Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 17e année, n° 5

Le 86e Congrès des Etats-Unis

Quatrième Internationale, 17e année, n° 5 · février 1959 · p. 18-19 · 934 mots

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Au lendemain des élections de novembre 1958, l'espoir d'un renouveau dans la conduite des affaires intérieures et extérieures aux Etats-Unis semblait se justifier. Le pays venait de voter très clairement « libéral », plébiscitant les candidats « progressistes », Démocrates et Républicains. Des regroupements imporfants aussi bien au sein du Parti démocrate victorieux que du Parti républicain s'annonçaient comme étant inévitables. Certains conservateurs, alarmés, prévoyaient même des scissions aussi bien dans l'une et l'autre des deux formations traditionnelles, et la création d'un nouveau parfi libéral réunissant Démocrates et Républicains « progressistes » appuyés par les syndicats; c'est-à-dire presque la naissance d'un parti travailliste bouleversant la scène politique traditionnelle des Etats-Unis.

• Cependant, les débuts assez conformistes du 86 Congrès des Elats-Unis semblent indiquer que les appareils conservateurs des deux partis tiennent toujours bien en place et que les réformateurs « libéraux » ont encore à attendre. Cela ne veut pas dire que le Président n'éprouvera pas, dans les deux années qui restent de son mandat, des difficultés majeures avec le nouveau Congrès à prédominance démocrate et même « libérale » écrasante.

D'autant plus que, faisant marche arrière du républicanisme rénové qu'il avait jadis préconisé, Eisenhower se cantonne actuellement dans une orthodoxie conservatrice qui ferait envie même à un Taft, au grand désespoir des « libéraux » de son parti, jusques et y compris, disent maintenant certains, du vice-président Nixon lui-même.

Eisenhower devient le champion du « budget équilibré », objectif national numéro 1, et de l'orthodoxie fiscale, face aux clameurs de ceux qui exigent des dépenses sociales et surtout militaires accrues, ef une économie plus dynamique assurée d'une expansion continue.

Alarmés par le déficit budgétaire de l'année fiscale en cours, qui s'élèvera à 12 milliards de dollars, et par la détérioration sensible du pouvoir d'achat du dollar (la moitié de celui d'avant guerre), les banquiers experts du gouvernement américain préconisent de strictes économies afin de ramener le prochain budget à 77 milliards de dollars en éliminant le déficit.

L'Administration est sérieusement préoccupée par le fait de l'affaiblissement du dollar sur les marchés étrangers, la diminution des exportations américaines face à une concurrence étrangère avivée, et les dangers que ferait courir la spéculation boursière à l'intérieur. spéculation qui ne correspond nullement aux possibilités encore limitées de la reprise économique en cours. Celle-ci reste lente, et les dépenses aussi bien étatiques que privées (investissements) limitées prévues pour cette année ne semblent pas propices à éperoner um nouveau boom.

A cette attitude de l'administration, le courant « libéral » répond que la meilleure manière de combattre l'inflation est une nouvelle augmentation considérabie de la productiom et de la productivité, grâce à de nouvelles dépenses gouvernementales, indépendamment de leurs répercussions immédiates sur le déséquilibre du budget. Léon Keyserling, conseiller: économique de Truman, est le théoricien à la tête de ce courant.

Mais, indépendamment des aspects immédiats et plutôt d'ordre technique de la dispute en cours entre « dépensiers » et « économes », c'est en réalité un débat pius fondamental qui divise de nouveau les milieux dirigeants américains.

La stagnation économique, scientifique, militaire, relative des Etats-Unis contraste de plus en plus avec le dynamisme de la soviété soviétique. Depuis le lancement du premier Spoutnik, une partie croissante de la bourgeoisie américaine découvre avec une profonde angoisse cette réalité. Le défi économique que constitue le faux annuel d'expansion continue de l'économie soviétique et des aufres Etats ouvriers, les chiffres du nouveau plan septennali de I'U.R.S.S., les progrès de la Chine en 1958, etc., sont maintenant pris tout à fait aw sérieux aux Etats-Unis. D'autant plus que non seulement la récession actuelle, mais une étude plus approfondie de la marche de l'économie américaine dans les dernières années, démomtrenf clairement le décalage inquiétant qui s'est établi depuis un certain temps déjà entre lle taux d'expansion de l'économie soviétique et celui de l'économie américaine.

Les nouvelle séries statistiques établies par le Département américain du Commerce concernant la production nationale brute (gross national product) à prix constants, qui viennent d'être publiées, prouvent que l'économie américaine était déjà virtuellement stagnante (moyenne d'augmentation annuelle légèrement supérieure à 1 %) nombre d'années ayant la récession en cours, ef que l'année 1955 fut depuis la guerre de Corée la seule pendant laquelle la production avait augmenté de 8 % environ.

Durant cette même période, l'économie soviétique évoluait à un taux annuel moyem d'expansion en tout cas supérieur à 7 %.

Dans ces conditions, le taux d'expansion annuelle de 5 % que le rapport Rockefeller préconisait pour les années à venir afin que l'économie américaine surclasse toujours celle de YU.R.S.S., paraît déjà insuffisant. Ce taux constitue un impératif essentiel d'une polifique économique tant soit peu dynamique des Etats-Unis, qui s'efforcerait de relever le défi soviétique.

Comment, dans ce cas, ne pas s'étonner qu'une telle préoccupation ne trouve aucun écho dans le message présidentiel sur l'état de l'Union, pas plus du reste que l'avance prise par I'U.R.S.S. dans les fusées intercontinentales et cosmiques, ou dans le domaine de la recherche et de la formation scientifiques ?

Il faut s'attendre à ce que la platitude quasi provocante de la ligne présidentielle soit combattue par le nouveau Congrès qui essaiera de suppléer au manque de dynamisme et de direction dont fait actuellement preuve l'Administration républicaine.

Il s'agit cependant de savoir si, même pour les Etats-Unis, il sera à l'avenir possible d'assurer les dépenses colossales exigées par la fantastique course aux super-armements de l'âge atomique, ainsi que par les nécessités d'aide aux pays sous-développés, sans abaisser sérieusement le niveau de vie de la population américaine et sans soumettre celle-ci à son tour au joug d'une dictature ouverte.

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