Documents de la IVe Internationale

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La revue › 17e année, n° 5

La situation en Chine

Quatrième Internationale, 17e année, n° 5 · février 1959 · p. 11-14 · 2 238 mots

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La presse capitaliste qui a réalisé avec retard ce qui s'est passé en 1958 en Chine de la production agricole et industrielle, s'est mise ensuite à parler des « communes du peuple » et des appréhensions que lui causait cefte expérience gigantesque Quand elle a su les décisions du dernier Comité Central du P. C. chinois concernant la démission projetée de Mao du poste de Président de la République et la résolution sur les « communes », surgi dans l'expérience chinoise, et amené une retraite discrète des « ultras » du Comité elle a cru y discerner les difficultés majeures qui auraient soi-disant Central dirigés par Mao lui-même.

Des journalistes réputés bien informés ou clairvoyants, comme Alsop et Lippmann, n'ont pas hésité à prophétiser de gigantesques « bains où Mao persisterait à poursuivre son expérience « anti-humaine » des « communes », sang » en Chine dans le cas contre l'inévitable révolte des millions de paysans.

La presse et les dirigeants capitalistes prennent de plus en plus conscience du nouveau facteur colossal qui émerge peu à peu sur la scène mondiale, et n'arrivent pas à trouver la riposte adéquate au péril « jaune » montant. Faute de pouvoir affronter autreencore d'une dislocation résultant des contradictions et difficultés internes du régime. ment ce danger, ils caressent l'espoir d'un conflit sino-russe possible dans l'avenir, ou

Il est parfaitement inufile d'insister sur l'insanité de tels espoirs. La grande Révolution chinoise ne risque de sombrer ni dans la guerre avec l'U.R.S.S., que les voyants géophysiciens prophétisent à la recherche d' « espace vital » pour la « surpopulation » du pays, ni sous le poids des contradictions internes du régime. Elle connaîtra certes des crises majeures dues à son évolution « ininterrompue », à la complexité des problèmes à résoudre en partant d'un niveau économique et culturel encore très bas, et à l'aide extérieure limitée ; dues également à l'éducalion malgré tout stalinienne de sa direction. Mais les racines qu'elle a plongées dans les masses chinoises et dans le contexte révolutionnaire mondial sont profondes et inébranlables.

Le bilan économique de l'année 1958 en Chine confirme et dépasse les prévisions opfimistes qui furent émises par les dirigeants chinois. La production d'acier a atteint 11 millions de tonnes (dont 80% produits par de grandes entreprises). Les machines-outils ont atteint 90.000 unités, soit le triple de 1957. Le charbon, 270 millions de tonnes soit plus du double de 1957; l'énergie électrique, 27.500 millions de kWh, soit 42% de plus qu'en 1957; les grains, 375 millions de tonnes, soit 190 millions de tonnes de plus qu'en 1957 ; le coton, 3,35 millions de tonnes, soit 1,7 millions de tonnes de plus qu'en 1957.

Avec cette production agricole phénoménale, la Chine, arguent les dirigeants chinois, ca fondamentalement résolu la question de la quantité des grains par tête d'habitant » (600 kilogrammes).

Cet essor réel de l'agriculture est dû avant tout à la plus grande productivité de la terro, à la de colossaux travaux d'irrigation, d'une technique de culture plus rationnelle, et d'un effort considérable sur le plan des engrais naturels.

Les résultats donnés par la culture intensive, en profondeur, sont tels qu'on envisage déjà dans certaines parties du pays de limiter les surfaces cultivables, en les amputant d'environ un tiers disponible pour des pâturages, reboisement, construction d'entreprises industrielles, ou des travaux publics divers (routes, jardins, lacs, etc.).

Sur la base de tels résultats économiques, les buts fixés pour 1959 ne sont pas moins impressionnants : acier, de 11 à 18 millions de tonnes; charbon, de 270 à 380 millions de tonnes; grains de 375 à 525 millions de tonnes; coton, de 3,35 à 5 millions de tonnes.

Il se peut d'autre part qu'au milieu de l'année en cours, ces objectifs soient encore majorés, comme ce fut le cas l'année passée.

L'effort productif colossal de la Chine ainsi que ses résultats spectaculaires ne font plus de doute. Obtenus cependant avant tout sur la base du travail acharné de millions d'hommes et de femmes, ils posent la question des conditions et du rythme de ce travail.

L'expérience des « communes du peuple » est étroitement liée à cet aspect de la question. Le 8 Comité Central du P.C. chinois, à son 6 Plénum, a adopté en date du 10 décembre 1958 une longue résolution qui fait le point de la situation depuis le lancement tumultueux de la campagne pour les « communes du peuple » en août dernier (1). On a voulu voir dans ce document une ébauche d'autocritique de la direction chinoise, sinom de blâme indirect à l'égard de Mao, inspirateur de cette campagne. De là à supposer que la démission projetée de Mao du poste de la présidence de la République soit due à la « faillite », ou même à la « retraite » du plan initial des « communes », il n'y a qu'un pas.

Cependant, cette fois encore, comme lors de la campagne pour la colleclivisation de l'agriculture en 1956, ou de la campagne pour la rectification en 1957, tout se passe dans le siyle habituel de travail du P.C. chinois et de Mao lui-même en particulier: un départ foudroyant quitte ensuite à ralentir le rythme, procéder à une mise en ordre, ajuster mieux le tir, nuancer, balancer les notions et les accents, critiquer, sanctionner même les « excès » inévitables des activistes, avant de repartir pour un nouveau bond en avant.

La résolution du 10 décembre sur les «-communes » s'inspire de cet esprit de travail et semble même écrite de la propre main de Mao, comme pourrait bien l'indiquer sa phrase toute poétique: « En 1958, une nouvelle organisation sociale apparue fraîche comme le soleil du matin au dessus du large horizon de l'Asie orientale ».

Cette organisation est naturellement celle des « communes du peuple ». La résolution souligne à plusieurs reprises l'importance « historique », le caractère irrévocable de cette institution qui englobe déjà 99 % des paysans chinois, après que les 740.000 coopératives agricoles aient fusionné dans 26.000 « communes du peuple ». Pour les paysans, affirme la résolution, les réalisations économiques et sociales des « communes » sont des nouvelles faisant date.

Le système des « communes » a d'autre part indiqué, ajoute la résolution, « la voie vers une industrialisation graduelle des régions rurales, la voie vers une transition graduelle de la propriété collective à la propriété de tout le peuple dans l'agriculture, la voie vers la transition graduelle du principe socialiste: à chacun selon son travail, au principe communiste: à chacun selon ses besoins, la voie vers la diminution graduelle et l'élimination finale des différences entre les régions urbaines et rurales, entre l'ouvrier et le paysan, et entre le travail manuel et intellectuel, et la voie vers l'élimination graduelle et finale des fonctions domestiques de l'Etat ».

A remarquer l'insistance sur l'évolution graduelle vers tous ces buts. Des « malentendus » divers et des «« excès » ayant été signalés dans la campagne (7) Voir « Révolution ininterrompue en Chine », par J.-P. Martin dans IV° Internationale d'automne 1958.

pour les « communes », la résolution s'applique à dissiper les uns, critiquer el corriger les autres. Tout d'abord il n'est pas question d'étendre « hâtivement » le système communes dans les villes, surtout les grandes villes. La structure villes est complexe, la propriété y est déjà étatique (et non collective), la mentalité bourgecise plus enracinée. Il faudra du temps pour que le terrain dans les grandes villes soit adéquatement préparé pour l'expérience des communes.

Doute part, les momons collas atmon rentre des ocom 'autre part, les communes elles-memes, Tie communes au stade actuel, où règne la propriété collective et non étatique, sont une forme d'organisation pré-socialiste.

Quinze à vingt années sinon davantage seront nécessaires pour que toute la propriété se transforme en propriété étatique (« socialiste ») et que le pays possède une économie avancée vraiment socialiste. Ensuite il faudra « graduellement » passer du socialisme au communisme.

« C'est une tâche gigantesque et extrêmement complexe », affirme la résolution qui veut cette fois mettre en garde contre des exagérations infantiles à ce sujet. «Il y dans rangs des gens bien intentionnés, admet la résolution, qui pensent que la propriété dans les communes du peuple rurales est même maintenant de nature de la propriété du peuple dans son ensemble, et que bientôt et même maintenant ils peuvent se dispenser du principe socialiste de distribution selon le travail et adopter le principe communiste de distribution selon les besoins ».

La résolution insiste sur la longue durée de la période socialiste, en confondant dans le terme socialiste aussi bien la phase préparatoire au socialisme que la phase socialiste proprement dite.

La résolution s'efforce de tirer de cette appréciation de la période les conclusions pratiques. Le système de distribution pendant toute la « période socialiste » ne que se baser fondamentalement sur le principe « socialiste » « à chacun selon son travail ». • portion du salairen dans le revenu des membres des communes, i precise la resolutior selon le travail doit occuper une place importante sur une longue période, et pendant une certaine période elle aura la première place ». Donc, le salaire en espèces restera la forme dominante de distribution avec un éventail des rémunérations qui pourrait atteindre quatre fois le salaire minimum. societ degalitair abe dere doit prise depent de dans mosura ou la L' « égalitarisme » sera afteint et ensuite dépassé dans la mesure le communisme.

La production marchande, avec marchandises, argent, marché, valeurs et prix, est égolement caractéristique de toute la période « socialiste ».

Ceux qui ont déjà aboli ces notions se crovant entrés dans le « communisme des ommunes rurales d'un égalitarisme plus que rudimentaire, portent atteinte à la constructio du socialisme et au prestige de la société communiste véritable.

La résolution critique ensuite les excès divers commis par les activistes mal éclairés sur le caractère précis des communes au stade actuel, et prescrit certaines règles qui doivent être désormais observées. La confiscation des objets d'usage privé au profit de la propriété collective des communes est interdite ainsi que le dépassement des 8 heures de travail, plus deux heures d'études sauf à l'époque des récoltes. En général « huit heures pour le sommeil plus quatre heures pour la restauration et la récréation » doivent être garanties à tous chaque jour. Il faut penser aux hommes non seulement aux choses.

Les lieux d'usage commun, restaurants, crèches, maisons de vieux, etc., doivent être bien aménagés et entretenus. La nourriture doit être davantage soignée, plus nutrifive, plus variée, mieux présentée. Attention particulière doit être accordée au travail des femmes et cux soins qu'elles méritent avant et après leur grossesse, etc.

La résolution s'insurge contre les « calomnies » déversées par les ennemis du pouvoir populaire concernant l'abolition de la vie familiale dans les communes, la « militarisation » ainsi que l'uniformité accablante dans le confort et le décor de la vie, etc. Elle promet que les habitants des communes connaitront en tout point une vie collective et privée plus confortable et plus agréable, dans un décor varié et soigné d'habitations nouvelles, etc.

L'empirisme de la direction chinoise n'est plus à souligner, et de nouveau la résolution sur l'expérience des Communes le démontre avec éclaf.

Plusieurs des remarques et des critiques qu'elle formule a posteriori auraient pu atre avancées lors du lancement de la campagne, tant elles sont élémentaires. Les lacunes et les excès de la campagne n'apparaissent d'autre part que trop à travers l'esprit et la lettre même de la résolution.

Il y a un grand danger, si le rythme du travail s'accélère et si les conditions matérielles des masses (nourriture, habitations, etc.) ne s'améliorent pas sensiblementtandis que pèse sur elles la contrainte du Parti et de l'administration - que les paysans ne perdent leur confiance en l'Etat prolétarien, ne se révoltent ouvertement, ou ne passent au sabotage obstiné de l'économie, comme ils l'ont fait en U.R.S.S. depuis la collectivisation forcée.

Il faut espérer que la sagesse empirique de la direction chinoise évitera encore une fois les excès et matérialisera à la lettre les règles et les prescriptions de sa résolution.

La base d'un optimisme raisonnable quant à un tel résultat possible se frouve dans le fait que Mao, à l'encontre de Staline, ne commence pas par une collectivisation forcée qui a fait considérablement reculer le niveau de la production agricole et appauvrir les paysans, mais par un effort principal sur l'agriculture qui a considérablement élevé le niveau de la production et le niveau de vie des paysans. Ainsi l'expérience des Communes est liée dans l'esprit des masses paysannes chinoises à une amélioration considérable de leur niveau de vie, condition qui permet de mieux roder toute la campagne pour l'organisation et le fonctionnement raisonnables des Communes.

Toute analogie d'autre part de la Chine aussi bien en ce qui concerne le niveau de vie que le temps, de travail, etc., avec d'autres pays plus évolués doit être exclue. Pour les paysans chinois, partant d'un niveau très bas, l'expérience villes, la question est toute différente, d'où l'hésitation de la direction chinoise d'y étendre les communes. que miner d'experipace dos communes sont viles isot du nimages color Mais, d'autre part, à la longue, et politique supérieur.

Encore une fois la Chine n'évitera pas de secousses majeures dans sa révolution « ininterrompue » vers le socialisme, sans une aide matérielle massive de la part des autres Etats ouvriers et de la Révolution mondiale.

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