Au 20° Congrès du P.C. de l'Union soviétique, A. A. Pankratowa avait exigé qu'on revienne à la vérité historique dans les manuels sovietiques.. Des promesses solennelles avaient été faites. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres...
Dans le n°6 de la Nouvelle Revue Internationale, un certain Pavel Reiman écrit un long article sur « Les origines de l'Internationale Communiste ». Souffrant de quelques défauts de simplification, cet article s'efforce en gros d'être objectif... jusqu'à ce qu'il arrive au Premier Congrès de I'I.C. A partir de ce moment, Pavel Reiman manie avec virtuosité une des formes les plus pernicieuses du mensonge : le mensonge par omission.
« C'est dans ces conditions que s'ouvrit le 2 mars 1919, le 1ºr Congrès de l'Internationale Communiste, auquel participaient des représentants du Parti Communiste de Russie, dirigés par Lénine (la délégation comprenait notamment [!] J. Staline, G. Tchitchérine et V. Vorovski)...»
Ouvrons le volume contenant le procèsverbal du 1ºr Congrès de II.C., et nous y trouvons la liste suivante des délégués du Parti Communiste Russe : Lénine, Trotsky,. Zinoviev, Staline, Boukharine, Tchichérine. Avec voix consultatives siegent comme délégués suppléants : Obolenski et Worowski.
On nous dira : on ne peut parler de falsification, puisque l'auteur affirme que la délégation russe comprenait notamment les personnes qu'il cite. C'est donc qu'il admet implicitement qu'il y en avait d'autres. Sans aucun doute Pavel Reimann pourra-t-il cacher sa nudité derriere cette magnifique feuille de vigne qu'est le petit mot « notamment ». Mais on peut lui rétorquer facilement qu'en omettant de sa liste les trois délégués russes qui - avec Lénine - furent les rapporteurs au Congrès (Boukharine sur les directives de PI.C. ; Zinoviev sur l'attitude envers la II Internationale ; Trotsky sur le Manifeste du Congrès), il commet bel et bien un mensonge par omission. Car comment décrire « les origines de l'Internationale Communiste » en passant sous silence trois des quatre auteurs des documents de fondation de l'I.C. ? Comment décrire valablement l'histoire en passant même sous silence le nom du président de I'I.C., élu dès 1919 et qui resta en fonction jusqu'en 1926, Gregori Zinoviev ?
Les falsificateurs qui se remettent à l'œuvre ne sont pas seulement pernicieux ; ils sont surtout bêtes. On a publié à Moscou, en fin 1958, les procès-verbaux des C.C. du P.C. russe de 1917 et de 1918. Les noms de Zinoviev, de Trotsky, de Boukharine, s'y étalent presque sur chaque page. La conspiration du silence est rompue. Vouloir la poursuivre, chaque petit valet dans le coin qui lui est réservé,
June œuvre vaine et vouée d'avance à l'échec. Nous faisons une prédiction à l'intention de Pavel Reimann : avant qu'un an ne passe, toute la jeunesse soviétique saura que Zinoviev a été le président de l'I.C. et que Trotsky a rédigé les Manifestes du Premier Congrès (ainsi que ceux des trois Congrès suivants)...