Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 18e année, n° 10

Essor des masses au Venezuela

Léon David · Quatrième Internationale, 18e année, n° 10 · juillet 1960 · p. 25-26 · 1 667 mots

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Les ravages causés par la vague sismique qui, du Chili, s'étendit le long de l'Océan Pacifique sont relativement peu abondants comparés aux coups répétés que la mares révolutionnaire assène à l'impérialisme dans les pays coloniaux et semi-coloniaux. L'essor des masses venezueliennes, quoiqu'il n'ait pas encore débordé les mesures imposées par la légalité conventionnelle, n'a fait qu'augmenter depuis les derniers mois de 1957, quand le peuple de Caracas commença sa lutte contre la dictature qui durait depuis dix années et dont l'éboulement eut lieu en janvier 1958.

La bourgeoisie nationale prit part au renversement du dictateur, quoique, sous la protection de celui-ci, elle avait doublé ses pronts obtenus particulierement grâce à l'importation de marchandises des EtatsUnis. Elle le fit parce que ce régime-là vola trop le trésor public et compromit le pays par une dette de mille cinq cent millions de dollars et parce que, devant la montée des masses, elle décida de changer de masque officiel.

Les créanciers de la dette laissée par le dictateur étaient cette même bougeolsie, dont le représentant le plus connu ligura comme membre de la Junte de Gouvernement qui gouverna le pays durant l'année 1958. La dette a été payée déjà presque totalement, mais laissa épuisé le fisc venezuelien, jadis si replet d'impôts pétroliers et si envié par les autres Etats latino-américains qui, sous les apparences

Le prolétariat venezuelien, comme celui de presque toute l'Amérique latine, montre un haut niveau politique et, depuis deux ans et demi, il cherche une direction contorme à sa puissance. Au contraire de volution triomphante, au Venezuela c'est Cuba où l'armée fut dissoute par la volution triomphante, au Venezuela c'est l'armée même qui asséna le coup de grâce à la dictature qu'elle avait soutenue en collaboration avec la haute bourgeoisie et l'impérialisme jusqu'au 23 janvier 1958. Il y eut alors un divorce entre les intérêts de la caste militaire et ceux de la bourgecises qu'aux clameurs croissantes des politique spécifique. Bientôt une étape fut ouverte, dans laquelle les partis politiques réorganisés par les leaders revenus d'exil et des prisons, essayèrent d'adapter leurs programmes autant aux aspirations bourgeoises qu'aux clameurs croissantes des masses; et devant le risque d'une réaction militaire, ils décidèrent de défendre le gouverement provisoire et d'adoucir leurs programmes dans une ligne d'action commune qui fut connue sous le nom d'unité.

Sous ce signe s'effectuèrent les élections d'une nation prospere, ne percevaient pas la misere de ses habitants.

En conséquence, le gouvernement venezuelien substitua une dette à une autre car la récupération économique exigea l'émission d'un nouvel emprunt, le premier d'une longue série. Et comme les compétiteurs du pétrole venezuelien sont apparus partout, l'abondance se tourne vers l'extérieur, les capitalistes nationaux et étrangers ne se montrent plus désireux de faire des investissements et ferment les oreilles aux demandes des politiciens pour créer une industrie nationale, en arguant qu'au Venezuela il n'y a pas de « paix sociale ».

Pourquoi disent-ils qu'il n'y pas de paix sociale alors que les syndicats ont parlé pendant deux ans et demi de la trêve qui doit régner entre patrons et ouvriers ; que les ouvriers du pétrole ont signé récemment un contrat collectif d'une durée de trois ans, ne leur garantissant meme pas la stabilité dans le travail ; que la Federation des Paysans a mis sa toi dans la réforme agraire discutée, sanctionnée et commencée, et qu'en réalité il n'a pas promulgué de lois mettant en danger leurs interêts ? Les classes privilégiées disposent peut-être d'un radar oui leur annonce la proximité de leurs ennemis. Les partis politiques, les syndicats, les leaders et surtout le gouvernement sont des porte-paroles de tranquilité, mais les manifestations de la masse sont comme un tremblement de terre pour l'impérialisme et son alliée, la bourgeoisie venezuelienne. en décembre 1958. Trois candidats furent Tances « provisoirement », disant chacun qu'ils attendaient pour retrer leurs candidatures, les trois avec le même programme approuve préalablement ensemble, les trois flattant l'impérialisme et la riche bourgeoisie de Caracas. Ce qui les maintenait si unis était la peur d'un coup militaire. Les masses agressives de la capitale avaient confiance en Larrazábal, en lequel elles voyaient l'homme qui avait mis fin à la tyrannie, mais dont la personnalité consistait précisément en l'absence de personnalité. Il était appuyé par le Parti Communiste et l'U.R.D., un parti de politiciens professionnels qui protta de la popularité de son candidat. Larrazábal et Caldera ensemble obtinrent la moitié des voix. Le dernier était le candidat de l'Eglise, dont l'influence sur le peuple vénézuélien est très inférieure à celle sur le gouvernement. L'autre moitié fut atteinte par Betancourt, l'actuel Président, leader de l'Action Démocrațique, un parti nationaliste petit-bourgeois, inspiré par le programme de l'A.P.R.A. péruvien, le plus nombreux dans le pays

PARTIS POLITIQUES

PARTIS POLITIQUES depuis qu'il avait fait certaines réformes à son passage au pouvoir de 1945 à 1948. Parti bien organisé et l'unique parti qui montra une liste de morts pendant la

Le gouvernement actuel peut être caractérisé par son attitude devant le péril d'un coup d'Etat et devant la crise économique. Ce qui l'a sauvé d'un renver sement par les forces armées, c'est la défense unanime que lui ont fournie paysans, ouvriers, étudiants et classe moyenne, ainsi qu'on put le voir pendant la grève de 24 heures qui paralysa le pays en avril de cette année. Pourtant, la formule adoptée par Betancourt est la coaIU.R.D. et le parti social-chrétien d'un au pouvoir parti avec côté; et de l'autre côté, une politique de flatteries envers les hauts chefs militaires, sans en exclure les chefs des rebellions passees, comme c'est le cas du général Castro Léon, qui a reçu en matière de châtiment d'être envové à Tile des plaisirs où s'amusait l'ancien dictateur. Il n'est donc pas surprenant que le régime démocratique vive menacé tous les jours.

Connaissant la composition du gouvernement, il est facile de deviner que la crise économique est actuellement placée

LA JEUNESSE

Avec les aliments chers, les salaires stagnants ou diminués et devant l'impassibilité du régime, le mécontentement est un sentiment qui s'étend des ouvriers à la petite bourgeoisie. Le Parti Communiste Vénézuélien, qui est peut-être le plus fort P.C. de l'Amérique latine, a essayé de l'exploiter en sa faveur; mais quelque chose marche mal dans ce parti, et il faut reconnaître que son succès a été minuscule.

En revanche, le traditionnel parti de masses du Venezuela, l'Action Démocratique, avait une jeunesse qui, ensemble livré la bataille décisive durant les deravec celle du Parti Communiste, avait nières années de la tyrannie. Dans son organisation, elle menait une puissante opposition de gauche qui menaçait d'emmener tous les militants. Les vieux leaders, déjà fatigués et détachés des masses. comprirent le grave risque et décidèrent d'agir à temps : dans la première quinzaine d'avril 1960, la jeunesse d'Action Démocratique fut expulsée du parti.

Seulement deux mois ont passé et déjà le nouveau mouvement, dont le nom et le programme définitifs n'ont pas encore été précisés (ils annoncent qu'ils le feront pendant le mois de juin, quand se tiendra sa première assemblée nationale), est constitué dans toutes les villes et villages vénézuéliens, et il a effectué des démonstrations publiques à Maracaibo et Caracas qui ont attiré plus de gens que les manifestations du parti dont ils furent expulsés. On dit même que beaucoup d'électeurs du Parti Communiste se sont inscrits dans la nouvelle organisation. Et les ouvriers organisés dans les syndicats, bien qu'ils restent fidèles à la bureaulutte contre la dictature. Ses appuis principaux furent la paysannerie et le prolétariat et la petite bourgeoisie des villes et des villages de province. sur les épaules des travailleurs, au profit des banquiers et des autres individus dont les intérêts sont mélangés avec ceux des monopoles étrangers. Ceux-ci n'ont pas réellement de quoi se plaindre, car, tout comme l'Action Démocratique devient maintenant le parti de la bourgeoisie, le gouvernement de Betancourt convertit le Venezuela en neveu gâté de l'Oncle Sam.

Le plan quadriennal présenté par le Président au Congrès est un . aveu anticipé de l'insucces auquel conduira sa gestion économique et administrative. Les chômeurs sont au moins 200.000 dans un pays dont la population totale est de sept millions d'habitants. La réforme agraire, que la paysannerie (40% de la population) attend depuis un siècle et demi, ne pourra pas excéder la distribution de quelques terres aux paysans les plus faméliques et qui constituent le plus grand danger pour la tranquillité des institutions bourgeoises. Le problème est trop grave pour pouvoir être résolu avec le critère de millionnaires qui, à l'heure de payer, trouvent que leurs poches sont vides. S'ORGANISE cratie syndicale dans leurs besoins économiques spécifiques, n'ont pas caché dans leur orientation politique générale leur sympatme vers le part naissant.

Le nouveau parti se profile comme socialiste; ses leaders les plus connus ont déclaré publiquement leur foi marxiste; son inimité contre le capitalisme en géTisme, se more sere la pense qui prevantnéral, et non seulement contre l'impériaLe choc de la révolution cubaine sur les masses latino-américaines, et particulièrement sur le Venezuela, a été formidable, et le peuple regarde dans nouveau mouvement une sorte de « 26 Juillet » vénézuélien, qui, s'il arrive au pouvoir, doit faire une révolution plus radicale que celui de Cuba, parce qu'au Venezuela le capitalisme national est très fort et, en raison de son caractère à 90 % usuraire et importateur, on ne peut pas compter avec lui; les intérêts impérialistes y sont incomparablement plus importants que dans n'importe quel autre pays du continent.

Le temps, le peu de temps chauffé par l'ardeur des masses qui sépare Venezuela de sa révolution, enseignera à cette jeunesse à épurer . son programme, à s'emparer du marxisme comme de sa meilleure arme, à mettre les interets du prolétariat avant ceux de la petite bourgeoisie de laquelle, cependant, on ne peut pas faire abstraction dans les pays colo niaux. Si la révolution cubaine risque d'être écrasée par l'impérialisme, (il faudrait convertir l'ile en un tas de décombres), une étape révolutionnaire s'ouvrira au Venezuela. Alors les véritables marxistes ne pourront plus attendre.

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