La Chine est actuellement dans un état de révolution « ininterrompue» qui condense « vingt ans dans un jour », selon les propres formules que les dirigeants chinois emploient actuellement en les empruntant, rappellent-ils, à Marx et à lénine. Ainsi Liou-Chao-Chi, dans le rapport qu'il fit à la deuxième session du 8* Congrès national en mai dernier, n'a pas hésité à affirmer que la révolution chinoise a été toujours dirigée par le P.C. chinois et Mao Tsé Toung dans lesprit de la révolution « ininterrompue ».
Les dirigeants chinois emploient maintenant ce terme dans le sens de la « révolution nant ce terme dans le sens de la a révolution permanente» qui stipule que la prise du pouvoir dans un pays n'achève pas la révolution mais inaugure toute une période de transformatione rávolutionnairpe maramant transformations révolutionnaires, marquant autant de stages dans le « développement constant de la révolution ».
1955 et 1956 furent les années de la collectivisation totale de l'agriculture et de la « socialisation » de l'industrie, de l'artisanat et du commerce. 1957 fut surtout l'année de la campagne de « rectification » qui, commencée sous le signe de la « libéralisation » en tenant compte des « contradictions dans le peuple », a vite tourne en une furieuse campagne d'extermination des «droitiers ». 1958 sera avant tout l'année des « communes du peuple ».
Cette dernière transformation est de loin la plus radicale qui ait été jusqu'ici entreprise par la direction chinoise à la fois sur les plans économique, social, culturel et administratif.
Mais, avant de traiter ce sujet, il nous faut mieux saisir ce qui peut s'appeler la « révolution ininterrompue » et « tumultueuse » qui se dessine à partir de mai de cette année en Chine, et dont le caractère frénétique n'a jamais été égalé dans l'histoire d'aueune révolution, y compris en Union soviétique lors du tournant des années 1928-1933, du premier plan quinquennal et de la collectivisation forcée.
Pour comprendre les événements, force nous est donné de fixer quelques repères, relativement arbitraires, et de partir par exemple du bilan et des perspectives de la situation tels qu'ils étaient établis lors de la deuxième session du 8• Congrès national en avril-mai derniers. A ce moment, les dirigeants chinois paraissent déjà être saisis par l'ampleur des résultats acquis dans le domaine de la « construction socialiste» et par « lhéroïque esprit communiste d'autosacrifice » des masses ayant comme mot d'ordre « Travail dur pour quelques années, bonheur pour des siècles ». (Discours de Liou-Chao-Chi.)
rompue" en Chine
Le printemps 1958 marque le début d'un saut phénoménal dans tous les domaines de la production. On estime à cette époque (fin avril 1958) que la production industrielle marquait une avance de 26 % par rapport a la période correspondante de 1957 / ; que la production d'acier atteindrait T.100.000 tonnes en 1958, la production de charbon 180.000.000 de tonnes, la production de machines-outils 60.000 unités. Dans l'agriculture, le progrès le plus important était accompli dans le domaine de l'irrigation en ajoutant 35,000.000 de maus (1) de terres irriguées, soit $0.000.000 de maus de plus qu depuis huit plus que le les milliers
• le total des terres irriguées ans, et 110.000.000 de maus de irriguées durant total des terres d'années avant la libération.
Ce qui faisait prévoir des résultats records pour cette année.
Sur la base de tels faits et perspectives, le Comité central du parti proposait en mai de pousser plus encore en avant la « révolution technologique » afin d'accroître l'essor des forces productives par toute une série de mesures, dont la plus importante était de « transformer toutes les grandes et moyennes villes du pays en centres industriels », et « de construire de nouvelles bases industrieiles là où les conditions nécessaires existent, de permettre à toutes les villes des régions agricoles et à de nombreuses villes de développer leurs propres industries et d'augmenter la valeur de la production industrielle de toutes les provinces et régions autonomes et même de la plupart des districts administratifs provinciaux de sorte qu'elle dépasse celle de leur production agricole ».
Du 17 au 30 août a eu lieu un Plénum élargi du Bureau politique du P.C. chinois prit la décision de porter la production de l'acier pour 1958 de 7.100.000 tonnes à 10.700.000 tonnes, soit le double de celle de 1957. Le Bureau politique, d'autre part, évalua la production agricole en produits alimentaires de cette année à 300 ou 350 millions : de tonnes, soit une augmentation de 60 a 90 % par rapport à 1957, et la production du coton à 3.500.000 tonnes, soit le double de 1957.
Sur la base de ces résultats, le Bureau politique « souligne que 1959 serait une année décisive dans les trois années de dure bataille du peuple pour tout le pays. 1959 exige que l'industrie et l'agriculture chinoises continuent à aller de l'avant à la vitesse de 1958 ou même à vitesse plus grande ». (Souligné par nous.)
(1) 1 mau = 6,7 ares.
Mais la décision la plus importante de cette réunion fut incontestablement « l'établissement des communes du peuple dans les régions rurales à travers le pays ».
Depuis que ces décisions furent prises,
A la veille du ge anniversaire de la Libération (octobre 1958), la presse chinoise est remplie de statistiques illustrant le « phénoménal » saut en avant de la production qui se développe selon un rythme jamais égalé dans lhistoire par aucun pays, y compris TU.R.S.S. L'objectif de 10.700.000 tonnes d'acier sera atteint cette année grâce à une multitude fantastique de petits hauts-fourneaux (blast furnaces) construits à travers le pays (116.000 en septembre 1958, fonetionnant par des méthodes locales).
L'énergie électrique atteindra cette année 27.500 millions de kilowatts-heure, soit 42 % de plus qu'en 1957; la production de machines-outils augmentera de 4,5 fois plus qu'en 1957 ; la production de charbon (210 millions de tonnes, 60 % plus qu'en 1957.
La production agricole atteindra 350 millions de tonnes de produits alimentaires (le riz en étant le principal), soit le double de l'année passée. La seule production de blé a atteint cette année 40 millions de tonnes, dépassant celle des Etats-Unis et faisant de la Chine le second pays producteur de blé dans le monde. La production de coton a également doublé, atteignant 3,5 millions de tonnes, faisant de la Chine le premier pays producteur de coton du monde. L'irrigation a fait des progrès colossaux, englobant 32 millions d'hectares supplémentaires, soit l'ensemble des terres arables de la Grande-Bretagne et de la France réunies. C'est en réalité le développement « fantastique » de l'agriculture qui, à son tour, entraine actuellement le développement de l'industrie, avec un accent particulier sur Tindustrie lourde.
Ainsi est préservée la ligne du parti d'un développement « équilibré » entre l'agriculture et l'industrie, l'une épaulant constamment l'essor de l'autre.
Des taches qui, normalement, exigeraient «20 à 30 ans et, dans certains cas, 60 à 70 ans », ont été accomplies, selon la presse chinoise, en 1958, dans une seule année.
«La production a fusé dans presque toutes les branches de l'industrie, de l'agriculture et dans d'autres domaines d'activité. » « Des miracles ont été effectués par les efforts extraordinairement appliques et audacieux des 650 millions de Chinois.» «Il ne faudra pas longtemps pour dépasser Angleterre », conclut la presse chinoise qui prévoit des resultats productits encore plus étonannts pour 1959, « l'année décisive ». Ces « miracles » sout d'autant plus stupéfants qu'ils ont été accomplis sur une base matérielle et technologique des plus rudimentaires. Prenons par exemple l'agriculture. « Les résultats formidables de la Chine une énorme campagne de presse ne cesse de glorifier à la fois de nouveaux résultats surprenants obtenus dans le terrain économique et le mouvement « irrésistible » qui emporte les masses paysannes vers la création tion des « communes du peuple ».
en agriculture cette année, affirment les
Chinois (2), ont démoli et rendu surannée la théorie selon laquelle un niveau élevé de développement ne peut être obtenu en agriculture que par la mécanisation. Le grand progrès agriculturel de la Chine cette année, effectué sans tracteurs ni grandes quantités d'engrais chimiques, repose principalement sur l'initiative et l'esprit créateur des paysans, sur la conservation de l'eau, des engrais des cours de ferme, un profond labourage, l'amélioration du sol, la popularisation de semences sélectionnées, des plantations rapprochées, un contrôle des parasites et des maladies des plantes ,un soin de la terre et l'amélioration des outils. »
Quant aux développements dans l'industrie, la presse chinoise les attribue entre autre au fait que les « mystères autour de autre au la technique industrielle » ont été dissipés et que « tout le parti et tout le peuple » ont été engagés directement dans la construction et dans le fonctionnement de toutes sortes d'industries. Egalement au fait du développement, selon la ligne du parti, « à la fois de l'industrie nationale et locale et d'entreprises grandes, moyennes et petites simultanement avec une direction centralisée, une planification générale, une division convenable du travail et la coordination conformément à la situation concrète du pays ».
Ainsi, en résumé, les progrès de la prorationalisation du travail humain, mobilisé duction s'expliqueraient par une certaine sur une échelle vraiment superpharaonique dans toute la Chine, sous l'impulsion du Parti communiste, et pour tout dire sans la coercition indirecte, le cas échéant direct, de l'appareil d'Etat que ce parti contrôle. Mais la base d'un enthousiasme sincère de larges masses pour l'effort constructif gigantesque à l'étape aetuelle ne doit pas non plus être minimisée. Les «miracles » de la Chine sont ceux d'un travail acharné de toute l'innombrable population du pays. travail mieux rationalisé que par le passe et qui, . appliqué à partir d'un niveau de production tres bas, ne peut que donner pour toute une période des rendements relatifs vraiment « miraculeux ». Chine connait en quelque sorte sa période Infiniment plus vite que IU.R.S.S., la «stakhanoviste », c'est-à-dire une certaine rationalisation du travail libéré des entraves routinières, avec cette différence que le stakhanovisme chinois a pris déjà un aspect de mouvement de masses colossal et s'efforce de tirer un meilleur parti plutôt des méthodes de travail et des possibilités matérielles locales que des moyens de production mécanisés.
2) Bulletin de Usin Hua Neus Agencu (21-9-1958).
BILAN ET PERSPECTIVES ECONOMIQUES
BILAN ET PERSPECTIVES ECONOMIQUES
«LES COMMUNES DU PEUPLE »
• « Les communes du peuple — stipule l'ordonnance publiée en septembre dernier dans l'organe théorique du Parti le Drapeau Rouge, concernant la commune type de Weising dans la province de Honan — est une unité de base de la société dans laquelle la population travailleuse s'unit de son propre gré sous la direction du Parti communiste et du gouvernement du peuple. Sa tâche est de diriger toute la production industrielle et agricole, les échanges, le travail culturel et éducationnel et les affaires politiques dans sa propre sphère. »
Cette nouvelle forme d'organisation dans les campagnes, considérée par la presse chinoise comme « une tendance inévitable dans le développement de l'histoire chinoise » et comme « la meilleure forme pour accélérer la construction socialiste et la transition au communisme en Chine », a commencé à se propager irrésistiblement surtout à partir de septembre 1958.
Les «communes du peuple» ont surgi tout d'abord « spontanement », furent ensuite remarquées par le Parti communiste chinois, encouragées et développées sous sa direction. A la suite des grandes vietoires remportées dans la production agricole durant l'été et l'automne de cette année, de petites coopératives agricoles ont commencé à s'amalgamer en de plus grandes et à se transformer en « communes du peuple » « où la cité et la commune deviennent une seule entité et où l'industrie (l'ouvrier), l'agriculture (le paysan), les échanges (le commerçant), la culture et l'éducation (l'étudiant) et les affaires militaires (le milicien) fusionnent ».
Une des caractéristiques principales des
Best qu'elles sont bâties sur «communes » une grande échelle, possédant beaucoup de terre et embrassant des milliers de personnes. «Elles peuvent développer l'agriculture, les forêts, l'élevage des animaux, les pêcheries et des productions subsidiaires. » « Les communes du peuple établies jusqu'à présent embrassent généralement quelques dizaines de milliers de membres, et même de foyers, et leur superficie est égale à celle des cités. » Par le fait que les communes entreprennent des tâches productives plus vastes et plus compliquées, elles ont aussi besoin de toute la force de travail disponible. D'autant plus que partout, tuellement en Chine, celle-ci constitue l'étape actuelle de loin la plus importante sinon l'unique force productive. D'où la nécessité d'une tout autre organisation ciale afin de libérer « le plein emploi de la force de travail», y compris celle des femmes, des enfants et des vieillards, et d'en éviter les « gaspillages ».
Pour cette raison, les « communes » « non seulement ont à collectiviser davantage le travail, mais doivent aussi organiser le mode de vie collective. Sur la base de cet urgent besoin, on a formé un grand nombre cantines publiques, de crèches, de jardins d'enfants, d'équipes de couture, etc. »
La forme de propriété des communes est « collective », en attendant qu'elle devienne
« propriété de tout le peuple », c'est-à-dire étatique (ce qui est déjà le cas dans quelques c communes » avancées).
Les comités administratifs des communes sont en réalité « les conseils populaires des cités », des soviets. «Il existe aussi la tendance à une fédération des communes du peuple dans un district pour faire un avec le conseil populaire de ce district. Ceci favorise une direction unifiée, combine étroitement l'économie collective des coopératives avec l'économie propriété d'Etat des villes et des distriets, et aide à la transition de la propriété collective à la propriété par le peuple dans son ensemble. » (Quotidiem du Peuple, 3-10-1958.)
Les dirigeants chinois estiment que la transformation de la propriété « collective » en propriété de « tout le peuple » demandera 3 à 4 années, sinon 5 à 6 années, pour être complétée dans les campagnes. Quelques années plus tard, après cette période de transition (propriété de « tout le peuple »), grâce à un développement inoul des forces produetives, la Chine entrerait dans la phase du communisme proprement dite.
« La commune du peuple actuel — écrit l'organe théorique du P.C. chinois le Drapeau Rouge (fin septembre 1958) - offre a notre pays une bonne forme d'organisation pour accélérer la construction socialiste et la transition au communisme. Ce ne sera pas seulement l'unité primaire de notre société au stade actuel, mais elle grandira deviendra lunité primame de la future société communiste. » (Souligné par nous.)
Pour le moment cependant, il ne faut pas faire d'illusions. • commune peuple » est une organisation travail agricole « selon des lignes militaires ». Cela ne veut pas dire cependant — s'empresse de souligner l'organe théorique du parti sus-mentionné — que les paysans soient organisés dans des casernes, ou qu'ils se soient accordé les titres de généraux, de colonels et de capitaines. « Cela veut dire simplement que l'expansion rapide de l'agriculture exige qu'elles renforcent considérablement leur organisation, agissent plus rapidement et avec une discipline et une efficacité plus grande, de manière que, comme les ouvriers d'usines et les soldats, elles puissent être déployées avee une grande liberté et sur une vaste échelle.»
Pour le moment, cette organisation militaire est destinée mener les batailles contre la nature ». Mais le cas échéant, si un ennemi extérieur attaquait, « alors toute la population armée serait mobilisée pour balayer l'ennemi résolument, parfaitement et complètement.
Comme c'est actuellement le cas dans les usines, les écoles et les autres organisations, il existe également dans les « communes du peuple » une milice englobant tous les hommes et les femmes de 17 à 40 ans qui s'entraînent militairement tout en travaillant. La milice, selon Mao, est « une organisation à la fois militaire, de travail, d'édu- cation et d'athlétisme », à côté des forces armées régulières. La tension dans le détroit de Formose a énormément propulsé cette organisation qui, sous le slogan « chacun un soldat », est portée actuellement à des effectifs de plus de 72 millions.
Les « communes du peuple » enfin combinent également le travail éducatif avec le travail productif, en imposant une scolarité générale par étapes et sous des formes diverses à tous leurs membres, en dehors de leurs heures de travail, réduites pour permettre précisément cette scolarité.
Ceci du reste rejoint la directive générale de travail éducatif en Chine, qui implique une étroite association avee le travail manuel productif (3) à tous les échelons de la scolarité (4). Selon cette directive, outre la formation d'écoles directement attachées aux usines, aux autres entreprises, aux « communes du peuple » fréquentées par les ouvriers et les paysans en dehors de leurs heures de travail, les écoles permanentes et à plein temps comporteront un cours de travail manuel avec stage obligatoire de travail manuel pour tous les élèves et à tous les échelons de la scolarité. C'est là une réforme qui dépasse déjà de loin les réformes éducationnelles de Khrouchtchev actuellement en discussion en U.R.S.S.
Les membres des « communes du peuple » reçoivent une partie de leurs besoins en nourriture et d'autres services gratuitement, en plus d'un salaire de base et de primes selon I « intensité » de leur travail. La situation varie d'une commune à l'autre quant à l'ampleur des besoins qui sont déjà satisfaits gratuitement. Quelques communes accordent la nourriture, les vêtements, le logement, l'éducation, les services médicaux, ete., gratuitement. Quelques autres étendent déjà ce système aux bains, théatres, cinémas, chauffage domestique, ete.
Ainsi, disent les dirigeants chinois, le revenu des membres des «communes» est déjà divisé en deux parties: l'une accordée selon « le principe communiste à chacun selon ses besoins, l'autre selon le principe socialiste à chacun selon son travali ».
En réalité ce système de distribution —- qui se pratiquait avant la libération dans les régions occupées par les armées de Mao — a pour but de transformer les paysans en ouvriers agricoles, avec un revenu fixe, tout en favorisant pour l'instant les plus pauvres, par exemple les familles nombreuses disposant d'une capacité de travail limitée, et qui auparavant — selon la presse chinoise elle-même — avaient souvent peine à assurer leur existence.
La création des « communes du peuple » a pris un essor encore plus rapide et irrésistible que la campagne de collectivisation de l'agriculture en 1956, assure la presse chinoise. A la fin de septembre, plus de 90 % de toutes les familles des 500 millions
(3) Selon une décision du Parti et du gouvernement en date du 25-10-1958, tous les fonctionnaires sont désormais obligés de participer au travail manuel dans l'industrie on l'agriculture au moins un mois par an.
(4) Décision du Comité central du P.C. chinois du 20-10-1938.
de paysans chinois avaient rejoint les communes. Il y a actuellement (octobre 1958) plus de 28.384 communes en Chine, avee 4.797 ménages chaque en moyenne (contre 750.000 coopératives agricoles qui existaient auparavant). Organisées « suivant des lignes militaires pour faire les choses de la manière dont sont menées des batailles », elles vivent de manière « collective ». Selon des statistiques récentes portant sur 11 provinces et régions autonomes, 1.400.000 restaurants publies et 1.200.000 garderies d'enfants ont été créés à côté d'autres services «collectifs ».
Ainsi la Chine est actuellement lancée dans une entreprise gigantesque qui, sui une base de « collectivisme » spartiate, s'efforce de valoriser au maximum son capital principal: la force de travail de 650 millions d'êtres humains.
En effet, tout est tendu vers la production par lhomme, comme cela n'a été jamais entrepris dans l'histoire, avec des résultats certes surprenants. A côté du travail des ouvriers dans les villes et des paysans dans l'agriculture, la Chine mobilise actuellement sur une échelle gigantesque le travail supplémentaire des paysans dans les industries locales, ainsi que celui des femmes libérées du travail domestique, et des enfants et des vieillards.
Cette mobilisation dirigée et au moins élémentairement rationalisée, provoque une éclosion des forces productives de la Chine endormie depuis quelques millénaires telle que, comparativement au bas niveau d'où ce pays partait au lendemain de la libération, elle est naturellement stupéfiante.
D'autre part, de manière absolue également, le produit du travail acharné d'une population de 650 millions d'habitants consommant de manière spartiate, ne manque pas d'être de toute façon impressionnant.
Reste à savoir, en réalité, quelle est la qualité de ce travail et combien de temps la surtension actuelle peut durer, sur la base d'une distribution plus qu'élémentaire. Les critiques à ce propos ne manquent pas, y compris dans les rangs du Parti communiste, comme cela se dégage des discours de plusieurs officiels, en commençant par Mao lui-même et Liou-Chao-Chi.
Les critiques portent précisément sur la «tension » extrême imposée au travail, sa «rapidité », ainsi que son « style paysan », « la manière de guérillas de faire les choses », ete. Mais les dirigeants chinois rejettent ces critiques comme non fondées, défaitistes, timorées, ne tenant pas compte du potentiel créateur des masses et des possibilités immenses du pays (5). C'est le langage que tenait également Staline lors des extravagances du premier plan quinquennal et de la collectivisation forcée dans les années 30.
(5) Le potentiel en fer de la Chine est actuellement estimé à 100.000 millions de tonnes : celui en charbon à 1.500.000 millions de tonnes: celui en phosphates 30.000 millions de tonnes.
Cependant, il serait erroné de minimiser le réel enthousiasme créateur qui existe actuellement en Chine, et dans lequel puisent amplement les dirigeants chinois. Il serait également erroné de minimiser l'essor gigantesque pris par le pays, ainsi que la ferveur révolutionnaire qui y règne et se reflète dans l'ensemble des masses chinoises et de la politique du P.C. chinois.
Tout cela ce ne sont pas simplement des bravades, hypocrisies ou infantiles ; c'est le orgueil, l'immensité de sa stature face au monde du xx* siècle. Il sent en lui-même des forces illimitées qui se réveillent. Sa vision du monde, tout autre que celle de n'importe quelle puissance, est une mixture peut-être d'infantilisme, normal à un pays encore hier endormi dans le passé, qui accède avec une telle fougue, une telle fureur à l'uge atomique, et de gigantisme réel.
Tout cela constitue un mélange révolutionnaire extraordinaire, explosif non seulement en matière de politique intérieure, mais nécessairement aussi de politique extérieure.
Les Chinois aiment à répéter que l'impérialisme est en fait un « tigre de carton », un régime virtuellement fini, qui ne livre que des batailles désespérées d'arrière-garde.
et déjà que « le vent d'Est préva vent d'Ouest ». Même la bombe et atomiques ne détruiront que «| lisme », pas «le socialisme », déjà effectif de l'enjeu historique.
Tout cela n'est pas simplement vades, hypocrites ou infantiles; ut sur le la guerre e capitavainqueur des brac'est le reflet d'une assurance réelle de la Chine qui prend conscience de sa force et de ses possibilités énormes, de son rôle immensément accru dans le monde d'aujourd'hui et encore plus de demain.
Le problème, c'est de « civiliser » en quelque sorte cette force gigantesque, en évitant qu'elle ne traverse une phase d'orgies superstaliniennes contre l'homme. La « civiliser ». grâce à l'aide matérielle et idéologique de. la Révolution socialiste mondiale qui somme• toute est historiquement en retard par rapport à la révolution chinoise et à la révo.lution coloniale en général.
10 octobre 1958.