Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 17e année, n° 7

Manifeste du Comité Central du Parti Ouvrier Révolutionnaire de Bolivie (Organisons la nouvelle direction ouvrière de la Révolution bolivienne)

Quatrième Internationale, 17e année, n° 7 · septembre-octobre 1959 · p. 82-85 · 2 308 mots

In English: Documents: Manifesto of the IXth Plenum of the Central Committee of the Partido Obrero Revolucionario — Let Us Organize the Workers' Leadership of the Bolivian Revolution (Fourth International No. 7, Autumn 1959).

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Travailleurs,

Dans la situation actuelle d'arrêt des conquêtes de la Révolution et de capitulation de la direction lechiniste du mouvement ouvrier, le gouvernement M.N.R. et l'impérialisme maintiennent leur offensive contre les positions et les conquêtes des travailleurs, et préparent de nouveaux coups contre la Révolution bolivienne.

La montée des prix et de la demande de l'étain sur le marché mondial a signifié une amélioration relative dans la situation économique du pays, mais n'a pas eu la moindre répercussion quant à une élévation du standard de vie de la population laborieuse et est utilisée par le gou-

L'OFFENSIVE DU

Le gouvernement se sent impuissant à trouver d'autre solution essentielle pour sauver le capitalisme que la liquidation des conquêtes fondamentales de la Révolution. Mais il ressent également șa faiblesse face à la résistance des ouvriers et des paysans, et il progresse vers son but par étapes. Il profite de la relative animation du marché mondial pour opérer cette progression par étapes. Aussi, après avoir obtenu ce qu'il voulait dans le premier assaut contre les commissaires des mines, il fait maintenant une pause avan: de passer à la libération définitive des prix. Il en est de même en ce qui concerne la fermeture des mines : après la fermeture de Pulacayo, il a maintenant renoncé à fermer d'autres entreprises. Il en est de même pour le renvoi des ouvernement comme une base pour son offensive contre les masses des ouvriers, des paysans et des classes moyennes pauvres. En outre, aucun des problemes economiques fondamentaux du pays n'a été résolu, ne peut l'être sous le régime actuel, et la situation economique de base continue à être précaire et 'sans issue. Non seulement les fantastiques promesses sur le pétrole faites il y a deux ans par Siles n'ont pas été tenues, mais les trusts impérialistes n'ont pas pompé et n'ont pas l'intention de pomper une seule goutte de pétrole, pendant qu'avec la collaboration du gouvernement, ils étranglent graduellement la YPFB, afin de rester les maitres absolus dans ce domaine. GOUVERNEMENT vriers des usines, de la suppression de la sécurité sociale, etc.

Mais ces pauses indiquent seulement que le gouvernement se sent trop taible pour imposer d'un seul coup au pays les •lans de l'impérialisme, non qu'il a renon. cé à ces plans. Ainsi il maintient les salaires bloqués et il prépare de nouvelles attaques contre les commissaires, le contrôle ouvrier, les stations de radio des syndicats, etc.

Au lieu de profiter de la faiblesse de ce gouvernement pour renforcer les positions des masses, la direction Lechin, du mouvement ouvrier, pense par contre à négocier une capitulation et à couvrir la retraite permanente dans laquelle ele a conduit le mouvement ouvrier depuis le 2° Congrès de la C.O.B.

PAZ ESTENSORO ET LA GAUCHE DU M. N. R.

C'est sur une base double que repose la tentative de Paz Estensoro de regagner des positions pour son parti et le gouvernement capitaliste : d'une part, sur les meilleurs prix de l'étain, ce qui diminue les pressions sur le gouvernement et lui permet d'allonger les délais pour débloquer complètement les prix, fermer les mines, etc. ton se la direction syndicale Lecai qui d'autre part, sur la capitulaa abandonné la lutte pour améliorer la condition des masses.

La Bolivie reçoit indirectement un soutien puissant du soulèvement persistant des masses dans l'Amérique latine, des succès de la Révolution cubaine, et de l'affaiblissement de l'impérialisme. Paz Estensoro utilise cela non pour faire avancer la révolution, mais pour négocier sa vente à l'impérialisme aux meilleurs termes.

Un des piliers de cette manœuvre du

LA SITUATION DE

Le gouvernement cherche aussi à s'assurer des positions dans la campagne et à contenir le mécontentement grandissant des paysans et leur regroupement possible avec le mouvement ouvrier, en particulier avec les mineurs. La direction ouvrière lechiniste a paralyse toute action vers les régions rurales, renoncé à s'ériger en ce centre ouvrier que les paysans recherchent et attendent pour lutter pour la réalisation de la réforme agraire et l'élévation de leur niveau de vie, garantissant la division et la réelle possession de la terre. Là aussi, dans cette trahison, le t le puissana de Fax Estee dattraction pazestensorisme cherche à se présenter comme un espoir et un pôle d'attraction pour les paysans. Paz Estensoro spécule sur le puissant désir des paysans à trou-

LA CAPITULATION

Ce qui émerge en pleine clarté de la situation actuelle, c'est que sa base réside non dans la force du gouvernement (qui est très relative) ni dans celle de l'impérialisme (qui a reçu un coup terrible le 19 avril et qui perd du terrain dans toute l'Amérique latine). Elle réside dans la capitulation et la retraite de la direction ouvrière lechiniste qui tente de maintenir le mouvement des ouvriers et des paysans paralysé, divisé et soumis au M.N.R.

Cette capitulation reflète le programme et les conceptions bourgeois, capitalistes, réformistes de cette direction qui manque d'un programme et d'une solution ouvrière indépendante, et qui ne voit d'autre solution que le maintien du M.N.R. au ouvoir, bien que le M.N.R. soit aujour l'hui l'ennemi N° 1 de la révolution et des ouvriers. Cette direction, en refusant de lutter et d'organiser la lutte des ouvriers pour leur propre solution qui, op-

M.N.R. pour regagner momentanément des positions en vue de les utiliser comme base pour lancer un nouvel assaut contre les conquêtes des masses, est la gauche du M.N.R. même. Cette gauche a renoncé à toute perspective indépendante et a ca pitulé tant dans les faits que dans le programme devant le silisme. Elle joue maintenant le jeu requis par Siles, couvrant de ses phrases « gauche » la tenta tive de réorganiser le M.N.R. dans les centres ouvriers et dans les mines, et cher chant à réorganiser ou à renforcer les commandos, éternelles pointes avancées contre les syndicats et les ouvriers. Ceci est tellement évident que les demandes d'adhésion de la gauche furent imprimées par le gouvernement (qui encourage et autorise la gauche) et dans de nombreux lieux ce sont des silistes bien connus qui agissent comme organisateurs et recruteurs de cette « gauche-». LA PAYSANNERIE ver une direction qui accorde une attention à leurs problèmes et les résolve, et il cherche à ligoter les paysans, en rafraichissant leur confiance dans le M.N.R., discrédité par tant de trahisons. C'est le but de la propagande faite autour de la nouvelle distribution de titres de terres, de tournées dans les régions rurales, de l'activité de Rojas, etc. Mais cette manœuvre ne peut atteindre une ampleur momentanée relativement élevée qu'en raison de la trahison du lechinisme. L'apparition d'une nouvelle direction ouvrière soulevant dans les régions rurales le programme de la révolution et l'alliance ouvriers-paysans, recevrait un soutien paysan qui est aujourd'hui canalisé, quoique avec beaucoup de méfiance, dans le pazestensorisme. DU LECHINISME posée au gouvernement capitaliste, est celle d'un gouvernement ouvrier et pavsan, n'a pas d'autre remède que de capituler et de se rendre au silisme, vendant les grèves et les conquêtes comme elle le fait dans toute question essentielle.

Mais cette direction lechiniste, en raison de ses trahisons, est en crise et a de plus en plus perdu de prestige et d'autorité auprès des ouvriers. Pour se maintenir et conserver son emprise sur eux. elle a du recourir à des alliances avec les « réestructadores » [« réorganisateurs » syndicaux], comme ce fut le cas chez les cheminots et à Telamayu. Mais ceci ne fait qu'accélérer sa crise et sa décomposition.

Néanmoins, le lechinisme conserve son contrôle du mouvement ouvrier, notamment parce qu'il n'a pas encore émergé un autre cadre de dirigeants ouvriers à l'échelle nationale, offrant une alternative aux ouvriers pour leur regroupement.

L'EMERGENCE D'UNE NOUVELLE DIRECTION OUVRIERE

L'émergence d'une nouvelle direction ouvrière est donc la clef de la situation et de toute nouvelle avance de la révolution pour surmonter la stagnation actuelle, reprendre l'initiative sur le capitalisme, et pour vaincre l'offensive du gouvernement.

C'est pourquoi Siles, Paz Estensoro, Lechin, et le M.N.R., en même temps qu'ils manœuvrent pour regagner certaines positions pour le M.N.K., concentrent tous leurs feux contre la possibilité qu'une telle nouvelle direction soit organisée et émerge. D'où les tentatives de chasser les militants du P.O.R. des mines (tentatives que les ouvriers ont dejouées), la répression et les arrestations des dirigeants et militants du P.O.R., etc. Le gouvernement et l'impérialisme voient dans le P.O.R. le centre qui peut diriger et organiser la nouvelle direction ouvrière révolutionnaire, et ils voient l'écho grandissant de son activité narmi les ouvriers.

L'activité et le programme du P.O.R. trouvent cet écho néanmoins, parce qu'ils correspondent a un besoin qui fraye sa voie dans l'avant-garde ouvrière et paysanneet parmi des couches toujours plus larges des masses laborieuses. La tendance des ouvriers pour une nouvelle di-

Dans cette situation, la tâche centrale pour l'avant-garde ouvrière et paysanne est de surmonter le frein de la direction lechiniste et d'organiser la nouvelle direction révolutionnaire du mouvement ouvrier et paysan dont les travailleurs ont besoin. La lutte pour cette direction est liée à la lutte pour la défense des conquêtes de la révolution et des revendications des travailleurs.

Cette nouvelle direction, indépendante du M.N.R. ou d'une quelconque de ses ailes, et de toute politique et de tout parti bourgeois doit se regrouper autour d'un programme de revendications transitoires pour améliorer la condition des masses, réorganiser le mouvement ouvrier, détendre ses conquêtes et faire avancer la ré. volution.

La crise de la direction lechiniste et les manœuvres du M.N.R. et du gouvernement dans les régions rurales, tendent à miner et à affaiblir l'alliance des ouvriers

Dans chaque usine, quartier ouvrier, district minier, centre ferroviaire, grande propriété, centre paysan, etc., dans chaque syndicat ouvrier ou paysata assurer une rection se fraye son chemin dans les centres ouvriers les plus avancés, où l'expérience de la trahison du lechinisme est la plus évidente. A San Jose, Siglo XXCatavi, dans les centres ferroviaires, la lutte a commence. A Huanuni les ouvriers ont répudié Celestino Gutierrez et ses « reconstructeurs » et, avec eux, leurs - alliés lechinistes et ils demandent une nouvelle direction. Dans la vallée de Cochabamba, le mecontentement paysan envers kojas, retranche a Ucurena, est montré par le prestige grandissant d'autres centres de direction, tel que celui établi à Ana Rancho.

Cette lutte pour une nouvelle direction, dirigée par les centres miniers, a com mencé au cours d'un reflux temporaire dans les luttes revendicatives de ces secteurs : les travailleurs, au moment des derniers coups et défaites dus à la vieille direction ne veulent pas se lancer dans geamuse ta qui ils nont encos ces die. la lutte tant qu'ils ont encore ces Mais en même temps il se prépare une nouvelle vague de grèves dans d'autres secteurs, tels que les instituteurs, qui déjà trouvé un écho parmi les télégraphistes, les ouvriers du bâtiment, les cheminots et d'autres. et des paysans, soutien principal de la révolution. La nouvelle direction ouvrière doit inclure l'alliance ouvriers-paysans comme un point fondamental de son programme et de ses luttes. Les centres miniers et les cheminots qui sont aujourd'hui à la tête de la lutte pour de nouvelles directions doivent dès maintenant développer cette alliance, soutenue par les Baysans et le sotorcer dans soien contre les attaques du gouvernement et les manœuvres des sommets de la bureaucratie syndicale.

L'émergence d'une nouvelle direction n'est pas un processus rectiligne et simultané en tous endroits. Il a déjà commencé et progressera d'abord dans certains centres et syndicats, pour s'étendre de là aux fédérations et confédérations nationales. Mais c'est un processus qui ne fera pas machine arrière et qui s'accélérera avec la crise du lechinisme et les nouvelles luttes des masses. issue révolutionnaire indépendante, à établir et à élever à la direction un nouveau cadre de dirigeants révolutionnaires avec un programme de défense des conquêtes et des progrès de la révolution.

ORGANISEZ UNE NOUVELLE DIRECTION

AVEC UN PROGRAMME OUVRIER

APPEL DU P.O.R.

ORGANISEZ UNE NOUVELLE DIRECTION

AVEC UN PROGRAMME OUVRIER

APPEL DU P.O.R.

CAMARADES TRAVAILLEURS DES MINES, DES VILLES

ET DES CAMPAGNES

Le P.O.R. vous appelle à organiser la nouvelle direction ouvrière et paysanne avec le programme de lutte suivant pour une augmentation générale immédiate des salaires ; contre le chômage et la fermeture des entreprises ; contre la libération des prix dans les com missariats miniers ; pour la distribution complète des terres avec les titres de celles-ci ; et pour la réalisation de la réforme agraire; pour la démocratie syndicale ; pour la défense des stations • de radio syndicales pour la défense du contrôle ouvrier : pour le développement des milices ouvrières et paysannes pour la défense de la YPFB, contre les trusts petroliers imperialistes, pour l'acceptation des crédits et de laide de l'U.R.S.S et des Etats ouvriers ; pour Texpulsion de l'impérialisme et de leurs agents du pays ; pour l'expropriation sans indemnisation des chemins de fer et leur administration par les ouvriers ; pour la réorganisation du Comibol sous administration ouvrière ; pour un plan ouvrier de développement économique ; pour un regroupement et une réorganisation du mouvement ouvrier dans un congrès spécial de la C.O.B., en vue d'imposer des solutions ouvrières aux problèmes du pays et de la Révolution.

Le 9 Plénum du C.C. du P.O.R. appelle tous les travailleurs à lutter pour ces solutions et ce programme, à renforcer et à developper les rangs du P.O.R. sur tous les lieux de travail (mines, centres ou vriers et paysans). Le P.O.R. est la garantie de la défense des conquêtes révolutionnaires contre le M.N.R., la rosca, le gouvernement et l'impérialisme. est le centre pour l'organisation de la nouvelle direction du mouvement ouvrier Et il est le parti d'avant-garde pour faire progresser la révolution jusqu'à la défaite totale de l'impérialisme et du capitalisme et jusqu'au gouvernement des travailleurs, le gouvernement des ouvriers et des. paysans.

Oruro, le 9 août 1959.

Une erreur sur cette page ?