Documents de la IVe Internationale

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La revue › 17e année, n° 7

La vérité sur le « grand bond en avant »

Quatrième Internationale, 17e année, n° 7 · septembre-octobre 1959 · p. 37-38 · 854 mots

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Déjà entamée au 7º Plénum du Comité Central du P. C. chinois, en décembre 1958, la « rectification » des résultats du « grand bond en avant » s'est poursuivie et précisée au 8° Plénum, qui vient de se réunir en août 1959. Cette rectification démontre que le peuple chinois — et les apologistes crédules et naifs en Occident — ont été victimes d'une supercherie colossale. Il apparaît maintenant que la production de céréales n'avait pas augmenté l'an passé de 100 %, mais seulement de 35 %, (encore faut-il tenir compte des conditons climatiques tout à fait exceptionnelles pour juger ce chiffre, comme le reconnait la résolution du 7º Plénum). La production de coton, de même, n'avait pas doublé, mais seulement augmenté de 28 %. Quant à la production d'acier, elle n'avait pas non plus doublé, mais augmenté de 50 %, à quoi il faut ajouter la production des hautsfourneaux primitifs construits par les paysans et qui ne peut être utilisée qu'à des fins locales.

L'explication donnée par le 7º Plénum (« les chiffres antérieurement publiés concernant la récolte de 1958 étaient un peu [!] élevés ») ne convaincra personne. Deux causes sont indiquées : manque d'expérience du personnel statistique ; manque de main-d'oeuvre pour effectuer la récolte. Le premier argument jette le doute sur les chiffres revus ; « l'expérience » du personnel statistique ne s'est, en effet, guère accrue depuis lors, puisque la nouvelle récolte n'a pas encore été engrangée. Quant au deuxième argument, il n'est guère plus valable. Les chiffres concernent-ils donc la récolte sur pied, comme en URSS à l'époque stalinienne, et non la récolte engrangée ? Et comment expliquer le fait que cette « erreur » n'ait pas été corrigée lorsque, longtemps après la récolte, les objectifs surélevés avaient été fixés pour 1959, partant des chiffres « un peu trop élevés » pour 1958 ?

Nous sommes condamnés aux hypothèses; mais l'hypothèse la plus vraisemblable est qu'une fraction du P. C. chinois avait complètement perdu le sens de la mesure, après les premiers résultats obtenus grâce à la création des « Communes du peuple ». Elle avait poussé la mobilisation des paysans et des ouvriers au-delà des limites du supportable. Le niveau de vie (surtout de subsistance) qui avait été accru pendant l'hiver 1957-58 et au printemps 1958 connut un affaissement dangereux. Les protestations fusèrent de toute part. Une discussion vio- lente se déclencha au sein du P. C. pour arrêter l'aventure. En fin de compte, le Comité Central réduisit fortement les objectifs pour 1959 : ceux pour la production de coton furent réduits à la moitié et ceux pour les céréales presqu'à la moitié ; ceux pour la production d'acier furent réduits d'un tiers et ceux pour la production charbonnière furent réduits de 12%. Néanmoins, la résolution du 7° Plénum du C.C. continue d'affirmer que le danger principal de l'heure, c'est le danger « opportuniste de droite » venant de ceux qui « insistent trop sur l'importance de certaines faiblesses ». Mais cette remarque subjectiviste est accompagnée d'une longue série de précisions qui éliminent les excès commis dans la création des communes du peuple. Le principe des repas communautaires doit être purement volontaire. Chaque ménage qui fait partie de la commune a droit à une ration déterminée de nourriture qui dépend du nombre de personnes qui le composent. La distribution de biens de consommation rares — dont la disparition du marché au cours des derniers mois est explicitement admise par la résolution - doit être améliorée. La récolte n'est plus propriété exclusive de la commune, mais la brigade de travail et même l'équipe de travail ont droit à des parties déterminées, etc. En d'autres termes : tout en conservant le principe de la commune, son application est ajustée aux conditions d'un pays encore pauvre, absolument incapable d'assurer l'abondance, même de vivres, à tous les citoyens.

La résolution souligne qu'on peut s'attendre à un renforcement de la propagande impérialiste par suite de la « rectification » des chiffres de production de 1958. Sans aucun doute. La responsabilité de cet état de choses ne réside cependant pas chez les impérialistes, mais chez ceux qui, pour couvrir une politique erronée, ont voulu employer le mensonge et les statistiques falsifiées pour se défendre. La vérité sur le « grand bond en avant » démontre que le système des communes et la suppression du sous-emploi rural qu'il implique constituent un véritable et important progrès pour la Chine. Le fait que la production de céréales n'a augmenté « que » de 35% prend tout son sens lorsque l'on prend en considération la stagnation relative de la production agricole en Inde. Une augmentation de la production sidérurgique de 50% en un an n'est pas moins impressionnante. Ces deux chiffres suffisent pour souligner les progrès réels déjà réalisés. Mais la clé pour le progrès futur, pour un développement harmonieux des forces productives, c'est de comprendre que l'augmentation réelle du niveau de vie des masses doit aller de pair avec l'accroissement de la production. Sinon, d'autres rectifications, plus douloureuses encore que celle du 7º Plénum, s'imposeront inévitablement.

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