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La revue › 17e année, n° 6

L'évolution de la révolution algérienne

Quatrième Internationale, 17e année, n° 6 · mai 1959 · p. 6-8 · 1 255 mots

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La Révolution algérienne est à nouveau devant un tournant. La 'lutte d'extermination des masses algériennes que mène depuis bientôt cinq ans l'impérialisme français n'a pas réussi à mettre, à genoux les paysans et les ouvriers combattant sous le drapeau du F.L.N.

Il y a maintenant plus de 600.000 morts du côté algérien, d'innombrables villages detruits, des prisons et des camps de concentration pleins de militants algériens, aussi bien en Algérie qu'en France, plus d'un million de « personnes déplacées » en Algérie, parquées dans des conditions inhumaines qui stigmatiseront à jamais le visage barbare cette sale guerre coloniale.

L'impérialisme sauvage, déchainé, encouragé par le manque de toute résistance tant soit peu efficace de la part du prolétariat français, cherche visiblement à changer carrement le rapport de forces entre l'élément arabe et l'élément européen en Algérie, par l'extermination physique, en masse, des femmes, des enfants, des hommes de l'Algérie martyre.

Il s'agit là d'une opération parmi les plus horribles de celles perpétrées par l'impérialisme à notre siècle, avant qu'il ne quitte la scène de l'histoire.

On doit mesurer la force de la Révolution algérienne par rapport à ce bilan atroce de la répression impérialiste. Luttant pratiquement seuls depuis bientôt cinq ans dans les conditions les plus adverses, les paysans et les prolétaires de l'Algérie tiennent toujours vaillamment tête aux forces déchaînées de l'impérialisme. Il s'agit là d'un exemple de l'incroyable potentiel révolutionnaire des masses coloniales à notre époque, qui devrait servir à stimuler la lutte révolutionnaire du prolétariat français et européen, en retard choquant sur l'action de nos frères coloniaux.

Cependant, la saignée terrible que l'impérialisme français inflige à la vaillante Révolution pas sans inconvénients graves pour l'avenir de cette révolution. La question d'une aide financière, matérielle et morale à celle-ci est maintenant urgente. On ne peut que s'étonner, s'indigner surtout, que les promesses d'aide à la révolution algérienne, faites à profusion à différentes reprises par certains Etats arabes et certains Etats ouvriers, ne se matérialisent pas, et restent une sorte de propagande verbale à l'adresse de leurs masses, solidaires de la révolution algérienne.

Il est urgent de cesser de monnayer la cause sacrée de la révolution algérienne pour des buts de « popularité » intérieure ou de diplomatie, et de passer à l'aide financière, matérielle et morale à celle-ci.

De ce point de vue, il faut saluer la décision de la Chine populaire d'aider sur une grande échelle la révolution algérienne. Il se peut également que le Kremlin, afin d'exercer une pression sur de Gaulle, maintenant allié d'Adenauer et croisé fervent de l'alliance atlantique, joue à fond la carte algérienne, aide matériellement et reconnaisse même, à une étape ultérieure, le gouvernement algérien.

L'éventualité de l'aide chinoise et peut-être de l'aide soviétique ne manquera pas de différencier le FLN entre une tendance « orientaliste » et une tendance «occidentaliste ». La première rencontrera incontestablement, et de plus en plus, l'appui de la base paysanne et prolétarienne du mouvement, décidée à continuer la lutte et avide de se procurer les moyens (argent, armes, etc.) d'où qu'ils viennent. C'est la tendance saine, l'aile marchante de la

La tendance « occidentaliste » voudra temporiser encore avec l'impérialisme amé ricain et ses alliés « bourguibistes » du Maghreb, Bourguiba lui-même et le rol du Maroc. C'est elle-même une tendance « bourguibiste » au sein du FLN, c'est-à-dire pro-occidentale et pro-bourgeoise, toujours portée à trouver un « compromis acceptable » avec l'impérialisme français.

Il faut espérer que cette tendance, combattue par les partisans de l'intérieur et les cadres prolétariens et plébéiens de l'extérieur, se trouvera isolée au sein des orga nismes dirigeants du FLN, et qu'elle capitulera ou s'effacera d'une manière ou d'une

Le danger constant qui guette la Révolution algérienne, privée de l'appui actif rolétariat français, est naturellement le developpement de cette tendance & bour iu proletariat trancai: de cette tendance « bourguibiste », pro-occidentale et pro-bourgeoise, qui pourrait s'orienter vers un compromis favorable à l'imperialisme français.

Pour la combattre efficacement, il faudrait que le FLN se transforme d'un mouvement vague qu'il est encore à l'heure actuelle, en parti politique, programme national et social défini, et avec une structure organisationnelle plus précise, capable d'exercer un véritable contrôle de la base au sommet. Il faudrait en outre, tirant profit des enseignements de toutes les révolutions qui ont abouti à de véritables victoires, transférer en Algérie même les organismes de direction et les lier à la base réelle de la Révolution : les combattants et la population algérienne. A l'extérieur, il faudrait naturellement continuer à avoir des « délégations diverses » des organismes dirigeants résidant en Algérie même et indissolublement liés à l'armée révolutionnaire.

Ces mesures sont les seules en réalité qui pourraient permettre d'éviter la corruption bureaucratique et néo-bourgeoise de la direction de la révolution, de politiser le mouvement et d'accroître son efficacité organisationnelle, y compris sur le plan militaire.

La conduite uitérieure de la révolution algérienne n'est pas une question exclusivement militaire, qui peut être résolue sur le plan des moyens financiers et matériels accrus. C'est avant tout une question politique, de programme, des perspectives.

L'armée ne peut devenir une véritable armée révolutionnaire, soudée à la population civile, que sur la base d'un programme social clair et hardi, définissant les buts à la fois anti-impérialistes, nationaux, démocratiques et sociaux de la révolution.

Le but de l'indépendance nationale doit aller de pair avec un programme précis sur la réforme agraire, les nationalisations, l'industrialisation, la libération des femmes, la structure démocratique réelle du nouveau pouvoir.

Doter la révolution d'un parti politique structuré, discipliné, d'un programme précis et d'organismes de direction liés à l'armée révolutionnaire et aux masses du pays, effectivement contrôlés par elles, c'est insuffler à la révolution un nouvel invincible.

Ces changements influeraient aussi sur le plan de la conduite de la guerre, en facilitant les opérations par des petites unités ultra-mobiles, composées de combattants révolutionnaires conscients, et tirant tout le profit possible de leurs relations étroites avec la population, du terrain et de leur armement adéquat.

D'autres problèmes politiques doivent naturellement occuper des maintenant l'attention d'une direction vraiment politisée de la révolution : la stratégie de la guerre, guerre limitée à l'Algérie ou embrassant tout le Maghreb ; dans ce cas politique adé quate de la révolution algérienne envers les populations tunisienne et marocaine qui ne sauraient être vraiment gagnées à de telles perspectives que sur la base du visage social affermi de la Révolution algérienne ; propositions de solution transitoire à présenter à l'impérialisme français, appuyées sur leffort de guerre accru, etc.

Par exemple, l'intérêt de l'impérialisme pour les pétroles et autres richesses du Sahara est incontestablement actuellement à la base de son acharnement à maintenir l'Algérie sous son contrôle effectif.

Pour lui faciliter le dégagement de cette position, le gouvernement algérien pourrait envisager pour toute une période la constitution d'une société mixte de l'exploitation du Sahara, avec participation de l'Etat algérien, des capitaux français, éventuellement avec participation également marocaine et tunisienne, la condition sine qua non étant que l'Etat algérien détienne la majorité absolue des actions. D'autre part, les profits de cette exploitation pourraient couvrir des indemnisations à envisager aux agrariens et industriels européens d'Algérie à exproprier.

Il ne s'agit là naturellement que d'indications simplement à titre d'exemple pour une politique concrète à élaborer afin de faciliter le dégagement de l'impérialisme français, aussi longtemps qu'une décision écrasante ne saurait intervenir sur le plan strictement militaire.

L'avenir de la Révolution algérienne dépend maintenant également de sa capacité de dégager une direction politique adéquate et de se politiser elle-même dans son ensemble au maximum.

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