Documents de la IVe Internationale

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La revue › 16e année, n° 4

Remarques sur le nouveau programme des communistes yougoslaves

M. Pablo · Quatrième Internationale, 16e année, n° 4 · octobre-novembre 1958 · p. 39-42 · 3 254 mots

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Nous possédons maintenant le texte définitif du programme de la Ligue des Commumistes Yougoslaves adopté lors de son Congrès national. Ce qui nous permet d'avoir une vue plus précise, plus globale et plus objective de ce remarquable document théorique. Sa lecture fait tout de suite apparaître les raisons plus profondes de la campagne frénétique déclenchée par Kremlin et Pékin contre le « révisionnisme yougoslave ».

s'agit, en effet, d'une critique approfondie du révisionnisme ses pre tentaclares stalinien, de ses dogmes et de ses pratiques. Cette révision Leon driguement stalinisme est le résultat indirect de l'effort des communistes yougoslaves à penser théoriquement les questions du socialisme à la lumière de leur propre expérience.

Ce qui frappe tout d'abord dans leur document, c'est la spontanéité, la fraîcheur d'une pensée débarrassée des clichés, des schémas, s'efforçant de saisir les problèmes à l'aide de la méthode créatrice du marxisme révolutionnaire.

Le document yougoslave, loin de « théoriser » a posteriori la pratique opportuniste d'une bureaucratie érigée en caste privilégiée dominante, comme c'est le cas pour la littérature politique et « théorique » stalienne, démontre un réel et très sérieux effort d'élaboration théorique, si on peut dire largement libre. Naturellement, les limitations de cette élaboration qui reflètent les incidences de la formation historique, de la situation et du rôle actuel de la direction yougoslave, ne manquent pas, et nous les signalerons. Mais, par comparaison avec les productions staliniennes, le document yougoslave est incontestablement un apport remarquable d'un courant politique communiste élaborant dans une grande liberté de pensée. Par ce seul fait le document aurait effectivement un caractère « subversif », « explosif », s'il venait à être connu et reconnu comme plate-forme d'un parti « frère » en U.R.S.S., en Chine et dans les autres « démocraties populaires ».

Il y introduirait une méthode de pensée antidogmatique, tout en mettant au clair les «questions actuelles du socialisme » et la façon générale de les aborder. C'est-à-dire qu'il y introduirait une méthode de pensée, des idées et des problèmes allant carrément à l'encontre de la « pensée » officielle. ferait en même temps éclater la supériorité idéologique incontestable des communistes yougoslaves aussi bien par rapport aux improvisations « théoriques » du 20° Congrès, et aux « rapports » et « thèses » du camarade Khrouchtchev, que par rapport au pragmatisme rudimentaire, souvent d'essence néo-stalinienne des dirigeants chinois.

Le document yougoslave comporte d'autre part une critique dévastatrice, à peine camouflée, du stalinisme en tant que théorie et pratique. Il fallait done jeter un discrédit absolu sur ce document « hérétique » exclure toute idée de le faire connaitre et de le discuter de manière tant soit peu amicale et objective. Les articles que consacre désormais régulièrement dans chaque numéro La Nouvelle Revue Internationale — à l'exemple de feu Pour une paix durable... dans la période 1948-1953 — contre le « révisionnisme yougoslave » sont significatifs de la façon dont le Kremlin et Pékin conçoivent l'information et la discussion « objectives ». Nous en donnons plus loin quelques exemples. Quant à notre mouvement, il ne peut que se réjouir énormément du fait qu'un courant communiste s'efforce de retrouver par sa pensée l'affiliation à la méthode et aux idées créatrices du marxisme révolutionnaire et est amené à réviser critiquement la monstrueuse déviation que représente le stalinisme dans le domaine de la théorie et de la pratique.

Le nouveau programme des Yougoslaves se termine par une belle phrase qui résume l'esprit critique et créateur qui anime leur pensée : « Faire preuve d'esprit critique à Pégard de nous-mêmes et de notre œuvre ; être les ennemis intransigeants de tout dogmatisme, et demeurer fidèles à l'esprit révolutionnaire créateur du marxisme. Rien de ce qui a été créé ne doit nous être sacré au point de ne pouvoir être dépassé et de ne pouvoir céder la place à quelque chose de plus progressif, de plus libre et de plus humain».

Les Yougoslaves aiment à souligner que le marxisme n'est pas un enseignement figé ni un système de dogmes, mais qu'il procède par la « recherche hardie et impartiale de la vérité ». Ce qui les amène à considérer à juste titre la « dogmatisation » du marxisme -- terme par lequel ils entendent sa déformation stalinienne - comme l'aspeet « révisionniste » du marxisme le plus nuisible à l'heure actuelle.

La pensée des Yougoslaves s'efforce de saisir la réalité de manière non simplement critique mais dialectique, c'est-à-dire de la saisir dans ses contradictions en lutte perpétuelle. Une telle approche de la réalité et de la « vérité » est d'autre part inconcevable sans la libre lutte des idées.

En théorie au moins, les Yougoslaves paraissent parfaitement conscients aussi bien des contradictions de l'époque de transition du capitalisme au socialisme que de la nécessité de trouver la « voie au socialisme » à travers la lutte libre des idées: « Il va de soi que les processus (de transition) passent fréquemment par des combats acharnés, des convulsions, des erreurs, des flottements et

INTERNATIONALE des perturbations temporaires ». « L'édification du socialisme ne peut être ramenée à une activité sans conflits, uniforme, des forces dirigeantes de la société socialiste, car elle constitue un processus social organique qui se développe par ses contradictions internes. Dans ce processus la société socialiste refoule non seulement les vestiges des systèmes exploiteurs et de leur idéologie, mais aussi ses propres rapports et formes transitoires et dépassées, ses propres erreurs et son propre conservatisme.»

Les contradictions et les conflits de la période de transition ne peuvent être dénoués administrativement, par l'intervention d'un Etat autoritaire et omnipotent, mais

Le camarade E. Germain, dans l'article qu'il a consacré au programme yougoslave dans le numéro de juillet 1958 de Quatrième Internationale, a mis critiquement en lumière la conception des Yougoslaves sur le capitalisme d'Etat. Je dois y ajouter les remarques suivantes :

Les critiques que les apologistes du Kremlin adressent à la conception des Yougoslaves du « capitalisme d'Etat» sont naturellement inexactes et déforment complètement aussi bien la lettre que l'esprit de leurs écrits. Il est parfaitement faux que le programme des Yougoslaves affirme que le régime capitaliste «a cessé d'être capitaliste » ou oue l'Etat « se nlacergit autaliste » ou que letat « se placerait audessus des classes », « en équilibre entre les classes », .ou qu'une « transformation par voie d'évolution serait possible du capitalisme au socialisme, comme l'écrivent Y. Ostrovitianov et V. Teheprakov dans le numéro d'octobre 1957 de La Nouvelle Revue Internationale. Il y a des phrases entières dans le programme ainsi que dans le rapport final de Kardelj qui contredisent en toute lettre ces affirmations mensongères.

Mais ce qui est vrai, et que le camarade Germain a déjà remarqué, c'est une certaine obscurité qui existe toujours dans le texte entre des affirmations très claires concernant le contrôle de l'Etat capitaliste par les monopoles, et la distinction d'une « bureaucratie capitaliste d'Etat», à laquelle on semble parfois attribuer un rôle autonome. Or, cette « bureaucratie capitaliste d'Etat» est composée de capitalistes, c'est-à-dire d'éléments possédant eux-mêmes une propriété capitaliste, agglomérés avec une majorité d'éléments au service de la bourgeoisie. C'est-à-dire qu'il s'agit plutôt d'une @ bureaucratie d'Etat » capitaliste, à savoir d'une couche qui assume la fonction de l'Etat capitaliste contrôlé par les monopoles et la grande bourgeoisie, que d'une « bureaucratie capitaliste d'Etat » tant soit peu distinete de cette fonction.

La question a son importance pour les raisons suivantes.

La « bureaucratie d'Etat », tout en ayant des caractéristiques communes profondes, recouvre un autre contenu social et une autre fonction dans les cas d'un Etat capitaliste, d'un Etat d'un pays sous-développé, ou d'un Etat ouvrier. Dans le premier cas, il s'agit d'une bureaucratie qui assume la fone-

« graduellement par de longs processus évolutifs et par la lutte des idées, conformément au développement de la base matérielle de la société socialiste et la formation de la conscience sociale socialiste ». (Souligné par nous.)

On peut schématiquement classer les développements théoriques que contient le proquatre grands chapitres qu: Vougoslaves gramme des communistes en concernent:le capitalisme d'Etat, le bureaucratisme d'Etat, la théorie de l'Etat prolétarien de transition, le rôle du parti communiste. Nous insisterons également à la fin sur leurs conceptions en matière de politique étrangère et aussi culturelle. tion de lOtat capitaliste contrôlé par la grande bourgeoisie; dans le deuxième, elle assume en partie le rôle de pépinière pour le développement d'une classe bourgeoise nationale : dans le troisième, la « bureaucratie d'Etat » déforme et entrave le développement socialiste de la nouvelle société, tout en dépendant des bases économiques et sociales de celle-ci.

Dans les deux premiers cas, la « bureaucratie d'Etat» sert

Dans capitalisme.

déforme et bloque le lisme.

Ainsi, quand on au développement du le troisième cas, elle développement du sociaparle de « bureaueratie d'Etat », il est juste de tenir compte de la nature sociale de l'Etat dont il est question. Mais ceci a son importance également par rapport au passage au socialisme.

Si la « bureaucratie capitaliste d'Etat» dans le cas des Etats capitalistes est d'essence profondément capitaliste, et si en même temps la mainmise du capital monopoleur sur elle se renforce, au lieu de diminuer avec l'évolution, comme les Yougoslaves l'admettent dans leur programme, toutes les allusions équivoques sur une participation, une association possible plus grande de la classe ouvrière au pouvoir dans ces pays se trouvent en réalité exclues.

L'extension du « capitalisme d'Dtat » par les « nationalisations » et autres mesures interventionnistes, si elles rapprochent économiquement le socialisme, ne font, étant assumées par un Etat d'essence profondément capitaliste qui, de ce point de vue, se renforce, politiquement, que rendre plus impérieuse la nécessité dans laquelle se trouve PÉrieuse la nécessité dans laquelle se trouve cette machine, non pas de se l'approprier graduellement, mais de la briser et la refaire.

Or, dans le programme yougoslave et dans les explications des dirigeants comme Kardelj, il y a quelques équivoques et contradictions incontestables sur la voie soi-disant «pacifique », « évolutioniste » vers le socialisme. Prenons par l'exemple le chapitre, par ailleurs très intéressant, du programme concernant « le pouvoir populaire, forme de dictature du prolétariat». On y lit: « La consolidation permanente des forces du socialisme à l'échelle mondiale et la croissance de leur influence sur l'évolution sociale

«CAPITALISME D'ETAT » ET PASSAGE AU SOCIALISME

«CAPITALISME D'ETAT » ET PASSAGE AU SOCIALISME générale dans le monde fear apparaître une plus grande profusion à lavenir de formes politiques de la dictature du prolétariat -depuis la dictature révolutionnaire jusqu'au gouvernement parlementaire, ou prédominera l'influence de la classe ouvrière et de ses intérêts sociaun et économiques.

«Il est possible que le développement de la lutte des elasses dans la voie qui conduit à la dictature du prolétariat accroîtra encore Tabondance de formes politiques diverses en y ajoutant différents aspects politiques transiloires de dualité du pouvoir et de compromis spécifiques dans lesquels l'infuence des intérêts de la elasse ouvrière ne cessera de grandir — jusqu'à ce que cette influence devienne dominante avec le temps dans la forme politique qui sera le résultat des conditions concrètes de • la lutte des classes. » (Souligné par nous.)

Un « gouvernement parlementaire où prédomine l'influence de la classe et de ses intérêts » est-elle une forme de « dictature du prolétariat », ou plutôt une forme encore de «dualité du pouvoir » transitoire évoluant vers la « dietature du prolétariat » ?

La question se pose aussi bien parce qu'en pratique on n'a pas encore vu un « gouvernement parlementaire » non exclusivement prolétarien être en fait une forme de « dictature du prolétariat » que parce que, par sa nature même, la dietature du prolétariat, selon le programme lui-même, est «lessence sociale d'un pouvoir et d'un système politique où le rôle dirigeant appartient incontestablement à la classe ouvrière ».

Or, ajoute le programme avec justesse, non testable as la classer avriere, dan cette acception, la simple présence d'un parti ouvrier quelconque au gouvernement, mais de tels rapports de forces de classe et des forces politiques dans un pays qui donnent à la classe ouvrière et à ses forces socialistes dirigeantes la possibilité de modifier les rapports sociaux selon les intérêts sociaux et économiques de la classe ouvrière, et qui les modifient effectivement ».

Par conséquent, la distinction s'impose entre gouvernement transitoire vers la dictature du prolétariat, y compris gouvernement « ouvrier et paysan », et dictature du prolétariat dans laquelle la classe ouvrière domine socialement et politiquement.

Cette forme définitive là, est-elle aecessible par voie « évolutionniste », « graduellement », la classe ouvrière accroissant graduellement son influence sur l'appareil économique et politique de Etat capitaliste, par son rôle accru par exemple dans les « nationalisations » et le «parlement », comme le laisse entendre ici et là le programme :

La clarification qu'apporte sur cette question Kardeli n'est pas non plus, à notre avis, satisfaisante. Wardel dit: « Le programme part de l'idée que la voie pacifique ne constitue en réalité qu'une forme de la Révolution.

« Dans son essence, l'évolution constitue une accumulation quantitative de facteurs dans le développement social, et ees facteurs, après avoir atteint un degré déterminé, exigent inévitablement un saut de la quantité dans une qualité supérieure.

«Ceci est en réalité la substance de la révolution. Dans ce sens, l'évolution et la révolution représentent deux côtés d'un processus unique. Cependant, le saut lui-même peut être effectué par le moyen d'un conflit révolutionnaire violent ou par une série de tels conflits révolutionnaires, mais il peut également s'effectuer par le moyen d'un processus relativement pacifique, au cours duquel la classe ouvrière et les forces socialistes d'avant-garde conquièrent graduellement un rôle dirigeant dans le pouvoir et dans la vie sociale, et effectuent graduellement une transformation socialiste par une série de mesures abolissant l'exploitation, nationalisant les moyens de production, assurant le rôle dirigeant incontestable des intérêts sociaux et économiques de la classe ouvrière dans le développement social dans son ensemble, c'est-à-dire par une série de nature essentiellement récolutionnaire ».

Le saut lui-même peut-il être décomposé en une série de mesures économiques et politiques prises «graduellement» ? Dans cas, ne s'agirait-il pas plutôt d'un prolongement de l'évolution, faisant disparaître la révolution, qui constitue le « saut » ?

La révolution ne consiste pas dans la nature « révolutionnaire » des mesures, des « réformes » appliquées « graduellement » mais dans la prise totale, à un moment donné, du pouvoir politique de la bourgeoisie, qui permet de briser l'aneienne machine de l'Etat, de la refaire, et ainsi seulement, sous le nouveau régime politique de la dictature du prolétariat, avec une nouvelle machine d'Etat, de pouvoir transformer radicalement, économiquement et socialement, l'ancienne société. Que cet acte révolutionnaire puisse se faire de manière «relativement pacifique », cela dépend de la résistance de la bourgeoisie. Mais toute illusion d'une pénétration graduelle et pacifique de la classe ouvrière dans la gestion économique et politique de l'économie et de l'Etat capitalistes ne peut que s'avérer fatale au prolétariat. L'exemple récent de la France est là pour démontrer encore une fois que cette « voie nouvelle au socialisme » est pratiquement exclue pour le prolétariat des pays capitalistes (1).

(1) L'erplication de Kardeli nous semble s'apparenter à celle que Mikoïan a donnée sur la même question lors du 20° Congrès. Khrouchtcher, pour sa part, est entré de plein pied dans ce qu'on peut appeler la « révolution par l'évolution ».

Quant aux partis communistes, ceux-ci ont tout de suite interprété cette conception comme la justification théorique de leur pratique opportuniste de collaboration de classes et de « Front populaire».

Il est par conséquent au moins comique de voir maintenant les théoriciens de La Nouvelle Revue Internationale reprocher aux Yougoslaves leur « révisionnisme évolutionniste» se dresser en défenseurs sévères de la lutte révolutionnaire « pour briser la cieille machine d'Etat capitaliste et pour créer un Etat nouveau socialiste » / (Article de Y. Ostrovitranov et V. Tcheprakor, numéro d'octobre de la Nouvelle Revue Internationale.)

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On ne peut par contre qu'être complètement d'aceord avec les Yougoslaves sur les diverses formes que prendra la « dualité du pouvoir », antichambre de la dietature du prolétariat ,ainsi que cette dernière. On ne peut aussi qu'être parfaitement d'accord. avee eux sur la possibilité qu'une forme de la dictature du prolétariat soit assumée non pas exclusivement par le seul parti marxiste revolutionnaire, mais en alliance avee d'autres partis soviétiques, c'est-à-dire acceptant la légalité constitutionnelle de l'Etat prolétarien.

Et c'est là un nouveau développement progressif important de la pensée des communistes yougoslaves.

« La Ligue des Communistes yougoslaves, écrit le programme, considère comme indéfendable le dogme du monopole absolu du parti communiste dans le pouvoir, en tant que principe universel et « éternel » de la dietature du prolétariat et de l'édification socialiste ».

Cette idée est la conséquence de la conception que ni la révolution ni le socialisme ne sont l'œuvre exclusive de l'avant-garde marxiste révolutionnaire, mais de l'initiative et de l'action de la classe dans son ensemble, démocratiquement organisée.

Les Yougoslaves sont ainsi en train d'abandonner la conception bureaucratique stalinienne qui substitue à la classe le parti (et, en réalité, au parti même sa direction) 2) et d'envisager théoriquement, du moins pour le moment, le systeme a plusieurs partis comme une éventualité de la « démocratie socialiste ».

(2) Les théoriciens de la Nouvelle Revue Internationale nous rappellent l'article de foi n° 1 de tout bon stalinien: « Le Parti communiste est la forme suprême d'organisation de la classe ouvrière, et... la dietature (du prolétariat), ne peut être assurée que par l'avant-garde qui a concentré en elle l'énergie révolutionnaire de cette classe ». (Souligné par nous. Nouvelle Revue Internationale, septembre 1958, article de Glaeserman et B. Oukraintsev.)

« Les communistes se trouvent en présence du problème suivant: un système à parti unique ou un système à plusieurs partis », écrit le programme dans le chapitre qui examine le système politique du pouvoir prolétarien. L'un et l'autre de ces systèmes constitue une réalité transitoire possible à une période déterminée du développement socialiste de divers pays. Le probleme qui se pose devant eux, c'est aussi celui de savoir quelles nouvelles formes de démocratie doivent être apportées par le développement socialiste, quelles nouvelles formes sont exigées par les rapports sociaux qui se fondent sur la propriété sociale des moyens de production. C'est en présence de ces problèmes que se trouvent les communistes, soit qu'il s'agit d'un système à plusieurs partis, ou d'un système à parti unique, en tant que formes initiales de la démocratie socialiste, et à cet égard on ne doit pas oublier le fait que, loin de les exclure, la démocratie socialiste présuppose la diversité et la différence des formes concrètes du démocratisme dans les divers pays, aux diverses phases du développement du socialisme». (Souligné par nous.)

Cette très importante idée est complétée par l'affirmation que « la démocratie socialiste ne signifie pas suppression des organisations politiques en général » qui sont au contraire indispensables entre autre en tant que « forme de la lutte d'idées qui reflète les contradictions sociales objectives ».

C'est une autre question de savoir si l'application de ces idées dans le cas yougoslave se résume toujours à l'existence des organismes de la « démocratie directe » et des organisations politiques de la Ligue des Communistes et de l'Alliance Socialiste du Peuple Travailleur, sans que le droit à la création d'autres partis politiques agissant dans le cadre constitutionnel yougoslave existe encore.

Nous reparlerons de ces questions quand nous examinerons la théorie de l'Etat prolétarien chez les Yougoslaves.

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