement bourgeois est retard, et en particulier les pays coloniaux nente » En i concerne les pays Len et semi-coloniaux, la théorie de la révolution permanente signifie que la réalisation complète de leurs objectifs démocratiques et leur libération nationale ne peuvent se concevoir qu'à travers l'action de la dictature du prolétariat, érigé en leader de la nation opprimée, surtout des masses paysannes»
Mais la question du pouvoir pose la question de l'alliance des ouvriers et des paysans, sans laquelle on ne peut concevoir la lutte pour le pouvoir ouvrier dans un pays arriéré. est La basee de sa revers en fat po-ames « L'alliance des ouvriers et des paysans ricaine. Pour qu'elle puisse être établie, Il taut que le proletariat appelle a lutter, et lutte lui-même avec son propre programme, pour la réforme agraire et la voir ouVrer, pour à laurat po d un goudéfense du partage des terres. Il doit vernement ouvrier et paysan qui main-
Dans une telle situation il faut que soit précisé le programme permettant la progression de l'alliance des ouvriers et des tion de la direction révolutionnaire. Paysans et, sur cette voie, la construc-
Le paysan n'a pas mis beaucoup de temps à s'apercevoir que la réforme agraire n'est pas le remède à tout. Certes cette réforme maintient l'agitation, les masses se mobilisent derrière elle. Mais si elle n est pas complétée par d'autres mesures, elle étouffera. Le développement économique, l'accroissement de la production, élévation du niveau de vie des payparmi les bases de l'alliance des ouvriers sans après la réforme, doivent compter et des paysans pour qu'elle se maintienne.
Confronté avec une réforme agraire réalisée à moitié (on n'a fait que distribuer ed tres le pas dit voir dans l'oupays agricole, c'est là une capacité de résistance qui peut durer pendant de longues années si la question du double pouvoir n'est résolue, surtout si la résistance et la cohésion du prolétariat sont maintenues par ses syndicats, même si ceux-ci ne vont pas de l'avant. du pouvoir tiendra et défendra le partage des terres ». (Editorial de Revista Marxista Latinoamericana, N° 9):
Telle est la condition fondamentale de l'alliance des ouvriers et des paysans dans leur lutte contre la bourgeoisie nationale, l'oligarchie et l'impérialisme. Cependant, dans la situation bolivienne qui découle de la révolution d'Avril, du partage des terres et de la dualité de pouvoir, il faut encore que soit mis en avant un programme qui montre aux paysans que le salut de la révolution agraire déjà commencée dépend du pouvoir ouvrier. Il est question d'un programme de transition pour la période allant de l'étape actuelle à celle de l'instauration du gouvernement ouvrier el paysan. En Bolivie, comme a Cuba au debut -et ce sera plus tard le cas pour d'autres pays de l'Amérique latine — on a vu la force des masses mobilisées réaliser une réforme agraire profonde, jamais accomplie par la bourgeoisie, dans une situation de double pouvoir, ou de double pouvoir embryonnaire. Cependant l'absence ou la faiblesse de la direction marxiste révolutionnaire fait que les choses n'aboutissent pas à l'instauration d'un gouvernement ouvrier. Alors il s'installe dans le pays un régime bourgeois mais doublé d'un pouvoir ouvrier embryonnaire, tandis que la révolution paysanne secoue profondément les assises et les chances de stabilisation de ce régime. Une telle si- SItuation est le résultat caractéristique de l'écart existant entre les conditions objectives hautement révolutionnaires et le retard des conditions objectives, c'est-a-dire du retard dans la construction d'une direction ouvrière révolutionnaire de masse.
vrier non seulement le garant et la direction de la lutte pour la terre mais aussi le soutien, le guide et la direction du développement économique agricole.
Cest avec l'étalon de ses intérêts économiques étroits que le paysan mesure l'utilité et le résultat de ses alliances. Il sait que dans le prolétariat se trouve le garant contre le retour des seigneurs terriens, et c'est pourquoi il le soutient. Mais il a besoin de quelque chose de plus pour aller de l'avant et combattre le gouvernement capitaliste responsable de la crise connaît la réforme agraire.
que L'alliance, pour qu'elle progresse, devra s'asseoir non tance au retour de l'ancien régime, des seulement dans la résisanciens patrons, mais aussi et surtout dans la lutte contre le gouvernement capitaliste et son intluence sur les paysans.
Les mesures et les solutions pour mettre l'alliance à la hauteur de cette tâche,
Les bases de l'alliance des ouvriers et des paysans
Les bases de l'alliance des ouvriers et des paysans doivent correspondre à la situation actuelle.
L'alliance ouvrière et paysanne n'a pas été défaite, mais elle a reculé. Elle se maintient en tant que front de resistance, de défense des gains acquis. Cependant on doit la transtormer en un front d'offensive vers de nouvelles positions révotionnaires.
Le recul de l'alliance n'a pas été déterminé uniquement par la politique de la direction, bien que celle-ci y ait été pour beaucoup. Il est dû aussi au recul de la subsistance, et aussi à l'abandon dont les besoins des paysans ont été l'objet. Le gouvernement est conscient de la nature dissociante de ces facteurs, et il s'emploie a le sinon de a soumission de la direcpassition ouvrière officielle qui a tourné le dos à la A pres spasines de réforme agraire officielle, le paysan n'a pas pu élever son niveau de vie ni augmenter sa produc-
La question n'est pas simplement d'élaborer des plans. Des plans se trouvent dans les livres; même la CEPAL a fait état d'une série de pour améliorer la situation de l'agriculmesures nécessaires ture bolivienne. La véritable question, c'est de savoir qui applique de tels plans, avec quelles forces, par quels moyens. Ce quie eira as selle ment lesquisse du poraqui agira sur le paysan sera la pracar en définitive ce qui constitue son pores appliquent le pes méthodes et les programme sont les méthodes et les
La question se ramène donc a la quesnon du pouvoir: qul gouverne et dans lintérêt de qui ? Les mesures pour aug menter la production agricole ne doivent pas venir d'en haut, dictées par le gounement capitaliste, car celui-ci ne peut, quelle que soit l'excellence des plans, mobiliser les torces necessaires pour les accomplir. A la vérité, il ne le veut pas non plus.
Seul le pouvoir ouvrier peut réveiller ces forces, les mobiliser, les pousser a developper toute leur capacité créatrice. Le pouvoir ouvrier n'est pas en contradiction avec la mobilisation des paysans; au contraire il a besoin de cellé-ci pour sa politique et l'économie. Le pouvoir capitaliste est opposé à toute mobilisation mene pyur demoraliser et danser les pai des paysans. grande campagne sans ne peut aucunement lui permettre de les mobiliser pour produire. Or sans mobilisation ni participation des masses il n'y aura pas dans un pays agricole un accroissement de la production, et encore moins de la production agricole.
Le pouvoir est nécessaire pour l'application d'un programme de développement de l'agriculture, en le reliant harmonieusement a un plan de développement industriel. C'est seulement sur la base d'une industrie étatisée qu'il est possible de réaliser ces tâches sans écarts ni crises convulsives (20).
Le pouvoir est nécessaire pour orienter et distribuer adéquatement les ressources de capital, si réduites dans un
NALE 19 tion. Il est en train de réaliser une expéla terre ne suffit pas. En réalité, ce n'est rience qui lui dit que la possession pas cela qu'il attendait de la réforme agraire.
Le mouvement ouvrier doit se montrer dans les faits et des maintenant comme le guide du paysan auquel il apporte une aide pratique, des plans, des méthodes de lutte pour l'élévation du niveau de vie de la production à la campagne. Il doit montrer dans la pratique, même à pe peysan peut de surer les conge des des paysans et améliorer leur situation. La paysannerie, qui possède déjà en grande partie des terres, sera gagnée à la lutte pour le pouvoir ouvrier, contre le gouvernement, capitaliste, Si le mouvement ouvrier lui montre dès maintenant les méthodes et les possibilités dont le pouvoir ouvrier se servira pour faire augmenter la production agricole et accroître le bien-être des paysans. pays arriéré. , ainsi que pour appliquer une politique dinvestissements adequats aux besoins du développement. Sans une politique d'investissements de priorité dans ceux-ci, le programme • sans un ordre ne sera qu'une abstraction. Une telle politique ordonnant les investissements, seul le pouvoir peut la mener.
Enfin, le pouvoir est nécessaire pour le contrôle et l'utilisation des ressources de crédit et du commerce extérieur, sans lesquels il n'y a pas de développement possible de la production agricole.
Ce pouvoir doit reposer sur la démo-
(20) < Dans ce cas (des pays arriérés H.L.), l'étatisation des principaux moyens de production et l'adoption dès le début des méthodes et des pratiques commerciales doivent être au plus vite complétées par deux mesures supplémentaires : la planification d'une industrialisation accélérée, la collectivisation progressive de l'économie agricole, avant tout selon les possibilités de l'industrie » (M. Pablo, « Problèmes économiques et politiques des régimes de transition » dans sa brochure Dictature du Prolétariat, Démocratie. Socialisme, page 22).
« Le renouvellement socialiste de l'agriculture ne se fera naturellement pas par les coopératives considérées comme forme neuve d'organisation, mais au moyen des coopératives appuyées sur l'industrialisation générale. C'est-à-dire que le progrès technique et socialiste de l'agriculture ne peut pas être séparé d'une prédominance croissante de l'industrie dans l'économie générale du pays 2. (Le Trotsky, Vers le capitalisme ou vers le socialisme, cité par M. Pablo, dans son ouvrage cité plus haut).
Il est indiscutable qu'une solution harmonieuse et équilibrée de ces problèmes est possible, en detinitive, seulement dans le cadre de l'unification socialiste de l'Amérique latine et non pas dans chaque pays pris séparément. Mais à l'étape actuelle, la révolution et la lutte pour le pouvoir ont des rythmes et des problèmes propres à chaque pays.
Pouvoir ouvrier et développement agraire
Pouvoir ouvrier et développement agraire cratie prolétarienne afin d'assurer l'apport de l'initiative créatrice des masses et de soumettre à leur contrôle le développement équilibré des différentes branches de l'économie. « La participation démocratique des masses est nécessaire pour nomiques, politiques et sociaux du Preçoit la solution des problèmes à la fois économiques, politiques et sociaux du plan : la balance de ce que lindustrie de l'économie agraire et de ce que cette dernière lui donne; le rapport entre l'ac-
Mais la question centrale, c'est d'ou et avec quelles forces, on doit aujourd hui partir pour parvenir au pouvoir, et comment on doit organiser l'alliance des ouvriers et des paysans pour la lutte pour le pouvoir.
L'alliance des ouvriers et des paysans se scelle à l'échelon le plus bas гертеsenté par l'intérêt du paysan. Pour retablir Tallance, il faut partir des interets du paysan à cette étape, qui se rattachent à la défense de ses conquêtes, (dont possession de la terre). à l'augmentation de la production agricole, à la vente de ses produits en vue d'acquérir ceux des villes dont il a besoin.
Pour accroître la confiance des paysans au prolétariat dans la lutte contre le gouvernement capitaliste, il faut agir en sorte que le paysan voie dans l'ouvrier le t doit un véritable soutien pour élever sa pro duction et son niveau de vie Il doit voir que l'ouvrier peut l'aider réellement là où le pouvoir capitaliste l'a laissé abandonné.
Il faut que le mouvement ouvrier organise la défense politique du paysan contre l'offensive du gouvernement capitaliste: il doit se montrer continuellement, publiquement, l'allié politique de la paysannerie, dans les villes et les mines, s'opposant au gouvernement, en appelant les paysans à son aide, en empêchant l'envoi des troupes à la campagne.
Il doit se montrer aussi, dans les faits, comme étant la seule alternative dans la crise actuelle. Il doit montrer l'unité qui existe entre l'intérêt économique immédiat et individuel du paysan et son soutien et sa participation dans la perspective politique de l'alliance des ouvriers et des paysans. Il n'y a pas d'autre moyen pour gagner la paysannerie à la défense taquer à l'ennemi qui les mue pe, s'le des positions acquises l'ennemi détruire : le gouvernement capitaliste el l'impérialisme.
Des pactes et des accords doivent être passés entre syndicats paysans et syndicats ouvriers (mineurs, métallos, cheminots, chauffeurs) pour approvisionner les économats produits agricoles, fournir des produits industriels à la campagne, assurer leur transport à bon marché, etc. Les employés de banque par exemple doivent établir quels sont les besoins des paysans en crédits agricoles et exiger de leurs syndicats que la banque les fournisse. Les syndicats ouvriers, paysans, universitaires, etc., doivent élaborer des plans sur les investissements nécessaires à l'agriculture, sur les besoins en semen cumulation et la consommation, entre le fonds de construction du capital de base et le fonds des salaires; la répartition du revenu national. La démocratie prolétarienne est nécessaire aussi bien en tant que stimulant économique que comme facteur de développement équilibré du plan ». (M. Pablo : « Problèmes économiques et politiques des régimes de transition » dans « Dictature du prolétariat, démocratie, socialisme », page 26). ces, engrais, irrigation, etc., destinés à augmenter rapidement et à bon marché la productien. Ils doivent faire un inventaire des ressources du pays en vue d'un plan d'investissement adéquat, comme ont commence a le taire, bien que sous une forme élémentaire, les controleurs ouvriers de la Corporation Miniere dans quelques mines a Huanuni par exemple). Les syndicats paysans, avec l'aide des universitaires, des techniciens, etc. doivent établir et faire appliquer les mesures les plus élémentaires pour l'accroissement de la production. Avec les syndicats ouvriers, Ils doivent assurer la commercialisation à bon prix des produits destinés aux économats des usines et des mine les se cats denseigniers, ils pesintermédiaires. vent envisager des mesures contre l'analphabétisme et pour lelargissement de l'instruction publique, tâches pour lesquels les l'Etat capitaliste ne montre aucun inleret et aucune mnitiative, et ils doivent exiger les movens nécessaires pour taire appliquer de telles mesures. A leur tour, les instituteurs, comme d'ailleurs tous les autres travailleurs des villes, doivent s'assurer le soutien de la paysannerie dans la solution de leurs problèmes et revendications. Des pactes et des accords similaires peuvent être établis avec les travailleurs du pétrole, du bâtiment, des höpitaux, les artisans, etc.
Il faut faire fonctionner les syndicats tant qu'organes elementaires de pou voir sur le plan économique. Même si leurs succès dans ce domaine sont limités, ceux-ci auront une très grande importance et ouvriront des perspectives pour sortir d'une période de dualité de pouvoir déjà très longue.
C'est de la sorte qu'on élèvera et construira le pouvoir ouvrier dans cette tuation de dualité de pouvoir, et que les masses acquerront confiance en ellesmêmes et en leur force.
Sans avoir le pouvoir en main, il est indiscutable que toutes les entreprises serent forcément limitées et n'apporteront pas de solution d'ensemble et durable aux rcblèmes posés par la révolution. Mais es succès qu'on pourrait enregistrer dans ces entreprises, s'ils étaient épaulés par l'unité d'action des ouvriers et des paysans, montreraient la voie pour le rétablissement de l'alliance des ouvriers et des paysans dans la lutte pour le pouvoir des travailleurs. Et ils montreraient combien grandes sont les possibilités du pouvoir ouvrier et paysan. Le paysan verrait cela sur le terrain de la réalité plus clai-
Par où commencer
Par où commencer rement qu'il ne voit à travers des explications et la propagande générale.
Les radios des mineurs constituent un précieux instrument pour diffuser les expériences de l'unité d'action des ouvriers et des paysans. Le paysan doit être informé et gagné à l'alliance avec la classe ouvrière. Les radios des mineurs sont l'instrument pour rompre l'isolement des paysans, les pousser à leur rassemblement à l'échelle nationale, les associer partout dans le pays aux luttes de leurs frères de classe. Une campagne des syndicats mineurs pour que les syndicats paysans puissent avoir des postes récepteurs aurait un grand écho parmi les paysans qui n'aimeraient pas mieux que d'être informés des nouvelles les concernant, diffusees dans leur propre langue le quechua ou l'aimara. Les possibilités de ces radios sont beaucoup plus grandes que celles de la presse.
En même temps il faut réorganiser, dans la nouvelle situation et pour de nouvelles tâches, l'organisme central de l'alliance des ouvriers et paysans, la C.O.B. Celle-ci ne doit plus être un appendice du gouvernement capitaliste mais au contraire son ennemi; elle doit être l'incarnation du pouvoir national des syndicats et des milices qui existent partout dans le pays.
Il faut accélérer le détachement politique des paysans envers le M.N.R. et son
La lutte pour ,rétablir pleinement l'al liance des ouvriers et des paysans se trouve liée à la lutte pour une nouvelle direction ouvrière et paysanne, tant syndicale que politique. La direction actuelle n'a pas d'intérêt à une telle alliance car celle-ci est dangereuse pour elle et son partl, le M.N.K Mais la lutte pour l'alliance des ouvriers et des paysans se developpe en même temps et sur la même voie que la lutte pour une nouvelle direction ouvrière Et dans cette lutte, est décisif le rôle conscient du P.O.K., de l'avant-garde marxiste révolutionnaire (21).
Le rôle du parti révolutionnaire est indispensable non seulement pour organiser l'alliance des ouvriers et des paysans dans la lutte pour le pouvoir, mais aussi pour la maintenir apres la prise du pouvoir, pour organiser et développer la production, pour construire l'Etat ouvrier et le socialisme.
L'Etat ouvrier et la construction du socialisme ne peuvent se développer sans
(21). Pour l'illustration de tout ce chapitre, est fort intéressante la lettre du Secrétariat du Bureau Latino-américain adressée en mars 1959 à la 16" Conférence nationale du POR, lettre sur laquelle se base le présent chapitre.
gouvernement. Chaque grève ouvrière, chaque grève des mineurs doit faire appel au soutien des paysans et se renforcer avec ce soutien dont l'importance est énorme à l'heure actuelle. Il faut revigorer les unions syndicales départementales, les comités de vigilance en tant qu'organismes locaux de l'alliance des travailleurs, de direction des mobilisations, de centralisation régionale du pouvoir ouvrier et paysan.
Un Congrès national des paysans, ainsi qu'un Congrès national des ouvriers devront constituer le point culminant de l'alliance réalisée et imposer dans le pays leur propre programme.
Toutes ces tâches sont nécessaires pour rehausser l'alliance des travailleurs des villes et des campagnes, renforcer son programme, faire sortir la révolution du marais où elle se trouve, capitaliser les nouvelles mobilisations qui secouent la campagne, empêcher qu'elles ne finissent dans la confusion et que s'accentuent les symptomes de décomposition que renferme une révolution piétinant sur place depuis tant d'années.
La condition pour que ces tâches soient réalisées réside dans la direction ouvrière, dans l'intervention adéquate et opportune de la direction marxiste révolutionnaire en tant que centre regroupant et donnant l'impulsion à toutes les forces révolutionnaires que le gouvernement et sa bureaucratie veulent freiner et disperser. une participation consciente des grandes masses ouvrières et paysannes. La démocrane ouvriere fournit le cadre de cette participation, mais c'est le parti revolutionnaire qui en donne l'orientation consciente, discute et fixe les objectifs, conquiert et assure à l'avant-garde ouvrière le droit de diriger le processus, et surtout assure l'étroite liaison de celle-ci avec les grandes masses, et de celles-ci avec leur direction.
La question agraire est, plus que toute autre, une question de mobilisation consciente des grandes masses, de leur initiative créatrice, de leur intervention. Sans cela il est impossible de franchir le pas qui sépare la construction du socialisme de l'état arriéré où se trouve la campagne. Sans le parti révolutionnaire une telle mobilisation, dont il est l'instrument, le levier, est impossible.
Le rôle du parti révolutionnaire ne lui tombe pas du ciel au lendemain de la prise du pouvoir; c'est une chose que le parti acquiert au fur et à mesure qu'il se consoir: ans la pa dans ton dirigeanse construit lui-même dans la lutte pour te des cadres formés par le parti révolutionnaire intervenant dans des tâches économiques et politiques de l'Etat ouvrier, il n'y a pas de construction du socialisme possible.
Sans la participation de ces cadres au-
VI. - LE PARTI REVOLUTIONNAIRE
ET LA NOUVELLE DIRECTION OUVRIERE
VI. - LE PARTI REVOLUTIONNAIRE
ET LA NOUVELLE DIRECTION OUVRIERE bres des principaux secteurs des masses Juttant contre le capitalisme, il ny a pas de lutte pour le pouvoir.
Pour lutter pour le pouvoir et la construction de l'Etat ouvrier et du sociaJsme, le parti marxiste révolutionnaire, aujourd'hui constituer le P.O.R., doit des et développer ses équipes de cadres.
Pour développer la révolution agraire et l'alliance des ouvriers et paysans, il doit constituer une équipe de cadres paysans, enracinés dans les régions décisives : à Ucurena, au nord de Potosi, à Achacachi, Chulquisaca, etc. Le parti doit construire sa propre organisation paysanne, sa fraction paysanne. Dans le développement de celle-ci, le soutien et l'expérience du secteur des mineurs jouent rôle fondamental, surtout par l'étroite liaison entre les mines et la campagne, liaison que le parti doit s'efforcer de consolider.
La fraction paysanne doit avoir fonctionnement centralisé tant à l'échelle nationale qu'à l'échelle départementale, tenir ses réunions et ses conférences (com-
La fait récemment à Ucurena), éditer sa presse. Le but des cadres paysans du parti doit consister, pour l'étape immédiate, à conquérir les directions syndicales et, de là, avec l'aide de la direction du parti et d'autres organismes, commencer messie d'applinter par program de nécessité d'appliquer transition pour la campagne, stimuler la lutte d'autres secteurs, impulser l'alliance des ouvriers et paysans Des directions des syndicats mineurs que le parti aura conquises, celui-ci aidera ce processus.
En partant de quelques syndicats paysans ou mineurs, où des directions révo lutionnaires auront été acquises, il faut mener une lutte pour le rétablissement de lalliance des ouvriers et des paysans, faire de tels syndicats de véritables porteparole des revendications intéressant les paysans, commencer à appliquer des mesures de pactes, d'alliances et d'aide à la Paysannene, mettre en pratique - même sur une échelle réduite - quelques mots d'ordre transitoires, c'est-à-dire réaliser des tâches immédiatement applicables du programme dans l'organisation de la production, etc., enfin montrer ces syndicats comme l'exemple pratique à suivre par d'autres syndicats.
Une telle politique donnera une force énorme à la nouvelle direction, même si au début la base de celle-ci est représentée par un seul syndicat. Cette direction capitalisera en sa faveur la force immense que constitue aujourd'hui et constituera de plus en plus une paysannerie mobilisée et disposée au combat.
Devant la révolution paysanne, la faillite des autres directions ouvrières (stalinienne, léchiniste) a été totale. Elles ont révélé leur impuissance complète. C'est là
VII. - LE PROGRAMME DE A L'ETAPE
1. Transfert des terres aux paysans. Reconnaissance de la propriété des terres tenues par les paysans, sans aucune autre procédure et sans indemnisation.
un autre avantage pour la direction marxiste révolutionnaire, le P.O.R., qui a prouvé être le seul parti qui a su orienter et souligner des solutions aux luttes et questions concernant la paysannerie. Le P.O.R. a devant lui la route toute ouverte pour gagner des positions dans les syndicats paysans, et constituer et développer ses équipes de cadres paysans. Le P.O.R. a été le seul parti qui est venu en alde aux pavsans du nord de otosi quand la reaction était engagee dans une campagne contre eux à l'échelle nationale. Le P.O.R. a été le seul parti à demander que la lutte entre Ucurena et Cliza cesse; il a exigé le retrait des troupes nettoyées à la campagne, tait ap pel à l'intervention du mouvement oUvrier et préconisé la réunion d'une assemblée des paysans pour résoudre leurs blèmes. Le P.O.R. a été le seul parti Prodès le début a ouvertement défendu les paysans d'Achacachi, alors que les autres directions ouvrières se repliaient et talsaient écho à la campagne calomnieuse menée par le gouvernement contre paysans. Les tracts, la presse, et intervention des délégués du P.O.R. lors des événements d'Achacachi ont été décisifs pour soutenir la résistance des paysans et empêcher leur désarroi et surtout leur isolement. C'est le P.O.R. qui a mis fin à leur isolement et le premier a fait échec, à l'entreprise du gouvernement d'encercler Achacachi. Les paysans d'Ucurena, de Cliza, de Chuquisaca, de Potosi, d'Achacachi, ont a tout moment été sensibles et ont repondu aux appels et aux orientations du P.O.R. C'est là une expérience qui ne sera pas effacée de la conscience des paysans d'Achacachi, d'Ucurena et d'autres régions sur pied de mobilisation. Le P.O.K. a plus que jamais besoin dorganiser et de développer une équipe de cadres paysans afin de capitaliser et d'exploiter tout son prestige et son autorité de parti, et pour se transtormer en la force dirigeante de la révolution paysan-
Toutes les possibilités sont donnees pour cette tâche.
La lutte pour une nouvelle direction de a révolution n'est pas seulement la condition préalable de la lutte pour le rétablissement de l'alliance des ouvriers et des paysans, mais encore ces deux luttes doivent se développer, doivent se développer influençant l'une et elles se développent déjà, l'autre. Elles ouvrent des grandes perspectives pour un nouveau pas en avant de la révolution bolivienne, pour rendre de nouveaux et durs coups au capitalisme et à l'impérialisme, pour renforcer le pouvoir des syndicats et des milices oufer prope pour sement par vrières et paysannes, et pour gagner des grandes masses à la lutte consciente pour LA REVOLUTION AGRAIRE ACTUELLE
2. Faciliter la remise aux paysans des outils de travail nécessaires à la modernisation de l'agriculture, sans grands investissements de capital au départ. Fabria) Sur le plan économique a) Sur le plan économique cation de cet outillage par industrie, ce qui donnerait du travail a des ouvriers en chômage total ou partiel (par exemple à Pulacayo). Introduction échelonnée de tracteurs et autres machines dans la campagne.
3. Fourniture par l'Etat, en collaboration avec les syndicats paysans, de semences sélectionnées.
4. Emploi en masse des engrais naturels et autres, afin d'intensifier la production et l'utilisation des terres cultivables, et d'éliminer de la sorte les longues périodes de rotation dans le labourage de terres.
5. Construction de barrages pour l'irrigation et contre les méfaits des inondations. Apport de capitaux pour ces travaux de la part de l'Etat, et organisation par les syndicats du travail des paysans payé. Fourniture pour le pompage d'eau.
6. Crédit large et à bon marché. Etatisation de la Banque agricole et augmentation de son capital ; établissement, de ses agences dans les principales régions agricoles; constitution sa direction avec des représentants ouvriers et paysans. Nationalisation, sans indemnisation, de la banque privée, sous contrôle ouvrier, afin de mettre ses ressources au service des besoins du pays.
7. Aide technique aux paysans, par un personnel : spécialisé et sous le contrôle des syndicats. Demander aux Etats ou- OUl vriers, notamment ceux qui font l'expérience de leur réforme agraire : la Chine, la Yougoslavie, etc., l'envoi en Bolivie de techniciens en matière de planification.
8. Construction de routes et de ponts pour drainer la production agricole aux centres du marché, moyennant apport de capitaux de la part de l'Etat et l'organisation par les syndicats du travail paysan paye.
9. Demande de crédits (en machines et en argent) aux Etats ouvriers pour le développement et la mécanisation l'agriculture. (La Fédération paysanne de La Paz a demandé qu'on accepte les offres soviétiques en crédits, pour une telle destination).
Mb) Sur le
1. Organisation du travail et de leur aide mutuelle par les paysans eux-mêmes, à travers leurs organisations : syndicats, comités, etc.
2. Construction d'écoles.
3. Lutte contre l'analphabétisme tant des enfants que des adultes. Instruction dans la propre langue (quechua ou aïmara). Augmentation du nombre des instituteurs, de leur capacité et de leurs appointements.
4. Assistance médicale et sanitaire. Construction de dispensaires et hôpitaux dans les agglomérations paysannes ou près d'elles. Divulgation de conseils en matière d'hygiène.
5. Elévation du niveau de vie et de confort à la campagne. L'Etat doit collaborer dans la construction et l'amélio ration de l'habitat paysan (outils ménagers, alimentation des personnes, etc.) Elargissement à la campagne des conquêtes sociales ouvrières telles que les assurances sociales.
10. Développement général de l'organisation de coopératives production, consommation et de vente, en se guidant sur l'expérience réussie de pays tels que la Chine. Aide de l'Etat pour la formation de coopératives, en techniciens et en argent. Réorganisation de la Direction des Coopératives, avee suppression de sa bureaucratie stérile, et désignation par les ouvriers et les paysans de leurs représentants à cet organisme. Demander aux Etat ouvriers des équipes spécialisées en matière de coopérative. Organisation de la production et de la commercialisation de produits manufacturés destinés aux paysans, afin d'utiliser le temps de travail que ceux-ci n'emploient pas dans l'agriculture.
11. Etablissement par l'Etat de prix pour chaque récolte, avant les emblavures, en conformité avec un plan de développement agraire élaboré par les syndicats tant ouvriers que paysans de tout le pays. Elimination des intermédiaires dans ce marché.
12. Elaboration d'un plan de développement agraire incluant tous les points précédents, confié aux syndicats et avec aide technique; plan qui envisagera les solutions à apporter au problème du manque de terres par rapport au développement démographique et aura pour buts : la coIonisation (volontairement acceptée par les paysans qui seront installés et aidés pendant les premieres annees par (Etat), la mécanisation dans l'agriculture (même sur une petite échelle), l'intensification des cultures, l'emploi de main-d'œuvre dans des travaux publics pour l'agriculture (comme ceux qui ont été indiqués plus haut), et le développement de l'industrie. Elaboration de plans simples, a l'échelle régionale et à l'échelle locale, par les paysans et les syndicats agricoles de chaque province ou village. Le plan général de développement agraire doit être coordonné avec le monopole étatiqué du commerce extérieur et le plan de développement industriel. plan social
6. Suppression des abus des autorités et des fonctionnaires envers les Ce sont les syndicats paysans qui doivent réaliser cette tâche, en punissant direc tement les responsables de tels abus.
7. Emancipation de la femme paysanne. Participation de la femme à la vie et à la direction des syndicats paysans. Constitution de comités de femmes paysannes dans les syndicats, chargés des questions intéressant seulement les femmes. Participation des femmes aux milices; organisation d'organismes auxiliaires et de bataillons de femmes.
8. Lutte contre la discrimination raciale antipaysanne dans les villes et l'appareil d'Etat; châtiment exemplaire de ceux qui font cette discrimination.
9. Campagne culturelle et politique des radios des mineurs, en collaboration avec les syndicats paysans, dans les langues quechua et aïmara. Installation de radios paysannes et de postes de réception adéquats dans chaque syndicat et chaque zone paysans.
INTERNATIONALE c) Sur le plan politique
1. Démocratie syndicale. Indépendance du syndicat par rapport à l'Etat et au parti gouvernant.
2. Lutte contre la bureaucratie des dirigeants paysans, contre les abus, les dictateurs syndicaux, les méthodes de terreur-
3. Développement du pouvoir paysan à travers le fonctionnement régulier du syndicat et de la centrale agraire en tant qu'organisme ayant la suprême et la seule autorité de la région pour résoudre tous les problèmes.
4. Renforcement des milices, accroissement de l'armement paysan, centralisation des milices par les centrales, élection democratique des cheis et officiers par la base.
5. Retrait des forces de l'armée cantonnées dans les régions paysannes. Propagande politique envers elles, en appelant les soldats à fraterniser avec les paysans et a rejoindre les rangs de ceux-ci s'il y avait des chocs.
6. Expulsion de la campagne et du pays des agences impérialistes, le S.A.I. et le S.C.I.D.E.
7. Convocation d'un congrès national des paysans pour la discussion et l'adoption du programme de la révolution agraire à l'étape actuelle, et pour rassembler à l'échelle nationale les forces paysannes.
8. Alliance des ouvriers et des paysans. Soutien par les syndicats ouvriers du programme et des mobilisations des paysans, solidarité des paysans avec les ouvriers des villes dans les mobilisations et revendications de ceux-ci. l'alliance des ouvriers et des paysans ayant comme but central l'instauration du pouvoir ouvrier et paysan capable d'assurer toutes les conquêtes.
9. Convocation d'un congrès national réunissant les ouvriers et les paysans afin de discuter tous les problèmes du pays et de la révolution, de réorganiser la COB, d'établir le programme de l'alliance des ouvriers et des paysans, et d'imposer ses décisions en tant qu'organisme suprême de la révolution et des masses.
10. Gouvernement ouvrier et paysan soutenu par les syndicats ouvriers et paysans et par leurs milices armées, en tant qu'organes démocratiques du pouvoir et de gouvernement des masses travailleuses de tout le pays. Décembre 1959.