Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 17e année, n° 5

Le réveil de l'Afrique s'accélère

Quatrième Internationale, 17e année, n° 5 · février 1959 · p. 16-17 · 1 366 mots

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La conférence d'Accra qui s'est tenue en décembre 1958 marque une nouvelle étape *aiderito des peuples osoasaige fri a cole de le dans l'émancipation du continent africain. Cette conférence fait suite à celle de Bandung, la Conférence africains indépendants.

Elle a réuni quelque 300 délégués de 62 organisations représentant 28 pays et territoires africains indépendants ou encore sous contrôle colonial.

La Conférence a adopté une déclaration et cinq résolutions, et a décidé la création d'un secrétariat permanent destiné à coordonner la lutte pour la libération totale l'unification de l'Afrique. La principale résolution sur le colonialisme et l'impérialisme affirme le soutien de la Conférence à tous les combattants de la libération de l'Afrique, aussi bien à ceux qui emploient les moyens pacifiques de la non-violence et de la désobéissance civile (mouvement national de l'Afrique du Sud) qu'à ceux qui sont obligés de recourir à la violence pour obtenir leur libération nationale. L'allusion au cas de l'Algérie est claire.

Du reste la délégation algérienne a reçu l'accueil le plus chaleureux de toutes les délégations africaines, et un représentant du F.L.N. fait maintenant partie du Secrétariat africain permanent.

Une résolution spéciale de la Conférence traite de la question algérienne, affirmant le droit du peuple algérien à l'indépendance, condamnant la politique de la soi-disant intégration à la France ainsi que le résultat des élections truquées, et invite le gouvernement français à entamer des négociations avec le gouvernement algérien afin réaliser l'indépendance du pays et de terminer la guerre. Elle invite également tous les pays à refuser toute aide à la France dans sa guerre contre le peuple algérien, et à reconnaître le gouvernement algérien. Elle fait appel aux pays africains pour organiser une « Journée de solidarité à l'Algérie » et pour collecter des fonds destinés aux victimes de la répression impérialiste.

La résolution salue enfin les soldats africains qui désertent l'armée française et les invite à rejoindre les rangs de l'Armée de Libération algérienne. L'idée d'une brigade africaine combattant en Algérie a été retenue,

Une autre résolution importante de la Conférence concerne la question des frontières artificielles créées par l'impérialisme afin de diviser l'Afrique. La Conférence, déclare cette résolution, « fait sienne le Pan-africanisme et le désir d'unité parmi les peuples africains et déclare que son objectif final est un Commonwealth d'Efats africains libres. Comme premier pas pour celui-ci, les Etats indépendants d'Afrique doivent s'amalgamer entre eux en groupes sur la base de la proximité géographique, de l'interdépendance économique, de l'affinité linguistique et culturelle ».

La résolution est un encouragement direct au processus d'unification qui s'accélère actuellement en Afrique.

One résolution sur le « tribalisme et le séparatisme religieux » déclare que | onférence s oppose avec force aux tacfiques de impérialisme usant tribalisme et séparc tisme religieux afin de perpétuer sa politique coloniale.

Une résolution spéciale a été également votée concernant la question de l'accession rapide du Kamerun à l'indépendance complète et contre la répression impérialiste du mouvement national de ce pays.

La note dominante de la Conférence fut incontestablement le désir profond qui anime actuellement les masses africaines pour l'unification d'une Afrique libre, gérée par ses habitants autochtones, au sein d'une Confédération. Cette Confédération naîtra à travers des Fédérations primaires, comme celles qui émergent maintenant en Afrique occideniale.

Le courant vers la libération et l'unification de l'Afrique est une des forces déterminantes de notre temps. Cette force balayera inexorablement tous les résidus de domination impérialiste directe, ou de discrimination raciale, par des minorités d'origine européenne. Les événements récents de Léopoldville en disent long sur la volonté farouche des masses africaines de secouer le joug des infimes minorités européennes (50.000 Belges au Congo).

Ce mouvement unificateur irrésistible, comme son équivalent dans les pays arabes, comme celui qui est en train de se développer en Amérique latine, est pour le moment encouragé et dirigé par les milieux de la bourgeoisie indigène en formation. Malgré sa faiblesse, cette bourgeoisie est en train de dépasser sa condition de compradore de jadis, sous l'influence conjointe des facteurs suivants: le déclin de la puissance des impérialismes anglais et français; l'intérêt grandissant aussi bien de l'impérialisme américain que du Kremlin pour l'Afrique, et leur antagonisme; la pression exercée par les masses paysannes, prolétariennes et petites bourgeoises intellectuelles de l'Afrique; la prise de des possibilités économiques de l'Afrique; la crise qui sévit actuellement dans l'économie de structure coloniale africaine.

Le trait dominant de l'évolution récente de l'Afrique est la destruction progressive de la vie économique ef sociale tribale, au fur et à mesure que la production marchande se généralise, et que se produisent l'exode des populations vers les villes, une urbanisation les débuts d'une industrialisation. Les centres urbains, où se forment et développent des couches sociales nouvelles, détrônent Chefs et Dieux de la vie tribale. Des mouvements et des partis politiques s'organisent imprégnés d'une conscience africaine, vers lesquels affluent les nouvelles générations.

Le nationalisme africain est le reflet de la révolution urbaine, capitalisée à sa première noyaux de la bourgeoisie indigène en formation et ses idéologues intellectuels. Les nécessités économiques et sociales les poussent à se libérer des entraves de l'impérialisme, exploitant les richesses agricoles et minières des pays africains, à récupérer le meilleures terres accaparées par les colons et les entreprises impérialistes, à diversifier l'économie, dépendant souvent d'un seul produit d'exportation, à unifier le marché africain, à l'industrialiser.

Pendant plusieurs années la hausse des prix des marchandises telles que l'étain, le cuivre, l'huile d'arachide, le café, le cacao, le caoutchouc, le tabac, le coton, principaux produits d'exportation africains, a caché la crise grave qui mûrissait dans la société africaine à la suite de la détribalisation galopante. Au contraire le boom prodigieux sur les prix de ces matières a eu pour résultat de développer à l'extrême les cultures industrielles au détriment des cultures vivrières ef de bouleverser l'agriculture africaine tradifionnelle.

La récession qui sévit depuis 1957 a particulièrement touché l'économie de tous les pays sous-développés, en abaissant les prix de leurs principaux produits d'exportation de plus de 15 %. L'industrialisation déjà lente des pays africains, à l'exception du Congo, de la Rhodésie et surtout de l'Afrique du Sud, alimentée par des investissements à peine égaux à 7% d'un maigre revenu national, a reçu un coup de frein catastrophique

Agriculture déséquilibrée et peu productive, industrialisation au point mort, tandis que l'urbanisation s'accentue, expliquent le climat explosif dans lequel baigne maintenant l'Afrique. sur lesuie du ne solution ni radions problemes des mises im diens dendant antoir Faute d'une solution rapide à ces problèmes, les masses impatientes du continent noir, auront tendance à brûler les étapes du nationalisme bourgeois, en accédant aux solufions du socialisme révolufionnaire.

La bourgeoisie indigène est consciente de ce danger. Elle pense pouvoir y faire face en poussant aux unifications « primaires» et en spéculant sur une surenchère d'aide une surenchère d'aide économique entre l'impérialisme, en particulier l'impérialisme américain, et le Kremlin.

In a beaucoup remarqu d'observateurs américains, Mister Irving Brown. On dit que leur rôle dans les coulisses ne fut ni négligeable ni inefficace. Washington a voulu en quelque sorte prendre sa revanche sur la Conférence de solidarité des peuples afroasiatiques du Caire de décembre 1957, dominée par le Kremlin.

Dans la mesure où l'Afrique à son tour devient un épicentre de la guerre froide et le dernière réserve économique et stratégique de l'impérialisme; dans la mesure également u Washington n'est pas sur de pouvoir gagner le nasserisme arabe, il setforce de polarise • réveil de l'Afrique noire autour de leaders « bourquibistes » noirs. Dans une deuxièm étape l'opération pourrait embrasser un Maghreb uni également « bourguibiste », c'est-à-dire pro-occidental.

Cependant les problèmes fondamentaux de la Révolution africaine en cours ne sauraient recevoir une solution tant soit peu satisfaisante sous une direction bourgeoise. Comme le vieux lutteur noir américain W.E. Dubois l'a si bien dit dans le message qu'il a adressé à la Conférence d'Accra, le choix à faire pour l'Afrique n'est pas entre le développement capitaliste et le socialisme. L'Afrique n'a pas historiquement le temps de rattraper les pays industriels avancés par la voie capitaliste, et n'a même pas intérêt à connaître les méfaits d'un tel régime d'exploitation.

La seule solution radicale de ses problèmes urgents se trouve dans le socialisme et les Etats-Unis socialistes d'Afrique.

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