Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 17e année, n° 6

Le IIIe Congrès du Parti ouvrier unifié polonais

Quatrième Internationale, 17e année, n° 6 · mai 1959 · p. 8-9 · 1 189 mots

In English: Editorial Notes: The IIIrd Congress of the Polish United Workers' Party (Fourth International No. 6, Spring 1959).

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Parlant le 4 novembre 1956, au lendemain des événements d'octobre, devant la conférence nationale des cadres du Parti, Wladyslav Gomulka déclarait que la période de l'histoire du parti comprise entre 1948 et 1956 était « révolue à jamais » et qu'une « nouvelle période » avait commencé avec le VIII Plénum du Comité Central. Cette nouvelle période, affirmait-il, devrait être caractérisée par des « transformations qui doivent s'étendre à presque tous les domaines de la vie de notre nation. Le contenu des transformations envisagées, conçu de la manière la plus générale et la plus large c'est la démocratisation de notre vie réalisée dans l'esprit des principes de base socialisme ».

Parlant le 20 mars 1959 devant le III Congrès du Parti Ouvrier Polonais Unifié, Gomulka n'a pas trouvé un mot pour mentionner les journées d'octobre, les conquêtes d'octobre, la « nouvelle période » et « la démocratisation de la vie de notre nation » ! Au contraire, il a présenté les choses comme s'il y avait continuité de direction et de ligne du parti de 1944 à aujourd'hui, comme s'il n'y avait eu que quelques « infractions à la légalité socialiste » qui avaient été commises « sous l'influence de la personnalité et de Beria », comme si l'adversaire principal était le révisionnisme. Il s'est sans doute arrêté juste à temps pour ne pas affirmer que la décision historique fondamentale du VIIIe Plénum avait été... la condamnation du révisionnisme

On connaît l'argumentation « réaliste » avec laquelle Gomulka et sa fraction ont justifié la liquidation, morceau par morceau, des conquêtes d'octobre 1956 : le danger petit bourgeois et bourgeois est grand en Pologne même ; la Pologne doit continuer à faire partie du bloc soviétique (elle y est « condamnée par sa situation géogra phique ») ; l'U.R.S.S. ne peut pas permettre une « désagrégation de sa zône d'influence » sous la pression de « forces centrifuges ». Par conséquent, si Ton veut vivre en paix avec le Kremlin, il faut supprimer — d'abord dans le parti, puis, petit a petit, à l'exté rieur du parti — toute expression d'opinion politique qui déplait à la bureaucratie soviétique.

Que cette argumentation soit basée sur une série de sophismes manifestes, il n'est nul besoin de le démontrer ici. Ce qui est plus important, c'est de saisir la dialectique implacable à laquelle Gomulka lui-même a succombé. Lui qui a préféré aller en prison, après 1948, plutôt que de condamner Tito de façon injustifiée, a cette fois-ci lancé de nombreuses calomnies contre les communistes yougoslaves. Lui qui, au lendemain de Poznan, dans son fameux discours devant le VIII' Plénum, avait justiflé l'emploi de la grève par les travailleurs, le leur interdit aujourd hui même. Lui qui avait mis tant d'espoirs dans les conseils ouvriers, a été amené, en pratique, à les remplacer ir les « conférences de l'autonomie ouvrière ». auxouelles il a assigné dans son raDDo devant le Ille Congrès du Parti, les tâches typiquement staliniennes d'augmentati de la production et de sauvegarde de la « discipline du travail ».

Il ne s'agit pas de duplicité machiavélique, mais d'un pragmatisme qui s'efforce terréses de les ralent arrives en Pologne entre y9er et 1d6, sans es deren che ses nature sociale de la bureaucratie, sans saisir le mécanisme qui relie la démocratisation de la vie publique à la démocratie ouvrière, à la dictature du prolétariat au sens léniniste du terme. Hier victime de la bureaucratie, Gomulka est ainsi devenu, en l'espace de quelques années, son suppôt et son principal soutien.

Cela ne veut pas dire qu'en pratique, rien ne subsiste des « conquêtes d'octobre ». ce Congrès n'a été • que par le début de révolution politique que la Pologne connu La fraction stalinienne qui fut solidement installée à la direction du Parti et qui contrôla d'innombrables rouages de l'administration d'Etat, notamment grâce à l'appui ouvertement, a Mijal, Wasilkowska, Minc et d'autres staliniens ne furent pas réélus membres du Comité Central. Trois solides partisans de Gomulka, Kliszko, Gierek et Spychalski, furent adjoints au Bureau Politique.

Cette défaite étonnante des staliniens, étant donné les mesures pratiques qui ont entre temps découragé et rejeté dans la passivité la classe ouvrière, s'explique essenFraction avement soutenue par le rele M, Tapparu proletat contrente pensable. Pour écraser une petite fraction abandonnée par Moscou et isolée du peuple, un soutien passif des masses suffisait. Ce soutien, Gomulka ne l'a point perdu. Sa victoire put donc être décisive.

Par ailleurs, si Gomulka lui-même n'a pas soulevé le problème du « dogmatisme » 2223 Novak, le seul natolinien à prendre la parole de rincipal en 1956, il avait pu se tromper en tout honneur sur la portée des retormes pour lui, le révisionnisme s'identifie carrément envisagées à ce moment. D'ailleurs, avec « le rétablissement du capitalisme » !

Voilà donc Gomulka presque pris au piège de sa propre théorie courante. Ce fut Alexane va ede vite alien, qui acharne de bagages danse le de Gomika Il le fit sous les applaudissements frénétiques du Congrès, qui montra, du moins à cette occasion, de quel langage il conservait la nostalgie.

Par ailleurs, certaines controverses furent inscrites en filigrane dans le Congrès : celle du rythme de l'industrialisation et celle de la politique agraire reçurent le plus d'attentions. Sur la première question, qui avait soulevé un débat passionné au Plénum du Comité Central, et fourni aux staliniens la dernière occasion de « prendre l'offensive », Gomulka utilisa des formules de compromis. Il n'exclut pas que le C. C pouvait revoir les objectifs du Plan, si ceux-ci s'avéraient trop pessimistes au cours des années à venir. Par contre, sur la question agraire, il resta intransigeant. La socialisation de l'agriculture reste le but ultime du Parti ; mais elle peut se réaliser que par l'adhésion volontaire des paysans.

Ceux-ci, faisant confiance à Gomulka, ont entrepris d'investir dans lagriculture polonaise, dont les progres sont remarquables depuis deux ans. Sil y a une constante dans la politique de Gomulka, à laquelle il n'a admis aucune entorse depuis octobre 1956, c'est bien son « cours vers le paysan ». Pour le faire admettre, sans grand mal d'ailleurs, par Khrouchtchev, il a ete prêt à sacrifier ses amis et ses alliés. Aussi est-ce plutôt paradoxal de l'entendre fulminer contre les révisionnistes « agents de lennemi de classe ». alors que la seule classe qui ait, durablement profité des « conquêtes d'octobre » soit précisément... la paysannerie !

Les observateurs étrangers qui ont pu assister au Congrès ou qui se sont trouvés au moment du Congrès confirment que l'atmosphère reste fort détendue dans la capitale polonaise. Les discussions, les remarques sarcastiques, les coups historiques objectives, tout cela continue comme depuis 30 d'épingle, les recherches mois. Pourtant, on se bernerait d'illusions en croyant que le retour en arrière que Gomulka vient de marquer sur tous les domaines politiques n'aura pas d'effets dans le domaine de la liberté d'expression. La censure fonctionne de plus en plus efficacement ; on supprime des revues ; on interdit la publication de certains livres... vent glacial détruit les jeunes bourgeons du printemps d'octobre. Mais d'autres printemps lui succèderont.

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