Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 18e année, n° 10

Les journées révolutionnaires du Japon

Quatrième Internationale, 18e année, n° 10 · juillet 1960 · p. 9-10 · 1 008 mots

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Le monde entier a suivi intensément et saisi instinctivement les grandioses événements du Japon, les manifestations ardentes et systématiquement poursuivies pendant des semaines qui ont eu pour point culminant la fuite de Hagerty en hélicoptère et l'abandon du voyage au Japon d'Eisenhower. Chacun y a vu un coup puissant porté à l'impérialisme américain directement, et plus généralement à tout l'édifice du monde capitaliste devant la révolution montante à travers le monde.

Les événements du Japon puisaient incontestablement leur source dans les crimes atroces commis contre les masses du pays qui, à Hiroshima et Nagasaki, avaient servi de cobayes pour la guerre atomique. Quinze années ne pouvaient effacer de tels souvenirs, surtout au moment où il était question de préparer de nouveaux holocaustes.

Que le pacte nippo-américain ait été ensuite malgré tout signé, cela prouve que les impérialistes n'ont pas l'intention de renoncer à leurs plans, même s'ils doivent y introduire des modifications pour tenir compte des conditions de plus en plus désavantageuses pour eux. On ne peut oublier que le pacte a été signé littéralement à la sauvette, ce qui montre sa valeur toute limitée pour une guerre.

Les événements du Japon, survenus peu après ceux de la Corée du sud qui obligèrent le bourreau Syngman Rhee à lâcher le pouvoir, est un coup direct à tout américain Pacifique. larbins du sud-Vietnam, la Thailande, du Laos, et le « grand ami » Tchang-Kai-Chek, ont senti en ces journées les affres de la mort. Il est bon de rappeler aussi qu'après avoir renoncé à visiter le Japon, Eisenhower a eu un tel accueil à Okinawa qu'il s'est empressé de s'en aller en passant par l'escalier de service.

Mais les événements du Japon ont une importance qui dépasse de beaucoup la question des rapports est-ouest sous le seul angle stratégique et militaire. Ils étaient les combats préliminaires dans une situation sociale au Japon grosse d'explosions révolutionnaires contre l'ordre capitaliste. Nous ne pouvons dans une note éditoriale développer toutes les caractéristiques de la situation au Japon (nous renvoyons nos lecteurs à plusieurs articles parus sur ce pays dans notre revue au cours des années précédentes). Il nous suffira de rappeler que le Japon combine à la fois des traits d'un pays capitaliste économiquement très développé et dans certains domaines des traits voisins de ceux des autres pays asiatiques. Cette combinaison aussi contradictoire explique fondamentalement la nature explosive, tumultueuse, puissante, des manifestations et des luttes à travers lesquelles les contradictions sociales tendent à se résoudre. Au fond, le Japon possède en lui des contradictions qui rappellent celles de la Russie tsariste du début du 20 siècle, mais portées à un niveau beaucoup plus élevé.

Les événements du Japon, survenus peu après ceux de la Corée du Sud qui obligèrent le bourreau Sygman Rhee à lâcher le pouvoir, est un coup direct à tout nifestations et des luttes à travers lesquelles les contradictions sociales tendent à se les plus larges. Le P.C. japonais qui annonait les balivernes staliniennes sur la révolution démocratique — et ce vis-à-vis d'une Chine qui, pour les Japonais, avait retard séculaire et faisait des pas de géant grâce à une révolution prolétarienne victorieuse - s'était trouvé dépassé par les événements : il commença par s'y opposer et opéra un tournant quand visiblement il ne pouvait faire autre chose pour être dans le mouvement des masses.

Une caractéristique très importante du mouvement ouvrier japonais est qu'il n'est pas contrôlé pour sa grande majorité et même pour ses cadres les plus militants par un P.C. dépendant de Moscou ou de Pékin. La force politique principale y est le Parti socialiste de gauche, un parti qui, dans les dernières années, a connu une vie politique intérieure tourmentée et où il y a de grandes potentialités pour une tendance marxiste révolutionnaire. Ce parti dirige, par ses cadres syndicaux, trale S.O.H.Y.O., qui a pris une part énorme dans les journées révolutionnaires de juin 1960 en mobilisant les ouvriers qui y ont constitué la masse active.

Un trait qu'on ne saurait minimiser, c'est le rôle glorieux, héroique, acimirable a tous égards, et l'importance politique dans le pays, la jeunesse de sa grande organisation, le Zengakuren. Forte de 350.000 membres, elle se dirigée depuis son dernier Congrès par une coalition de communistes « gauchistes », avec le P.C. et de trotskystes, coalition qui avait éliminé les staliniens de la direction. Par leur exemple, les étudiants japonais ont porté des coups à la conception stalino-khrouchtchevienne de la marche au socialisme par les voies parlementaires et pacifiques. On peut aisément comprendre que la température qui montait depuis des mois au Japon n'a pas peu contribué à agir sur les Chinois et ainsi, indirectement, à attiser les divergences entre Soviétiques et Chinois.

La révolution japonaise a pris un départ très prometteur. Mais tout processus révolutionnaire dépend, quant au temps qu'il prend et au résultat auquel il aboutit, de l'existence d'une direction marxiste révolutionnaire. ce point particulier, la situation est généralement, comme nous venons de le signaler plus haut, prometteuse. Mais il faudrait se garder d'un optimisme irréfléchi. On sait que le mouvement ouvrier et socialiste japonais a connu dans les dernières années de nombreuses crises, et il semblerait, aux toutes dernières informations de presse, qu'après événements de nouvelles différenciations apparaissent. Si regrettable que soit cet aspect des choses, il ne faut qu'a moitié en être surpris. Les contradictions explosives du Japon se frayent un chemin jusque dans le mouvement ouvrier et socialiste. Une véritable direction marxiste révolutionnaire, ce sera celle qui, à la fois sur le plan politique et organisationnel aura réussi à les résoudre dans son organisation et qui en outre aura acquis une influence et une force de masse. Si difficile que soit cette tâche, nous n'avons aucun doute que, dans toutes les possibilités que juin 1960 a révélées au Japon, il y a aussi les éléments ouvriers et intellectuels qui, avec l'aide de toute l'avant-garde marxiste internationale groupée par la IV* Internationale. construiront le parti révolutionnaire qui guidera le prolétariat et les masses travailleuses du Japon à la conquête du pouvoir.

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