Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 16e année, n° 4

Les livres

Quatrième Internationale, 16e année, n° 4 · octobre-novembre 1958 · p. 81-82 · 955 mots

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Les idées politiques et sociales d'Auguste Blanqui de Maurice DOMMANGET (1

Blanqui, Cest une légende, on pourrait, hélas, dire, c'était une légende, tant le passé du mouvement ouvrier est oublié, tant les directions ouvrières déforment ce passé. Blanqui, un nom légendaire, TEnfermé, lorganisateur de conspirations, de soulèvements, au moyen de groupes spécialement rassemblés à cet effet, rompus aux règles de la clandestinité, l'homme des coups de main.

Tout ce qui existe comme opportunistes dans le mouvement ouvrier - et il en foisonne — à la rigueur veut bien rendre un hommage à Blanqui, le persécuté, mais n'a qu'un sourire dédaigneux, méprisant, pour, pourrait-on dire, Blanqui blanquiste : déjà de son temps. il était dépassé ; et que dire maintenant !

Pourtant, qui avait lu quelques articles de Blanqui ne pouvait pas ne pas être convaineu que, derrière le combattant jamais découragé, il y avait un penseur et même un penseur profond. Il était d'ailleurs difficilement concevable qu'un homme ait pu passer par les épreuves qu'a subies Blanqui, etre ce qu'il fut comme combattant révoiutionnaire, uniquement par la force d'une volonte qui naurait pas de support intellectuel puissant. La vérité c'est parce que Blanqui était une tête intellectuelle qu'il eut une telle fermeté de caractère. Mais, les écrits de Blanqui, ce sont avant tout des articles publiés de son temps et jamais ou rarement reproduits. Aussi, faut-il remercier bien vivement Dommanget d'avoir été rechercher ces écrits de Blanqui pour faire connaître « Les idées politiques et sociales it se inte d'Auguste Blanqui », de Blanqui. Ce livre est à la hauteur du sujet et donne une vue très complète et très claire de la pensée de Blanqui sur des questions essentielles du mouvement ouvrier.

Ce n'est pas notre intention ici de re prendre ces idées dans le détail. Nous engageons nos lecteurs à lire ce livre, dans lequel Dommanget montre également de facon excellente ce qui rapproche Blanqui de Marx et ce qui l'en distingue, abstraction faite bien entendu de l'ampleur et de la profondeur du génie de Marx.

Incontestablement, la pensée de Blanquí ne manque pas de confusion en ce qui concerne les rapports strictement économiques de la société capitaliste ; il reste souvent au niveau des phénomènes et ne pénétre pas

(1) Librairie Rivière, éditeur, Paris.

aisément dans la nature même de ceux-ci ; mais on ne peut oublier que c'était la période pendant laquelle Marx parvenait, par un travail soutenu pendant de longues années, à clarifier ces questions et aucun contemporain n'avait de vues très justes sur ces questions. Par contre, sur tout ce qui concerne la superstructure de la société, et en premier lieu l'Etat. Blanqui voit très bien : il a une compréhension remarquable du fonctionnement politique de la société sous ses aspects les plus variés. Et c'est précisément parce qu'il comprend admirablement bien ces choses qu'il ne se pare pas de mots dans la lutte politique et accorde une importance exceptionnelle à laetion armée pour la prise du pouvoir. A ce propos, on ne peut pas dire que Blanqui envisageait celle-ci totalement de façon indépendante des conditions objectives, de la situation dans le mouvement des masses ; mais ses considérations sur ce point étaient plutôt d'ordre tactique. Il est par contre tout à fait elair qu'il avait conservé des idées acquises lorsqu'il fit ses premières armes dans « La société des saisons », lorsque le mouvement démocratique bourgeois et le mouvement socialiste n'étaient guère distinets et se concentraient dans de petites organisations clandestines. Cette tendance à manier le mouvement des masses se manifesta notamment dans une combinaison de lexistence d'un Comité central blanquiste, avec la formation de larges organisations, de ligues, à propos de questions déterminées.

Malgré toute la force de sa pensée. Blan- - traint timi qui n'eut pas figure de théoricien parmi ses contemporains qui pourtant lisaient ses artieles. Cela s'explique par le fait que Blanqui ne rassembla pas des militants dans une organisation sur la base de ses idées, d'un programme théorique, mais en premier lieu pour l'action, pour le combat pratique.

L'ouvrage de Maurice Dommanget SUr Blanqui, comme celui qu'il a écrit sur Vaillant, apporte une contribution inestimable pour la compréhension d'une importante partie de l'histoire du mouvement ouvrier français, celle qui est marquée par la reprise de ce mouvement quelques années après la Commune, la tentative qui ne donne que des résultats limités de Guesde et de Lafargue à faire un parti « marxiste », et l'apport de Taile blanquiste, dirigée par Vaillant, qui s'unira d'abord aux guesdistes et aura ensuite place dans l'aile gauche du Parti socialiste unifié.

P.F.

Le sang de Bandoeng (1)

Cest un court ouvrage de 60 pages écrit par quatre avocats « coloniaux » à la demande de la Fédération des Etudiants d'Afrique Noire en France, qui rappelle ce qui a déja été publié sur les tortures et la guerre totale qui est menée contre le peuple : algérien et qui a pratiquement laissé indifférent le peuple français, à Texception de couches réduites.

De ces pages, reproduisons ci-dessous quelques lignes pour répondre aux larmes de crocodile épanchées par certains pour dresser l'opinion contre les Algériens :

« A la guerre totale, le peuple algérien a répondu par le recours ultime de ceux que trop cruellement accable la force : le terrorisme. Acculés à lui, comme dix mois plus tôt à la révolte.

« Sur les trottoirs des villes, les bombes répondent aux bombes d'avions dans les djebels.

« La bombe d'avion non plus ne choisit pas. Elle éventre maisons, hommes, femmes. bêtes. Elle n'épargne pas les enfants. Elle frappe aveuglément. Mais l'aviateur a l'âme sereine et garde les mains propres. I appelle objectifs les cadavres lointains et sa vie n'est pas en danger. »

(1) Editions Présence Africaine, Paris.

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