Avec l'application du Marché Commun à partir de janvier de cette année, la politique économique du capitalisme européen inaugure un important tournant. Le but ultime de l'opération est politique, ef vise à l'intégration politique de l'Europe des Six, ouverte éventuellement à l'Angleterre également.
Le Marché Commun complète d'autres institutions européennes, toutes orientées vers l'unification de l'Europe capitaliste : la C.E.C.A., l'Euratom.
Le Marché Commun est avant tout une union douanière qui vise à abolir progressivement d'ici 12 à 15 ans toutes les barrières actuellement existant à la libre circulation des marchandises, des capitaux, de la main-d'œuvre, entre les Six. A l'extérieur elle maintiendro un tarif harmonisé, égal à la moyenne des tarifs nationaux existant.
Pour le moment, les débuts du Marché Commun sont modestes : diminution de 10 % des droits de douane; transformation des contingents bilatéraux d'importation en contingents globaux, et accroissement de 20% de leur valeur totale; le plus petit contingent devra atteindre au moins 3% de la production nationale.
Cependant cette tentative d'unification capitaliste ne va pas sans aviver les antagonismes et les contradictions fondamentales du système. Tout d'abord à l'intérieur même des Six. Pour que l'opération soit viable, il faut que chacun des partenaires puisse affronter la concurrence des autres. Ce qui a obligé la France à procéder à des mesures économiques et financières draconiennes à la veille de l'application du Marché Commun: 550 milliards environ de nouvelles charges sur les salariés et les consommateurs, dévaluation de plus de 15 % du franc.
Le but de ces mesures est de diminuer le coût de revient de la production industrielle française, de favoriser les investissements, de protéger le marché intérieur français, tout en renforçant considérablement sa capacité compétitive à l'étranger.
Malgré ces mesures, le déficit du budget français reste, à cause de la guerre d'Algérie ef des charges du « Plan de Constantine », de l'ordre de 600 milliards de francs, et les réserves en or et en dollars inférieures à un milliard de dollars (tout en complant l'aide massive des banques américaines, allemandes et même anglaises pour soutenir le franc, de l'ordre de 450 millions de dollars).
L'opération de Gaulle-Pinay n'a des chances de réussir qu'au cas où les prix restent stables, les salariés accepfent sans bouger les « sacrifices», la consommation intérieure régresse, tandis que les exportations augmentent. Autant de conditions contradicloires et difficilement réalisables à la fois.
Marche Commun un on pe dent usite pour afronter el cacemen da concurrence trans de D'autre part en cas de réussite de l'opération, seront obligés de dévaluer à leur tour.
Il y a ensuite l'antagonisme entre le Marché Commun et l'Angleterre, qui a déclenché la guerre de la convertibilité des monnaies européennes. A l'union douanière, discriminatoire envers le commerce des pays extra-européens, qu'est le Marché Commun, l'Angleterre oppose la zone de libre échange qui lui permettrait d'avoir accès au marché européen sans porter atteinte à son Commonwealth preference system.
Grâce à ce système, les produits industriels de l'Angleterre ont un accès préférentiel dans les pays du Commonwealth, l'Angleterre important à son tour du Commonwealth à très bas tarifs quelque 739 millions de livres sterling de produits agricoles, 102 millions de produits manufacturés, 754 millions de matières premières (chiffres valables pour 1956).
La France, qui a peur d'affronter à la fois la concurrence de l'Allemagne et l'Angleterre, pays disposant d'une industrie mieux équipée et surtout d'un coût moindre, s'oppose à ce que l'Angleterre n'applique le tarif européen commun à son commerce avec le reste du monde, fandis qu'elle bénéficie au contraire aussi bien pour ses importations que pour ses exportations du système impérial préférentiel.
Il est vrai que les récentes mesures prises par la France de libéralisation des échanges avec tous les pays de l'O.E.C.E. et la zone dollar, ainsi que la convertibilité partielle des monnaies européennes, y compris du franc, ont diminué le décalage entre spécifiquement économiques de la France et de l'Angleterre. Mais le désaccord subsiste sur le fond politique que représente l'orientation Marché Commun ou zone de libre échange
La France, appuyée pour le moment par l'Allemagne et les autres partenaires du Marché Commun, demande que l'Angleterre s'engage politiquement envers l'unité européenne, en définissant sa politique économique tout d'abord par rapport à l'Europe. Tandis que l'Angleterre veut toujours rester libre de fixer ses tarifs envers le Commonwealth et le reste monde comme bon lui semble. L'Angleterre au fond, pour des raisons également politiques, veut torpiller la création d'un bloc économico-politique européen qui englobera 162 millions d'habitants, contrôlant plus de 1/5° du commerce mondial, et qui deviendra la plus grande unité exportatrice et importatrice du monde.
Le prestige de l'Angleterre, en tant que deuxième puissance du monde capitaliste, risque dans ce cas de subir une atteinte mortelle. L'Allemagne par contre, encouragée par les Etats-Unis, pousse l'Angleterre à s'associer à la « Petite Europe », les considérations de politique antisoviétique primant sur toutes les autres. D'autant plus qu'aussi bien l'Allemagne que les Etats-Unis ont bon espoir, dans un climat de libre concurrence et de convertibilité des monnaies, de dominer facilement le Marché Commun.
L'entreprise d'unification capitaliste de l'Europe représente malgré tout une tentative sérieuse de la part de certains milieux dirigeants et américains de faire face à la lutte mortelle qui s'accélère entre le capitalisme et les Etats ouvriers. Une certaine concentration ef une certain «planification » économique, militaire et politique du capitalisme mondial sont un impératif de cette lutte.
fais la nature antagoniste du capitalisme résiste toujours à la conscience politicu es milieux dirigeants les plus clairvoyants du monde capitaliste. En cas d'aggravatio de la récession européenne, ou de difficultés économiques majeures pour un pays quelconque, les réflexes de la défense propre de chacun domineront les bonnes intentions « supranationales ».
Les mesures économiques et financières audacieuses qui caractérisent aussi bien l'opération Marché Commun que la convertibilité partielle des monnaies ne pourraient s'avérer viables que dans la perspective d'une expansion harmonieuse de l'économie capitaliste. Dans le cas contraire on assistera à des retraites précipitées semant le plus grand désordre dans l'entreprise de « planification » capitaliste à peine commencée.
En attendant, ses frais doivent être supportés par les salariés de l'Europe et du monde. La tendance à la compression du coût de la production et de la consommation intérieure, afin de mieux affronter une concurrence avivée, détermine une nouvelle offensive contre le niveau de vie des masses européennes déjà atteint par le chômage et l'inflation.
'autre part, les pays sous-développés envisagent non sans une appréhension parta tement justifiée la concurrence discriminatoire et les diktats du Marché Commu leurs propres économies en recul.
Les salariés de l'Europe doivent coordonner leurs luttes revendicatives et politiques afin de faire éclater le cadre capitaliste de « l'unification » de l'Europe, en l'élargissant toute l'Europe sur la base des Etats-Unis Socialistes d'Europe, seule perspective historique progressive et réaliste.