Documents de la IVe Internationale

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La revue › 16e année, n° 4

Le mouvement national arabe après la Révolution irakienne (Deux lettres d'un correspondant au Moyen-Orient)

M. K. · Quatrième Internationale, 16e année, n° 4 · octobre-novembre 1958 · p. 35-38 · 3 729 mots

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Pour tous ceux qui ne connaissent pas ou ne veulent pas comprendre la situation dans les pays arabes, la révolution irakienne fut un coup de tonnerre dans un ciel serein. En réalité elle fut un résultat naturel du développement du mouvement national dans tout le monde arabe. Les stipendiés de l'impérialisme rassemblés autour du roi Fayçal et de Nouri Said furent renversés par ce mouvement irrésistible.

La chute sans résistance des anciens dirigeants de l'Irak ne fut cependant pas seulement un coup très rude pour les impérialistes. Elle a été en même temps tournant des plus importants du mouvement national de toute la région. Les entreprises politiques, économiques et sociales des direetions — pour l'immédiat comme pour une échéance lointaine — ainsi que l'activité du mouvement des masses décideront du sort encore très indéterminé du nouveau régime.

Pour saisir le tournant qui s'est produit dans la situation du mouvement national arabe, nous devons examiner la différence entre les révolutions en Egypte et en Irak et aussi les événements qui se produisirent en Syrie, au Liban et en Jordanie entre ces deux révolutions.

Le renversement de la domination féodomonarchiste en | Egypte en 1952 et la prise du pouvoir par Neguib et Nasser ne furent pas la conséquence d'une action directe des masses, mais d'une révolte de jeunes officiers pour la plupart d'origine petite bourgeoise. Tous les anciens partis étaient corrompus à l'extrême, dirigés par de grands propriétaires fonciers et liés d'une façon ou d'une autre à la cour royale. Pour liquider le régime pourri et commencer des réformes progressives, la junte des officiers devait briser tous les partis politiques. Elle établit une forte dictature militaire et élimina les formes « parlementaires » qui subsistaient de jadis.

Immédiatement après la formation du nouveau pouvoir, les ouvriers du Caire et d'Alexandrie essaverent d'améliorer leur sort par des grèves sur le tas et d'autres moyens de lutte. Les nouveaux maitres du pouvoir répondirent par des sentences de mort et de longues condamnations de prison contre les dirigeants des ouvriers. Les communistes et les autres éléments de gauche ne furent pas libérés des prisons : au contraire, celles-ci et les camps de concentration furent remplis encore plus d'éléments de gauche.

L'épisode instructif suivant illustre combien il manquait et il manque encore aujourd'hui une avant-garde organisée de la classe ouvrière égyptienne et combien les masses haïssaient, à juste titre, les anciens partis politiques et l'ancien système « parlementaire ». Environ deux ans après la révolution égyptienne, l'opposition entre Neguib et Nasser atteignit son point culminant. Neguib voulait introduire un certain régime parlementaire et une légalisation limitée des partis. Nasser y était opposé A ce moment, Nasser ne put chasser Neguib du pouvoir qu'en mobilisant les masses pendant les journées décisives. Les ouvriers du Caire et d'Alexandrie et de leurs banlieues manifestèrent dans des démonstrations monstres qu'ils étaient contre toute concession aux anciens partis et à l'ancien système « parlementaire». Après la victoire qu'il remporta sur Neguib à l'aide des masses, Nasser considéra lactivité des masses comme à nouveau terminée.

Dans le domaine de la politique extérieure, il fallut quelques années avant que le régime ne passe a une politique antiimpérialiste. C'est seulement le refus par les Etats-Unis de financer les travaux du barrage d'Assouan qui avait une très grande importance pour le développement économique de l'Egypte qui amena la caste des officiers à se lier économiquement et politiquement aux Etats ouvriers.

Presque dès le début, Nasser et les siens parlèrent de la « nation arabe» et de la nécessité d'unifier tout l'Orient arabe. Mais, comme nous le disions dans notre Nomitative print article sur « l'unité de l'Orient arabe » (1), c'est la Syrie qui prit l'initiative principale dans la réalisation de cette idée. Le régime égyptien ne se déclara d'accord pour l'unification de ces deux pays qu'à la condition que les partis soient dissous en Syrie, c'est dire que l'initiative indépendante des masses était inadmissible.

Mais la réalité donna lieu au développement de nouveaux facteurs. Le parti syrien « El Baath » a certes réussi à arrêter l'expansion du P.C. syrien : les dirigeants staliniens s'enfuirent du pays et se discréditèrent en raison de leur position négative envers Tunification totale (ils étaient pour une fédération). Mais, d'autre part, «l'unité nationale », seule organisation politique existant en Egypte et constituant lorganisme du régime Nasser englobant tout, et qui fut proclamée en Syrie également n'a pas réussi à s'y implanter.

(1) «Quatrième Internationale », juillet 1958

Dans une interview accordée après la révolution irakienne, Salah Bittar, l'un des principaux dirigeants du Baath et ministre de la République Arabe Unie, déclara expressément : il est vrai que le parti est officiellement dissous, mais il reste malgré tout le plus important facteur politique en Syrie. Il pense que l'on doit instaurer une « unité nationale » beaucoup plus lache que dans la partie égyptienne de la République Arabe Unie. A son avis, la tâche de « l'humanisme socialiste » du Baath est de « contrôler les éléments du nationalisme arabe dangereux et suscitant des soucis ». Il ne nous dit pas qui sont ces « éléments» cela peut fort bien viser les éléments socialistes révolutionnaires. Mais cela signifie également que ce parti ne se soumet pas à la dictature absolue de Nasser et que tous les. droits démocratiques des masses n'ont pas pu etre éliminés en Syrie. Autrement dit, l'unité étatique entre l'Egypte et la Syrie a été établie, mais Nasser ne peut pas imposer sa volonté dans une très importante partie de l'Etat. L/évolution menace de passer par-dessus sa tête.

Le soulèvement armé contre le régime pro-impérialiste de Chamoun Liban n'avait pas de direction unique, car il était extrêmement hétérogène socialement et politiquement, et il était uni seulement par son but de renverser le président Chamoun et ses proches collaborateurs, les Nouri Said libanais. Mais le danger pour Nasser, dans ce soulèvement. est le fait que les masses, qu'il ne peut pas contrôler, se soulevèrent spontanément.

Plus encore. ses agents peuvent difficilement faire concurrence aux membres libanais du Baath pour influencer les masses. Il est vrai que les insurgés suspendaient des portraits de Nasser, car il est encore le symbole de la lutte de libération dans tous les pays de l'Orient arabe. Mais la lutte spontanée des masses est étrangère à son idéal et à son régime. Par contre. les membres du parti Baath, qui existe en Syrie, au Liban, en Irak et en Jordanie, sont théoriquement au moins éduqués pour la lutte et ils jouent un rôle important dans le mouvement des masses. Le mouvement spontané des masses menace de ne faire de Nasser qu'un symbole et finalement de lui faire perdre même ce titre dans le développement impétueux qui s'opère.

Le roi Hussein de Jordanie n'a pas d'autre soutien que les baïonnettes de l'armée britannique (abstraction faite de la partie arriérée de la population jordanienne, les Bedouins nomades qul, seuls, ne peuvent constituer une garantie sérieuse pour Hussein et son armée). Les masses de toutes les couches de la société jordanienne sont plus que jamais prêtes à saisir la première occasion qui se présentera pour chasser Hussein et sa clique. C'est le calme avant la tempête. Et, là encore, Nasser ne contrôle pas ces masses prêtes à la lutte.

Lorsque les royaumes hachémites — Irak et Jordanie - décidèrent de se lier fédérativement afin de faire une concession à la nécessité et à la tendance irrésistible de l'unification eu un seul Etat arabe, Nasser appela les Irakiens et les Jordaniens à chasser les valets de l'impérialisme. La réponse arriva bientôt. Au premier choe, le régime terroriste de Nouri Saïd s'effondra comme un château de cartes. Le principal bastion de l'impérialisme dans l'Orient arabe n'existe plus. L'autorité du « symbole » du mouvement national arabe, Nasser, a considérablement grandi.

Et maintenant ? Le régime dietatorial de Nasser s'est-il renforcé par suite de chute de son puissant adversaire en Irak ?

Tandis que le régime de Nasser, des le début, réprima de façon sanglante tout mouvement indépendant et n'accorda pas le moindre droit démocratique, le contraire se produisit en Irak. La révolution a libéré les forces immenses des partis politiques et organisations jusqu'alors illégales. Tous, de la gauche à la droite, engagèrent une vive activité : l'Istiqlal, de droite ; les « nationaux-démocrates », bourgeois hberaux ; le Baath petit bourgeois, et les communistes qui sortirent de dizaines d'années d'illégalité comme le parti le mieux organisé.«

On annonce des révoltes de fellahs contre les grands propriétaires fonciers en diverses parties du pays. Le gouvernement ne soutient pas ces révoltes, mais déclare aux paysans qu'ils doivent s'entendre pacifiquement avec les effendis car, bientôt, sera promulguée une loi de réforme agraire. Il menace les grands propriétaires fonciers d'amendes s'ils commettent des infractions à une loi publiée peu après la révolution sur une limitation des fermages en attendant la promulgation d'une loi de réforme agraire. Il serait vraiment nait de s'imaginer que, sans une intervention active des paysans eux-mêmes, il pourrait se produire une réelle amélioration du sort des fellahs. Mais, d'autre part, on n'entend pas de menaces brutales contre les paysans révoltés de la part du régime, comme ce fut le cas dans une situation analogue en Egypte après la prise du pouvoir par Neguib-Nasser. Le vice-président Abdul Salem Arif se rend dans les villages, s'entretient avec les paysans et reste réservé envers les effendis (2).

Tous les prisonniers politiques ont été libérés. Les masses sortirent joyeusement dans les rues. Les émigrés politiques retournent dans leur pays. La minorité kurde est invitée à collaborer à égalité. Le nouveau régime a aussitôt établi des relations diplomatiques et commerciales avec les Etats ouvriers.

Le gouvernement, dans lequel il est vrai, les officiers de l'armée jouent un rôle important, n'est pas dominé comme en Egypte par une caste d'officiers, mais est formé d'une coalition de différents partis politiques. Le véritable caractère politique du jeune régime reste encore confus. La loi de Nouri Saïd qui interdisait les partis a été annulée et ceux-ci, jusqu'à présent, ont tous été actifs impunément. Aucun d'eux n'a osé prendre ouvertement et clairement la direction pour lui et on ne sait encore rien sur la forme future du gouvernement.

Opposer les configurations politiques en Egypte et eur Irak, ce n'est pas idéaliser

(2) Depuis que cet article a été écrit, Abdul Salem Arif a été éliminé du gouvernement en étant nommé ambassadeur en Allemagne occidentale (note du traducteur).

l'une et condamner l'autre. Ce serait faire abstraction de la réalité sociale. La dictature de Nasser et la « démocratie » en Irak proviennent des mêmes mobiles sociaux : la libération des chaînes imposées même au développement capitaliste de ces pays par les impérialistes et les grands propriétaires fonciers et les compradores indigènes. La dictature en Egypte a détruit les restes du féodalisme, cherche à développer l'industrie ét a réalisé beaucoup de réformes dans bien des domaines. En outre, il y a en Egypte le plus fort prolétariat de l'Orient arabe, aussi bien en nombre que par son expérience dans d'anciennes luttes de classe.

Par contre, on ne sait pas encore comment la « démocratie » irakienne resoudra le problème actuel le plus urgent, la réforme agraire. Dans les conditions de l'Irak, une réforme même modérée peut donner lieu à de grands conflits. Sans une mobilisation des fellahs contre les grands propriétaires fonciers dans le sud du pays, la question peut à peine être résolue. Mais il n'existe pas encore la force subjective pour diriger les masses dans la lutte dans la situation révolutionnaire actuelle. En outre, le prolétariat urbain est numériquement très faible en raison du manque d'industrie.

Il ne s'agit pas du fait abstrait de manque de démocratie en Egypte et du «droit des partis» en Irak. La question qui se pose est : vers quoi se tourne la face de la révolution arabe dans les conditions données ?

De ce point de vue, la liberté existant du moins à présent pour les partis et les organisations de masse en Irak, contrairement à l'Egypte, est de la plus grande importance et potentiellement peut suseiter une direction socialiste révolutionnaire.

L'unité des pays arabes est, même pour le développement capitaliste de ces territoires, une nécessité absolue. Mais l'unité dans les conditions indiquées constitue un danger de mort pour le régime de Nasser. C'est là que réside le tournant dans le mouvement national arabe. L/Egypte est le centre, le plus important facteur du développement de l'Orient arabe. Mais tout mouvement ouvrier indépendant y est réprimé. La liberté des partis politiques en Irak, l'opposition en Syrie dans le cadre de la République Arabe Unie et les mouvements et soulèvements spontanés des masses dans tous les pays arabes ne peuvent pas ne pas avoir d'effet dans le prolétariat égyptien surtout quand existe la tendance générale à l'unification.

Dans cette situation ce n'est pas par hasard si Nasser, après la révolution irakienne, a fait certains reculs. Les plus nets d'entre eux sont: 1º la résolution très compromettante qui fut proposée par les pays arabes à l'Assemblée des Nations

Unies et adoptée par celle-ci ; 2º l'instauration de Chehab comme président du Liban après un accord secret entre Nasser et les

Américains (Chehab n'est que dans une certaine mesure moindre que Chamoun agent de l'impérialisme). Le journal américain « Newsweek » raconte que Nasser, au cours de ses entretiens avee l'envové spécial d'Eisenhower, Murphy, aurait caractérisé les nouveaux dirigeants irakiens, de « bot headed » (têtes chaudes). Certes, les nouvelles de cet organe sont toujours à prendre avee prudence. En tout cas, il est certain que Nasser n'est pas enthousiasmé par le régime actuel en Irak.

Le sort de la révolution arabe dépend du fait de savoir si le régime de Nasser pourra réprimer le mouvement des masses ou l'action des masses au cours des derniers mois dans les pays arabes débordera Nasser et s'il naîtra une direction révolutionnaire se basant sur des masses organisées.

Le 11 septembre 1958.

En Irak, à présent, quelques partis et les officiers de l'armée sont en lutte pour la direction du pays et sur le sens du développement ultérieur. La bataille se poursuit sur la question de l'unification totale ou de la fédération avec la R.A.U. (République Arabe Unie) ; et sur le caractère et Tétendue des réformes sociales. La question des relations avec les puissances mondiales est subordonnée à ce problème.

D'une façon générale, le Baath et l'Istiglal sont pour une unification totale avee la R.A.U. Nous avons là une situation parallèle à celle de la Syrie avant l'unification avec l'Egypte. Le principal point du programme du Baath était depuis longtemps l'unification étatique générale de l'Orient arabe. Même s'il se l'avons déjà expose Prémunit, comme nons contre la • dietature absolue du régime de Nasser, l'unification reste pour lui le but le plus important. Plus encore, il veut par l'entrée de l'Irak dans la R.A.U. renforcer sa position, Nasser ne pouvant si facilement se maintenir contre les points de vue unis de la Syrie et de TIrak. C'est pourquoi Nasser, dans ces conditions, ne s'enthousiasme pas du tout pour l'unification et c'est une des raisons pour lesquelles, dans les derniers temps (après la révolution irakienne) il a voulu remettre debout la « Ligue arabe» déjà morte. Une unification, si elle se produit, ne peut se faire par conséquent qu'avee aceord très tiède de Nasser et par contre sous une forte pression des autres partenaires.

I'Istiqlal en Irak est un parti de droite. C'est par peur du mouvement de masse libéré et très actif et de ses revendications sociales qu'il ne rejette pas l'unité avec la R.A.U. Nasser n'est pas son idéal, mais il voit dans sa dictature absolue le moindre mal par rapport à la menace des masses. Lui-même est actuellement hors d'état d'arrêter ce mouvement et il serait balayé s'il m'essayait pas de le faire avec l'aide de Nasser.

Nous avons ici dans une certaine mesure une répétition du développement syrien. Le Baath irakien veut l'unité ; c'est le point le plus important de son programme et, sans etre d'accord avec le régime de Nasser, il veut de cette manière aussi bien se débarrasser du parti communiste que recevoir un renforcement contre les visées des impérialistes et de leurs agents indigènes. Avee lui marche pour la même raison le parti de droite Istiqlal, comme le fit le « Parti national » de droite en Syrie.

Parallèlement à ce développement se situe aussi la position du fort P.C. irakien. Ce parti s'est développé pendant les longues années d'illégalité sous le régime de Nouri

Saïd. Mais l'étroitesse de la pensée bureau-

En Syrie, il ne peut en être autrement. Toute la population syrienne se compose de 4.600.000 âmes. la loi de reforme agraire promulguée parle de 3.000.000 d'êtres qui doivent en jouir. Cela donne un tableau de l'étendue de la misère paysanne en Syrie. Il est vrai que, contrairement à l'Egypte, il n'y manque pas de terres disponibles Mais la façon dont la réalisation est proposée ne promet aucun bouleversement profond: les masses de fellahs ne sont pas mobilisées; au contraire, on les garde contre une action independante: les propriétaires fonciers obtiennent de grasses indemnisations: la réalisation de la réforme doit durer 5 ans. La bourgeoisie coloniale ne cherche pas et n'est pas prête à réaliser des actions révolutionnaires. Elle s'efforce prudemment de dégager la voie du développement capitaliste, offrant à cet effet des conditions économiques favorables aux grands propriétaires fonciers et ne permettant pas aux masses de lever la tête.

Nous pouvons en tirer une conclusion pour l'Irak. Le Baath qui est pour l'unification avec la R.A.U. parce que l'unité nationale est son idéal et parce qu'il n'est pas en état de tenir sans la bourgeoisie égyptienne contre la réaction féodale, les compradores, l'impérialisme et aussi contre le P.C., est finalement condamné à disparaftre. Il n'est pas en état de réaliser par des moyens « démocratiques » la transformation sociale qui seule justifierait son existence. Sans cette transformation sociale, il n'a aucune perspeetive en Irak ou en Syrie de créer une base contre Nasser dans TOrient arabe uni.

Le P.C. irakien ne se prononce que pour la fédération avec la R.A.U. afin de sauver son existence. Il doit en conséquence aboutir à une ligne de compromis opportuniste envers toutes les couches de la société irakienne, sinon il devrait mener une politique socialiste révolutionnaire, ce qu'il ne fera pas, même s'il passait à la ligne « ultragauche » indiquée. Le point d'appui essentiel pour surmonter le retard économique, social et culturel de l'Orient arabe est la combinaison de l'unification étatique avec de profonds bouleversements sociaux. Aussi longtemps qu'il n'existera pas une direction socialiste révolutionnaire, le regime tyrannique de Nasser qui opprime le mouvement des masses, restera le plus important facteur du développement de l'Orient arabe.

Nous disions que la révolution irakienne. la relative indépendance de la Syrie et les autres mouvements spontanés des derniers temps libéraient des forces qui pouvaient opposer à la dictature bourgeoise féroce de Nasser la voie socialiste et gagner la plus importante base du régime de Nasser, les masses mêmes d'Egypte. Aussi bien le Baath que le P.C. font complètement faillite à ce sujet.

Mais ce n'est que le début d'un long développement qui ne dépend pas seulement de facteurs locaux, mais tout autant de la situation internationale. Les événéments dans l'Orient arabe clament la nécessité d'une direction socialiste révolutionnaire qui puisse montrer aux masses de tous les pays arabes la voie de la création du pouvoir des ouvriers et des paysans.

1°r octobre 1958.

cratique ne l'empêche pas de du suicide comme en Syrie.

Punification étatique en Syrir fut pas seulement la fuite suivre la vei

Il fut contre et sa fin ne de toute la direction, mais aussi la perte de son influence sur les masses qui étaient pour l'unification. Pour l'Irak, également, il ne demande qu'une lâche fédération, car il a peur pour son existence sous la dictature de Nasser. Au lieu d'utiliser sa très importante influence sur le mouvement des masses irakiennes pour demander une unité totale sur la base de droits démocratiques pour les masses, il ne voit son existence que d'un point de vue bureaucratique et ne veut qu'une fédération lâche avee la R.A.U. (En outre, on peut conclure d'un discours prononcé par le dirigeant du P.C. syrien, Chaled Bakdasch, récemment à une conférence d'information de différents partis staliniens en Tchécoslovaquie, qu'ils auront encore une fois une politique aventuriste « ultra-gauche ».)

D'autre part, le problème le plus pressant du nouveau régime en Irak, ce sont les sociales, avant tout la réforme réformes agraire. Tandis que sur la question de lunification étatique, le Baath et le p.e. se trouvent en violente opposition, ils se trouvent tous deux d'accord sur la base de la nécessité de ces réformes, si confus et si conciliateurs fussent-ils.

C'est seulement maintenant que sort la loi de réforme agraire en Syrie, ce que jusqu'a présent le Baath dominant n'avait pas osé réaliser, car la bourgeoisie syrienne seule, sans aide de Nasser, est trop faible. Le Baath est le seul parti dans l'Orient arabe qui, depuis sa formation, s'est proclamé sans réserve pour la réforme agraire. Mais quand cette question s'est trouvée pratiquement devant lui, lorsqu'il obtint le pouvoir. il capitula complètement. Pourquoi ? Parce que — ec c'est une leçon importante pour toute révolution coloniale sous une direction bourgeoise - un bouleversement social, même partiel, dans une région socialement et économiquement arriérée. ne peut avoir lieu qu'avec des moyens dietatoriaux contre la réaction sociale. La seule question est de savoir qui peut appliquer ces moyens dictatriatari a • jeune bourgeoisie on le jeune

Le Baath petit bourgeois, avec son idéologie démocratique-formelle n'est pas. en état de le faire. Son « démocratisme » s'exprime dans des compromis avec toutes les couches de la société, y compris aussi avec les grands propriétaires fonciers. C'est ainsi qu'il enterra pratiquement l'un des points les plus importants et qu'il avait le plus propagé de son programme. Nasser n'a pas besoin d'avoir des égards envers de telles considérations « démocratiques ».

Il serait cependant faux d'en conclure que la beaucoup plus forte bourgeoisie égyptienne est capable d'achever un bouleversement conséquent des rapports agraires. Le régime de Nasser a réussi à liquider l'influence sociale et politique des grands propriétaires fonciers. mais le problème agraire lui-même n'a pas été résolu et l'industrialisation progresse également à peine.

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