Documents de la IVe Internationale

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La revue › 17e année, n° 7

De Gaulle et l'Algérie

Quatrième Internationale, 17e année, n° 7 · septembre-octobre 1959 · p. 33-34 · 972 mots

In English: Editorial Notes: De Gaulle and Algeria (Fourth International No. 7, Autumn 1959).

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Quand de Gaulle arriva au pouvoir, une idée largement répandue — même au-delà des milieux gaullistes — en France et dans le monde était qu'il avait une solution pour amener la paix en Algérie. Ceci explique en partie le fait qu'au referendum il ait obtenu tant de suffrages d'électeurs communistes. Même au F.L.N. il y avait des tendances à croire à une volonté libérale de de Gaulle.

Plus d'un an s'est écoulé. Il a fait, peut-être, des manifestations verbales un peu bruyantes (la « paix des braves »), mais rien d'autre. Et, déjà, l'idée se développe qu'il n'a pas su faire mieux que Mollet ou Gaillard.

En tout cas, la question de l'Algérie qui, après l'arrivée de de Gaulle au pouvoir, ne tenait plus la première place sur la scène politique en France, y revient très sérieusement.

Malheureusement, ce n'est pas du tout par suite d'un mouvement des masses contre la continuation de la guerre. L'apathie, l'indifférence politique sont efirayantes.

La question algérienne revient au premier plan tout d'abord par suite de la lutte héroique des révolutionnaires algériens, que rien — tortures, souffrances, faible équipement... — n'a pu faire fléchir, et qui continueront inexorablement de lutter jusqu'à leur victoire.

La question algérienne revient au premier plan aussi en raison des développements en Afrique noire, qui ont pris un rythme accéléré au cours de la dernière année, sous l'influence de divers facteurs (dont la révolution algérienne elle-même, d'une part, et la politique de « grandeur » gaulliste, qui veut faire exploser une bombe atomique au centre de l'Afrique, d'autre part, ne sont pas parmi les derniers).

L'Algérie revient également à l'ordre du jour, parce que l'impérialisme américain voudrait éviter que les résistances désespérées des impérialistes d'antan ne poussent les pays sous-développés du côté des Etats ouvriers, vers lesquels les masses de ces pays ont naturellement tendance à se tourner.

Enfin, la politique de « grandeur » doit se payer, et Pinay, gardien des finances françaises, représentant de couches capitalistes qui savent compter, a signalé à de Gaulle qu'il était impossible de faire tout ce qu'il proclame aussi longtemps que durera la guerre d'Algérie.

Cela fait beaucoup de facteurs pour que de Gaulle soit incité à faire quelque chose pour arrêter la guerre d'Algérie. Mais, s'il est au pouvoir, c'est parce que l'armée française en Algérie et le grand Etat-Major de celle-ci (le général Ely...) ont refusé d'obéir à un pouvoir civil qui paraissait avoir des velléités de faire des concessions en Algérie. Il est possible que les colonels, capitaines.... en Algérie ne veuillent plus de l'Algérie des colons, mais, en tout cas, ils veulent que l'Algérie reste française, d'une façon ou d'une autre. Et l'autorité de de Gaulle sur eux est plus que limitée. L'armée française a goûté le 13 mai 1958 à un mets dangereux pour toute armée, le coup d'Etat. Encore ce jour-là est-elle restée dans les mains de ses chefs les plus élevés, dont certains ont suivi le mouvement pour ne pas être débordés. De Gaulle craint qu'une nouvelle opération ne serait plus aussi simple et aussi commode à utiliser, qu'elle se ferait non à son profit, mais contre lui.

Aussi lui faut-il avoir l'air de faire quelque chose sans faire quoi que ce soit. Le journal « L'Express » a reproduit récemment les propos que de Gaulle tint, le 17 novembre 1947, dans une conférence de presse, au sujet de la guerre du Vietnam, qui durait alors depuis près de deux ans, et qui allait encore durer jusqu à Dien-Bien-Phu en 1954. Citons ces mots de de Gaulle :

« La véritable règle à, observer actuellement en Indochine, c'est de ne rien précipiter. Il faut savoir avoir le temps. Il faut durer. Pourquoi serions-nous les plus pressés? Un jour ou l'autre, s'imposera la solution française, la solution que, dès mars 1945, j'avais moi-même proclamé : traiter quand on pourrait, avec tout ce qu'il y aurait de vraiment représentatif en Indochine, pourvu qu'il ne s'agisse " pas d'ennemis de la France. » la le même programme pour l'Algérie, mais il est au pouvoir. Alors, à l'armée, il donne la substance : continuez la pacification — c'est-à-dire la guerre — jusqu'à la victoire. Et, pour passer le cap de la session des Nations Unies, il a trouvé un expédient verbal : ni indépendance, ni intégration, mais auto-détermination. Ce dernier terme est, évidemment, sans signification réelle en présence de la continuation des hostilités.

Il n'est pas nécessaire de faire des pronostics sur ce qui se passera à l'O.N.U., si une résolution pour l'Algérie aura les deux tiers des voix, ou si les démarches et promesses de tous ordres éviteront un tel vote. Cela est loin d'être décisif. Ce qui compte et comptera de plus en plus, c'est la volonté d'indépendance du peuple algérien, appuyé chaque jour davantage par les peuples des pays arabes et des pays africains, et par tous les peuples des pays sous-développés. L'impérialisme français, même avec le soutien de l'impérialisme américain, mène une lutte sans issue pour lui. La carence et la trahison des directions ouvrières françaises, la paralysie en résultant des travailleurs de France, risquent de laisser pour un temps le champ libre en France même à des forces encore plus réactionnaires et sauvages ; cela sera grave et coûteux, mais peu viable et, en définitive, ne pourra pas retourner la marche de l'histoire.

Nous n'avons aucun raison de désespérer de la classe ouvrière française, elle s'était montrée prête à lutter en 1955 et 1956 pour la paix en Algérie, mais, à l'heure présente, il lui est difficile de reprendre par elle-même l'initiative de l'action sur le plan de la lutte contre la guerre d'Algérie. Cela ne rend que plus impérieuse une aide internationale à la révolution algérienne, aide qui constituera aussi un stimulant pour un renouveau de la part des travailleurs de France.

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