Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 17e année, n° 5

L'industrialisation des pays arriérés

E. Germain · Quatrième Internationale, 17e année, n° 5 · février 1959 · p. 24-33 · 8 827 mots

In English: The Industrialization of Backward Countries (Fourth International No. 4, Autumn 1958).

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

« La pauvreté engendre la pauvreté» : cette formule simple, devenue une platitude. résume encore toute la sagesse de la plupart des économistes sur ce sujet, qu'ils soient bourgeois ou marxistes. Ce qu'ils veulent dire, en termes marxistes, revient plus ou moins à ceci. Le retard économique signifie bas niveau de produetivité, un bas niveau de productivité découle en dernier ressort d'un bas niveau du eapital fixe d'équipement et d'industrialisation. Mais l'industrialisation signifie (en régime capitaliste) l'accumulation du capital et en tous cas un plus grand excédent de production sociale. Plus un pays est pauvre, plus la part de sa production courante nécessaire (et à peine suffisante) pour maintenir la masse des producteurs à leur bas niveau de subsistance doit être importante. Ainsi plus un pays est pauvre, plus son taux d'accumulation du capital est bas, plus son excédent de production sociale est bas. Par conséquent, plus un pays est pauvre, plus son industrialisation est lente: la paavreté engendre la pauvreté.

Nous allons nous reporter un moment à l'un des termes principaux de cette chaîne de raisonnement: « Plus un pays est pauvre, plus son excédent de production bas ». Cette formule n'est correcte qu'en tant que généralisation historique dans son sens le plus large, c'est-à-dire, si par exemple, on compare une société purement féodale à un capitalisme industriel moderne. Olle cesse d'être vraie si l'on compare la pauvreté relative des sociétés contemporaines qui sont toutes plus ou moins les produits d'un développement combiné. Mais en tout cas, l'insistance classique du raisonnement concerne le côté « fourniture » de capital fixe d'équipement, non le côté « demande ».

Ce fut le mérite du professeur Nurkse (1), quelles que soient ses erreurs en admettant qu'il y a un faible surproduit social dans les pays arriérés, de changer cette insistance de façon décisive et de redécouvrir une vérité depuis longtemps connue des marxistes (par exemple, Lénine et Trotsky dans leurs écrits sur la Russie d'avant 1914), à savoir que le vrai cercle vicieux de la pauvreté fonctionne dans le sens contraire.

Ce n'est pas parce qu'un pays est pauvre qu'il manque de ressources financières pour s'industrialiser ; c'est parce qu'un pays est pauvre qu'il manque d'un marché qui fait de l'industrialisation une affaire profitable

(1) Ragnar Nurkse : Problems of Capital Formation in Underdeveloped Countries, p. 168. Oaford, Basil Blackicell, 1953.

du point de cue capitaliste. A cause de cette absence de marché, le capital (le surproduit social) est investi dans d'autres secteurs que l'industrie (le commerce, l'achat et la spéculation de valeurs immobilières, la thésaurisation ou paradoxalement l'expor tation de capital). Par conséquent, le niveau de l'industrialisation reste bas, le niveau de production du travail reste bas, et le pays reste pauvre, ce qui signifie qu'il n'existe aucun stimulant pour l'entreprise industrielle privée. « La pauvreté engendre la pauvreté. »

Paul A. Baran, l'un des rares marxistes américains enseignant dans une Université (Stunford), trace, dans un livre récemment publié et en grande partie très valable, un tableau frappant du surproduit social dans les pays arriérés (2). I1 mentionne la part énorme de la production agricole appropriée par les propriétaires foneiers et les usuriers (couramment jusqu'à 50 % de la production agricole nationale dans bien des pays arrié rés, et comme la production agricole repré sente elle-même plus de 50 % de la pro duction nationale de ces pays, ceci traduit Texistence d'un surproduit social de l'ordre de 25-30 % de la production totale b). I mentionne encore la part prélevée par le grand nombre d'intermédiaires entre la campagne et la ville, et en ville même, qu'il déerit justement comme une lumpen-bourgeoisie, formant un groupe social si important que. même s'il n'est pas composé d'individus aisés, il absorbe entièrement une fraction du revenu national. Enfin, il mentionne la part du gouvernement et celle des capitalistes indigènes, ainsi que celle des propriétaires étrangers de plantations, mines et autres entreprises, qui dans certains pays (par exemple la Rhodésie) représentent une fraction énorme du revenu national.

Nous pouvons par conséquent dire que le problème central n'est pas la création de ressources rendant possible l'industrialisation, mais bien la noucelle répartition des ressources existantes en vue de lindustria lisation. Ou mieux, le problème est de créer des conditions sociales et économiques telles que cette répartition nouvelle soit possible. De telles conditions requièrent l'abolition de la domination coloniale, l'expropriation du capital étranger (an moins lorsque ce capital occupe déjà une place importante dans l'économie) et une révolution agraire radicale qui supprime l'appropriation et

(2) Paul A. Baran: The Political Geo nomy of Growth, p. 308. New-York, Monthhi Rerie Press. 1957.

même la classe des propriétaires fonciers isuriers-compradores. On peut y ajouter, comme loi historique générale, que la faible bourgeoisie industrielle locale devient aussi un obstacle sur la carte de l'industrialisation et doit être éliminée.

Cependant, une fois cette révolution sociale accomplie (comme par exemple par la Révolution d'Octobre en Russie, par la Révolution yougoslave de 1941-1946 ou par les moyens bureaucratico-militaires, avec mobilisation limitée des masses, dans les «démocraties populaires » de 1945-1948), le problème de la nouvelle répartition ressourees nationales en vue d'une rapide industrialisation n'est pas encore résolu. Au contraire, l'obstacle semble encore plus formidable qu'avant.

Car la révolution elle-même effectue une réallocation des ressources et le fait d'une manière bien particulière. Comme un pays arriéré est un pays principalement agraire, le destin de la révolution dépend du bon vouloir du paysan pour accepter le nouvel ordre des choses. Le paysan qui, pour citer Khrouchtchev, sait compter, n'acceptera le nouvel état de choses que s'il vit mieux qu'avant. Et il ne vivra mieux que si lui, paysan, doit donner à l'Etat et à la ville, sous forme d'impôts et de prix d'achat des produits industriels, une partie de son revenu plus petite que celle qu'il donnait auparavant au propriétaire foncier, à l'usurier et au marchand. En d'autres termes, le premier résultat économique de la révolution coloniale victorieuse est de diminuer le surproduit social ou d'en donner une partie aux petits producteurs agricoles.

Ce fait a été prouvé de manière empirique tant en Russie pendant la N.E.P. que dans les « démocraties populaires » sous les politiques variées de collectivisation lente. Partout, la paysannerie apparait comme la principale, si ce n'est la seule classe de la société, qui auemente substantiellement son standard de vie après la révolution. Cette élévation du niveau de vie erée maintenant bien entendu un marehé suffisamment important pour rendre possible une rapide industrialisation. Mais au moment même ou le problème semble être résolu côté « demande », il ressurgit côté « approvisionnement ». Bien que le niveau général de vie de la paysannerie (jusqu'à 80 % de la population d'un pays arriéré) ne se soit que modérément élevé, cette élévation est suffi-

Dans le cadre d'un Etat ouvrier, le problème de l'industrialisation d'un pays arriéré implique des solutions pour chaque élément du processus de reproduction : fourniture du capital fixe d'équipement (par production et importation) ; fourniture régulière de matières premières ; accroissement du nombre et des qualifications des ouvriers industriels ; répartition appropriée du produit social entre l'industrie et l'agriculture et entre les deux secteurs de l'industrie, afin de prévenir les déséquilibres, les insuffisances et les goulots d'étranglement dans l'approvisionnement en produits alimensante pour santee partie delance sulprentit, plus absorber non seulement la plus encore la plus grande partie du nouveau surproduit en puissance, résultat de la première augmentation substantielle du niveau général de production et de productivité.

Il n'y a naturellement pas de paradoxe : le produit social étant composé du revenu des producteurs plus le surproduit, tout accroissement du premier a pour effet de diminuer ce dernier.

C'est pour cette raison que, traditionnel. lement, économistes bourgeois et marxistes étaient d'aceord pour penser qu'il n'y avait que deux solutions à ce problème : soit une aide étrangère massive, soit une « accumulation primitive socialiste » (lexpression a été inventée par l economiste soviétique Préobragensky, qui a été temporairement lié à l'Opposition de gauche). Ou bien un pays industriel avancé fournit au pays arriéré une partie importante des ressources nécessaires à son industrialisation (sous forme de crédits massifs et bon marché, ou plus directement d'équipement de base, chemins de fer, navires, avions, habitations préfabriquées, sans oublier des techniciens et du personnel scientifique), ou bien le pays arriéré doit recourir à un abaissement important du niveau de vie de sa population, et avant tout de sa paysannerie, pour libérer les ressources nécessaires à son industrialisation. Les apologistes de la tragique expérience stalinienne d'industrialisation de cette sorte ont même ajouté le théorème : « Plus le pays est arriéré et l'industrialisation rapide, et plus l'abaissement de la consommation générale doit être important, et plus la dictature nécessaire pour forcer le peuple à travailler dans ces conditions doit être grande ».

Naturellement, Trotsky et les principaux économistes de l'Opposition de gauche (à savoir Rakovsky et Piatakov) n'ont jamais accepté ces théorèmes. Ils ont toujours souligné qu'un accroissement parallèle et harmonieur de la production et de la consommation des masses était la condition nécessaire une industrialisation socialiste. Aujourd hui, leur conception est largement admise, Tito l'a faite sienne. Les économistes polonais, tel Lange, l'ont formulée en termes non équivoques. Nous devons cenendant essayer de trouver un fondement théorique à cet avis politique. C'est ce que nous nous efforcerons de faire en première esquisse dans cet article. taires, en matières premières agricoles, ete. Tous ces problèmes sont interdépendants. Un approvisionnement inadéquat de produits industriels au village, par exemple, pourrait devenir une des principales raisons d'un ralentissement du développement de la production agricole, spécialement des matières premières agricoles pour l'industrie et par conséquent réduire le taux général de croissance de la production industrielle.

Nous ne nous intéresserons pas à tous ces problèmes ici, mais nous nous centrerons sur le plan prineipal, celui de la distribution adéquate de la production (ou du revenu)

2. LA SOLUTION THEORIQUE DU PROBLEME

2. LA SOLUTION THEORIQUE DU PROBLEME

QUA sociale, à savoir celui du taux de l'accumu-

Tation.

La faute commise par les planificateurs staliniens lors des premiers plans quinquennaux et encore davantage - avee moins d'exeuses pour les apologistes qui essayent de justifier aujourd'hui les erreurs qui s'ensuivirent -_ cette faute consiste dans la confusion entre taux maximum et taux optimum d'accumulation. Ou mieux : ces planificateurs sont partis de la conception fausse que le taux maximum d'accumulation est aussi le taux optimum, au moins dans une courte période.

Même si nous définissons le taux optimum d'accumulation d'un point de vue purement économique comme celui qui procure l'aocroissement mazimum du produit social dans une période donnée, cette identification est complètement fausse. Cela est d'autant plus faux qu'aueun marxiste ne peut donner une définition purement économique d'une notion aussi centrale. Il ne peut faire abstraction des forces de classe vivantes. Il ne peut jamais oublier qu'un taux d'accumulation qui crée la démoralisation du prolétariat par la faim, l'apathie politique, la tendance à déserter les usines et les villes, ete., ne peut en aucun cas être considéré comme « optimum » par les révolutionnaires de la classe ouvrière.

Toutefois, il est intéressant de battre les tenants du taux maximum d'accumulation sur leur propre terrain, à savoir les résultats purement économiques, en tonnes d'acier, de ciment, de charbon et de coton.

Les racines de cette erreur se trouvent dans la conception absurde que la productivité du travail est indépendante du niveau de consommation des producteurs. Nous disons que cette conception est absurde non seulement à long terme, mais encore et surtout à court terme. Toute l'histoire de l'industrie moderne a démontré que le fléchissement si faible soit-il de la consommation des ouvriers. se traduit par une diminution de la productivité par tête. Et plus un pays est pauvre et son niveau initial de consommation bas, plus cette interrelation sera étroite.

On pourrait déclarer naturellement que ce fléchissement ne se traduit par une diminution de la production que si l'on se place dans le cas où le capital fixe, Sur lequel travaillent les producteurs, reste inchangé. Il est évident que si l'on porte le taux d'accumulation à son maximum, c'est précisément dans le but d'accroître la fourniture et la qualité de l'équipement industriel de base. Si les ouvriers tendent à fournir moins d'efforts, parce qu'ils mangent moins et vivent dans les pires conditions, il n'en restera pas moins —- toujours d'après eux - que cette diminution de la productivité par tête sera dix fois compensée par l'accroissement de productivité découlant de l'introduction de meilleures machines. •Cest daou notre coneetto de peut C'est là notre conception du tana plus importante.

Supposons qu'avee un outillage industriel fixe donné, 1.000 ouvriers produisent pendant une période donnée une valeur de 1 million de dollars, alors que leur salaire réel est de 500 dollars par an (n'oublions pas que nous raisonnons sur des ouvriers de pays arriérés :). Si nous doublons la valeur du capital d'équipement en l'espace de 3 ans, la production de ces ouvriers pourrait par exemple tripler et valoir 3 mil lions de dollars (première hypothèse), i condition que leur salaire réel n'ait pas changé ou même qu'il ait augmenté (3).

Si toutefois, afin de doubler la valeur du capital d'équipement, nous réduisons d'abord le salaire annuel des ouvriers à 250 dollars par an, nous pourrions trouver une produc tion finale de 1,5 million au lien de 3 (deu xième hypothèse). Naturellement, la production s'est accrue, mais nous avons fait un gaspillage terrible de richesse. Par contre, si nous navions augmente le capital d'équi.

pement que de 50 % % au au lieu de 100 %, afin de laisser le salaire réel à son niveau antérieur ou même de l'augmenter d'un certam pourcentage, nous aurions pu obtenir une production finale de 2 millions au lieu de 1.5 (troisième hypothèse).

La première hypothèse est idéale; elle présuppose la disponibilité de ressourees plus ou moins illimitées pour un projet donné. La deuxième et la troisième essayent toutes deux de répartir des ressources limitées d'une manière donnée. La deuxième, celle du taux maximum d'accumulation, ne conduit pas au maximum d'expansion de la produetion. La troisième hypothèse, avee un taux d'aceumulation plus faible que dans la deuxième, conduit à une plus grande expansion de la production dans des conditions données et représente par conséquent le taux optimum d'accumulation (ou la division optima dı produit social, du revenu social. ete.).

fait, il n'est naturellement pas très facile de déterminer ce taux optimum. On ne peut le découvrir que par tâtonnements. Mais ce que nous devons comprendre des le départ, c'est que dans un pays arriéré, où le standard de vie des ouvriers est généralement bas, le taux maximum ne peut jamais être le taux optimum ; c'est-à-dire qu'il se traduit toujours par un niveau de productivité en dessous du niveau correspondant à une mécanisation donnée et a un état donné de la qualification et du développement culturel de la classe ouvrière.

Nous pouvons ajouter que nous sommes encore en dessous de la réulité. Car une solution « purement économique » fait abstraction d'une sérieuse considération sociale, comportant d'importantes répercussions économiques. Toute tentative d'imposer un taux maximum d'accumulation se traduit par un Comme les ouvriers n'acceptent pas cela abaissement du niveau de vie déjà bas. Comme les ouvriers

(3) Pour laisser de coté ces calculs compliqués de production de valeur, nous vons assumer que ces ouvriers produisent pou: quelque rare équipement industriel, dont le besoin reste non satisfait même si la production décuple, sorte que tripler la production signifie tripler la valeur produite. la productivité moyenne sociale du restant restant inchangée hors de ce secteur. L'hypothèse est irréelle seulement apparemment; en fait dans les stades initiaux de l'industrialisation. la plupart des entreprises d'industrie lourde opèrent précisément dans de telles conditions.

sans résistance - même passive — il est nécessaire de les ramener à la chaîne de production par la force et de les y maintenir par une surveillance constante. Pour atteinire ce but, il faut mettre sur pied une enorme armée de gendarmes, de bureauerates et de surveillants de toutes sortes, généralement entretenus à un niveau de substance bien au-dessus de celui auquel se trouvent contraints les producteurs.

Mais ceci à son tour signifie un accroissement notable de la consommation improduetive dans la société, diminuant par conséquent la fraction de produit social utilisable pour l'accumulation productive.

Un « taux d'accumulation maximum » n'est « maximum » que si nous « oublions » l'énorme gaspillage qu'il comporte ; en fait. il peut être plus bas, au bout d'une décade. qu'un niveau permettant un accroissement de la consommation des ouvriers, qui par là même aurait accru beaucoup plus vite la productivité sociale moyenne et qui aurait permis à la société de réduire grandement la part réservée à la consommation improductive des policiers, avec ou sans uniforme.

Afin de montrer au lecteur que ces considérations ne sont pas purement théoriques, nous nous limiterons à un seul exemple, mais décisit et révélateur. Il y avait en 1928, 3,1 millions d'ouvriers et d'employés (non compris les techniciens et les ingénieurs diplômés d'Université) dans l'industrie sovietique. Pour l'achèvement du premier plan quinquennal, les chiffres établis à ce moment estimaient à 4,1 millions d'ouvriers et d'employés la main-d'œuvre nécessaire à la réalisation des objectifs de production (c'est-à-dire une augmentation de 1 million. soit 33 %). En fait, en 1932-1933, sans que tous les objectifs du premier plan quinquennal aient attemts, millions d'ouvriers et d'employés travaillaient dans les usines soviétiques, ce qui représente un accroissement de plus de 110 % sur les chiffres de 1928 et de 65 % sur le nombre de travailleurs prévu par le plan ! Ce qui aurait dû étre produit par 4 millions d'ouvriers a nécessité 6,7 millions, ce qui signifie que la productivité par tête était de plus de 50 % inférieure à celle prévue par le plan. Le taux maximum d'accumulation était loin de l'optimum, loin de porter la production sociale à son maximum.

Nous comprenons maintenant à quel point avaient tort ceux qui excusent la variante stalinienne d'industrialisation par Pargument que, de toute manière, le danger de guerre grandissant, la faiblesse du pays et son encerclement hostile rendaient nécessaire une industrialisation aussi rapide que possible (4). En réalité, nous essayons de

(4) Les apologistes de ce cours « oublient » aussi que Staline s'opposa à une augmentation rapide du taux d'accumulation entre 1924 et 1927, qu'ainsi quatre années furent perdues, et que la division du fonds d'accumulation du premier plan quinquennal sur la période 1924-1932 au lieu d'avoir été concentré en 4 ans, aurait permis de réaliser exactement les mêmes projets en coutant beaucoup moms de peines. de sacririces et... de perte de producticité des oucriere et des paysans.

prouver qu'un taux maximum d'accumulation engendre une croissance économique de loin moins rapide qu'un

«taux optimum ». C'était le point sur lequel Trotsky. Rakovsky et les autres critiques marxistes de la politique économique de Staline n'ont cessé d'insister entre 1928 et 1940 et faits ont depuis complètement confirmé la validité de leur critique.

Il est intéressant de noter que le Professeur Baran, emporté par son élan théorique, parvient à une thèse tout à fait semblable à la nôtre, lorsqu'il écrit :

« Tandis que la maximisation des taur de croissance — si telle est Terigence de la situation concrète — est identique à une minimisation [?] de la consommation courante (ou, réciproquement, une marimisation du surplus économique), il serait erroné d'égaler une telle minimisation de la consommation conduisant à la croissance la plus rapide à sa réduction à des niveaux les plus bas. Etant donné le rapport évident existe entre les standards de consommation et la capacité et la volonté de travailler de la part de la population, un minimum de consommation compatible avec un maximum de production (et de croissance) peut et. dans la plupart des pays sous-développés. doit exiger un accroissement plus ou moins substantiel du standard de consommation existant. Etant donné une faible production initiale et, par conséquent, des possibilités limitées pour un tel accroissement, celui-ci devra être différencié... En conséquence, bien qu'on puisse tout d'abord penser que la marimisation des taux de croissance demande de remettre dans l'économie toutes les augmentations de production résultant des investissements certaine division de ces augmentations de manière à augmenter à la tissements et la consommation peut être la méthode la plus effective et même la seule possible pour atteindre la plus grande augmentation possible de la production. » (Op. cit., p. 270.)

Toutefois, dans passage décrivant concrètement la politique stalinienne d'industrialisation de la période 1928-1937, le professeur Baran ne peut se débarrasser de sa vieille peau apologétique et nous nous trouvons en présence de diverses platitudes telles que le « danger de guerre » qui rendit nécessaire un « rythme rapide » de l'industrialisation, etc. Le professeur Baran tente même de nous faire croire que les « inconvénients » causés par la tentative désespérée de maximisation du taux d'accumulation ne furent que de courte durée. C'est pourquoi il cite commodément les chiffres de la récolte de 1937, sans ajouter que ces chiffres restent exceptionnels non seulement pour la mais même pour la période 1928-1953, si nous prenons en considération l'augmentation du territoire et de la population de 1'U.R.S.S. ! Il oublie aussi d'ajouter que le cheptel soviétique pendant 25 années tomba ai-dessous du niveau de 1928, et que nous avons eu à attendre jusqu'à 1956 (!) pour trouver un nombre de vaches laitières égal à celui de 1928 (ce qui ne signifie pas égal par tête de la population soviétique, étant donné l'importante angmentation pendant ce quart de sieele). Il est

QUA impossible de jeter un voile sur le terrible prix que l'économie soviétique a eu à payer pour la tentative de Staline de «maximi-

Jusqu'à présent. nous avons toujours considéré la croissance économique et l'industrialisation comme un résultat de l'augmentation dans la fourniture réelle d'équipement de capital fixe, de machines, de constructions, de centrales énergétiques, ete. Mais le professeur Nurkse a fait une autre contribution importante à la théorie de l'industrialisation de pays arriérés, en concentrant l'attention sur une des caractéristiques les plus frappantes de l'état arriéré : la surpopulation rurale.

Ce phénomène était évidemment connu depuis longtemps des économistes et notamment des marxistes. Il y a plus d'un demisiècle, Lénine et Trotsky firent de cette surpopulation rurale et de la pression qu'elle exerce sur la terre et la rente foncière un des principaux maillons dans la chaîne des arguments expliquant létat arriéré: la préférence donnée par les capitalistes à lachat • de terres sur les investissements industriels, la rente foncière accordant un revenu moyen plus grand que les profits industriels.

Mais tandis que le problème de la surpopulation rurale a toujours été considéré du point de vue d'une fourniture aisée de main-d œuvre pour Vidustrie urbame, le professeur Nurkse a maintenant souligné un nouvel aspect, fortement important, de ce problème. croissance économique, dit-il, est essentiellement un accroissement de la productivité moyenne du travail. Aucun marxiste ne disputera cette définition. Mais dans un pays qui a une énorme population de passans sous-employés (il serait plus correct de dire: d'habitants des villages). il n'est pas nécessaire de commencer avec d'énormes investissements de capitaux pour réaliser un accroissement substantiel dans la productivité moyenne du travail.

Car qu'est done le sous-emploi si ce n'est le fait que, dans de tels pays arriérés, moitié ou les deux tiers de la population, Vivant au village, ne travaillent réellement que 150 on 200 jours par an ! (5) Le reste de l'année, ils ne font rien. Or, s'il était possible de leur donner quelque chose à faire pendant le reste de l'année, quelque but productif qui ne nécessite pas un énorme équipement fixe. leur production annuelle et ainsi leur productivité annuelle augmenteraient considérablement. En fait, tout en ne faisant rien, ils continuent à manger. Il suffirait de leur donner un peu plus à manger, tout en les mettant au travail, pour pouvoir traiter la plus grande partie si ce n'est tout l'accroissement de leur production comme un surplus de produit social, comme un fonds social d'investissement. Et une fois que ce surplus de produit a été

(5) Le premier plan quinquennal de l'Inde estimait le nombre des adultes mâles sousemployés dans l'agriculture indienne chiffre vertigineux de 70 millions ser » le taux d'accumulation en diminuant brutalement le niveau de consommation des ouvriers et des paysans. sation base est osé de helle industria créé, la base est posée pour une industria grande échelle, non abaissant mais en augmentant le standard de vie de la population travailleuse, ide moins en termes réels (6).

A première vue, il semble y avoir plu sieurs « pièges » dans cette ligne de raison nement, mais le professeur Nurkse les réfute adroitement l'un après l'autre. Comment est-il possible, pouvons-nous demander, de donner une enorme quantité de travaux nouveaux à la campagne surpeuplée si la terre est déjà pleinement occupée? Il y a à cela différentes réponses. Tout d'abord il n'y a pas de pays sous-développés dans le monde, pas même l'Indonésie, où la terre soit « pleinement occupée» d'un point de vue économique. Il existe partout des possibilités d'augmenter la production agricole par l'enrichissement et l'irrigation opérés au moyen de méthodes relativement peu coûteuses (depuis l'enlèvement à la pelle de la boue des rivières pour les employer comme engrais jusqu'au creusement de milliers de petits canaux, le percement de milliers de puits dean cimentes, etc. (1).

Le professeur Nurkse n'ajoute pas, mais nous pouvons le faire à sa place, que ces travaux ne sont pas limités par les conditions naturelles, mais par les conditions sociales aussi longtemps que la propriété foncière et le capitalisme n'ont pas été renversés. Pour ouvrir ces possibilités énormes et relativement «bon marché » à la grande masse des paysans sous-employés, il faut trouver des moyens - des moyens concentrer les fournitures alimentaires pouvant aller sur le marché dans les mains d'autorités centrales ou de coopératives de paysans ou des deux, des moyens de concentrer les paysans eux-mêmes, des moyens de planifier ces milliers de projets locaux d'une manière telle que leurs résultats soient partagés éntre les producteurs eux-mêmes et la communauté et non épongés par des propriétaires fonciers, des usuriers, des gens de marché noir, des compradores on des capitalistes.

Nous verrons plus loin que ces préconditions sociales sont de toute importance pour le succès de ces expérimentations.

Une autre question qui se soulève est celle de l'équipement. Le professeur Nurkse

(6) En monnaie, bien entendu, une pro duction agricole accrue pourrait signifier, dans des conditions de monnaie stable, des pria agricoles plus bas et même un plus faible revenu monétaire des paysans. Mais cela n'aurait pas de conséquences si, même temps, un flot constant de biens de consommation industriels, à des pria dimi nuant, était dirigé vers les villages.

(7) En Inde, 15 % seulement de la terre arable sont irrigués, en Chine 45 % seulement.

3. UN A-COTE THEORIQUE INTERESSANT

3. UN A-COTE THEORIQUE INTERESSANT sait évidemment très bien que des millions de paysans sous-employés et sous-alimentés ne peuvent pas commencer à «produire» on surproduit social les mains nues. Sa solation est simple : a) importer une grande quantité d'outils simples à bon marché ; b) leur faire produire eux-mêmes ces outils :

* Les travailleurs des investissements, avant qu'ils commencent à construire une pièce de capital fixe telle qu'une route pourraient après tout « s'asseoir et faire les outils primitifs les plus nécessaires avec leurs propres mains, en partant si nécessaire de ce qu'ils trouvent. Ils pourraient faire leurs propres pelles, brouettes, chariots, cales et d'autres choses pour les aider à construire la route. » (P. 44.)

Comme nous le verrons, c'est précisément ainsi que les communistes chinois ont concu «laccélération » de leur « révolution intercompue » en 1957-1958 !

Mais il reste une troisième difficulté, une difficulté formidable. Un pays sous-développé est caractérisé par de très bas niveaux d'existence, notamment en fournitures alimentaires à la campagne. Le sous-emploi signifie que les paysans qui travaillent doivent partager leur maigre pitance avec leurs fils, neveux ou oncles pratiquement inemployés qui vivent avec eux. Or, toute la théorie de ce « fonds d'accumulation caché dans le sous-emploi » tourne autour de la stabilité de la consommation paysanne. Si les paysans qui travaillent augmentent leur consommation alimentaire à partir du moment ou leurs fils, neveux et oncles sont mobilisés pour construire des tranchées mobiliser le plus grand « fonds d'accumulation » à partir d'un fort accroissement de la production agricole.

Car si nous regardons de plus près ces divers «projets d'investissement locaux à bas prix », rendus possibles en utilisant les populations du village sous-employées, nous trouvons que presque tous ces projets tendent à augmenter la productivité agricole. l'irrigation, la régularisation des rivières locales, le contrôle des fleuves, la construction des routes, des fonderies de fer locales, la fabrication d'instruments agricoles d'un style plus moderne quoique toujours simple, des industries de construction locales aidant les paysans à construire de meilleures maisons pour eux, ou des étables ou de meilleures étables pour leur bétail — tous ces projets tendent à préparer de plus grandes récoltes. Qui plus est, ils permettent d'avoir des résultats presque immédiats en élevant les niveaux de vie à la campagne. Ils permettent ainsi la mobilisation d'une grande partie — et d'une partie croissante — du surproduit accru, à des fins de croissance économique nationale. S'ils sont mieux nourris, mieux habillés, mieux logés, les fils, neveux et oncles des paysans travailleurs travailleront sans résistance la seconde année à des routes provinciales et nationales, et pas seulement à des routes locales. Iis construiront sans résistance des fonderies locales pour fabriquer non seulement des instruments agricoles, mais un outillage de toute sorte, c'est-àdire des moyens de production. L'impulsion initiale aura été donnée. En « construisant» la conception du professeur Nurkse dans notre solution théoprofesseur Nurkse dans notre solution théorique générale et en la corrigeant dans ce sens, nous aurons un tableau plus clair des possibilités de commencer l'industrialisation d'un pays arriéré, sans (avoir assez d') aide étrangère et sans abaisser le niveau de vie de la population travailleuse.

Nous voudrions souligner un avertissement : la mise au travail du chômeur du village à des projets d'investissement locaux n'est pas une panacée pour résoudre l'industrialisation de pays arriérés. C'est seulement un moyen relativement bon marché pour donner à l'industrialisation une poussée initiale. Si l'on n'établit pas un juste équilibre entre les projets d'investissement locaux « à bas prix », et les projets d'industrialisation « moderne » « à prix élevé », l'économie se trouvera rapidement dans les difficultés classiques de la Russie soviétique pendant la N.E.P.

Des industries locales, construites avec une équipement tivité. Aussi longtemps qu'elles sont un supplément absolu à la richesse nationale et une école de technique et d'habitudes industrielles qui rendent plus aisee la transıtion du paysan vers l'usine moderne, elles sont d'une importance énorme. Mais à partir du moment où la productivité dans l'agriculture commence à s'élever rapidement, le phénomène bien connu des ciseaux apparaitra. Les prix agricoles tomberont par comparaison avec les prix des (rares) biens de consommation industriels et des moyens de production. En même temps, la paysannerie accumulera de largent et demandera des d'irrigation, des puits alors le problème de nourellement employé ment. Il y aura un ment. alimentaire du pays richesses réelles créée ces ouvriers peut être par la nécessité d'im de produits alimentai

Le professeur Nurl ment ce problème. Ma adéquatement car des sinistres telles que nomie » ne sont pas d'introduire une diffé à forte densité et à f lation. En fait la solu les pays à faible d s'applique à tous : la taire d'ouvriers doit manière à rendre poss un accroissement sub. tion agricole. Toute au le processus de croiss sous diverses formes d et nous serions alors vieux problème de négatifs d'un tel de d'existence.

Dst-il possible l'au d'eau et nourrir s apparai déficit de et laugm s par les éliminée porter un 'es. sse expose is il ne le formules «il faut des solutic rence ent aible dens tion qu'il i lensité de L quantité stre emplo ible, entre stantiel de .tre solutio ance à la " «économ à nouveau mesurer 1 iclin dans igmenter des routes, ces ouvriers tra évidemla balance entation en produits de entierement supplément admirable• résout pas quelque peu faire l'écons. Il tente re des pays ité de popundique pour population supplémenyée de telle autre chose, :la producn imposerait paysannerie ies forcées » en face du es résultats le niveau ubstantiellement la production agricole dans les pays arriérés ? Oui, évidemment. Et c'est là que le professeur Nurkse commet sa plus importante erreur, quand il minimise ou même exclut cette possibilité dans les pays à population dense. En fait, deux des pays arriérés les plus densément peuplés, l'Inde et a chine, sont les plus susceptibles de

INTERNATIONALE produits industriels meilleur marché. Il y aura un risque politique d'aliéner la paysannerie au régime ouvrier ; il y aura le danger économique d'un refus artificiel ou même d'une diminution du surplus agricole. Le fonds d'investissement mobilisé par la mobilisation volontaire du chômeur rural

Les auteurs du premier Plan quinquennal de l'Inde connaissaient-ils et comprenaientils la théorie du professeur Nurkse ? Ils ne l'ont montré par aucun signe. Mais c'est un fait que, suivant une théorie de vieille date, très chère aux économistes bourgeois, ils ont concentré les efforts dans le plan sur l'agriculture, et introduit le trait nouveau de milliers de projets de « développements de communautés locales ». Dans une estimation générale récemment publiée sur les problèmes de la croissance économique de l'Inde, le Dr D.K. Rangnekar écrit à ce sujet :

«Projet de communauté» est une description générale de plusieurs aspects de développement rural ayant comme objectif général de transformer l'agriculture et d'initier une révolution sociale [?] dans les 560.000 villages. Avec Taide d'un Service d Extension Rurale formé de travailleurs du village éduqués, les projets de communauté cherchent à amener de nouvelles méthodes, de nouvelles idées et une connaissance nouvelle dans presque chaque aspect de la vie du paysan. On espère que le résultat de ce programme se fera sentir dans les communications routières, léducation scolaire, le logement et Thugiène, les récréations et les jeux communautaires, les méthodes et les techniques agricoles, un emploi supplémentaire ou plus complet (dans des métiers villageois et d'autres services commerciaux et professionnels). Les villageois eux-mêmes ont à construire et à édifier, à changer et à s'améliorer, en tant que communauté. L'objectif est de galvaniser toute la population rurale dans une activité sur une base colontaire sous la direction et avec l'assistance de (Etat. » (8)

Nos camarades indiens nous montreront bientôt quelle est leur estimation finale du premier Plan quinquennal. Mais il n'y a aucun doute qu'il a été un échec complet. Dans le domaine industriel, le développement a été très lent, en fait plus lent que dans des pays coloniaux tels que la Rhodésie ou le Congo belge. Le problème du chômage rural n'a même pas été effleuré. Quant à l'agriculture, bien qu'il y ait eu un certain accroissement dans le domaine de la production de grains, elle a à peine été au niveau de l'accroissement de la population. Par tête, la production alimentaire est tombée d'un indice moyen avant guerre de 100 à 87 en 1947-1948, 85 en 1948-1919, 84 en 1950-1951, et 82 en 1951-1052, et est restée approximativement à ces niveaux en 1954. En ce qui concerne les rendements

(8) D.K. Rangnekar, « Poverty and Capital Development in India » (Oxford University Press, 1958), p. 70.

doit être transformé en équipement fixe moderne, prêt à fournir des biens industriels bon marché à la campagne. Des aciéries modernes remplaceront progressivement les fonderies locales. Les deux processus, entrelacés au début, se dissocieront : les projets locaux à faible productivité disparaitront. moyens par acre et la productivité agricole, le bas niveau d'avant-guerre a été à peine maintenu, malgré des dispositifs d'irrigation à objets multiples énormes et extrêmement. coûteux. Quant à la « révolution sociale » au village, il suffit de dire que les dépenses prévues pour les services sociaux:

« s'élèvent à moins d'une roupie [environ 20 cents U.S.A. ou 100 francs] par tête [et pour cinq années ! de la population. Et avec cette somme incroyablement maigre de moins d'une roupie par téte on espérait assurer l'éducation, les hôpitaux, les dispensaires, les services communautaires, ete., qui tous faisaient effroyablement défaut. Dans T'année initiale du Plan, 1950-1951, il y avait eremple un dispensaire rural pour environ 105 villages et 56.400 personnes, a la fin du Plan il n'y aurait qu'un faible changement: un dispensaire servira à environ 95 villages et 54.000 personnes » (Ibid, pp. 82-83).

Quelles sont les raisons de cette faillite lamentable ? Elles ne doivent pas être cherchées dans le fait qu'une grande partie du fonds d'accumulation est allée à l'agriculture, bien qu'il semble que l'équilibre d'un développement sain ait été détruit aux dépens de l'industrie dans premier plan (le deuxième plan détruit l'équilibre aux dépens de l'agriculture, mais c'est une autre histoire). Les causes réelles de cette taillite sont doubles: un fonds d'accumulation inadéquat d'une part, les conditions sociales dans les villes et notamment dans les villages qui rendent même impossible une utilisation adéquate de ce fonds d'accumulation inadéquat d'autre part.

Pendant le premier plan quinquennal, les

Cement a dire ait que «investissements » (dans le sens économique bourgeois, c'est-à-dire y compris la formateve destinal t'la to que de de capital stocks) n'était que fixe que de 4 à 5,5 % du revenu national (ibid., p. 231). Comme le Dr Rangnekar le déclare lui-même, on considère qu'un taux de formation de capital domestique net de 15-16 % est le minimum nécessaire pour un développement économique rapide (ibid., p. 281). Non seulement on ne s'est pas approché de ce taux, mais l'augmentation relativement faible du revenu national dans la période de 5 ans, estimée à 18 % (soit 3,5 % par an) a été annulée par l'accroissement de la population et l'augmentation de la consommation (des classes sociales les plus avantagées, ajouterons-nous). Il n'y a pas eu d'accroissement perceptible du taux d'accumulation pendant la période de 5 ans même.

Ce bas niveau d'accumulation a bien sûr essentiellement des racines sociales. Ce n'est pas tant une question de manque de res-

4. L'APPROCHE PRAGMATIQUE EN INDE

4. L'APPROCHE PRAGMATIQUE EN INDE sources que d'un manque de mobilisation et de réallocation des ressources existantes. Le Dr Rangnekar évite soigneusement de faire cette observation, mais il donne lui-même tous les faits qui convergent dans cette direction. Il indique par exemple (p. 224) qu'au moins 500 millions de roupies par année sont dépensées pour importer et thé sauriser de lor. Ceci, dit-il, est ( seule ment » 0,5 % du revenu national. ce qui donne le poureentage d'augmentation des investissements si un contrôle social faisait disparaître cette coutume. Mais le véritable chiffre doit être celui du total de l'or privé thésaurisé en Inde, qui est estimé à 50 ou 60 fois ce chiffre. Cela aurait ainsi permis de doubler au moins le fonds d'accumulation (le total des investissements nets pendant les 5 ans étant estimé à 30 milliards de roupies). Et la croissance économique rapide de la Chine fut rendue possible précisément grâce à un taux d'aceumulation double de celui de l'Inde.

Les réserves d'or ne sont qu'un exemple. Un autre est celui de l'écrémage de l'augmentation de la productivité agricole par les propriétaires fonciers et les usuriers.

« La même classe des agriculteurs qui a profité du récent changement dans les prie semble avoir commencé ou aceru les opérations de prêts, vraisemblablement en conséquence des nouvelles restrictions législatives contre les usuriers professionnels... On sait que le rendement de telles opérations est formidablement élevé, variant probablement entre 12 et 40 %, et atteignant dans certains cas peut-être 100 % et plus » (p. 55).

Il est difficile d'évaluer la partie du produit agricole qui est appropriée par la classe des usuriers-propriétaires fonciers et enlevée au fonds d'accumulation. Mais on peut considérer que ce pourcentage est très élevé :

« Des loyers en argent n'étaient pas très communs, mais où cette pratique eristait ils étaient extrêmement élevés. La pratique la plus courante consistait dans le partage de la récolte, le propriétaire foncier recevant environ la moitié de la récolte pour avoir fourni la terre et les semences, et parfois plus... Là ou le propriétaire fournit bétail ainsi que les instruments en même temps que la terre et les semences, il reçoi

Dans une comparaison entre l'industrialisation de l'Inde et celle de la Chine. Wilfred Malenbaum, dans The Journal of Political Beonomy (février 1956), declare que le tonds d'accumulation de la Chine était plus ou moins égal au double de celui de l'Inde (14 milliards de dollars pour le premier Plan quinquennal en Chine, contre 7 milliards pour le premier Plan quinquennal en Inde). Les deux chiffres ne sont pas entièrement comparables, mais donnent une idée approximative de la différence. Malenbaum ajoute aussitôt que la charge fiscale par tête en Chine est également double de celle en Inde. Une différence tout à fait impressionnante. dit l'auteur ; il n'oublie qu'une bagatelle: le fait que plus de 70 % de la population indienne sont composés de

10 й 60 % et méme 80 % D!l de la récolte. » (P. 59.)

Nous n'avons aucun doute que ce problème de la réforme agraire à peine entamée est la clef de l'insuffisance à la fois du fonds d'accumulation et de la productivité agricole :

«Les formes non satisfaisantes de la structure agraire, reflétées dans la mauvaise distribution de la propriété de la terre. Vinsécurité de la ferme et les fermages élevés, les dimensions non économiques des fermes et la fragmentation des parcelles, tendent pur diverses voies à empêcher les investissements. Le système eristant réduit les niveau de vie au-dessous du niveau qui peut être atteint même avec les méthodes de fermage eristantes. Il empêche les investissements à la fois en réduisant le fonds du fermier pour Vincestissement, et les stimulants au développement de la production. » (1bid.)

Il est inutile de dire que ce cercle vicieux de la pauvreté » se complète par le fait que cette misère extrême de la grande masse des paysans ôte tout stimnlant au développement dune forte classe de capitalistes industriels, pourvoyant un large marché intérieur d'une masse de biens de production. La pauvreté n'engendre pas senlement la pauvreté, elle engendre aussi l'état arriéré !

Le problème peut être ramené à une seule formule : le premier plan quinquennal a échoué non parce que la priorité a été donnée au développement agricole, mais parce que le système compradore-usurierpropriétaire foncier rend impossible la mobilisation d'un grand fonds d'accumulation et la mobilisation des chômeurs ruraux (conditionnée par une rapide élévation de leur niveau de vie). L'Inde est en train de perdre sa lutte pour l'industrialisation parce qu'elle n'a pas encore accompli sa révolution sociale fondamentale. Et lorsque le second plan quinquennal a tenté d'élever substantiellement le taux d'aceumulation, il est devenu totalement dépendant de crédits étrangers, a conduit à un épuisement rapide des réserves de sterling faites pendant la guerre, le gouvernement indien a été obligé d'abaisser ses objectifs ambitieux aussitôt qu'il est devenu évident que l'aide étrangère serait inférieure à ce qui était espéré. paysans, qu'une forte proportion de ceux-ci est formée de fermiers, et que ces termiers payent une rente foncière moyenne enorme de près de 50 % de leurs récoltes. C'est ce pourcentage qu'il faut comparer avee la charge fiscale de 15-20 % dans le produit net de lagriculture chinoise, et non pas. évidemment, le seul 1 % du produit agricole net « imposé » du paysan indien moyen.

La faiblesse des impôts en Inde ne profite pas aux paysans qui vivent au niveau du maintien de leur existence. Elle profite aux propriétaires fonciers-usuriers qui sont la seule vaste classe possédante au monde qui ne paye pratiquement pas d'impôt sur le revenu. Ceci aussi explique pourquoi le fonds d'accumulation en Chine peut être le double de celui de l'Inde.

5. L'APPROCHE PRAGMATIQUE EN CHINE

5. L'APPROCHE PRAGMATIQUE EN CHINE

INTERNATIONALB

C'est la révolution sociale totale accomplie en Chine qui crée les conditions favorables pour une croissance économique et une industrialisation rapide. Mais en Chine comme en Inde, les dirigeants staliniens ont abordé le problème d'une manière pragmatique. Et le pragmatisme en Chine fut largement déterminé par l'exemple soviétique. Le Premier Plan quinquennal, dans sa première version, avec sa forte insistance sur « la priorité pour l'industrie lourde » imposa sans aucun doute de sérieux sacrifices aux masses travailleuses. Les statistiques officielles chinoises (« Pekin Review », n° 6, 8 avril 1958) établissent que la consommation par tête s'éleva de 18 % entre 1952 et 1956, soit de 4,4 % par an. Mais, c'est en monnaie et non en termes réels, et l'augmentation est inégalement répartie entre les différentes régions et les différentes couches sociales dans ce grand pays. Le fonds d'accumulation total a été rapidement augmenté et s'éleva (selon les calculs officiels chinois) de 18,2 à 22,5 % du revenu national (ceci inelut l'aceumulation improductive).

Sous le fardeau de cette tentative erronée de « maximiser » le fonds d'accumulation et sous l'influence d'inondations et d'une très mauvaise récolte, l'année cruciale 1956 aboutit aux phénomènes bien connus de la déformation économique (9). Pour atteindre les objeetifs du plan, l'industrie ne devait employer pas moins de 2,2 millions d'ouvriers supplémentaires. Le fonds nominal des salaires s'éleva de 29 %, créant des tendances inflationnistes et des réductions réelles dans le pouvoir d'achat des ouvriers. L'explosion de critiques contre la politique économique du gouvernement pendant la courte période des « cent fleurs » dans l'automne 1956 fut générale.

Le régime fit alors un tournant. Il abattit le couverele politique, mais fit de l'année 1957 une année de transition à accumulation ralentie. Le taux d'accroissement dans l'accumulation fut rigoureusement contrôlé ; en fait le total des investissements en 1957 fut inférieur à celui de 1956. En même temps, les premiers grands projets industriels commencèrent à donner des résultats. L'attention fut concentrée sur l'agriculture. A ce moment, et d'une manière pragmatique, le régime de Mao-Tse-Tung commença à per fortement dans « le fonds d'accumulation de réserve caché dans le chômage rural». Il mobilisa la paysannerie dans l'hiver 19571958 pour des milliers de projets d'irrigation provinciaux et locaux. Au total, plus de i1 millions d'hectares de terre sèche furent ouverts à l'agriculture irriguée. De 1957 à 1962, le pourcentage de terre irriguée en Chine devrait passer de 46 à 66 %.

Quelques auteurs ont évalué l'importance de ce travail d'irrigation — « financé » presque exclusivement par la nourriture avec laquelle les paysans furent alimentés - à 6 milliards de yuan, c'est-à-dire une augmentation de 35 % sur un fonds d'accumulation productive estimé à 18 milliards de yuan pour 1958. Mais les résultats productifs de ces investissements, directement par une production agricole constamment

(9) L'épuisement des crédits russes peut aussi avoir quelque rapport avec cela.

accrue, et indirectement par laugmentation du niveau de vie, de la productivité et de la volonté de travail du paysan chinois, seront bien sür énormes.

Au printemps de 1958, cette première mobilisation des chômeurs ruraux fut suivie par une nouvelle application gigantesque de la théorie du professeur Nurkse : le mouve ment d' «accélération » de la révolution chinoise. Dans des milliers de villages, des petites industries locales furent construites presque sans qu'il en contat au fonds central d'accumulation. Les paysans « s'assirent et firent leurs instruments de leurs propres mains ». Cet énorme mouvement fut accompagné de la création desdites « communes peuple ». Les résultats semblent être vertigineux : le double de la production d'acier en une année, et même le double de la récolte de grains dans le même temps.

Les résultats de ce mouvement ont été soumis à une appréciation critique ailleurs dans notre revue (10). C'est une déformation monstrueusement eriminelle d'appeler « communisme » cette répartition égale de la pauvreté ; elle est, évidemment, beaucoup plus près du communisme de guerre que de la commune, le but que Marx et Engels donnèrent au stade final de la société socialiste, dans l'abondance et avec la disparition du « gouvernement des hommes ». La « commune du peuple » au contraire pousse le « gouvernement des hommes » au plus haut niveau imaginable: elle établit une complète militarisation | du travail (11). Les ouvriers et les intellectuels des villes incluses dans les « communes du peuple » qui ont maintenant à partager leurs logements et même quelques-uns de leurs •biens de consommation durables (tels que bicyclettes, machines à coudre, etc.) avee la population des campagnes ne montreront pas de grand enthousiasme pour ce mouvement.

Mais, d'autre part, il serait complètement erroné de comparer ce « mouvement d'aecé. lération » à la collectivisation forcée de Staline. Il y a une énorme différence entre eux. Quand il entrait dans le kolkhoz, le paysan russe de 1932-1933 se trouvait dans une situation pire qu'avant; en adhérant à la « commune du peuple » le paysan chinois encnisse immédiatement le dividende (ou au moins une partie de celui-ci) des énormes projets d'imestissements « à bas prir » des derniers douze mois sous la forme d'une nourriture plus abondante et meilleure, de plus de vêtements meilleurs, de plus de logements meilleurs. Le mouvement « d'accélération » ne fut possible que paree qu'il comporta un grand et immédiat accroissement de la production agricole, un accroissement immédiat quoique modéré du niveau de vie de la paysannerie. La où Staline

(10) Q.J., novembre 1958 et janvier 1950.

(11) Tictor Zorsa a jugé bon de dire dans le Manchester Guardian que « Mao a pris le manteau de Trotsky» en militarisant le travail. Nous arons déjà expliqué longuement la déformation historique des fait• concernant les conceptions de Trotsky de 1920-1921 sur la main-d'œure, dans une polémique arec Isaac Deutscher qui a paru dans Quatrième Internationale.

connut sa plus grande taillite. Mao semble remporter des succès, modérés ou sensatonnels suivant le crédit que lon accorde aux chiffres de la récolte courante (12).

Ce suecès durera-t-il ? Tout dépendra du taux de croissance de la productivité dans de travail agricole. Déja aujourd'hui des plaintes se produisent dans la presse chinoise que des paysans désertent les champs afin de travailler dans les projets industriels locaux. Les projets d'irrigation et de défrichement de terres doivent fournir une augmentation de la productivité du travail telle qu'elle puisse libérer une partie considérable de la population des Villages pour les « projets d'investissements ». Sinon, la paysannerie sous-employée pourrait devenir suremployée, c'est-à-dire écrasée par un allongement dangereux de la journée de travail. On entend déjà maintenant des histoires selon lesquelles un seul dimanche par mois (! est un jour de repos dans les nouvelles usines « accélérées ». Les résultats végatifs de telles pratiques sur la productivité du travail seraient terribles, notamment si elles étaient « normalisées » et duraient quelques années. Et tout déclin dans production agricole aurait des effets désastreux sur la croissance économique générale. comme ce fut le cas en Russie pendant le premier Plan quinquennal et une partie du deuxième Plan quinquennal.

Les planificateurs chinois devront se restreindre après le grand exploit de 1958. Pourront-ils le faire et écouter les murmures de mécontentement parmi les travailleurs ? Nous le saurons bientôt. Mais quels que puissent être les aspeets désagréables de la révolution « accélérée » en Chine, la comparaison entre la Chine et l'Inde montre l'in fluence décisive que la révolution sociale dans la ville et la campagne a sur les possibilités d'un taux rapide de croissance de l'industrie, sans difficultés supplémentaires pour la masse du peuple.

(12) Il est probable que l'augmentation réelle de la production agricole n'a pas été de 100 % mais seulement de 50-60 %. Même une telle augmentation est vertigineuse.

20 octobre 1958.

P.S. - L/artiele ci-dessus fut terminé le 20 octobre 1958. Deux mois plus tard, chacune des réserves et des appréhensions que nous y exprimions à l'égard de « l'accélé ration » de la révolution chinoise a trouvé une confirmation éclatante dans les faits. Et sur chacun de ces points, la direction du P.C. chinois, à la réunion du Plénum du C.C. du 10 décembre, a été obligée de sonner une retraite précipitée.

La résistance des ouvriers et des intellectuels à l'expropriation des logements et de certains moyens de consommation dans les centres urbains a permis d'abandonner l'inclusion des villes dans les communes. Les excès commis en matière d'extension de la journée de travail ont amené le C.C. a fixer celle-ci à 10 heures à la campagne (à quoi s'ajoutent, il est vrai, deux heures d' «éducation idéologique»). La journér de 12 heures, dans les usines, qui avait provoqué une réaction farouche des travailleurs, a été abandonnée. La confusion criminelle entre le système actuel et « l'accomplissement du stade final de la société communiste » a été abandonnée. L'essentiel, maintenant, est de permettre une nouvelle élévation du niveau de vie des masses, sans laquelle l'effort qu'on demande d'elles, même après la « rectification » du 10 décembre, s'avèrera insupportable.

20 décembre 1958.

Une erreur sur cette page ?