Documents de la IVe Internationale

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La revue › 17e année, n° 6

La révolution irakienne

Quatrième Internationale, 17e année, n° 6 · mai 1959 · p. 4-6 · 1 365 mots

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Sous la peussée puissante des masses révolutionnaires du pays, l'Irak est en train de se dégager progressivement des séquelles de l'impérialisme. Après son retrait du Pacte de Bagdad, on annonce le départ prochain de la Royal Air Force de la grande base britannique de Habbaniya. Kassem a, d'autre part, laissé comprendre que son gouvernement étudie l'expropriation des 23,75 % formant la participation des capitaux

La Compagnie produit actuellement 35 millions de tonnes de pétrole par an, et est la troisième grande société pétrolière du Moven-Orient.

Cette mesure, envisagée en faveur de la révolution irakienne, devrait normalement mener soit à la nationalisation de la compagnie et également à l'expropriation des parts détenues par les capitaux américains, britanniques et hollandais, soit une redistribution des parts, après une expropriation préalable, excluant cette fois la participation française.

De toute manière, VIrak s'éloigne insensiblement de l'orbite impérialiste, ce qui ne manque pas de provoquer les plus grandes inquiétudes de l'impérialisme.

En même temps, nous assistons au déclenchement d'une violente campagne anticommuniste de Nasser, dirigée principalement contre l'Irak. C'est le régime égyptien qui, de manière indiscutable, a fomenté le coup d'Etat avorté en mars dernier du colenel Chawat.

Pour comprendre cette évolution, il est nécessaire de mieux saisir le sens evenements en Irak depuis l'éclatement de la révolution du 14 juillet 1958, qui a renversé le régime pro-impérialiste de Nouri el Said « l'Anglais ». La révolution de juillet avait à sa tête une équipe d'officiers nassériens, « anti-impérialistes », idéologiquement sinon socialement directement liés à la bourgeoisie. Ces officiers rêvaient, en termes naturellement confus, d'un régime capable de permettre à la bourgeoisie industrielle de se développer, secouant au moins en partie les entraves que l'impérialisme et les féodaux indigènes avaient pu imposer au progrès du pays.

Parmi eux, à cette époque, il y avait une bonne partie de partisans de l'union Immédiate avec la R.A.U., dont le représentant le plus éminent était le colonel Aref, depuis arrêté et condamné à mort. Cependant, la base de la révolution, les prolétaires et la petite bourgeoisie paupérisée des villes, la masse des paysans pauvres et des métayers sans terre. (celle-ci appartenant à quelques milliers de grands féodaux), était infiniment plus à gauche que sa « tête ». Elle aspirait à une véritable révolution sociale et y poussait.

Nous la pression de cette base, et devant la faiblesse de la bourgeoisie irakienne a résistance opiniâtre des féodaux et les complots des éléments pro-nassériens d l'armée poussant à l'unification avec la R.A.U., le régime militaire de Kassem s'est vite développé en pouvoir bonapartiste.

Le Parti Communiste irakien, le plus fort de tous les P.C. des pays arabes, avec des cadres endurcis dans une longue et sanglante clandestinité, avait reçu l'ordre du Kremlin de proclamer un appui aux couches bourgeoises du pays et de leur faire miroiter la perspective d'un développement autonome grâce aux ressources pétrolières de l'Irak, et à la « paix sociale » garantie par le P.C.

Toute l'opération, à cette première étape, visait à encourager les couches bourgeoises et tere sa tentation nis au foion de erak dans au. Lap pre de la lort neister kurde, noyautée par des éléments dirigeants acquis au Kremlin, s'exerçait dans le même sens.

Cette politique du Kremlin peut avoir deux explications : soit le Kremlin cherchait imen le ramener rinsi dans orbite dure son connit de remin et prouest implement à exercer une pression sur Nasser,: qu'il pouvait, sans gros risques, acheminer Irak dans la voie d'une véritable « démocratie populaire ».

Nous reviendrons sur cet aspect. Retenons pour le moment que la politique d'appui inconditionnel à Kassem et à la bourgeoisie « patriotique » suivie par le P.C., véritable maître des masses dans le pays, va effectivement stimuler la résistance à la pression nassériste. D'autant plus que les complots successifs des féodaux insurgés contre la réforme agraire promulguée par le régime - si limitée qu'elle fut — des éléments pro-impérialistes et des officiers pro-nassériens, ont en réalité rendu le gouvernement bonapartiste de plus en plus dépendant de l'appui des masses, sur lesquelles règne maintenant sans conteste le Parti Communiste.

Insensiblement, Kassem est devenu le super-Kerensky de la Révolution irakienne. Le coup d'Etat de Mossoul a fait faire à la révolution un gigantesque pas en avant, en facilitant l'irruption révolutionnaire des masses sur l'arène politique, et en désorganisant davantage les forces réactionnaires.

On sait maintenant que le soulèvement du colonel Chawaf à Mossoul qui, pendant quelques heures, avait tourné au massacre des éléments communistes, s'est heurté ensuite à une forte résistance populaire. Des milliers d'ouvriers de Mossoul et des paysans des environs, rapporte le journal communiste Ittihad El Chaab, ont pris les armes et se sont battus contre les insurgés. Ils ont occupé les principaux centres de la ville et traqué, capturé et exécuté les chefs de la rébellion. A Bagdad même, de gigantesques manifestations, accompagnées d'actions de grève générale, dirigées par le P. C. irakien, se sont déroulées en signe de sympathie envers les victimes de la rébellion de Mossoul, et de solidarité avec les combattants prolétariens.

« La rébellion de Mossoul, reconnaissait L'Humanité du 12-3-59, a été écrasée par les milices ouvrières armées ».

Ces milices en effet existent et se développent en Irak. Kassem a dû les réautoriser et les renforcer. Elles constituent de plus en plus des forces essentielles du pays, son pouvoir « double » à côté d'autres organismes d'essence sovlétique (1), face au gouvernement bonapartiste de Kassem, qui se voit obligé de recourir à leur protection.

(1) Le développement le plus important de ces dernières semaines (avril 1959) est la formation de la première Fédération des syndicats agricoles en Irak, que Kassem a dû autoriser. Les résolutions du Congrès constitutif de cette Fédération préconisent, entre autre, l'exécution des traîtres « anciens et nouveaux », la formation de milices paysannes et l'armement général du peuple.

Dans ces conditions, il devient clair que l'évolution ultérieure de l'Irak est actuel- BELLE nie ce me coale in le tange ou guet mieu lement entre les mains du P. C. irakien et du Kremlin. La voie vers le pouvoir révolula révolution irakienne est le suivant : soit le Kremlin la sacrifie en tant que monnaie d'échange dans un nouveau compromis avec Nasser ; soit que ce dernier, profitant de la dislocation des forces conservatrices qui appuient Kassem, et d'une désorientation des masses, en cas d'attente prolongée qui n'aboutit pas à la victoire complète de la révolution, arrive à faire réussir un nouveau coup d'Etat renversant Kassem à l'improviste.

Il faut espérer que la vigilance des masses et leur dynamisme, attisé éventuellement par une nouvelle tentative réactionnaire, sauront pousser le P.C. irakien plus loin que ne le désire actuellement le Kremlin. Dans ce cas, la révolution prolétarienne peut triompher dans un des plus importants pays arabes du Moyen-Orient, ce qui ne manquera pas d'avoir des répercussions incalculables sur le développement de la révolution dans toute cette région.

Nasser s'acharne contre la révolution irakienne car il est conscient du caractère prolétarien et du dynamisme de celle-ci. La contradiction entre le développement actuel de la révolution irakienne et la tâche historique de l'unification de la nation arabe n'est qu'apparente.

Le P. C. irakien, au lieu de se défendre contre Nasser en devenant le champion de « indépendance » de l'Irak, aurait dû élaborer un programme concret d'unification de la nation arabe, qui ne saurait s'opposer aux impératifs de la révolution sociale arabe.

Quand il s'agit de l'unification entre deux pays arabes du même système social, 'impératif de l'unification doit prévaloir sur le caractère politique du régime sous lequel se ferait l'unification. Mais quand il s'agit de l'unification entre un pays arabe en train d'accomplir sa révolution anti-impérialiste et sociale à la fois, et un pays sous régime encore féodo-capitaliste, l'impératif de l'accomplissement de la Révolution sociale peut retarder l'heure de l'unification dans le même ensemble national. C'est actuellement le cas de l'Irak et de la R.A.U., pays entre lesquels cependant Il ne devrait y avoir aucune difficulté pour établir immédiatement des rapports d'union fédérative par exemple.

Les événements démontrent qu'en réalité l'unification nationale arabe totale, durable et progressive, aspiration des masses révolutionnaires arabes, ne se fera que par elles, dans l'accomplissement de leur révolution sociale.

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