Nous avions, dans le dernier numéro de notre revue, indiqué que le bonapartisme de de Gaulle, après environ deux annees de pouvoir, se trouvait dépouillé de ses appendices parlementaires, que l'appareil d'Etat apparaissait dans un isolement grandissant, et que l'autorité de de Gaulle commençait à diminuer, surtout en raison de l'incapacité qu'il montrait à amener la fin de la guerre d'Algérie.
La détérioration du climat politique s'est rapidement traduite mouvements revendicatifs une série de notamment dans les transports publics à Paris et dans les chemins de fer. Nous ne pouvons procéder ici à une étude très détaillée des mouvements qui se sont produits ; ce sont quelques-unes de leurs caractéristiques principales et de leurs enseignements que nous voulons relever.
Dans l'ensemble, le mécontentement ouvrier était si fort que l'éelatement des mouvements a surpris non seulement le gouvernement, mais aussi, dans une assez grande mesure, les directions syndicales. Toute une série de luttes avait un caractère spontané. Les mouvements entraient dans le cadre d'une pression sur le gouvernement et le patronat, non dans celui d'épreuves de force. La plupart des manifestations avaient un aspect bon garçon; ce n'est que dans quelques cas particuliers que, provoqués, les travailleurs durcirent leurs mouvements et que se produisirent localement des incidents.
Dans cette situation, les directions syndicales s'alignèrent, toutes, sur la partie la moins avancée des mouvements, entretenant des illusions sur la possibilité de pouvoir obtenir des résultats substantiels au moyen de la pression seulement, et ne preparant pas les travailleurs pour des luttes beaucoup plus dures, pour des épreuves de force. Il eut été certainement très erroné de la part des dirigeants syndicaux, dans le rapport des forces résultant de la défaite de mai 1958, de partir de la faible ranimation qui se prodult actuellement nour procéder immédiatement au lancement de grandes luttes qui ne pouvaient tourner qu'à l'épreuve de force. Mais le rôle des directions devait être de diriger, de prévoir, de préparer, d'éduquer. Hélas, on est loin de compte.
Tous les travailleurs savent que la détéla canonnat dena aude des le rioration de leur niveau de vie est due a conde ce gue, re tant na pas sont igns avec toute la force nécessaire ce point dans le cours des mouvements. De même pour les organisations politiques. En outre, ni le P.C.F. ni la C.G.T. n'ont propagé la perspective d'une lutte contre le régime. Ni les luttes revendicatives ni la lutte contre la guerre d'Algérie ne sont inscrites dans une telle perspective. On comprena que, dans de telles conditions, on de telles ne peut taire naitre aisément la force, l'élan, la vigueur que nécessiteront à l'avenir des luttes qui se heurteront inévitablement à une répression aggravée du gouvernement. Si on pouvait en douter, il suffit de constater que le gouvernement qui, pendant toute la période où les mouvements étaient amples et tendaient à s'étendre, resta pratiquement inerte, s'est manifeste, lorsque la tte marqua des signes de reflux, par un décret de réquisition des travailleurs des transports parisiens. C'était une provocation délibérée à laquelle les syndicats impliqués n'ont pas trouvé immédiatement une réponse appropriée.
La force du mouvement spontané des masses s'est montrée suffisamment grande pour que, malgré la rupture à la Conférence au sommet, on n'ait pas vu ce qui se serait produit presque inévitablement en d'autres temps et sous d'autres gouvernements, a savoir une rupture de l'unité d'action.
Pour résumer en quelques mots le bilan des mouvements revendicatifs du printemps 1960, on peut dire que le moral ouvrier en sort renforcé, mais il y a un gros « manque à gagner» pour que les prochains mouvements soient engagés et menés dans des conditions correspondant aux nécessités de la situation.
Un nouveau phénomène s'est manifesté en France, tout comme en bien d'autres regions du monde: l'entrée dans un mouvement politique de la jeunesse universitaire et des manifestations politiques des organisations de Jeunesse contre la guerre d'Algérie. L'U.N.E.F., organisation officiellement reconnue des étudiants, a rétabli des relations avec I'U.G.E.M.A., organisation dissoute des étudiants algériens. Une déclaration a été signée par les représentants de 53 organisations de jeunes pour l'arrêt de la guerre d'Algérie.
En un temps relativement court, la réaction a vu fondre nombre de ses positions dans les Universites, cependant que des avants-gardes se tournaient vers des formes de lutte diverses, allant de la non-violence jusqu'à l'aide à la Révolution algérienne et au refus de servir dans l'armée.
Ainsi, dans la jeunesse en France, on a pu relever, compte tenu des particularites de la situation dans le pays, un phénomène de type mondial, un mouvement dans la jeunesse universitaire, non encadré par les organisations traditionnelles, sans éducation politique prononcée, mais se tournant spontanément vers des solutions et des moyens radicaux. En France, c'est la Revolution coloniale, sous la tormis en branle du presse anverse et il est vraisemblable que la jeunesse ouvrière ne tardera pas à manifester elle aussi un éveil politique.
Le gouvernement a été très sensible à ces manifestations ; face à la ranimation politique à laquelle on assiste en France, il a attaqué le point organisationnellement le plus faible, l'U.N.E.F., dont les membres sont en constant renouvellement par la force des choses, en lui retirant la subvention gouvernementale qui contribuait de façon importante à son fonctionnement. Bien que les déclarations de solidarité naient pas manque , on n'a pas le sentiment que la question de la delense de I'U.N.E.F. ait été comprise comme un problème politique d'extrême importance.
Le fond de la question est que les directions officielles n'ont pas, envers la jeunesse, une attitude vraiment confiante. Elles ont peur de son non-conformisme, de ses tendances à aller beaucoup plus loin qu'elles. directions traditionnelles, ont l'intentien d'aller. Il suffit de voir ce que furent les réactions des dirigeants et journalistes face à ces jeunes qui refusaient de servir ou qui se mettaient au service de la Révolution algérienne. Cette « gauche respectueuse », pour reprendre l'excellente expression des « Temps Modernes » (aui l'ont fustigée maristralement implo. (qui l'ont fustigée magistralement), implore à hue et à dia que tout le monde reste dans des limites qui sont compatibles avec ses désirs réformistes.
Le régime de de Gaulle devait, ces derniers jours, recevoir une ruade de ceux qui, la veille encore, étaient ses meilleurs amis dans le monde de l'ex-empire franfais mulast de Gaulle ait mainte la çais. En 1958, de Gaulle avait inventé la « Communauté » qui associé ce qui relevait jadis de l'Union française. La Guinée s'en alla. Le Mali (Sénégal et Soudan) fut conservé avee la promesse de concessions. On alla ainsi la « Communauté rénovée » qui transfor- « Communauté mait l'affaire en une sorte de confédératien. Quand tout fut au point, les parti- Quand sans d'une Fédération solide, c'est-à-dire les pays de « l'Entente », sous la direction de Houphouet-Boigny, de la Cote dIvoire, demanderent leur independance pure et simple.
Situés dans un contexte international marqué par une poussée accentuée de la révolution coloniale, ces divers facteurs ont amené de Gaulle à faire des déclarations nouvelles permettant l'ouverture de négociations avec le G.P.R.A. avant que detre pris de vitesse par une nouvelle deterioration de la situation en France même.
Nous examinons, dans une note éditoriale, la question de ces négociations quant aux rapports de la France et de l'Algérie. La question se pose ici de savoir queis peuvent en être les effets sur le développement de la situation en France.
Il est d'ores et déjà visible que la partie la plus réformiste du mouvement ouvrier et la bourgeoisie de gauche sont prêtes à se reposer sur de Gaulle pour la suite des evenements. est probable que, de ce fait et aussi du fait de la politique timorée du P.C.F. et de la gauche socialiste, la résistance à la guerre d'Algérie n'aura pas, nement qu'elle paraissait devoir connaitre pour une période, le developsi des négociations ne sétaient pas engagees. Mais, a notre avis, il y a de grandes chances pour que fon nassiste la au a une fluctuation conjoncturelle. Car il semble se manifester, à travers la France, un renversement des tendances qui a sa sourPuis janvier dernier, la réaction a perdu des changements profonds. Deson élan ; elle voudrait se mobiliser contre les négociations dont elle craint l'issue, mais elle craint aussi, par une mobilisaton quelconque, de faire surgir à gauche des forces qui auraient facilement le dessus. A gauche, se manifeste une poussée unitaire symptômatique, dont les vieilles girouettes réformistes, du P.S. et de F.O., commencent a sentir le vent. Bien sur, les dirigeants s'efforcent de ne pas se laisser déborder et de donner mouvement, encore bien frele, des objectifs bien timides (l'école laïque, ete...) qui ne sont pas faits pour lui insuffler de l'enthousiasme.
En face de cela, le évidemment pas prét faut donc s'attendre des rapports sociaux, régime gaulliste n'est à céder la place. II à un durcissement dans lequel l'initiative appartiendra au pouvoir. Mais, si minime que soit encore la ranimation politique, elle a, d'une part, sa source dans de profonds mouvements qui se sont opérés dans les masses et d'autre part, elle a déjà donné naissance à des courants jeunes qui ne sont pas prêts à suivre les vieilles directions dans leur politique lâche et traitresse. Le mouvement ouvrier français pourra se relever de sa défaite de mai 1958 plus tôt qu'on ne pouvait le penser.
27 juin 1960.