1938-1958 (Histoire de ses idées et de ses luttes) par Michel PABLO IV La IV° Internationale pendant la 2° guerre mondiale (1940-1944)
L'occupation de l'Europe par les armées d'Hitler a ébranlé au début, dans différents pays, les jeunes organisations de la IV° Internationale. Les liens entre elles en Europe, et avec celles des autres continents ont été relâchés et bientôt, pour la plupart, complètement interrompus. L'expérience a montré cependant ensuite que, malgré cet isolement forcé de plusieurs organisations, elles ont toutes vécu en substantielle communauté d'idées et de ligne durant toute la guerre, persuadées chacune de la survivance victorieuse de l'internationale.
Dans ces conditions, le repli de la direction internationale sur les continents américains restés pratiquement en dehors de la tourmente, se confirma et se stabilisa. Dès l'éclatement de la guerre et jusqu'au lendemain de la fin du conflit, la direction internationale centrale a fonctionné aux Etats-Unis, en étroite collaboration avec l'organisation américaine. Mais, par le fait des liaisons laches avec les sections, elle n'a eu qu'une activité réduite. Elle marqua cependant, commenta et expliqua tous les événements importants et les principaux tournants de la guerre, dans son effort constant pour regrouper sur la base d'une action révolutionnaire efficace une avant-garde internationale.
Le passage de la France, en 1940, sous le contrôle de Hitler el le régime de Pétain, fut l'objet d'un Manifeste de la IV Internationale, issu en novembre 1940, axé sur la démonstration de l'impossibilité historique des nazis d' « unifier » l'Europe, et anticipant la résistance émancipatrice inévitable des masses européennes contre la tyrannie fasciste : « Hitler a réduit l'Europe à un vaste camp de concentration de nations. La lutte pour l'unité de tous les Allemands a été suivie par celle de l'union de tous les non-Allemands sous la botte des nazis. Mais l'histoire est une sûre garante qu'il n'y a jamais eu oppression nationale sans qu'il y ait lutte nationale ».
Bientôt l'espoir de Hitler de finir la guerre avec l'occupation de l'Europe s'évanouit. La bataille de l'Angleterre, qui marque le début de 1941, n'amène ni l'occupation ni la soumission de celle-ci, tandis que l'impérialisme américain se mobilise et accentue son intervention dans le conflit.
Fidèle à sa ligne d'opposition révolutionnaire à tous les impérialistes, la IV° Internationale prend position sur l'intervention américaine en Chine aux côtés de Tchang-Kai-Chek contre le Japon. La question naturellement est compliquée par le fait que la Chine est un pays colonial attaqué par le Japon, et qu'à l'intérieur de la Chine il y a une guerre civile larvée entre le régime de la bourgeoisie chinoise et les armées paysannes dirigées par le Parti communiste.
Dans la résolution du Comité Exécutif International de la IV: Internationale du 31 mars 1941, les buts impérialistes de l'intervention américaine en faveur de Tchang-Kai-Chek sont clairement dénoncés, tout en appelant à la victoire des armées chinoises contre les envahisseurs japonais, et en ouvrant la perspective de la révolution socialiste en Chine :
«La collaboration grandissante entre chang-Kai-Chek et l'impérialisme américain déjà eu ses répercussions dans les attaques de Tchang-Kai-Chek contre les armées paysannes contrôlées par les staliniens. Tout en condamnant la politique de collaboration de classe des dirigeants staliniens chinois qui facilitent ces attaques, les révolutionnaires se proclament solidaires des courageux paysans luttant sous la direction stalinienne et se déclarent prêts
.73 à se joindre à eux contre les actions contre-révolutionnaires de Tchang-Kaï-Chek... La défense de la Chine par l'impérialisme américain est en réalité la préparation d'un nouvel esclavage
De même que la guerre contre le Japon a fait de Tchang-Kai-Chek un instrument de l'impérialisme américain; de même les masses de Chine, en alliance avec leurs pour ce pays... frères de classe dans l'empire japonais, seront amenées à la Révolution sociale. »
L'alliance de l'impérialisme américain avec Tchang-Kaï-Chek s'est consolidée pendant la guerre, tant pour servir contre le Japon que pour ouvrir après la guerre le marché chinois
On ne peut mesurer qu'a posteriori, à la lumière des événements actuels, combien il était juste, déjà durant la guerre, de mettre les masses constamment en garde sur la vraie nature de l'impérialisme américain et de ses agissements, à l'encontre de la politique stalinienne qui embellissait « l'allié » américain et ménageait toujours Tchang-Kai-Chek.
En juin 1941 la guerre connaît un développement décisif historique : Hitler, malgré toutes les assurances données à Staline et avalées par ce dernier, attaque inopinément l'Union soviétique. La presse de la IV° Internationale appelle immédiatement à la défense inconditionnelle du premier Etat ouvrier. Le manifeste issu à ce propos par l'organisation américaine, le S.W.P., déclare sans ambiguité: « Défendez l'Union soviétique à tout prix et en circonstances contre l'attaque impérialiste! Staline doit être renversé, mais seulement par la classe ouvrière. La lutte des ouvriers doit être subordonnée à la lutte contre l'ennemi principal: les armées de Hitler. Tout ce que nous disons ou faisons doit avoir comme objet premier la victoire de l'Armée rouge. L'Union soviétique peut être le mieux comprise comme un grand syndicat tombé dans les mains de dirigeants corrompus et dégénérés. contre le stalinisme est une lutte au sein du mouvement ouvrier. Malgré les emprisonnements et la répression, nos camarades en Union soviétique prouveront aux masses soviétiques que les trotskystes sont les meilleurs combattants contre l'ennemi capitaliste ».
En même temps le Manifeste mettait en garde contre les alliés capitalistes de l'Union soviétique, préconisant une opposition irréconciliable envers tous les impérialistes et une conduite révolutionnaire de la guerre contre Hitler. C'est-à-dire, dans les pays capitalistes alliés de l'U.R.S.S., ne pas embellir les Churchill, Roosevelt, de Gaulle, Tchang-Kai-Chek, comme l'ont fait les staliniens, mais maintenir contre eux l'opposition révolutionnaire, préconiser la fraternisation avec les ouvriers et paysans en uniforme des armées nazies, la diplomatie secrète et le partage de zones d'influence avec les alliés impérialistes, préparer constamment l'avenir de la révolution socialiste en Allemagne même, en Italie, au Japon et dans tous les pays.
Le Manifeste pour la défense de l'Union soviétique issu au nom du Comité Exécutif International de la IV Internationale en août 1941 reprend essentiellement la même ligne : « L'Union soviétique est en guerre ! L'Union soviétique est en danger mortel! » « En Allemagne et dans les pays européens occupés par les troupes allemandes, la défense de I'U.R.S.S.
- précise le manifeste - signifie directement le sabotage de la machine militaire allemande. Ouvriers et paysans allemands sous l'uniforme de soldats, la Quatrième Internationale vous appelle à passer avec armes et bagages dans les rangs de l'Armée rouge ! Ouvriers et paysans allemands, qui êtes à présent dans les usines, les voies ferrées et les fermes, et peuples asservis d'Europe, paralysez de toutes les façons possibles la marche du militarisme allemand!»
En même temps le manifeste préconisait d'ouvrir aux travailleurs allemands la perspective de la révolution socialiste allemande et européenne. En Union soviétique il appelait « à être les meilleurs soldats », et concluait en déclarant aux: ouvriers de partout « défendez l'Union soviétique et ainsi défendez-vous vous-mêmes, vous hâterez l'heure de votre libération ».
L'entrée en guerre de l'U.R.S.S. a eu cependant, comme prévu, pour conséquence de provoquer un nouveau tournant du Kremlin: revenant en quelque sorte à l'alliance avec les «démocraties » contre fascisme, et préconisant de nouveau subordination la politique des Partis communistes agissant dans les pays « alliés » à celle de la bourgeoisie de ces pays. Ainsi on a vu les staliniens américains revenir aux louanges qu'ils adressaient à Roosevelt en 1396 ; les staliniens anglais prêcher l' « union nationale » autour de Churchill ; les staliniens français bâtir le prestige de de Gaulle parmi les masses françaises; les staliniens chinois, sous l'instigation du Kremlin, mettre de nouveau en sourdine leur lutte contre Tchang-Kai-Chek. C'est partout la politique d' « union nationale » sous direction bourgeoise « contre le fascisme ».
L'entrée en guerre de I'U.R.S.S. a stimulé en Europe occupée la résistance contre Hitler. Le regroupement des forces révolutionnaires s'intensifie, et des contacts se nouent sur le plan inter-européen. Mais il faut attendre jusqu'au début de 1943 pour qu'on puisse parler d'une extension considérable du mouvement de résistance des masses en Europe, et d'une réorganisation plus importante de l'avant-garde révolutionnaire.
Les nouvelles sur l'activité des organisations de la IV: Internationale se multiplient déjà à partir de la fin de l'année 1941. Aux Etats-Unis, 18 militants du S.W.P. et membres de la section syndicale 544 du C.I.O. à Minneapolis sont inculpés sous la loi Smith pour propagande d'idées révolutionnaires contre la guerre impérialiste menée de la part des Etats-Unis, et ils sont bientôt condamnés à des peines de prison allant de 12 à 16 mois.
En France, le Parti Communiste Internationaliste réorganisé fait paraître régulièrement son journal « La Vérité » tous les 15 jours. En septembre 1941 il tient une conférence dans laquelle il proclame la nécessité de combiner la lutte résolue contre Hitler avec une politique de fraternisation envers les ouvriers ef paysans allemands en uniforme, et s'oppose à la polifique du « front national» pour « l'indépendance de la France ».
C'est à cette époque également (1941) qu'adhère à la IV Internationale le Lanka Samasamaja Party de Ceylan et qu'on entend parler de l'activité du Bolchevik-Leninist Party of India, organisation trotskyste en Inde.
L'année 1942 débute sous le signe d'une agitation qui gagne l'Inde réclamant son indépendance, et que le plan Cripps en avril 1942 accélère.
En mars 1942, le gouverneur de Ceylan, Sir Andrew Caldecott, interdit le Lanka Samasamaja Party. Le 9 avril 1942, le « Times » de Londres relate en ces termes l'évasion spectaculaire des camarades Colvin de Silva, N.M. Perera, D.R.R. Gunawardene et Edmund Samarakkody de la prison où ils étaient détenus, et leur passage aux Indes avec leur propre geôlier qui les a suivis: « On présume qu'ils sont partis avec leur gardien de prison qui est manquant... Ils étaient détenus depuis juin 1940 ».
Le camarade Leslie Gunawardene, sous mandat d'arrêt également depuis 1940, avait lui aussi réussi à gagner à temps l'Inde.
En mai 1942 se forme en Inde le Bolshevik-Leninist Party of India-Burma and Ceylon qui édite la « Révolution permanente ».
En août 1942, une très importante vague de grèves du prolétariat balaye l'Inde. La IV° Internationale, qui défend l'Union soviétique contre Hitler, la Chine contre le Japon, défend également l'Inde contre la Grande-Bretagne. Loin d'assimiler la lutte de ces pays contre leurs adversaires impérialistes à une lutte « d'un camp impérialiste contre l'autre », ainsi que l'affirmait à l'époque Max Shachtman, elle pratique la défense inconditionnelle de ces pays contre l'impérialisme. Dans son Manifeste aux ouvriers et paysans de l'Inde de septembre 1942, la IV° Internationale prend position pour l'indépendance immédiate de l'Inde, et préconise à l'encontre des méthodes de « résistance passive » que mettent en avant les leaders du Congrès, des méthodes de lutte et des mots d'ordre révolutionnaires : réforme agraire ; comités démocratiques de lutte ; Assemblée constituante ; programme d'industrialisation du pays; gouvernement ouvrier et paysan.
Les staliniens anglais et indiens par contre, soucieux de ne pas mécontenter l' « allié » britannique de P'U.R.S.S., sont à la remorque de la politique churchilienne envers l'Inde et prennent position contre l'agitation des masses du pays.
L'année 1943 est marquée par les retentissantes victoires de l'Armée soviétique, la dissolution de l'Internationale communiste, l'invasion de l'Italie par les Anglo-Américains. En même temps se précisent les conséquences réactionnaires pour l'avenir de la révolution européenne et mondiale de l'alliance du Kremlin avec les impérialistes « démocrates ». Tout d'abord, par rapport à l'Allemagne et la révolution allemande, clé de la révolution européenne.
L'Américain Welles et l'Anglais Vanssittart avaient déjà en 1942 mis en avant la théorie de la responsabilité collective du peuple allemand, et préconisé sa punition également collective. Les traités secrets qui se concluent à partir de cette époque entre le Kremlin ef ses alliés anglais et américains visent à prévenir toute possibilité de révolution en Europe, afin d'assurer à chacun des alliés une zone d'influence exclusive. Ainsi par exemple les accords conclus en 1942 par le Kremlin d'un côté avec les Anglais, et de l'autre avec les Américains, stipulaient que les alliés s'engageaient à ne pas conclure une paix séparée avec aucun gouvernement en Allemagne, c'est-à-dire y compris un gouvernement révolutionnaire éventuel ; le désarmement de toute Allemagne future ; de travailler ensemble pour la « paix, la sécurité ef la prospérité de l'Europe ».
En juin 1943 Staline décide de dissoudre l'Internationale Communiste, afin de rassurer ses alliés impérialistes sur ses intentions contre-révolutionnaires et de garantir le respect des conventions conclues. Prétextant que l'importance et la maturité acquises par les différents partis communistes rendaient désormais superflue l'existence de l'Internationale, il n'a fait qu'entériner une réalité pratique : l'internationale communiste avait cessé de fonctionner en tant qu'Internationale fant soit peu autonome et vivante depuis des années déjà.
La IV° Internationale, dans un Manifeste de juin 1943, marque et explique l'événement et conclut qu' « il n'y a qu'une seule Internationale maintenant, le Parti Mondial de lc Révolution Socialiste, la IV° Internationale. Rejoignez ses rangs et préparez-vous avec elle à diriger victorieusement la lutte pour la révolution mondiale ! ».
La dissolution, un peu plus tard, du P.C. américain, décrétée par Browder, sur l'instigation du Kremlin, va dans le même sens d'une politique d'apaisement du Kremlin à l'égard de ses alliés, afin que ses conquêtes futures se fassent à travers les accords secrets de partage de zones d'influence entre Etats, sans irruption de la révolution autonome.
Toute autre est par contre la politique de la IV° Internationale qui vise à la préparation de la révolution prolétarienne en Europe et dans le monde, et qui s'efforce de donner à la lutte nécessaire contre Hitler une orientation et une perspective révolutionnaires, c'est-à-dire à partir de la résistance des masses à l'occupation et à la guerre de Hitler, pour la doter progressivement d'un contenu prolétarien et l'orienter vers des objectifs non exclusivement « nationaux », mais en définitive anti-capifalistes. La difficulté d'une telle tâche, qui résultait de la complexité du caractère de la guerre et de la politique de collaboration des classes des directions socialistes et staliniennes, s'est reflétée jusque dans les rangs de la IV° Internationale par les discussions qui ont surgi surtout à partir de 1942 sur la « Question nationale en Europe », et ensuite sur le sens et les perspectives des événements d'Italie en 1943, et sur les perspectives de la révolution européenne en général.
LA QUESTION NATIONALE
Les premières prises de position sur la question nationale pendant la guerre remontent déjà à 1941. Elle étaient en quelque sorte le résultat des faits: l'oppression nationale certaine à laquelle avait abouti l'asservissement de l'Europe par les nazis, le début d'une résistance de masse à cefte oppression.
Mais par sa nature, la question était « indiscutablement très embrouillée », pour employer l'expression de Lénine sur ce même sujet pendant la première guerre mondiale. Car il fallait à la fois tenir compte du caractère impérialiste de la guerre aussi bien du côté des grands pays capitalistes de l'Axe que du côté des grands pays capitalistes du camp « démocratique », et des réactions des masses des pays occupés.
L'occupation passagère d'un pays capitaliste à l'époque impérialiste par un autre pays capitaliste ne supprime pas automatiquement le caractère impérialiste du pays conquis, et ne donne pas le droit à une mobilisation « nationale » sur un programme « national » de toutes les classes contre l'occupant. Selon l'enseignement de Lénine, la question nationale à l'époque impérialiste est caractéristique des pays coloniaux et dépendants, ainsi que des pays annexés de manière permanente par les pays capitalistes et impérialistes. Naturellement, Lénine ne niait pas la possibilité de certains reculs à l'époque impérialiste, faisant rétrograder un pays capitaliste au niveau d'un pays opprimé, dans lequel se pose à nouveau la « question nationale » et d'une «guerre nationale ».
Mais, en général, il raisonnait de la manière suivante : « En 1793 ef en 1848, en France, comme en Allemagne, et comme dans toute l'Europe, la révolution bourgeoise-démocratique était objectivement à l'ordre du jour. A cette situation historique correspondait un programme « véritablement national », c'est-à-dire le programme national bourgeois de la démocratie d'alors, qui en 1793 fut réalisé par les éléments les plus révolutionnaires de la bourgeoisie et de la plèbe; programme qu'en 1848 Marx proclamait au nom de toute la démocratie avancée. Aux guerres féodales et dynastiques s'opposaient alors, objectivement, les guerres révolutionnaires démocratiques, les guerres nationales émancipatrices. A présent, pour les grands Etats de l'Europe, la situation objective est autre. Le progrès -- si l'on néglige certains reculs provisoires — n'est réalisable qu'en allant vers la société socialiste. A la guerre impérialiste bourgeoise, à la guerre d'un capitalisme hautement développé, ne peut s'opposer, objectivement, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe avancée, qu'une guerre contre la bourgeoisie, la guerre pour le pouvoir, sans laquelle il ne peut y avoir de sérieux mouvement en avant, et ensuite mais seulement dans certaines conditions particulières — une guerre possible pour la défense de l'Etat socialiste contre les Etats bourgeois ».
Lénine était même contre « ces bolcheviks » ou « ces révolutionnaires » qui préconisaient une « défense nationale », qui voulaient en 1914-1918 mettre en avant dans leurs pays respectifs (la Russie, l'Allemagne, ailleurs) un « programme national » et défendre « la patrie » contre « l'invasion » et « l'occupation », conditionnellement, par des « moyens de la lutte de classe ».
Mais Lénine était d'autre part, et à juste titre, très attentif à n'importe quel mouvement de masse se dressant objectivement contre « les calamités de l'impérialisme » pendant la guerre, et prêt à l'utiliser dans la « lutte du prolétariat pour le socialisme ».
Par conséquent, une distinction devait être faite également pendant la deuxième guerre mondiale entre le caractère social des pays provisoirement occupés et les mouvements de masse objectivement dressés contre l'occupation hitlérienne, malgré leurs « impuretés » subjectives.
Les discussions et les divergences qui ont eu lieu dans notre mouvement durant la dernière guerre autour de la « question nationale » ont porté en réalité sur les points suivants: lutte « nationale-démocratique » prépondérante, sinon exclusive, ou subordonnée à la lutte prolétarienne pour le socialisme; articulation précise des mots d'ordre « nationauxdémocratiques » et des mots d'ordre proprement dit socialistes dans le sens d'un programme transitoire; attitude pratique par rapport aux mouvemenis de résistance.
Sur toutes ces questions la clarté, dans nos rangs, fut loin d'être partout complète, et la ligne adoptée correcte. Des déviations opportunistes ou gauchistes se sont développées ici et là par la complexité de la question, sous le poids de l'oppression nazie, de la collaboration de classes des directions socialistes et staliniennes, du caractère contradictoire des mouvements de résistance. Comme déviations droitières et opportunistes doivent être cataloguées toutes les tendances qui faisaient de la revendication de chaque peuple à disposer de lui-même un but en soi, le séparant du reste du programme socialiste, révolutionnaire et internationaliste ; qui se cantonaient dans la lutte «par étape », en commençant par l'étape « nationaledémocratique » que soi-disant imposaient les conditions de la guerre ; qui étaient sous une forme ou une autre pour notre participation ou notre collaboration, en tant que mouvement politique distinct, aux organisations politiques de la « Résistance »; qui mettaient sur le même plan la « résistance nationale », dans un grand pays vaincu comme la France, ef dans de petits Etats opprimés comme la Yougoslavie, la Pologne, la Grèce.
L'illustration la plus poussée de ces tendances fut donnée dans lesdites « Trois thèses » élaborées par les camarades de la section allemande en émigration (du I.K.D.) sur la question nationale, en octobre 1941. Ces thèses soulignaient « l'évolution à rebours » de la situation sous le poids du fascisme qui faisait surgir comme « question la plus urgente en Europe la libération nationale des pays asservis par l'Allemagne », qui avait dissous tous les mouvements politiques, y compris le mouvement ouvrier, dans une sorte de « mouvement populaire », sans distinction de classes, luttant exciusivement pour la « libération nationale » et qui rendait « la transition du fascisme au socialisme une utopie sans étape intermédiaire fondamentalement équivalente à une révolution démocratique ». La « libération nationale » devait être, selon les auteurs « Etats-Unis socialistes d'Europe » un mot d'ordre de simple propagande, sans articulation de ces thèses, le mot d'ordre d'agitation immédiate, et les transitoire entre ces deux revendications.
Comme déviations gauchistes, sectaires, doivent être considérées toutes les tendances qui niaient l'existence d'une oppression nationale, ou qui ne se prononçaient pas ciairement sur nofre propre drapeau (le drapeau du parti révolutionnaire) la lutte contre l'impérialisme allemand (menée bien entendu dans un sens internationaliste et de classe); qui minimisaient l'importance du travail dans les organisations populaires de résistance (partisans yougoslaves, grecs, ou F.T.P. français, etc.).
L'exemple des mouvements de résistance dans les « petits Etais » occupés comme la Yougoslavie, la Pologne, la Grèce, et des organisations populaires de résistance qui se sont dressées de bonne heure contre l'oppression nazie est caractéristique de l'ensemble des aspects de la question. Incontestablement il s'agissait là de mouvements authentiquement populaires qui, malgré leurs « impuretés » subjectives, se dressaient objectivement contre les « calamités de la guerre impérialiste », en particulier contre l'oppression nationale. Mais par leur composition plébéienne -- majorité de paysans pauvres et noyaux d'ouvriers — et dans les conditions concrètes internationales et nationales, ces mouvements avaient tendance à déborder vite le cadre « national» proprement dit et à se transformer en forces aspirant et luttant pour la révolution socialiste. telle transformation dépendait naturellement beaucoup de la direction de ces mouvements.
Dans le cas de la Yougoslavie, la ligne consciente de la direction a permis vite transformer « les détachements des partisans en brigades prolétariennes et de libération nationale » (1), c'est-à-dire de combiner la lutte de libération nationale avec celle pour la révolution socialiste. Celte combinaison était objectivement possible car les aspirations des masses étaient à la fois « démocratiques et socialistes » (2), le contraire des affirmations des «trois thèses » sur la nécessité d'une étape intermédiaire exclusivement « nationale-démocratique », découlant soi-disant de l'existence d'un mouvement de libération groupant indistinctement des éléments de toutes les classes. Du reste la différenciation rapide en Yougoslavie (ainsi qu'en Grèce, en Pologne, et même en France) entre partisans à tendance prolétarienne ef partisans à tendance bourgeoise réactionnaire est une autre confirmation de l'interpénétration du national et du social dans une combinaison organique dont la dynamique faisait ressortir de plus en plus la prépondérance du social sur le national.
Des conclusions plus balancées sur la ligne à suivre sur la question nationale ont müri parmi les cadres de la direction européenne de la IV Internationale qui se forme en 1943.
(1) Programme des communistes yougoslaves, adopté lors de leur 6° congrès national.
(2) Ibid.
En effet, grâce à des contacts noués en pleine occupation nazie de l'Europe entre différentes sections et groupes de la IV° Internationale, un Secrétariat européen provisoire se forme de bonne heure en 1943 qui se charge de coordonner la lutte des organisations de la IV: Internationale sur le plan de l'Europe continentale, et édite la revue « Quatrième Internafionale » (3).
En février 1944 se réunit « quelque part en Europe » occupée une conférence des sections européennes de la IV° Internationale, la première depuis la fondation de l'Internationale ef depuis la déclaration de la deuxième guerre mondiale. Cette conférence réunit des représentants des organisations trotskystes de France, de Belgique, de Grèce, d'Espagne, d'Allemagne, et ses travaux durèrent six jours consécutifs.
« Que dans une Europe ensanglantée -- déclarait avec une fierté légitime le communiqué de la conférence publié dans le numéro clandestin de « Quatrième Internationale » de février 1944 -— par plus de quatre ans de guerre totale, écrasée sous le joug le plus hideux des impérialismes, dont les prisons et les camps de concentration regorgent de victimes de la plus sauvage et de la plus systématique répression, notre organisation ait pu tenir son Assemblée européenne, élaborer et définir sa ligne politique de lutte, cela seul constitue la manifestation la plus éloquente de sa vitalité, de son esprit internationaliste, et de l'ardeur révolutionnaire qui l'anime. »
Les thèses sur « La liquidation de la deuxième guerre impérialiste et la montée révolutionnaire » furent le principal texte issu de la conférence européenne. C'est dans ce document que se précise, entre autres, la ligne envers la question nationale. Le document déclare clairement que le prolétariat européen ne doit pas « ruser » avec les mots d'ordre de la bourgeoisie, mais doit mettre en avant sa propre politique et se préparer non pour «l'insurrection nationale » mais pour la Révolution socialiste en Europe. Cependant, il ajoute : «Si le prolétariat doit repousser l'alliance avec sa propre bourgeoisie, il ne peut se désintéresser de la lutte des masses contre l'oppression de l'impérialisme allemand. Le prolétariat soutient cette lutte pour faciliter et accélérer sa transformation en lutte générale contre le capitalisme. Cette attitude implique la lutte la plus énergique contre les fentatives des agents de la bourgeoisie nationale de s'emparer des masses et de s'en servir pour reconstruire l'Etat et l'armée capitalistes. Tout doit être mis en ceuvre, au contraire, pour développer les embryons du pouvoir ouvrier (milices, comités, etc.), tandis que la lutte la plus énergique doit être menée contre toutes les formes du nationalisme ».
Le document est axé sur la perspective de transformer la liquidation de la guerre non pas à la française (de Gaulle) ou à la grecque (Papandreou) mais, si l'on peut dire, à la yougoslave, c'est-à-dire : ne pas permettre la reconstruction de l'Etat bourgeois, mais s'orienter vers le pouvoir prolétarien.
La question des mouvements populaires de résistance est également largement traitée dans ce document. Ce dernier constate que la question des partisans a subi une évolution depuis 1942, date jusqu'à laquelle les corps de queiques francs-fireurs en Belgique, en France et ailleurs étaient complètement à la remorque de la polifique chauvine de la bourgeoisie et de l'impérialisme anglo-américain, se livrant au terrorisme individuel contre les soldats allemands. Il s'agissait maintenant de mouvements en partie « spontanés » exprimant « la révolte ouverte et inévitable des larges couches travailleuses contre l'impérialisme allemand et contre l'ordre et l'Etat de la bourgeoisie indigène, qui personnifiaient à leurs yeux les responsables de leur misère et de leurs souffrances actuelles ».
Par conséquent, le devoir de la IV° Internationale était de « prendre en considération cette volonté de lutte des masses et de tâcher, malgré les multiples dangers consécutifs formes nationalistes que revêt cette lutte, de l'orienter vers des buts de classe ». Pour cette raison il fallait, selon le document, combiner la propagande anti-chauvine, et pour une orientation de classe, avec des efforts pratiques pour « faire pénétrer cette politique dans les rangs des partisans, en vue de regrouper les forces révolutionnaires latentes qui s'y trouvent sur une base politique et organisationnelle de classe ». Ainsi on décidait de pénétrer systématiquement dans les mouvements populaires de résistance et d'accorder plus d'importance aux possibilités révolutionnaires du contenu qu'aux aspects chauvins de la forme.
LES PERSPECTIVES DE LA REVOLUTION EUROPEENNE La question nationale était liée en dernière analyse à celle des perspectives de la révolution européenne. En effet, il s'agissait de savoir si, avec la liquidation de la guerre, on s'acheminait à «l'insurrection nationale » et à une période « démocratique-bourgeoise » ensuite, ou s'il fallait s'orienter vers la révolution socialiste, en profitant de la crise révolutionnaire créée précisément par la guerre, la défaite de l'Allemagne et de l'Italie, les
(3) Qui, après quelques numéros ronéotypés, parait imprimée des la fin 1943.
victoires de l'armée soviétique, l'exaspération des masses en Europe contre tous les responsables des « calamités de l'impérialisme ».
La discussion autour de ces perspectives s'anime particulièrement à partir de 1943, de l'invasion de l'Italie et de l'agitation révolutionnaire qui gagne ce pays. On la salue comme le début de la révolution italienne et européenne. Cependant, peu à peu, on prend conscience du poids que risquaient d'exercer, sur un développement révolutionnaire favorable, le rôle contre-révolutionnaire des directions socialistes et surtout staliniennes (aussi bien du Kremlin que des Partis communistes), et l'occupation anglo-américaine. Le Kremlin n'envisageait que la poursuite d'une diplomatie secrète avec ses « alliés » impérialistes afin de mettre au point le partage des zones d'influence à travers les conférences successives du Caire et de Téhéran, qui se prolongent ensuite par celles de Yalta et de Berlin.
La publication des mémoires des différents hommes d'Etat, comme ceux de Churchill, ainsi que de la correspondance entre Staline, Roosevelt, Churchill, les témoignages des Yougoslaves et d'autres sources, onf actuellement jeté une lumière suffisante sur ces transactions qui ont scellé, dans la plupart des cas, le sort de l'Europe en bloquant sciemment le développement autonome de la Révolution.
Les Partis communistes fidèles au Kremlin, à l'exception de l'indépendance de fait prise par le P.C. yougoslave, se cantonaient dans une stricte polifique d'« union nationale » la bourgeoisie, nullement orientée vers la révolution. Au contraire, il s'agissait en réalité pour ces partis de garantir les accords secrets conclus par le Kremlin avec ses alliés, et qui prévoyaient que des pays comme l'Allemagne, la France, l'Italie, la Belgique, la Grèce, etc., appartenaient à la zone d'influence ces derniers. Donc ils devaient rester sous régime bourgeois. D'autre part, il fallait tenir compte du fait que, dans une certaine mesure, cette politique « nafionale » des Partis communistes avait créé une situation, un certain état d'esprit dans les mouvements de masse, et que la longue oppression hitlérienne favoriserait également l'éclosion «illusions démocratiques ».
Ces considérations ne devaient naturellement pas altérer l'orientation générale juste vers le pouvoir ouvrier en Europe, et tous les efforts nécessaires pour transformer la crise révolutionnaire provoquée par la guerre en révolution victorieuse. Mais elles devaient influencer les perspectives sur le rythme du développement révolutionnaire et la conception du programme transitoire sur lequel se mobiliseraient les masses. On pouvait à juste raison craindre que le rythme ne soit plus lent, et tenir en partie compte des illusions démocratiques des masses européennes.
Ces questions furent à la fois débattues au sein de l'organisation américaine entre 1943-1946 et en Europe. En dehors de petites minorités qui avaient une vision simpliste de la transition de la guerre à la « paix » avec possibilité de brüler en quelque sorte les étapes et d'arriver vite au pouvoir des « Comités », des soviets, la très grande majorité de l'Internationale tenait compte des difficultés résultant des facteurs ci-dessus mentionnés (politique des directions traditionnelles, illusions démocratiques des masses, occupation anglo-américaine).
La principale différence au sein da la majorité concernait la conception, la structure du programme pour mobiliser les masses, programme essentiellement démocratique comme certains le préconisaient, adapté à la « conscience politique » des masses imbues d'illusions démocratiques et parlementaires, ou programme essentiellement transitoire axé avant tout sur les conditions objectives dans lesquelles se trouverait le capitalisme après la liquidation de la guerre ?
La majorité de l'Internationale fut résolument orientée vers cette dernière conception du programme, sans minimiser le « rôle énorme » que les mots d'ordre démocratiques pouvaient jouer à certains moments de la lutte. Mais sans oublier également que pour nous « les formules de la démocratie ne sont que des mots d'ordre passagers ou épisodiques dans le mouvement indépendant du prolétariat et non pas un nœud coulant démocratique passé autour du cou du prolétariat par les agents de la bourgeoisie (Espagne) > (Programme de transition de la Conférence de fondation de la IV: Internationale).
Une erreur d'appréciation commune à toute l'Internationale jusqu'à la fin de 1944 fut celle de la perspective de la révolution allemande. De la perspective inévitable de la défaite et de l'effondrement du régime hitlérien était dégagée celle de la révolution en Allemagne, car on réalisa mal à cette époque les conséquences de la politique réactionnaire du Kremlin en alliance étroite avec les impérialistes anglo-saxons pour occuper conjointement l'Allemagne, la démembrer, la piller et lui enlever toute possibilité de relèvement révolutionnaire. Cette perspective était en réalité liée à celle plus générale de la révolution européenne, basée sur la conception de l'Europe en tant qu' « épicentre » numéro 1 de la crise révolutionnaire qui accompagnerait la liquidation de la guerre. Il fallut qu'un certain temps se passe avant qu'on réalise que les véritables transformations révolutionnaires se situeraient sur le plan colonial et dans les pays occupés par l'armée soviétique.
NOS VICTIMES PENDANT LA GUERRE Il n'est pas encore possible de brosser un tableau tant soit peu complet de l'activité pratique des militants de la IV° Internationale pendant la deuxième guerre mondiale, et de ce que cette activité coûté. On connaît par exemple encore mal ce que fut l'activité des trotskystes en U.R.S.S., dans les camps de concentration et les prisons. Des quelques témoignages émanant de libérés des camps soviétiques, qui ont pu gagner l'occident, nous savons cependant que les militants trotskystes survivants de la terreur stalinienne des années 1936-1938 ont continué leur résistance indomptable, et furent parmi les éléments politiquement les plus solides ef les plus actifs de ces lieux de désolation.
Nous ne connaissons pas non plus tous les détails de l'activité de nos militants dans les camp de concentration ef les prisons de l'Allemagne nazie, ni de la Chine de Tchang-Kai-Chek.
Ce qui est certain, en tout cas, c'est que partout les militants trotskystes ont su réorganiser leurs forces pendant la guerre elle-même, et que de nouvelles organisations et contacts ont surgi durant cette même période, comme en Inde, à Ceylan et dans divers pays de l'Amérique latine.
Nous savons par contre beaucoup mieux ce qui s'est passé dans les pays de l'Europe occidentale occupés par les nazis, ainsi qu'en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie et ailleurs. Il y a même des endroits, qui n'ont pas pesé beaucoup sur les destinées du monde, comme la Palesfine sous mandat anglais pendant la guerre, mais où cependant l'activité des militants trotskystes garde une haute signification pour la justesse de la ligne défendue et les sacrifices consentis pour cette tâche. On ne saurait par exemple, à la manière de la révolution arabe actuelle, minimiser la lutte que les trotskystes avaient menée avant et durant la guerre en Palestine, contre l'impérialisme anglais, français et américain, contre le sionisme, contre la création d'un Etat juif au détriment des Arabes, pour la libération et l'unification des pays arabes, et pour un mouvement ouvrier socialiste révolutionnaire inter-arabe.
Cette ligne, les trotskystes palestiniens l'ont défendue pendant la guerre dans des publications multiples publiées en hébreu, arabe et anglais (à l'usage des soldats anglais) et sévèrement réprimées par l'impérialisme anglais et ses alliés sionistes. On ne saurait par oublier quelle était à cette époque la ligne des staliniens, à l'exemple de celle poursuivie par le Parti communiste syrien, dirigé par Bakdasch, qui préconisait la coopération absolue avec de Gaulle, s'opposait à toute action de classe contre les féodaux et les capitalistes indigènes, rejetait toute idée de réforme agraire et se contentait d'implorer la « pitié » des féodaux pour « les fellahs misérables ».
Les seuls procès publics tentés pendant la guerre, et les seules condamnations à mort ou à la prison des dirigeants et militants révolutionnaires accusés d'opposition à la guerre impérialiste, dans l'un et l'autre camp, ont eu comme victimes des trotskystes. C'est ainsi qu'en Hollande, la Gestapo assassinait, le 12 avril 1942, après un procès public, neuf dirigeants bien connus du R.S.A.P., trotskysants ef trotskystes, parmi lesquels les camarades Sneevliet et Dolleman. A Vienne, ainsi qu'en Allemagne, des militants trotskystes furent exécutés à la suite d'un procès public. Nous avons déjà parlé du procès et de l'emprisonnement des dirigeants trotskystes aux Etats-Unis, ef des dirigeants trotskystes emprisonnés à Ceylan.
En Angleterre, en 1943 et 1944, les trotskystes jouent un rôle de premier plan dans la vague des grèves qui marque le réveil de la conscience politique des ouvriers anglais et leur opposition à la guerre impérialiste. La presse capitaliste incrimine les frotskystes, la justice bourgeoise s'acharne sur plusieurs dirigeants, tenus pour responsables de l'agitation ouvrière, à l'encontre du parti stalinien qui prêche l'union sacrée aufour de la direction « nationale » de Churchill.
Mais c'est dans les pays de l'Europe continentale occupée par les nazis que la IV° Internationale a eu à payer le plus lourd tribut pour la lutte conséquente et courageuse contre la guerre impérialiste ef contre le régime qui l'a engendrée (4). En France, de bonne heure, plusieurs camarades tombent victimes de la féroce répression nazie. Parmi les premiers, Marc Bourhis et Pierre Gueguen, fusillés le 22 octobre 1941 au camp de Châteaubriant, et des dizaines d'autres camarades arrêtés et déportés, dont la plupart sont morts dans les camps de concentration. En octobre 1943, la Gestapo arrête le secrétaire du P.O.I., section française de la IV" Internationale, le camarade Marcel Hic, et l'envoie à Buchenwald, et ensuite à Dora, où il est mort.
Malgré cefte répression qui décime de temps à autre leurs rangs, les militants trotskystes en France se réorganisent et poursuivent une activité inlassable. Pendant quatre ans, la presse
(4) Pour plus de détails, consulter la brochure « La lutte des trotskystes sur la terreur nazies, éditée par le P.C.l. de France.
trotskyste parait régulièrement, le plus souvent imprimée. En réalité, à côté de la presse stalinienne, les publications trotskystes sont les seules à paraître régulièrement et imprimées. «La Vérité » parut ronéotypée, dans la clandestinité, dès le mois d'août 1940, appelant les première à la résistance contre l'occupation nazie. Elle a réalisé en fout 73 numéros clandestins, dont 19 ronéotypés et 54 imprimés, à côté d'autres publications trotskystes clandestines en France.
« Quatrième Internationale », revue théorique du Secrétariat européen de la IV° Internationale formé en 1943, après quelques numéros ronéotypés, paraissait également imprimée dès la fin de 1943. Une mention spéciale doit être accordée à la publication d'un organe imprimé en allemand, « Arbeiter und Soldat », destiné à la propagande parmi les soldats allemands en France et dans d'autres pays de l'Europe. Publication également du Secrétariat européen, elle avait comme rédacteur responsable le camarade Paul WIDELIN, émigré trotskyste allemand.
« Arbeiter und Soldat » fut l'unique organe en allemand du marxisme révolutionnaire, dont la diffusion téméraire parmi les soldats allemands a coûté la vie à plusieurs camarades, soldats et civils, allemands et français, liés à ce travail.
Des hauts faits d'héroisme et de dévotion à la cause révolutionnaire de l'Internationale ont marqué l'activité. des frotskystes pendant la guerre, aussi bien en France qu'ailleurs. Il suffit de mentionner les noms de camarades tels que le Belge Léon LESOIL, ancien dirigeant du P.C. belge et ensuite de l'organisation trotskyste belge, arrêté en 1941 et mort en déportation en Allemagne, et A. LEON, jeune dirigeant de l'organisation belge, remarquablement doué, auteur du livre unique sur la conception matérialiste de la question juive, arrêté et mort en déportation ; l'Italien BLASCO (Tresso), ancien dirigeant du P.C. italien, fondateur de l'opposition trotskyste de gauche italienne, emprisonné par les nazis et assassiné ensuite par les staliniens; des dizaines de camarades grecs assassinés par les fascistes ou les • staliniens (en décembre 1944), parmi lesquels le nom prestigieux du camarade Pentelis POULIOPOULOS, ancien secrétaire du P.C. grec; de plusieurs camarades polonais, et autres.
Peu avant la libération de Paris, au début de l'été 1944, la Gestapo arrêta quatre militants trotskystes, deux femmes et deux hommes, parmi lesquels le camarade Widelin. Amenés dans les locaux de la police, ont eu chacun un sort extraordinaire. L'un camarades hommes put sauter du deuxième étage de l'immeuble et s'évader, fait quasi unique dans l'histoire de Paris occupé par les nazis. Le camarade Widelin fut emmené au bois de Vincennes et laissé là exécuté. Il n'éfait pas cependant encore mort. Transporté par un passant à l'hôpital Rotschild, il put avertir les camarades qui se mirent à organiser son enlèvement de l'hôpital, le cas échéant par la force. Mais un jour avant l'exécution du projet, la Gestapo avertie par un membre du personnel de l'hôpital, mit une seconde fois la main sur sa victime et l'acheva.
Cette année (1958) est mort en Belgique, dans le plus grand anonymat, le camarade GALLOIS, ouvrier mineur, qui fut déporté pendant la guerre à Buchenwald. Un jour, les S.S. riant, ont présenté devant une assemblée de déportés défaillants, à peine debout sur leurs jambes, un amas d'êtres humains squelettiques, puants, pleins de vermine. Il s'agissait d'Israélites que les S.S. s'apprêtaient à « gazer » sauf dans le cas avaient-ils déclaré où une « âme charitable » se chargerait de les nettoyer un par un. Aucun chrétien ni autre homme du camp n'a bougé pour cette besogne, sauf le camarade Gallois, qui sortit humblement du rang et se proposa pour accomplir la tâche, à condition que respectent leur promesse et épargnent la vie aux Israélites en question. Et des semaines durant le camarade Gallois est en effet allé jusqu'au bout de sa mission.
La mort du camarade Pouliopoulos n'est pas moins caractéristique de la qualité humaine et de la trempe de plusieurs des nôtres qui ont porté le drapeau de la IV Internationale pendant la deuxième guerre mondiale. Le camarade Pouliopoulos, en prison depuis 1939, fut exécuté avec trois autres camarades trotskystes en juin 1943, choisis parmi les premières victimes de la répression fasciste en Grèce. Il harangua les soldats du peloton d'exécution en leur propre langue, provoquant une véritable émeute parmi eux, les soldats refusant de l'exécuter. Et ce sont en définitive les officiers qui ont tiré, tuant le camarade Pouliopoulos ef ses compagnons. Nos camarades sont tombés non pas pour la « patrie », non pas pour la « démocratie », mais pour la Révolution et le Socialisme.
Les jeunes militants de la IV Internationale sauront perpétuer la mémoire de nos morts héroïques pendant la deuxième guerre mondiale qui, s'appelaient-ils Widelin, Léon, Lesoil, Hic, Blasco, Pouliopoulos ou Gallois, etc., ont montré partout le même visage du milifant marxiste révolutionnaire, intrépide contre le courant, intrépide contre l'ennemi de classe, fier de défendre contre vents ef marées, en tout lieu et en toute circonstance, le drapeau de la IV° Internationale.