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La revue › 16e année, n° 4

La situation internationale vue de Belgrade et vue du Kremlin

E. Germain · Quatrième Internationale, 16e année, n° 4 · octobre-novembre 1958 · p. 43-50 · 6 325 mots

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L'analyse de la situation internationale, de son évolution depuis la deuxième guerre mondiale et des voies vers la réalisalion du socialisme international, contenue dans le Programme de la Ligue des Communistes de Yougoslavie, a fait l'objet d'une violente critique de la part des néostaliniens. Cette partie du nouveau programme communiste yougoslave concerne

DE LA SITUATION

Le programme yougoslave enregistre correctement les deux caracteristiques fondamentales de la situation mondiale depuis 1945, ou plus exactement depuis 1949 :

1) Les rapports de force globaux entre les forces capitalistes et les forces anticapitalistes, à l'échelle mondiale, se sont modifiés de façon décisive aux dépens de ceux-là et au profit de ceux-ci.

2) La contradiction fondamentale dans le monde d'aujourd'hui n'est plus celle entre différentes puissances impérialistes ; c'est celle entre les Etats bourgeois et les forces anti-capitalistes prises dans leur ensemble.

C'est notre mouvement qui a, le premier, analysé cette modification de la situation mondiale dès 1950, après la victoire de la révolution chinoise. Les théoriciens officiels du Kremlin ont eu besoin ment colossa pour oublions pas chu 1e Congrès du P.C. de T'U.S, Staline affirmait encore que les contradictions intercapitalistes seraient plus fortes que les contradictions entre les forces capitalistes et les forces anticapitalistes, au point de prédire... une nouvelle guerre impérialiste ! Aujourd'hui, ces predictions paraissent passablement ridicules.

Le document signé par les 12 partis communistes et ouvriers à Moscou, réunis à l'occasion du 40° anniversaire de la Révolution d'Octobre, a finalement repris de façon « officielle » cette idée, qui avait déjà été exprimée, fut-ce de façon confuse, par le 20° Congrès du P.C. de l'URSS. Le programme des communistes yougoslaves l'exprime également, puisqu'il affirme:

« Le champ d'action de l'impérialisme

(1) Voir l'étude d'une autre partie de ce programme dans « Quatrième Internationale », juillet 1958.

également les questions pour lesquelles nous avions, dans le passé, critiqué le plus durement les conceptions du PCY du point de vue du marxisme révolutionnaire. Il est donc nécessaire de consacrer une étude à part aux premiers chapitres du programme communiste yougoslave qui traitent plus particulièrement des problemes internationaux (1). INTERNATIONALE dans le monde s'est considérablement réduit, alors que les forces démocratiques, socialistes et pacifiques, ne cessent de croître »(p. 30).

Le programme souligne d'ailleurs de taçon plus precise que s'est produite une « modification du rapport des forces sociales et politiques mondiales... les torces du socialisme se sont considérablement accrues... » (7-31) (2). Le programme des communistes yougoslaves ne manque pas non plus de souligner que « la contradiction existant entre le système capitaliste et le système socialiste continue de demeurer la principale contradiction de la vie internationale actuelle ».

noral de p.c. eninois) afrme dans son Lorsque le « Jen Min Ji Bao » (organe n° du 5 mai 1958 que le programme yougoslave « efface la différence fondamentale entre les deux systemes, le systeme capitaliste et le systeme socialiste », proclame donc une contre-vérité manifeste.

Plus mensongère encore est l'affirmation de divers théoriciens staliniens selon laquelle les communistes yougoslaves effaceraient la responsabilité de l'impé américaines dans te danger de guerre qui et avant tout l'impérialisme menate, Antonin Note di set ds per mis une falsification particulièrement grossière, lorsqu'il écrit :

« Sont responsables devant l'humanité et devant l'histoire,. ceux qui s'oppo sent (. à la dénonciation du caractere anti-populaire de l'impérialisme américain

(2) Toutes les citations du Programme de la Ligue des Communistes de Yougoslavie proviennent du texte publié par « Les Nouvelles Yougoslaves », n° 222, 10 juillet 1958.

LES TRAITS FONDAMENTAUX

LES TRAITS FONDAMENTAUX devant l'humanité pacifique. C'est le rôle que joueni les opportunistes et les révi sionnistes dans le mouvement ouvrier, et en premier neu les dirigeants de la Ligue des Communistes de Yougoslavie, qui af. firment que la tension internationale proviendrait de la politique des « positions de force » pratiquée, d'après eux, par l'Union soviétique aussi bien que par les impérialistes. Bien que les représentants de la Ligue aient signé le Manifeste de la paix, qui indique clairement qui sont les véritables responsables de la tension internationale, de la « guerre froide », ils ont aujourd'hui renoncé, dans leur programme, à ces idées du Manifeste, qui démasquait les fauteurs de guerre. Ce faisant, ils ne se sont pas seulement écartés de l'enseignement marxiste-léniniste sur la paix et la guerre ; ils se sont donnés la tâche d'embeilir (!) l'impérialisme américain, de le presenter sous un jour meilleur, en rejetant la internationale sur celit qui ny soit pour responsabilité de rien ». (« La Nouvelle Revue Internationale », n° 1, septembre 1958, p. 14.)

Il s'agit là de calomnies de la tradition stalinienne la plus pure, puisque nous lisons dans le Programme des Communistes yougoslaves

« Les milieux les plus réactionnaires du capitalisme et de l'impérialisme n'ont pas encore renoncé à leurs plans prévoyant l'organisation d'une agression contre communisme et les pays socialistes... La lutte de l'impérialisme pour l'hégémonie continue à faire courir un grave danger au monde contemporain... L'aspiration de plusieurs pays capitalistes « dirigeants » à l'expansion économique et à l'accroissement de leurs propres richesses au moyen de la domination économique et politique mondiale, et de la subordination de vastes régions du monde, ne s'est pas affaiblie. Sur les ruines de l'ancien colonialisme naissent les formes nouvelles du « néocolonialisme ». (p. 30.)

Et au cours du Congrès de Liubliana, Tito a déclaré de façon encore plus nette:

« La conclusion du pacte atlantique signifie la constitution d'un bloc militaire, qui devait conduire à la réalisation des plans de domination mondiale, et qui voulait atteindre son but partant d'une « position de force »... Au cours des dernières années, les Etats membres de l'OTAN ont pris de plus en plus activement diverses mesures dans le sens de leur renforcement stratégique, technique et militaire. On est en train de construire à un rythme accéléré des bases militaires en Europe, Asie et Afrique ; des rampes de lancement de fusées sont établies en grand nombre, et dans certains pays comme la Grande-Bretagne des avions chargés de bombes atomiques et de bombes à hydrogène croisent constamment dans le ciel. De cette façon, l'Union soviétique et les autres pays de l'Est sont encerclés du point de vue de la stratégie militaire ».

(« Les Nouvelles Yougoslaves » n° 221, 9 mai 1958, pp. 2-3.)

Dans le même discours, Tito souligne d'ailleurs le rôle dirigeant de l'impérialisme américain dans ces plans agressifs de domination mondiale, et la nature fondamentale défensive du pacte de Varsovie.

Mais si les attaques néo-staliniennes contre la Ligue des Communistes de Yougoslavie sont calomniatrices à ce sujet, est-ce à dire qu'il n'y ait pas de véritables divergences entre Moscou et Belgrade par rapport à l'analyse de la situation internationale depuis la 2° guerre mondiale ? Ces divergences réelles existent, et рогtent essentiellement sur trois points (abstraction faite du problème de la lutte pour la paix, sur lequel nous reviendrons plus loin).

Pour le Kremlin, le « camp socialiste » s'identifie à un groupe d'Etats ouvriers et seulement à ce groupe d'Etats. A la conception marxiste d'une lutte de classe universelle — dont la lutte entre Etats bourgeois et Etats ouvriers fait naturellement partie —, la bureaucratie soviétique substitue la conception d'une contradiction entre deux camps, deux zones géographiques. Le programme yougoslave siste à juste titre sur la notion que les « forces . socialistes » qui s'opposent aujourd'hui dans le monde aux « forces capitalistes » n'englobent pas seulement les Etats ouvriers, mais encore le mouvement ouvrier des pays capitalistes et les forces populaires de la révolution coloniale.

Il est vrai que le Projet de Programme yougoslave allait trop loin dans le opposé ; à la notion de forces socialistes sens plus ou moins conscientes était assimilée la notion de « forces travaillant objectivement dans le sens du socialisme », y compris... toutes les « pressions objectives » que dégagent les forces productives pour supprimer la propriété privée au profit de la classe bourgeoise et dans le cadre de la société capitaliste. Cette idée d'origine réformiste (les trusts sont des éléments préparant objectivement l'économie socialiste, ne nous opposons donc pas à leur formation et ne les combattons pas non plus politiquement), qui passe sous silence le renforcement politique de la besoins bourgeoisie par ces de la technique, peut aboutir à « adadtations » aux une véritable capitulation devant l'Etat bourgeois. Mais il faut noter que les communistes yougoslaves semblent avoir compris le danger de ces idées chères à Diilas et qu'ils les ont, en gros, éliminées du texte définitif de leur programme.

Pour le Kremlin, la division du monde en deux blocs, en deux camps d'Etat, implique la notion d'une « force dirigeante », non pas seulement au sens idéolo gique du terme, mais dans les sens strictement politique, économique et militaire. « Le camp socialiste sous la direction de la grande Union soviétique » - voilà la formule consacrée, admise par tous les néo-staliniens. Le péché mortel de la Lides Communistes de Yougoslavie, c'est de ne pas avoir accepté cette prétention, et de la définir même comme une tendance à l'hégémonie.

Enfin - et c'est le plus grave ! — les communistes yougoslaves, tout en justifiant la conclusion du Pacte de Varsovie par des raison défensives, et tout en soulignant le caractère historiquement et so cialement différent du bloc oriental par rapport au bloc occidental, reprochent aux dirigeants de la bureaucratie soviétique d'avoir, eux aussi, au lendemain de la pos arment une part, dand toi une partir de « positions de forprogramme que « l'essence sociale, économique et politique des blocs existants, ainsi que leur rôle sont différents. La Ligue des Communistes de Yougoslavie estime que le Pacte de Varsovie et les mesures du même ordre prises par les pays socialistes sont une réaction défensive naturelle à la création du Pacte Atlantique, et plus particulièrement au réarmement de l'Allemagne et à la formation d'organisations militaires de bloc en Europe occidentale. » (p. 31.)

Mais ils ajoutent d'autre part :

« Les conséquences négatives de la politique pratiquée à partir des positions de force se sont fait sentir sur le développement général dans le monde au lendemain de la deuxième guerre mondiale, et ont continué à s'accumuler jusqu'à nos jours, ce qui a provoqué une aggravation des relations internationales. Cette politique accroit la méfiance, alimente divers éléments bellicistes, accélère le réarmement... » (pp. 30-31.)

Cette remarque est juste et n'est en rien contradictoire avec l'analyse de la nature sociale diftérente des deux «blocs L'U.R.S.S. est un Etat ouvrier ; mais, malheureusement, c'est un Etat ouvrier dans lequel une bureaucratie privilégiée et passablement conservatrice a conquis le pouvoir politique. La politique étrangère de l'U.R.S.S. n'est pas seulement déterminée par la nature sociale de l'Etat ; elle l'est aussi par les interets particuliers de la couche sociale qui dirige cet Etat. Faire abstraction de ce « detail », comme l'exigent les néostaliniens, c'est tomber

LA LUTTE CONTRE LE

Cela ne signifie pas que les formules yougoslaves concernant les " deux blocs » puissent être acceptées sans réserves. La contradiction principale dans la thèse yougoslave, c'est de considérer à la fois ces deux camps comme étant de nature sociale, objective, différente, et d'alfirmer par allleurs que leur formation résulterait d'erreurs politiques, c'est-à-dire de conditions essentiellement subjectives.

Cette contradiction se manifeste avant tout dans l'analyse que font les communistes yougoslaves du danger de guerre et des moyens de le combattre.

La IV* International défendit dès 1950 la thèse selon laquelle le danger de guerre résulte de la coïncidence de deux tendances contradictoires : le changement des rapports de force aux dépens de l'impérialisme, par l'extension de la révolution coloniale et le renforcement économique des Etats ouvriers d'une part ; le maintien d'une puissance très grande de limpérialisme américain de l'autre. Aussi longtemps que ces deux tendances « co existent », le danger de guerre reste perdans le subjectivisme et la mystification propre aux théories de Staline lui-même. Une décision du gouvernement sovietique n'est pas a priori bonne, progressive et socialiste ¡ elle doit etre jugée dans le contexte réel, national et international, d'après les conséquences objectives qu'elle entraîne. Si ces conséquences sont néfastes pour la lutte de classe prolétarienne, et même néfastes le fait exprimer ces vertes pour • la défense 1U.R.S.S., amères n'est ni une « trahison du camp socialiste » ni une « révision du marxisme », mais au contraire une manitestation indispensable de la conscience de classe prolétarienne.

Ainsi, 1l est incontestable que le blocus de Berlin, le « coup de Prague » (c'est-àdire la conquête du pouvoir en Tchécoslovaquie par des moyens bureaucratico-militaires et non par une mobilisation révolutionnaire des masses) et la répression sanglante de la révolution hongroise ont entraîné les conséquences les plus néfastes pour la lutte mondiale pour le socialisme, y compris pour la défense I'U.R.S.S. Le blocus de Berlin a détruit le P.C. d'Allemagne occidentale qui n'était plus qu'un fantôme lorsqu'Adenauer l'a condamné à la clandestinité. Le coup de Prague a entraîné la défaite électorale du P.C. italien aux élections d'avril 1948. hongroise, elle est une des causes déter- Quant répression de la Révolution minantes de la faiblesse du P.C.F., une des raisons majeures qui ont facilité l'arrivée au pouvoir de de Gaulle: Sans ces trois événements — pour ne prendre que trois ! - la conclusion du Pacte atlantique aurait été infiniment plus difficile, et le réarmement de l'Allemagne occidentale puis son réarmement nucléaire déjà fort compliqué malgré ces méfaits

Kremlin, aurait vraisemblablement échoué sur la résistance des travailleurs allemands et européens. DANGER DE GUERRE manent et la « coexistence pacifique » une illusion dangereuse. Aussi longtemps que l'impérialisme conserve son bastion essentiel, immensément riche et puissant, aux Etats-Unis, il est en effet illusoire de croire qu'il assistera passivement à l'affaiblissement global du camp capitaliste. Ce degré de passivité, il ne peut l'atteindre qu'après avoir subi une défaite tellement écrasante qu'il quitterait la scène historique sans nouveau combat. Affirmer que l'impérialisme américain aurait déjà atteint un tel degré de faiblesse, c'est créer des illusions criminelles au sein des masses laborieuses, c'est désarmer le prolétariat international dans sa lutte contre le danger de guerre.

Ces illusions ne sont d'ailleurs pas seulement répandues par Belgrade ; Moscou et Pékin s'en donnent, à ce propos également, à cœur-joie. La « Pravda » du 2 juin 1958 a repris de l'organe central du P.C. chinois un article dans lequel nous trouvons le passage suivant, absolument irresponsable :

« Comparé à la Chine puissante et au camp socialiste, dirigé par la grande Union soviétique, les Etats-Unis (), Grande-Bretagne et tout le camp impérialiste dans son ensemble, ne sont qu'une masse de nains (!) ».

Hier, sous Staline, la bureaucratie soviétique surestimait la puissance impérialiste ; aujourd'hui, sous Khrouchtchev, elle la sousestime. Les deux attitudes sont tout aussi néfastes l'une que l'autre, du point de vue des intérêts du prolétariat international et de ceux de I'U.R.S.S., sans parler de ceux de la paix. Les bévues des communistes vougoslaves en cette matière ne sont que l'imitation des erreurs commises plus à l'est.

Le programme de la Ligue des Communistes de Yougoslavie affirme en effet que la possibilité d'éviter une nouvelle guerre mondiale « se fonde sur la modification des тарports des forces sociales et politiques mondiales, ainsi que sur l'éveil et la mobilisation politique de centaines de millions de travailleurs du monde entier ». (p. 31.)

Il est incontestable que le renforcement des Etats ouvriers et que la puissance de la révolution coloniale ont été en état de faire échouer des tentatives d'intervention impérialiste qui auraient pu dégénérer en guerre mondiale, notamment conflits de Corée, d'Indochine, de Suez et récemment lors de la révolution en Irak. Si ['U.R.S.S. ne disposait pas d'armes nucléaires, la guerre aurait sans doute été inévitable à ces diverses occasions-là.

Mais si l'impérialisme s'est en définitive chaque fois contenté d'aller « jusqu'au bord de l'abime » sans s'y jeter à corps perdu, ce n'était pas seuiement parce que la résistance qu'il rencontrait était plus forte que prévue. C'était aussi parce qu'il disposait encore d'une certaine marge manœuvre qui lui permettait de « digéтет » ces recuis successifs sans être immédiatement menacé dans son erictanco L'alliance avec certaines fractions de la bourgeoisie coloniale : le boom des années 1954-56 : la stabilisation momentanée

Uses positions en Europe occidentale l'affaiblissement considérable mouvement d'opposition aux Etats-Unis même - tous ces facteurs lui permirent d'envisager l'avenir immédiat avec une certaine confiance. ment simumane de a ree dution conia- à moins de croire à un effondrele, du mouvement ouvrier en Europe occidentale et de la puissance économique des Etats ouvriers, la tendance prédominante de l'évolution de notre époque est la réduction de cette marge de manœuvre et non pas son élargissement. Dans ces conditions. chaque nouvelle crise internationale, sociale ou économique, rapprochera le moment d'un choix décisif pour la bourgeoise aménicaine : ou bien selan cer dans une dernière bataille désespérée pour essayer de sauver son régime, Ou bien disparaître de la scène historique sans se défendre.

Si on comprend ce trait prédominant de la situation internationale actuelle, on comprend que l'existence de deux blocs militaires ne résulte pas d'erreurs ou de mauvaises décisions politiques de tel ou el dirigeant, mais d'une contradiction sociale insurmontable dans le monde d'aujourd hui. On comprend aussi que toutes les belles phrases sur la « résistance » des masses laborieuses et des « forces socialistes » aux dangers de guerre sont vaines si elles n'aboutissent pas à la conclusion suivante : c'est seulement en désarmant l'impérialisme, en lui arrachant le pouvoir dans ses derniers bastions, qu'on peut définitivement sauver la paix, qu'on peut définitivement éviter • la troisième guerre mondiale.

Or, les illusions des camarades yougosdangereuses, qu'ils englobent parm. plus sont d'autant plus grandes et forces qui peuvent éviter l'éclatement de la guerre non seulement « les centaines de millions de travailleurs du monde entier », mais encore

« une série de nouveaux Etats qui aspirent à la paix et représentent des forces positives dans les relations internationales actuelles... (et)... le rôle et l'autorité de l'Organisation des Nations Unies dans le règlement des litiges internationaux et dans la sauvegarde de la paix. En dépit de toutes ses insuffisances actuelles, qui proviennent de l'influence exercée par les contradictions internationales existantes, cette organisation pourrait devenir le facteur actif d'un mécanisme démocratique qui servirait non seulement à lutter contre la guerre, mais aussi à stimuler et à promouvoir la collaboration entre les peuples ainsi que leur rapprochement, c'est-à-dire l'intégration de plus en plus étroite de la communauté humaine ».

positions sont inacceptables point de vue du marxisme révolutionnaire.

Certes, il serait profondément erroné d'opposer à ces affirmations de la Ligue des Communistes de Yougoslavie quelques banalités sur la Société des Nations, appelée « association de brigands » par Lénine. Cette Société était en effet le rassemblement des puissances impérialistes et de leurs satellites. Mais depuis 40 ans, le monde a - heureusement! - changé. Aux Nations Unies siègent non seulement ces brigands qui méritent encore toujours l'épithète que leur accorda Lénine, mais encore les anciennes victimes de ces brigands, entre temps émancipées, et une douzaine d'Etats ouvriers. Ce serait nier l'évidence que d'affirmer que toutes les institutions internationales sont aujourd'hui des agences impérialistes pures et simples. Dans la mesure où le capitalisme est terriblement affaibli à l'échelle mondiale, certaines de ces institutions peuvent quelque peu jouer, dans res, un rôle « bonapartiste » d'équilibre entre les deux blocs. Elles peuvent, dans ce sens, rendre objectivement des services à l'humanité d'un point de vue technique: nous pensons notamment à l'Organisation Mondiale de la Santé, au Fonds des Nations Unies pour l'Enfance et même en partie à l'UNESCO. Même dans ces cas limites, l'activité globale de ces organismes reste fort contradicole de ces ne pas dire

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Q plus, et les services pratiques et propagandistes rendus à l'impérialisme sont multiples.

Mais dès qu'on quitte ces domaines périphériques de l'activité des organismes internationaux pour progresser vers centre de preoccupations politiques, écono niques et militaires, les Nations Unies et leurs divers satellites ne sont que le reflet fidèle du monde réel, divisé entre classes hostiles. Les deux camps s'y font face ; de leur lutte résulte non pas une « synthèse » mais une rupture ou une paralysie générale. Toute l'histoire des Nations Unies le confirme. Croire que la « bonne volonté » suffirait pour changer cet état de choses, c'est quitter le terrain du marxisme pour s'enfoncer dans les sables mouvants du libéralisme petit bourgeois.

Il en va de même en ce qui concerne la bourgeoisie coloniale. Les nouveaux Etats nés de lémancipation purement politique des anciennes colonies ont certes acquis, par rapport à limperialisme, u legré d'indépendance supérieur celui des colonies ; c'est en cela précisément c'est pour ainsi dire une tautologie. Ces que réside leur émancipation politique peuvent même, occasionnellement, entrer en alliance avec la bureaucratie soviétique, ou même avec la révolution coloniale tout court. Leur bourgeoisie. faible et talonnée par des difficultés intéreures insurmontables, a tout intérêt à éviter une conflagration internationale dont elle serait la première victime, étant aujourd'hui le chaînon le plus faible de la chaîne capitaliste.

Tout cela permet sans aucun doute des manœuvres utiles et nécessaires sur l'échiquier international. Personne ne conteste le droit d'un Etat ouvrier à épuiser toutes ces possibilités de manœuvre. Mais personne n'a le droit d'oublier au cours de ces manœuvres la nature de classe de ces Etats, du moins s'il ne désire pas se tromper lui-même. Et reconnaître clairement la nature bourgeoise de ces Etats, c'est comprendre que leurs dirigeants actuels se retrouveront dans le camp de l'impérialisme et de la réaction à phase ultérieure de la lutte de classe internationale, du règlement de compte final, et surtout de la révolution coloniale elle-même, dans la mesure où celle-ci se rapproche de leurs propres pays ou commence à les entraîner dans son sillage.

Or, non seulement les communistes yougoslaves semblent ne plus se rappeler ces vérités fondamentales (ou les cachent dopportunite diplomates deliant les dans leur programme pour des raisons leçons de Lénine à ce propos, et succombant à la même tentation du pragmatisme théorique qu'ils critiquent avec tant de force et de justesse chez les dirigeants justesse chez les dirigeants de lent mame nievement le contrepied. de la bureaucratie Tito n'a pas hésité à affirmer au Congrès de Liubliana :

« Nous avons pu nous convaincre qu'avec les personnalités dirigeantes (!) de ces pays (indépendants des deux blocs E.G.), nous avons des conceptions identiques au sujet de toutes (!) les questions internationales importantes, surtout de la question de la coexistence pacifique et de la solution pacifique de divers problèmes. » (« Les Nouvelles Yougoslaves », n° 221, p. 4.)

Quand on sait que la formule concernant ces pays « indépendants des deux blocs » ne vise pas seulement la Birmanie, l'Inde, l'Indonésie et l'Egypte, avec leurs gouvernements bourgeois, mais même l'Ethiopie, on dira pour le moins qu'il s'agit d'une constatation sans principes. Le chef d'un Etat ouvrier peut-il avoir sur toutes (!) les questions internationales importantes la même opinion . qu'un Empereur semi-féodal et semi-esclavagiste ?

Néanmoins, la critique néo-stalinienne de ces thèses yougoslaves reste très faible, même quand elle vise les parties manifestement erronées de ces thèses. C'est que MM. « B. et K. », lors de leur voyage en Inde, ont, eux aussi, affirmé à maintes reprises qu'ils étaient d'accord sur « toutes les questions internationales » avec Nehru. C'est que le 20ª Congrès du P.C. soviétique a formulé au sujet de la coexistence pacifique des thèses identiques aux thèses . yougoslaves. Et dans la mesure où, depuis lors, et surtout semble-t-il sous l'influence de Mao, Tanalyse de la situation internationale par les P.C. s'écarte quelque peu de celle du 20° Congrès, elle ne progresse nullement dans la voie du marxisme révolutionnaire. Comme toujours, les néo-staliniens n'abandonnent l'opportunisme que pour se lancer dans un sectarisme effréné et irresponsa reliquats opportunistes de la souvent d'ailleurs combiné avec des phase précédente.

Ainsi, dans son article « Aspects nouveaux de la lutte pour la paix et le socialisme » publié dans le n° 1 de « La Nouvelle Revue Internationale » qui remplace l'organe du Kominform, Antonin Novotny, secrétaire général du P.C. tchè que, répète toutes les erreurs opportunistes de l'analyse des camarades yougoslaves qu'il calomnie pourtant en termes si véhéments. Il classe, lui aussi, parmi les « facteurs de paix les plus importants », « les Etats pacifiques d'Asie et d'Afrique, qui ont adopté une attitude anti-impérialiste » (p. 19), sans donner la nature de classe de ces Etats et sans préciser quelle sera l'attitude de leur classe dominante en cas de guerre mondiale. Il affirme, lui aussi, que

« le camp socialiste exerce une influence décisive (!) sur toute (!) la politique mondiale (et que) c'est là la raison principale pour laquelle les guerres ont cessé d'être inévitables et grâce à laquelle on peut empêcher qu'éclate une nouvelle guerre ». (p. 9.)

Il affirme, lui aussi :

« La lutte pour le socialisme a un caractère anticapitaliste, la lutte pour la paix est simplement (!) un mouvement démocratique. Il serait donc erroné de ramener la première à la seconde et d'identifier ces deux problèmes. » (p. 10.)

En d'autres termes : il affirme, lui aussi, que sans renverser le pouvoir des ca-

INTERNATIONALE pitalistes britanniques et américains il strast possible de sauver la paix la plus serait possible que la classe capitaliste anglo-saxonne, riche et la plus puissante des classes dominantes qui ait jamais existé sur cette terre, quitterait la scène historique sans se défendre par les armes. Il est vrai qu'il « adoucit » cette dangereuse illusion par la remarque : . « Il reste qu'il ne faut pas sousestimer les forces et la nature criminelle de l'impérialisme. La paix ne viendra pas toute seule : il faut se battre avec persévérance pour la gagner. » (p. 25.) Mais si vous vous attendez a retrouver ici un rappel des liens entre la lutte de classe et la lutte pour la paix, détrompezvous vite ! Les objets de ce combat « perseverant », ce n est pas le pouvoir, Etat, le richesses accumulées de limpérialism américain ; non, c'est « la propagande impérialiste » et... le révisionnisme ! Il est naturellement plus réconfortant de savoir que nous serons sauvés de l'holocaute nucléaire en éliminant Hearst et Tito, que si l'on nous dit qu'il faut d'abord exproprier les monopoles américains. Mais est-ce vraiment plus réaliste ?

A ce charabia opportuniste s'ajoute par ailleurs une nouvelle thèse d'un sectarisme irresponsable qui dépasse la mesure. Faisant écho à une remarque de Khrouchtchev que celui-ci avait pourtant modifiée par la suite, Novotny écrit tranquillement au sujet d'une guerre mondiale nucléaire : « Une telle guerre ferait done périr des dizaines, voire (!) des centaines de millions d'hommes, et détruirait des richesses matérielles et culturelles innombrables. Elle ne pourrait sans doute (?) anéantir la société humaine, la culture humaine, pas plus qu'aucune force ne peut faire faire marche arrière à l'évolution naturelle (!) de la société humaine vers le communisme. Mais une guerre atomique amènerait l'humanité à la conclusion qu'il est indispensable de balayer de la surface de la terre le régime capitaliste et les gouvernements impérialistes criminels. » (p. 13.) Il est difficile de rassembler plus d'inepties et de formules « révisionnistes » du marxisme dans trois phrases qu'on en trouve dans ce passage étonnant. Qui donc est le maître de Novotny ? Herbert Spencer ? Darwin ? Otto Bauer ? Certaine'ment pas Marx et Lénine, qui n'ont jamais considéré que le communisme serait le résultat inévitable d'une « évolution naturelle », mais qu'il ne pourrait résulter que d'une lutte victorieuse et consciente

Le programme des communistes yougoslaves traite largement des problèmes de l'indépendance nationale et des relations entre nations sur un pied d'égalité. Si, dans le passé et même en partie dans le Projet de programme, il y eut incontestablement des traces de nationalisme dans la doctrine des communistes yougoslaves, du prolétariat, guidé par son avant-garde. Marx n'a-t-il pas affirmé que « l'évolution naturelle » conduit du capitalisme vers un carrefour, d'où l'humanité pénétrerait soit dans le socialisme soit dans la barbarie ? Et la menace nucléaire qui est suspendue sur la tête des hommes sas une signification traine on telle donne-t-elle le à cette formule de « barbarie » ? Comment donc Novotny sait-il qu'une guerre nucléaire mondiale ne pourrait « sans doute » pas anéantir la culture humaine ? Est-ce le résultat d'une spéculation métaphysique ou le produit d'ún examen scientifique expérimental du problème ? Qui sont donc les physiciens et les biologues qui formulent cette thèse avec une conviction si facile et si apaisante ? Nous ne connaissons, quant à nous, que les innombrables témoignages, d'Einstein à Linus Pauling, qui affirment soit que les savants ignorent, avec angoisse, les résultats d'une contamination générale de l'atmosphère et du globe, soit que toute vie humaine pourrait effectivement être supprimée sur la majeure partie du globe par suite d'une guerre nucléaire universelle. Le Mouvement Mondial pour la Paix s'est constamment appuyé sur ces témoignages Novotny veut-il le frapper dans le dos niste stee doneau se ce société sur les Qu'est-ce donc que cette société commuruines des richesses accumulées par mille generations civilisees, et sur les cadavres de centaines de millions de morts ? Novotny aurait-li une théorie toute prete sur les rapports de production qu seraient conformes à cette chute catastrophique du niveau de développement des forces productives ? Mais la partie vraiment incroyable de ce passage, c'est sa phrase finale. Novotny, pour nous remplir d'aise et d'optimis. me, nous assure qu'après quelques centaines de millions de morts, l'humanité aura enfin compris qu'il est indispensable « de balayer le régime capitaliste de la surface de la terre ». La méthode qui permet aux masses de faire leur propre expérience nous est particulièrement chère ; c'est la méthode de notre Programme de Transition. Mais nous préférons sincèrement ne pas pouvoir l'appliquer dans ce cas. Ne serait-ce pas préférable, pour une fois, de se montrer impatient et de « sauter par dessus l'étape » que nous décrit Novotny, en appelant les masses à balayer le régime capitaliste avant que celt-ci ne déclenche la guerre nucléaire, afin d'économiser les « centaines de millions de morts » et les « innombrables richesses matérielles et culturelles » ? O sainte simplicité... il faut reconnaître que ces traces ont été largement éliminées du texte définitif du programme. Celui-ci non seulement inclut parmi les caractéristiques de l'internationalisme prolétarien

« un soutien à cette même lutte (pour le socialisme) dans tous les autres pays, c'est-à-dire la solidarité avec le mouve-

INDEPENDANCE NATIONALE ET ECONOMIE MONDIALE

INDEPENDANCE NATIONALE ET ECONOMIE MONDIALE ment ouvrier et les forces socialistes du monde entier dans leur lutte pour faire aboutir les revendications économiques et politiques quotidiennes, pour la paix et le socialisme. » (p. 30.)

Il souligne encore la signification dialectique, contradictoire, de la lutte pour l'indépendance nationale, à une époque où l'intégration économique et sociale de tous les pays du globe avance à pas de géant:

« Lorsqu'ils parlent d'indépendance politique et économique, les communistes yougoslaves sousentendent une position des peuples ou des Etats, et des relations internationales telles qu'elles permettent a chacun de contracter de son plein gré et d'égal à égal les obligations internationales qui répondent à ses propres intérêts et à ceux des autres peuples... Dans la situation actuelle, la lutte pour l'indépendance politique et économique des peuples ne signifie pas, par conséquent, qu'il faut s'enfermer dans les frontières nationales; elle implique, au contraire, la création de liens, le rapprochement et, en dernière analyse, la fusion des peuples en une communauté mondiale unique sur la base d'une égalité complète. » (p. 31.)

Les accusations du « Kommounist » (n° 6, 1958) et du « Jen Min Ji Bao » (5 mai 1958), selon lesquelles les positions yougoslaves traduiraient une tendance au « nationalisme bourgeois réactionnaire » et même au « chauvinisme » (!) sont donc absolument calomniatrices. En fait, si ces messieurs avaient un tel désir d'exorciser le démon du nationalisme, ils devraient soumettre les camarades Thorez, Duclos et Fajon à un interrogatoire serré en la matiere ; chez ceux-la au moins, leur zele s appliquerait à de réels péchés ! réali que les costaliniste reprochent en Ce que les néostaliniens reprochent en communistes yougoslaves, c'est de rappeler - en termes d'ailleurs par trop modérés ! - les procédés d'hégémonie et d'exploitation économique appliqués jadis par la bureaucratie soviétique à ses satellites en Europe et en Asie, et dont toutes les traces n'ont pas encore été éliminées. Khrouchtchev écume quand il évoque ces affirmations yougoslaves :

« Les dirigeants yougoslaves affirment que l'Union soviétique, que le Parti communiste de I'U.R.S.S. avancerait prétendûment des prétentions à un rôle spécial, à l'hégémonie, et qu'il désire commander, et que les Yougoslaves, eux, ne sont pas d'accord avec ces pratiques. De telles déclarations sont entièrement mensongères (!). Il serait compréhensible que les pronagandistes du camp impérialiste (!) l'affirment. Mais si des gens qui s'appellent communistes parlent ainsi, alors se pose la question : comment ont-ils pu glisser vers une calomnie (!) si infame (!) ? »

(Discours prononcé au 5* Congrès du SED à Berlin : «Neues Deutschland », 12 juillet 1958.)

Et Antonin Novotny renchérit dans le n° 1 de « La Nouvelle Revue Internationale » :

« Les rapports entre pays socialistes sont ainsi caractérisés par le fait que les pays les plus développés au point de vue économique aident fraternellement les autres Etats socialistes à développer plus rapidement leurs forces productives. Ils permettent du coup une élévation rapide du

Get culturel des travailleurs des pays qui, par suite de conditions historiques particulières, de l'inégalité du développement économique du capitalisme, et du pillage et de l'exploitation pratiqués par les Etats impérialistes, connaissent encore un certain retard économique et technique. Cette entr'aide fraternelle des pays du socialisme est une manifestation de l'internationalisme prolétarien. Un rôle particulièrement important revient dans ce domaine à l'Union soviétique, qui a toujours aidé et aide de façon désintéressée tous les pays du camp socialiste. » (p. 17.)

L'accent est mis sur le passé (« qui a toujours aide »), puisque les critiques vougoslaves visent avant tout le passe recent - et les possibilités théoriques indéniables que ce phénomène se répète à l'avenir. Et si l'article précité de la revue « Kommounist » affirme qu'il est « incroyable » de prétendre qu'un pays « socialiste » puisse opprimer ou exploiter un autre pays « socialiste », nous pourrions lui rappeler une déclaration officielle du gouvernement soviétique du 30 octobre 1956 qui affirme qu'

«il y eut de nombreuses difficultés, des tâches non accomplies et des erreurs effectives, entre autres dans les rapports réciproques entre les pays socialistes, des violations et des erreurs qui ne respecterent pas le principe de l'égalité des droits dans les rapports entre Etats socialistes. » (« Pravda », 31 octobre 1956.)

Et une déclaration officielle du gouvernement chinois affirma à la même époque :

« Certaines personnalités des pays socialistes négligent le principe de l'égalité des peuples dans leurs relations mutuelles. Cette erreur est, de par sa nature, une erreur relevant du chauvinisme bourgeois. Ces erreurs et surtout celle qui consiste pour un grand pays à faire preuve de chauvinisme, se traduisent inévitablement par de graves préjudices à la solidarité et à la cause commune des pays socialistes. »

Ce que Chinois et Russes affirmaient en 1956, e inadmissivie s et a infâme nerodu seul devient-il •donc « incroyable », fait que c'est maintenant proclamé à Belgrade ?

Le programme des communistes yougoslaves n'hésite d'ailleurs pays à proclamer que

« l'un des buts du socialisme doit être l'unité économique du monde, mais une unité qui dépassera les formes capitalistes-impérialistes de la division internationale du travail, qui se fondera sur l'intensification du développement économique de tous les pays du monde, qui reposera sur des relations nouvelles par leur contenu et bien plus intenses que dans le système capitaliste, entre toutes les économies nationales. » (p. 32.)

Cette thèse est parmi celles que les néo-staliniens critiquent comme « révisionniste ». Et pourtant, elle ne fait qu'écho à des thèses similaires de tous les marxistes, de Marx à Lénine et à Trotsky. Il est vrai qu'elle " révise » la thèse štalinienne sur la possibilité d'achever la construction non seulement du socialisme mais même du communisme dans un seul pays. Mais de même que deux négations donnent une affirmation, la révision d'une révision nous ramène à une orthodoxie plus limpide.

L'analyse des chapitres du programme yougoslave consacrés aux questions internationales confirme donc celle de sa partie plus nettement doctrinale. En général, les communistes yougoslaves corrigent leurs erreurs passées et avancent dans la direction du marxisme révolutionnaire. En général aussi, les critiques néo-staliniennes sont calomniatrices et sans fondement. Certes, nous avons, pour ces deux parties, encore des divergences avec les thèses yougoslaves. Mais ces divergences sont moins importantes que celles des annees sans parler des an nées 1951-53. Et s'il est vrai, comme le dit le Programme de la Ligue des Communistes de Yougoslavie que depuis plusieurs décennies le développement de la pensée marxiste retarde sur celui de la société contemporaine (3), on ne peut plus contester qu'à côté du mouvement trotskyste, les communistes yougoslaves commencent à faire une contribution autonome et valable au développement du marxisme.

15 octobre 1958.

(3) Khrouchtchev « réfute » cette affirmation yougoslave en faisant état du... spoutnik et des succès économiques de I'U.R.S.S. ! (« Neues Deutscland », 12 juillet 1958.) Sans doute un énorme progres de la science sociale bourgeoise cois pourrait elle alors être démontré sur les succès du « Nautilus », de l'« Explorer » et d'une sidérurgie ayant atteint la capacité de 120 millions de tonnes par an. Comme un bon bureaucrate qui méprise la « théorie » Khrouchtchev confirme ainsi, malgré lui et à sa manière, la nature purement pragmatique de sa pensée : * puisque » nous remportons des succès, notre théorie est juste et infaillible...

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