Documents de la IVe Internationale

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La revue › 17e année, n° 5

Du 20e au 21e Congrès du P.C. de l'Union soviétique

Henri Vallin · Quatrième Internationale, 17e année, n° 5 · février 1959 · p. 34-41 · 6 627 mots

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Trois années se sont écoulées entre la réunion du 20° et celle du 21° Congrès du Parti Communiste de lUnion soviétique. Trois années : on a peine à croire que la succession d'événements aussi dramatiques que le rapport secret de Khrouchtchev dénonçant les crimes de Staline, les révolutions polonaise et hongroise, le passage des « cent fleurs » à la «campagne de rectification ». la nouvelle affaire yougoslave, la vente des machines agricoles aux kolkhoz, les premières mesures d'association des travailleurs à la gestion des entreprises U.R.S.S., que tout ce bouleversement continuel société que d'aucuns déclarèrent figée se soit effectué à un rythme aussi étourdissant:

Bien sûr, ces bouleversements ne sont pas tous équivalents. Is marquent qui un développement qui un ralentissement de la déstalinisation. La direction de la bureaucratie soviétique, effrayée par l'ampleur des révolutions politiques qui commencèrent en Hongrie et en Pologne, s'efforça de rétablir une discipline politique et idéologique plus stricte. Ce fut la raison essentielle de la nonvelle « affaire vougoslave ». Ce fut aussi la raison d'une « réhabilitation » partielle de Staline lui-même. En même temps. l'équipe Khrouchtchev poursuivit plus vigoureusement que jamais sa politique de concessions économiques aux ouvriers et surtout aux paysans, afin de supprimer les raisons matérielles les plus aigues dn mécontentement populaire.

La contradiction entre ces deux éléments de la politique khrouchtchévienne n'a pas tardé à se manifester. cette politique incontestablement réussi à différer Péchéance d'une explosion en U.R.S.S. même. elle n'a pas réussi à canaliser l'énergie du peuple laborieux et de la jeunesse vers les seuls buts productivistes et de « jouissance matérielle ». La question de la direction des entreprises, celle de l'accès libre des enfant= du peuple à la science universitaire, les controverses sur la liberté de la création culturelle, ont rappelé durement aux couches dirigeantes comme à la masse des prolétaires que les problèmes les plus brûlants à résoudre par la société soviétique, si elle veut réaliser les promesses grandioses qui apparaissent maintenant tangibles, Sont et restent des problèmes politiques. « sous-développé » de celle-ci. Et de comparer ce taux de croissance à celui de l'économie américaine entre la Guerre de Sécession et la première guerre mondiale, ou celui de Péconomie japonaise entre 1890 et 1938.

L'ESSOR INDUSTRIEL SE POURSUIT MAIS A UN RYTHME LEGEREMENT RALENTI

Depuis 1956, l'essor industriel s'est régulièrement manifesté par l'accroissement annuel de la production et des investissements. Cependant, un événement capital, l'interruption du sixième plan quinquennal, maintenant remplacé par le plan septennal 1959-1965. a démontré que le rythme de la production industrielle s'est légèrement ralenti, et que les objectifs prévus par le sixième plan quinquennal n'auraient pas po être atteints en 1960.

Il est amusant d'enregistrer la profonde émotion que la publication du plan septennal provoquée dans les milieux capitalistes. Ces messieurs s'étaient laissés tranquilliser, pendant plusieurs décades, grâce à des « techniciens » de divers ramages, par l'affirmation que le taux de croissance de l'économie soviétique s'expliquait par le caractère

Malheureusement pour les apologistes du capital, l'industrie soviétique contiuue de progresser à un rythme au moins double de celui de la croissance des pays capitalistes les mieux placés — et elle conserve ce taux de croissance même lorsqu'elle atteint le niveau de développement de la puissance industrielle du monde. Frappés de stupeur. les capitalistes découvrent maintenant la magie de la progression géométrique. C'est une chose que d'augmenter la production de 50 à 60% tous les cinq ans, lorsqu'it s'agit de passer de 4 à 6 millions de tonnes d'acier ou même de 20 à 30 millions de tonnes. Cest autre chose que de passer, en lespace d'une décade, de 45 à 90 millions de tonnes, puis de 90 à 200 millions, puis... On est saisi de vertige. Telle est pourtant la dynamique irréversible de l'économie planifiée, même freinée par la bureaucratie.

Pour évaluer les perspectives ouvertes à PU.R.S.S. par les objectifs du plan sepsennal, on peut partir de hypothese que nes objectifs seront atteints. On le peut d'autant plus que ces objectifs, de même que ceux des deux dernières années, sont relativement plus modestes que les objectifs d'antan, et semblent avoir été choisis afin de pouvoir être légèrement dépassés.

Il n'y a ancune raison de considérer ces objectifs comme exceptionnels. Nous l'avons deja dit: ils impliquent plutôt un léger ralentissement du rythme général de croissance de l'industrie soviétique. En veut-on des exemples ?

Le sixième plan quinquennal avait prévu une production sidérurgique de 68 millions de tonnes en 1960; une progression annuelle de 8% l'aurait amenée à 100 millions en 1965. En fait, le plan septennal ne prévoit qu'une production 86-91 millions de Tonnes pour 1965.

Le sixième plan quinquennal avait prévu une production de 320 milliards de kWh pour 1960. Or, la production d'électricité avait doublé, ou plus que doublé, au cours de chaque quinquennat. Cela aurait di donner une production d'environ 600-650 milTards de kWh en 1965: le plan septennal ne prévoit que 500-520 milliards de kWh nour cette année. : Pour la production charbonnière, laug sentation prévue pendant tout septenuat n'est que de 20-23 %, ce qui représente une-croissance annuelle de 2,5 a 3 %, done un ralentissement prononcé de l'expansion. Ce ralentissement est sans doute en partie voulu ; il fait partie d'un plan de reconversion énergétique. gui met laccent sur 'électricité et les huiles lourdes en remplacement du charbon.

On pourrait en conclure que, si l'industrie soviétique continue sur sa lancée, les avantages énormes promis par Khrouchtchey Lors de la réforme de la gestion de l'industrie et de la création de sovnarkhoses, ne se sont guère manifestés dans la vie. En fait, si In décentralisation industrielle a permis de supprimer les excès les plus redoutables de Phyper-centralisation bureaucratique, elle a fait apparaitre plus fortement que jadis les tares du particularisme local et régional. de l'intérêt individuel des bureaucrates considéré comme moteur principal de la réalisation du plan. Dans la revue Voprossi Elonomiki (n° 7, 1958), on énumère une série d'exemples de modifications arbitraires de l'assortissement de la production, effectuées par des sovnarkhoz, qui sont fort comparables aux modifications dans le même sens, dénoncées par Malenkov au 19º Congrès du P. C. de T'U.R.S.S. pour les directeurs d'usines, de trusts (glavki) et de ministères industriels.

Un des aspects les plus déconcertants du nouveau Plan septennal est le progrès prévu dans la productivité du travail. La maind'œuvre totale angmentera de 20 % dan

Pindustrie, nous dit-on : masi la production industrielle augmentera de 80 %. Ceci implique un accroissement de la productivite du travail de 50% soit en moyenne 6,5-7 % par an : moyenne considérable ! In même temps, la semaine de travail sera réduite à 40 heures, et la semaine de 35 heures commencera à être introduite dans les industries lourdes et fatigantes. L'accroissement annuel de la productivité du travail s'élèverait done de ce fait à 8-9 % par an! Il est vrai que le plan septennal met l'accent sur lautomatisation partielle ou complète de nombreux secteurs industriels; des publications techniques ou de vulgarisation scientifique font état de la production de machines-outils à la chaîne ou de la fabrication de roulements a billes complètement automatisée.

Néanmoins, on peut supposer que la pénurie de main-d'œuvre deviendra aigue au cours du septennat, et qu'une fois de plus la réalisation des objeetifs de 1965 nécessitera l'emploi d'un nombre de travailleurs plus élevé que celui initialement prévu. A ce propos. l'agriculture soviétique, si elle peut être effectivement rationalisée, recèle d'ailleurs d'énormes réserves de main d'œuvre. Il est pourtant peu probable qu'elle restera une source de main-d'œuvre abondante libérable pour l'industrie: et les bureaucrates semblent plutôt se rabattre sur... la jeunesse de 15 à 18 ans. considérée comme source de main-d'œuvre « supplémentaire ».

Reste la question vitale: dans quelle mesure laffirmation de Khrouchtehev, selon laquelle la production soviétique de 1965 atteindra le niveau de la production des Etats-Unis, dépassera celui de la production européenne par tête d'habitant, et se rapprochera de celui des Etats-Unis par tête d'habitant. est-elle sérieuse ?

En ce qui concerne les Etats-Unis, la prédiction khrouchtchévienne, mal comprise par le grand public - et mal reproduite par la presse -- est en réalité plus modeste qu'elle en a l'air. Khrouchtchev n'a pas dit que l'U.R.S.S. aura atteint le niveau de la production américaine en 1965; il a dit que YU.R.S.S. atteindra en 1965 un niveau proche de celui de la production américaine de 1958! On saisit immédiatement la diffé rence entre les deux formules: les supposer égales implique prévoir pour la prodaction américaine sept années de stagnation à un niveau de récession. I/hypothèse est manifestement irréelle.

En vérité, la comparaison ne doit pas s'établir entre la production courante des deux pays. mais entre leur capacité de production par tête d'habitant. Or, pour une série de secteurs de base, cette capacité de production connait aux Etats-Unis une proaression continue même en période de récession. Ainsi, en 1958, malgré la récession économique qui a entraîné l'inutilisation de près de 40% de la capacité de production sidérurgique, cette capacité été simultanément augmentée de 4 % ! C'est que la bourgeoisie américaine ne se laisso plus guider par des critères économiques mais par des critères politiques de capacité militaire pour ses investissements dans ces secteurs-clés. T/Etat bourgeois supplée a

INTERNATIONALE la carence des capitalistes privés ; et lorsque le budget militaire annuel atteint des sommes aussi élevées que 45, 50 ou 55 milliards de dollars, il est clair que 5 ou 10 % de ces sommes peuvent être utilisés pour développer la capacité de production des secteurs de base, afin de conserver une certaine irréparables à lensemble de la structure économique et monetaire; mais elle reste tort possible dans les t a lo années a vente. Aussi, si l'on admet qu'au cours de cette période, la capacité de production américaine augmentera en moyenne de 2,5 a 3% par au (ce qui est légèrement inférieur aux avance sur la capacité soviétique. Pareille é productive de l'Union volution ne pourrait moyennes de la période de réarmement de guerre 1940-1958), nous obtenons ic se poursuivre à l'infini

Pétrole (millions de tonnes)

Acier (millions de tonnes)

....-

Klectricité (milliards de kWh) ...

Ciment (millions de tonnes)

Pétrole

Acier

Electricité

Ciment ..

A part le ciment, sans causer des dégâts

1957

U.S.A.

U.R.S.S.

la distance entre les tableau que voici :

1965

U.R.S.S.

U.S.A.

1972-1973 (par

U.S.A.

2,8 T.

1,15 T.

i.700 kWh kg.

Cela nous donnerait

1972-1973

U.E.S.S

U.S.A.

1.000

1165 tête)

U.R.S.S.

1,8 T.

0,6 T.

4.100 kWh kg.

pour ces trois pits productions par tête américain d'habitant

• une production par tête d'habitant de 540, de et soviétique retera encore forte pour les produits de base, et elle sera plus large encore pour le niveau de vie. Pour les pays d'Europe occidentale, la comparaison est plus malaisée, car il est difficile de prévoir un rythme de croissance régulier de leur capacité de production pendant les 10-12 années à venir. Néanmoins, l'hypothèse d'une production sidérurgique de 28 millions de tonnes en Grande-Bretagne, de 32 millions en Allemagne occidentale ainsi que de S millions en Belgique, peut être considérée comme réaliste pour 1965 (1).

et de 900 kg respectivement, comparée à 410 kg en U.R.S.S. Il en serait de même pour l'électricité et pour la plupart des biens de consommation durables (autos, scooters, appareils électro-ménagers, disponibilités de logement, ete.). Il est cependani probable que la production des textiles el des industries alimentaires par tête d'habitant soviétique dépassera en 1965 celle des principaux pays d'Europe occidentale. En niveau d'industrialisation et le standing de vie de pays comme l'Autriche, l'Italie, voir: les Pays-Bas, pourrait être atteint ou appre ché à ce moment en U.R.S.S.

RALENTISSEMENT DE L'ELEVATION DU NIVEAU DE VIE

MAIS TENDANCE A UNE REPARTITION PLUS EGALITAIRE

En matière d'industrie légère et de production agricole, les objectifs du plan septennal doivent être considérés avee beaucoup plus de réserves que ceux de la production d'industrie lourde. Il suffit de rappeler que l'objectif de 180 millions de tonnes de céréales, fixé maintenant pour 1965, avait deja été lixé pour 1960 par le sixième plan quinquennal, et même pour 1955 par le cinquième plan, sans qu'il ait pu être atteint,

(1) En 1957, la capacité de production respective de ces pays fut de 23. de 27 et 47 millions de tonnes.

et de loin, au cours des quatre dernières années.

Pour le sucre, Mikoyan avait promis plus de 7 millions de tonnes dès 1955, (Proda, 25 octobre 1953), alors que la production de 1957 ne s'élève qu'à 4,5 millions de tonnes. Le chiffre de 9 a 10 millions cle tonnes pour 1965 laisse donc sceptique. La production de cotonnades n'a augmenté pen dant cinq ans que de 5,3 millions à 5,8 mil nons de mètres, c'est-à-dire de moins de 10 % ! Faut-il s'attendre à la réalisation de l'augmentation de 50% prédite pour le septennat à venir? Quant aux biens consommation durables (motocyclettes, frigidaires, machines à coudre, machines à laver, ete.), pour lesquels Malenkov et Mikoyan avaient fait des promesses si sensationnelles

: Objectifs Cotonnades Souliers en cuir Bicyclettes

... Machines à coudre • Frigidaires

La situation est encore plus mauvaise pour certains produits agricoles. Pour le beurre, Mikoyan avait promis une production de 560.000 tonnes en 1955 et de 650.000 en 1956, sans tenir compte de la production consommée par les paysans eux-mêmes. Or.

production en 1955 n'a atteint que 459,000 tonnes, et celle de 1956 530.000. Même en 1958, d'après le rapport de Khrouchtchev au dernier Comité Central (Prarda, 16 décembre 1958), la production de beurre s'élève à 622.000 tonnes et reste done inférieure à l'objectif fixé pour 1955!

Quant à la viande, Khrouchtehev opère prudemment avec des chiffres de « poids sur pied », et non de production. Or, Mikoyan avait promis 3 millions de tonnes de viande, plus 1 million de tonnes de charenterie pour 1956; le chiffre de 5,4 millions de « viande sur pied » donné par Khrouchtchev pour 1958 est certainement inférieur à ces deux objectifs pour 1956.

La violente attaque que Khrouchtchev a lancée contre Malenkov à cette occasion contient notamment l'affirmation selon laquelle Malenkov, au 19" Congrès du P.C. U.S., aurait donné des chiffres de production de céréales erronés en fournissant ceux de la récolte sur pied et non ceux de la récolte effective. En vérité, celte habitude a été suivie pendant toute la période stalinienne. Khrouchtehev lui-même, lorsqu'il fut responsable de l'agriculture soviétique, a employé la même méthode. La correction est intervenue dès 1953, au lendemain de la mort de Staline. Elle a été effectuée par Malenkov (Pravda, 9 août 1953): Khrouchtchev l'a répétée un mois plus tard, dans son discours agricole du 3 septembre 1953 devant le Comité Central (Iscestia, 15 septembre 1953). Il est done pour le moins déplacé de sortir maintenant cette vieille lune pour dresser un réquisitoire contre Malenkov.

Il faut reconnaître que le pari khrouchtchevien de mise en culture des « terres vierges » n'a pas donné des résultats coneluants jusqu'à maintenant. Il assure en moyenne une bonne récolte sur deux, en stricte corrélation avee le degre de secheresse dans ces régions. Par contre, la vente des machines agricoles et les autres mesures qui tendent à accroître rapidement les revenus des paysans. des conséquences durabies pour l'agriculture soviétique, à condition que des mesures aventureuses ne soient pas prises en matière de prix.

Le plan septennal prévoit un accroisse en 1953. on ne cite même plus des objectifs précis pour 1965! En général, les objectifs fixés pour 1955 n'ont pas encore été réalisés en 1957 : fixés pour 1955. Production 1957

5.600,000 mètres 315.000.000 de paires 8.445.000 3.300.000 2.600.000 2.300.000 330.000 309.000 ment des revenus ouvriers de 40% auquel il faut ajouter la réduction générale de la semaine de travail a 40 heures. Compte tenu de l'augmentation des salaires les plus bas, qui sera très forte, le salaire moyen n'angmentera que de 26% (Praeda, 26 novembre 1958) ceci constitue un ralentissement considérable de l'accroissement du niveau de vie des travailleurs, qui a sans : doute été de plus de 50% pendant la période 1952-1959. La moyenne annuelle d'augmentation niveau de vie serait ramenée à 2,5 à 3%. ce qui est inférieur à l'évolution au cours des sept dernières années dans des pays comme la France, la Grande-Bretagne, TItalie, l'Allemagne occidentale ou la Belgique.

Par contre, la tendance vers un certain nivellement des rémunérations, la réduction des inégalités par trop criantes, déjà timidement annoncées au 20° Congrès et appliquées notamment dans le domaine des pensions, seront maintenant plus franchement réalisées. L'article précité de la Pravda indique notamment que la tension des sulaires pour ouvriers manuels sera réduite à 200 %. Il affirme ouvertement qu'il faut « réduire les différences entre les salaires les plus élevés et les salaires les plus bas ». Il est vrai qu'il est en même temps question d'accroitre les revenus de certains bureaucrates. Néanmoins, l'augmentation des bas salaires de 60 à 70%, au cours du septennat à venir, s'oppose à l'accroissement du salaire moyen de 26 %.

Epinglons en passant l'aveu des dirigeants de la bureaucratie qu'il y a encore des millions de travailleurs soviétiques qui gagnent de 270 à 350 roubles par mois, soit, d'après les équivalences en pouvoir d'achat généralement admises, de 11.000 à 14.000 fr. français! On a parlé de 7 à 8 millions de salariés qui ne gagnent pas plus de 350 roubles.

Même s'ils jouissent de soins de santé gratuits et d'un loyer très bas, il s'agit d'un niveau de misère indigne d'un pays industriellement avancé comme l'est TU.R.S.S. d'aujourd'hui.

Toutes ces réserves étant faites, il n'en reste pas moins qu'an cours des eing dernières années, le nivean de vie du peuple a connu un progrès absolument sensationnel Il suffit, pour s'en rendre compte, d'additionner la production de moyens de consommation industriels d'usage courant, et de In comparer au nombre de familles en U.R.S.S.

Au cours des cinq dernières années, on a fabriqué 20 miliions de postes de radio et de TV., près de 40 millions de montre-bra-

6.200.000 mètres

318.000.000 de paires

6.200.000 mètres

318.000.000 de paires celets, 18 millions de bicyclettes, 7,5 millions de machines à coudre. 1,5 millions d'appareils photographiques, 1 million de machines à laver. On pourra, grosso modo, multiplier ces chiffres par deux pour obtenir la production du septennat à veuir. Pour les frigidaires et les machines à laver, c'est par 6 et i qu'il faut les multiplier! Cela indique clairement que pendant cette pé riode, le peuple soviétique acquerra la base matérielle d'une vie civilisée, comparable à

LA PRESSION OUVRIERE

Le changement le plus important qui a été opéré dans la réalité sociale soviétique depuis le 20º Congrès, c'est lapparition de tendances en vue de limiter la tonte-puissance du directeur au sein de l'entreprise. et de la bureaueratie au sein de l'économie nationale. Ces tendances sont le résultat inévitable de la déstalinisation et de la dénonciation du « culte de la personnalité » ; nous en avions prévn l'apparition dès 1933. Il s'agit d'une concession d'importance historique que la bureaucratie soviétique a été obligée de faire au prolétariat de son pays. 11 s'agit en même temps du seul moyen dont elle disposait pour retarder en U.R.S.S. lapparition de conseils ouvriers à la youroset ou laiglon ont il la hen et sei goslave, à la polonaise ou à font encore l'objet de diseussions au sein de lavant-garde des communistes et des jeunes soviétiques.

C'est en décembre 1957 que d'importantes mesures ont été prises en vue d'accroître les compétences des syndicats au sein des entreprises et de l'économie soviétique dans son ensemble. En juillet 1958, un décret du Sovier suprême confirma et étendit encore ces compétences. Finalement, le XI Plénum du Conseil Central des Syndicats d'U.R.S.S. posa un jalon vers une nouvelle extension des prérogatives syndicales (Trad. 22 octoIre 1955). Dans cette masse de décrets et d'ordonnances, trois courants peuvent être distingués :

1• l/accroissement des compétences en matière de gestion de la sécurité sociale, des institutions d'assistance sociale, ete. Les symilicats prennent pratiquement en main ia gestion des organismes de sécurité sociale. à l'échelle régionale et locale. Ils veroivent un droit de contrôle sur la répartition des logements, sur l'approvisionnement des contines, sur la gestion des entreprises communales de services publies, etc. De ce fait, la bureaucratie syndicale acquiert une celle de nombreux pays d'Europe centrale et occidentale.

Il faut y ajouter un énorme effort en matière de construction de logements, qui créerait 650 millions de m2 d'espace utile urbain an cours des sept années à venir. portant ainsi la superficie de logement disponible par tête d'habitant des villes à près de 16 m2, soit trois fois plus qu'en 1928, et un chiffre comparable à l'Europe occidentale (2). POUR UNE PARTICIPATION Néanmoins, l'élargissement de l'autonomie syndicale, même sous son aspect bureaucratique, ouvre la porte à des revendications de portée révolutionnaire par exemple la revendication d'une gestion de l'industrie communale ou même de toute l'industrie légère par les syndicats.

2° Des mesures «productivistes » qui impliquent un droit de contrôle et de représailles par rapport aux directeurs et aux « cadres » de l'économie. Cette tendance est surtout visible dans la décision du XI Plénum du Conseil Central des Syndicats, document tout entier tourné vers l'accroissement du rendement et de la productivité du travail, qui n'évoquera pas beaucoup d'échos favorables parmi les travailleurs, mais qui implique, comme moyens d'atteindre ces buts, notamment l'extension du contrôle syndical sur l'administration de l'industrie, la constitution d'équipes de « contrôleurs » qui iront inspecter sur les lieux de travail par surprise, obligation pour les directeurs d'appliquer les mesures proposées par ces équipes. Le tout culmine dans une formule vraiment surprenante : « Les chantiers de constructions en métal: lurgie et en chimie doivent être soumis au contrôle des syndicats » !

(2) Les stutistiques sur lespace utile (qui inchit outre les pièces d'habitation propre. ment dites tout ce que contient la construction. c'est-i-dire restibules, couloirs. W.C. salle de bain, débarras, balcons, ete.) sont fort rares et élaborées d'après des critères différents d'un pays à lautre. Cependant, il existe une statistique de pièce habitable par tête d'habitant dans les pays occidentaux. En 1955. il y avait ainsi 0,8 pièce par tête d'habitant en Italie, 0,9 en Francs et en Allemagne occidentale, 1,1 aur PaysBas, 1,3 en Grande-Bretagne et en Belgique, 1,4 aur Etats-Unis (1950). On peut évaluer la surface habitable par pièce a une moyenne de 16 m2 (en Grande-Bretagne et ana Etats-Unis, le chiffre est plus éleré), et la surface utile est généralement supérieure de 25 a 30 % à la surface habitable. On obtient ainsi comme chiffres de référence — et sans aucune rigucur scientifique en surface utile par tête d'habitant (1955): 16 m2 en Italie, 18 m2 en France et en Allemagne occidentale, 22 m2 aux Pays-Bas: 26 m2 en Grande-Bretagne et en Belgique: 2S m2 aux litats-Unis (1950).

large base matérielle en fait des tonds qui dizaines de milliards

Sans aucun doute, autonome; elle gère s'élèvent à plusieurs de roubles par an.

ces mesures ne sont pas accueillies avec beaucoup d'enthousiasme par les travailleurs. Partout on ceux-ci ont pri librement exprimer leur avis (Allemagne orientale 16-17 juin 1953: Hongrie octobrenovembre 1956; Pologne 1956-été 1957), ils se sont déclarés opposés à l'exercice de fonetions d'Etat par les syndicats; ce qu'ils désirent, c'est que les syndicats les défendent dans leurs conflits avec la bureancratie

A LA GESTION DES ENTREPRISES S'ACCROIT

A LA GESTION DES ENTREPRISES S'ACCROIT

3° Modifications dans la structure hiérarchique de l'entreprise, et accroissement des compétences des syndicats dans leur sein. Ces prérogatives, il est vrai, sont exécutées par divers organes plus ou moins « représentatifs » ou «élus », mais jamais par la masse des travailleurs. Néanmoins la transformation est profonde ; elle constitue à plusieurs égards une abolition des réformes réactionnaires de l'époque stalinienne et un retour aux habitudes de la période 1928-1933, quand la démocratie soviétique était déjà abolie sur le plan politique, mais que d'importants vestiges de celle-ci subsistaient au sein des entreprises.

Ainsi, l'appareil de direction économique et Tappareil du comité syndical (ses permanents) préparent maintenant ensemble le projet de contrat collectif annuel. Les permanents syndicaux sont en général associés à chaque phase d'élaboration du plan. Les comités syndicaux, dominés par ces bureaucrates, mais au sein desquels la majorité formelle appartient à des ouvriers du rang — par exemple, dans un usine de 7.000 ouvriers, on compte 21 membres du comité syndical, dont 6 permanents reçoivent un droit de regard et de contrôle sur la détermination des normes de production et de salaires, sur l'embauchage et le licenciement des travailleurs et sur l'exération des décisions du plan et du contrat colleerif.

En outre, ces comités ont le « droit d'entendie » (sie) des rapports des directeurs

Si les parties ne se mettent pas d'accord, l'affaire est renvoyée devant le comité syndical de l'usine (ou, dans certains cas, devant le comité syndical local). La décision de l'organisation syndicale est sans appel et de l'organisation tyndicale est sans aPpelmi nistration.

Malgré la prédominance des bureaucrates syndicaux au sein de ces comités, il s'agit là d'une réforme qui est saluée par les travailleurs comme un important pas en avant, car ils ont davantage de prise et de possibilité de pression sur les fonctionnaires syndicaux que sur les cadres de l'économie.

Il faut signaler aussi que des organismes plus larges comme « l'actif du syndicat» ou les « assemblées de producteurs » (qui ne groupent cependant en tout cas que quelques pour-cents des travailleurs des grandes usines) sont également associés à la discussion de l'élaboration et de l'exécution du plan, mais avec des poavoirs purement consultatifs et sans droit de décision.

Sans réaliser une forme de gestion ouvrière aussi développée qu'en Yougoslavie, ou que ce ne fut le cas en Hongrie (23 octobre-novembre 1956) ou en Pologne (octobre 1956-été 1957), cet accroissement des prérogatives syndicales en U.R.S.S. augmente les droits des travailleurs et surtout ceux de la partie la plus « modeste » et la plus « ouvrière » de la bureaucratie, qui est la plus liée au prolétariat. Plus la pression ouvrière augmentera en U.R.S.S., et plus patre cooption de le bureaucratie sera utilisée cette fraction de la bureaucratie sera utilisée comme « courroie de transmission », et pius elle jouera ce rôle dans les deur sens: recevant d'une part des couches supérieures de la bureaucratie les directives à imposer aux travailleurs, en échange de droits accrus; transmettant d'autre part aux couches supérieures de la bureaucratie les revendications ouvrières qu'elle doit partiellement faire siennes pour pouvoir se porter garante de la « discipline socialiste du travail ». ment à supposer que les revendications politiques elles-mêmes perdront de leur acuité avec l'amélioration des conditions économiques et sociales.

Personne de sensé ne contestera que ce pari est en partie réaliste — bien qu'il faille ajouter aux causes du « réformisme » actuel des masses en U.R.S.S. et dans certaines démocraties populaires l'expérience de la révolution hongroise et le maintien de la tension internationale. Ce sont des travailleurs désespérés et à bout de patience qui sont sortis dans la rue les 16-17 juin 1953 à Berlin, le 23 octobre 1956 à Budapest —- sans parler des révoltes de Vorkouta et des antres camps de travail forcé. Dans la grande masse des travailleurs soviétiques ne règneut plus aujourd'hui le désespoir. l'insécurité et la misère qui risquent de faire déborder le vase. Ils ont an contraire l'espoir d'une amélioration constante et assurée de Teur sort sauf en cas de guerre.

Mais c'est justement cette amélioration de leur nivean d'existence qui leur permet et des ingénieurs en e dans laquelle le plan e 16 juiilet 1958), ainsi «doaner leur avis » sur personnei dirigeant de le plus important: le maintenant un poucour hef sur la mesure st réalisé (Pravda, que le droit de la désignation du l'entreprise. Point comité syndical a en dernier ressort en matière de « petits conflits » au sein de l'entreprise. Dans chaque entreprise, des commissions spéciales paritaires (moitié représentants de la direction, moitié représentants des travailleurs) examinent ces conflits.

Des transformations économiques et sociaies, l'élévation du niveau de vie, la vente des machines agricoles aux kolkhoz, le début de participation des travailleurs à la gestion des entreprises - toutes ces réformes ontelles créé un climat « réformiste » en Union soviétique ? L'entreprise khrouchtehévienne de poursuite de la déstalinisation en la dépolitisant, et en maintenant de ce fait les postes de commande et les privilèges de la bureaucratie, a-t-elle réussi ?

Il est normal que l'élévation du niveau de vie et la suppression de l'insécurité générale et du règne de la police secrète, ont réduit la tension en U.R.S.S.; la comparaison qui s'impose est, toutes proportions gardées, celle de l'Allemagne de 1900 comparée à l'Allemagne sous la « Joi contre le socialisme », ou de la France du début du vingtieme secle comparée à la France sous Napoléon III. Il est vrai que dans ces cas, les réformes ne furent pas seulement économiques et sociales, mais aussi politiques. Le pari de Khrouchteher consiste précisé-

LA REFORME SCOLAIRE ET LA REFORME JURIDIQUE

LA REFORME SCOLAIRE ET LA REFORME JURIDIQUE de sintéresser davantage aux problèmes politiques. Ceux-ei prennent peut-être un aspect immédiatement moins explosif qu'an cours de la période 1952-56, mais cet aspect n'est pas pour autant moins réel. Plus le nivean de vie du peuple soviétique angmente, et plus les problemes de réalisation au plus vite de la démocratie soviétique sur tous les plans de la vie sociale se posent de façon impérieuse. La bureaucratie soviétique ne peut pas se faire d'illusions à ce sujet. Son attitude envers la réforme de l'enseiznement et la réforme judiciaire le démontre.

Les causes de la réforme de l'enseignement ont été clairement exposées par les dirigeants soviétiques eux-mêmes. Au 20: Congrès, on avait promis de généraliser l'enseignement moyen pour toute la jeunesse soviétique, c'est-à-dire de faire passer tous Tes jeunes soviétiques dans une école « polytechnique moyenne » jusqu'à l'âge de 17 ans récole de dix ans). Mais l'expérience montra que la généralisation progressive du SyStème - qui n'a jamais été appliqué à l'ensemble de la jeunesse — provoqua des contradictions aigues.

D'une part, avec l'accroissement du nombre des étudiants qui terminèrent l'enseignement moyen et obtinrent le baccalauréat s'accrut le nombre de candidats à Pentrée aux Universités: mais les places disponibles dans celles-ci restèrent de loin inférieures à la demande. Dans le memorandum de Khrouchtchev sur la réforme de l'enseignement, publié dans les « Iscexlia » du 21 septembre 1958, on donne le chiffre de plus de S00.000 étudiants ayant terminé leurs études movennes sans trouver acce, aux Universités. Ceci représente près des deux-tiers du total des étudiants ayant terminé leurs études moyennes (3). On peut s'ima: iner dans ces conditions quelles luttes farouches se déroulent pour obtenir une place à l'Université!

Par ailleurs, ces S00.000 jeunes -- plus de 2 millions si Pon prend l'ensemble des chiffres des trois dernières années - sont jetés dans la vie productive sans aneune préparation pratique, l'enseignement moyen servant avant tout de préparation à l'Université.

Ces données objectives du problème sont fortement compliquées par des facteurs subjectifs, découlant de l'inégalité sociale qui règne en U.R.S.S. Khrouchtchev, dans son « memorandum » précité, reproche vivement à différentes couches de la population soviétique de « mépriser » le travail manuel, de faire l'impossible pour frayer à leurs enfants le chemin vers l'Université, et que les « relations », les pressions (surtout de la part des bareaucrates), voire la corruption jouent un rôle prépondérant dans cette « sélec tion ». Il explique ces phénomènes par « le manque de conscience communiste». Il aurait mieux fait de comprendre que la conscicnce est un produit de l'eristence teurs fils et leurs filles un titre universitaire. socinle. Si tous les parents désirent pour

(3) La Pravda du 16 nocembre 1958 évolue les nourelles admissions i lUniversité à 430.000.

c'est que les revenus et le standing des « intellectuels » dépassent de loin. en U.R S.S.. ceux des travailleurs manuels. DANS CES CONDITIONS IL EST NORMAN ET INEVITABLE QUE LE PEUPIA CONSIDERE LACCES DE SES FILS A L'UNIVERSITE COMME LE PRINCI PAL MOYEN DE PROMOTION SOCIAL! on fait, tout contact avee la société soviétique confirme ce diagnostic: la soit universelle de savoir et de culture qui règne en O.R.S.S. trouve un catalyseur commun : le désir de faire des études supérieures.

Khrouchtcher révèle qu'à présent, les enfants de la bureaucratie constituent de 60 a 70 % des étudiants à l'Université de Mos cou ! Démagogiquement, il affirme qu'il faut modifier cette situation anormale. En pratique cependant, la réforme de l'enseigne ment telle qu'elle a été finalement adoptée par le C.C. du Parti (Prarda, 16 novembre 1958) rend l'accès des fils d'ouvriers et de paysans à l'Université plus difficile an lieu de le faciliter. Tout se passe comme si la bureaneratie, constatant le déséquilibre entre l'offre et la demande de places à l'Uni versité, adapte non pas l'offre à la demande. mais la demande à l'ofre, c'est-à-dire ferme brutalement la voie vers l'enseignement supérieur à une fraction importante de la jeunesse soviétique.

En effet, à la place de l'école de dix ans vient maintenant une école de huit ans généralisée (l'enseignement sera obligatoire jusqu'à 15 ans) (3) ; les enfants de 15 ans peuvent suivre deux voies: celle du travail combiné avec l'enseignement du soir (éventuellement avec un ou deux jours ouvrables de libre par semaine) ; celle des écoles polytechniques de culture générale, qui pré voient entre autres des exercices pratiques dans la production. Cela signifie que la sélection qui, pour le moment est retardée jusqu'à l'age de 17-18 ans, est maintenant avancée à l'age de 15-16 ans. Et l'expérience universelle montre que plus tôt se fait la sélection professionnelle des enfants, et plus sont favorisés ceux qui, de par les conditions de vie et de culture des parents, sont les mieux préparés an travail intellectuel. Dans ce sens, il est certain que la réforme de l'enseiguement est de nature anti-démocratique et anti-égalitaire.

Le « travail » de plusieurs millions de jeunes gens, pendant six heures par jour à l'usine dans des conditions peu propices à la productivite (4), ne rapportera pas grand chose dans limmediat à l'économie sovié tique. Par contre, la possibilité pour les jeunes, condamnés à ce travail, de trouver ensuite un accès à l'Université sera prati quement très difficile. Faire des études préparatoires au baccalauréat en supplément de 30 heures de travail physique par semaine.

(3) Khrouchtcher a récélé que jusqu'en 1958, 20 % des enfants soriétiques ne cont pas à lécole jusqu'à 14 ans.

(+) Khrouchicher récele que la plupart des directeurs ne veulent pas embaucher des jeunes. Il semble que, depuis quelques années. un chômage important séril parmi ceur de moins 18 ans.

exige des efforts exténuants. Les statistiques soviétiques démontrent que moins de 15% des étudiants qui suivent l'enseignement du soir dans ces conditions réussissent leur baccalauréat. Ceux qui sont obligés de combiner le travail avec l'étude sont encore plus défavorisés. Ils sont en pratique incapables d'étudier les sciences physiques et mathématiques, sciences de l'avenir ; le manuel culturel universitaire soviétique indique que l'enseignement universitaire par cours du soir ou par correspondance a formé, en 1955, 514.000 universitaires dans les branches de culture générale, de sciences humaines, pédagogiques et biologiques, et seulement... 6.100 ingénieurs !

C'est à tel point vrai qu'après la publication du « mémorandum » de Khrouchtchev, qui voulut généraliser à pratiquement toute la jeunesse Tobligation de travailler de 25 à 30 heures par semaine à l'usine et aux champs entre 15 et 18 ans, ainsi que l'obligation pour les étudiants universitaires de travailler à Pusine, les principaux savants soviétiques sont intervenus dans la discussion, affirmant — en termes mesurés mais moins clairs - que de telies réformes risqueraient de détruire les bases de l'essor de la science soviétique. L/académicien Semionov affirma dans la Praeda du 17 octobre 1958 qu'il est vital que la grande majorité des étudiants arrive directement des écoles moyennes à l'Université, sans interrompre leurs études, car ceci est essentiel pour développer au maximum les capacités intellectuelles et créatrices des étudiants. Il précise également qu'il est nécessaire que les étudiants universitaires fassent du travail pratique au sens créateur du terme (du travail de laboratoire de recherche et de production) et non du travail manuel courant. qui est en fait une pure perte pour léconomie comme pour eux-mêmes.

Le projet final adopté par le C.C. tient largement compte de ces critiques — innovation en fait sensationnelle pour laquelle il n'y a pas de parallèle dans l'histoire soviétique des dernières 25 années (5). Mais il corrige le projet initial de Khrouchtchev dans un sens encore plus anti-démocratique, en élargissant le fossé entre les deux genres d'écoles moyennes supérieures. Le fait que les « organisations sociales » (parti, syndicat, ete.) seront associées a la sélection des étudiants universitaires n'est pas une mesure pour réduire la pression de la bureaucratie, bien au contraire.

(5) Malgré le régime bureaucratique, cet cremple montre en germes la justesse de la prévision géniale de Trotsky qu'en régime socialiste, des partis se constitueraient autour de débats techniques, culturels, ete.

L'exemple de l'enseignement montre elairement comment la dictature bureaucratique se heurte à la fois aux aspirations progressives du peuple et aux besoins de l'économie et de la société soviétiques. La réforme judiciaire finalement menée à bien — cinq ans après l'annonce de sa mise en train ! — confirme de même les revendications démocratiques du peuple soviétique et les limites dans lesquelles la bureaucratie peut les rencontrer.

Le nouveau code pénal comporte une série de progrès importants, sensationnels même. si on les compare à la jungle « judiciaire » de l'époque stalinienne. D'aveu n'est olus de Tepoque stalimienne. Daveu nest plus considéré comme une preuve suffisante : T'accusé est tenu pour innocent jusqu'a co que son crime soit démontré, il ne doit plus faire lui-même la preuve de son innocence : le principe d'analogie est supprimé; on en revient au « principe démocratique » (« que la bourgeoisie révolutionnaire avait inserit sur son drapeau » : Societskoié Gossoudarstvo i Praco, n° 12, 1957): nullum crimen (et done: nulla poena) sine lega (pas de crime et pas de peine sans loi écrite. qui a préalablement défini comme tel l'acte jugé) ; les droits de la défense sont fortement accrus : les peines sont en général réduites ; la déportation par exemple est limitée à cing ans, ete.

Par contre, dans cette « société sans classes », quarante-et-un ans après la Révolution d'octobre qui commença par abolir la peine de mort (pour la réintroduire seulement exceptionnellement dans les conditions de guerre civile .). la peine de mort est conservée pour crimes politiques, « formation de baudes » (la jurisprudence soviétique désigne sous ce terme toute organisation politique autre que le P.C. bureaucratisé) et haute trahison. Et si le nouveau code pénal ne contient pas le mot « ennemi du peuple », celui-ci a été utilisé par le procureur général de PU.R.S.S., Roudenko, a la même session du Soviet Suprême qui adopta le code...

Toutes ces raisons nous conduisent à la conclusion que si une certaine tendance « réformiste » se manifeste incontestablement aujourd'hui en U.R.S.S., elle débouchera tôt ou tard sur des revendications politiques qui mettront en question l'essence même de la dictature bureaucratique, sur une préparation directe de la révolution politique.

Ce qui s'impose, dans cette phase transitoire, C'est l'élaboration d'un programme minimum, adapté aux conditions concrètes de l'U.R.S.S., programme de démocratisation et d'égalisation vigoureuse dans toutes les sphères de la vie publique, programme qui jouerait objectivement le même rôle que le programme de transition: amener les travailleurs soviétiques par • leur expérience propre à la conscience de la nécessité d'une lutte politique organisée contre la bureaucratie, pour le rétablissement et l'épanouissement de la démocratie soviétique à un niveau dont ne pouvaient que rêver les fondateurs de P'U.R.S.S.

15 janvier 1959.

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