Documents de la IVe Internationale

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La revue › 16e année, n° 4

La Révolution algérienne au tournant

Quatrième Internationale, 16e année, n° 4 · octobre-novembre 1958 · p. 12-14 · 1 305 mots

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La révolution algérienne arrive à un tournant. Flle est actuellement soumise à la pression conininte de l'impérialisme francais, de la bourgeoisie « bourguibiste » nro-occidentale de la Tunisie et même du Maroc et des éléments pro-bourgeois à la Ferhat Abhac dn F.L.N. D'autre nart. la défaite subie par le mouvement prolétarien en France pèse également sur son évolution.

L'arrivée de de Gaulle au pouvoir, ses ouvertures, ses initiatives, ses promesses sur le plan colonial, ont incontestablement semé une certaine confusion dans les rangs aigériens et renforcé l'aile « honrguihiste , de la direction actnelle de la révolution algérienne. Ta nouvelle Constitution, avec les concessions qu'elle comnorte à l'égard l'exemole do la Guiné, ensuitle discours de Constantine. et enfin les mesures nrises de Atriqu• Noir et les promesses : nu'elle contient d'une évolution à l'indépendance. à l'égard des comités des ultras en Algérie, font miroiter à certains la possibilité d'une « solntion négociée » en Algérie.

Bourguiba, qui vient de rompre avec éclat les derniers liens avec le Caire, épaulé - il ne faut nas en douter — nar le roi du Maroc, mettra tous ses atouts sur la balance pour favoriser une solution de compromis du F.L.N. avec la France.

Dans ces conditions, les éléments « bourguibistes », c'est-à-dire pro-bourgeois, proimnérialistes du F.T.N.. se trouveront eux-mêmes renforcés pour préconiser la « modération » et la « négociation » avec un minimum de conditions préalables. TIs feront valoir leur habilité " diplomatique », pour nréconiser une « solution négociée » vu le piétinement sinon l'impasse sur le terrain militaire proprement dit, et dans une certaine mesure également sur le terrain militaire.

Ferhat Abbas, résident du gouvernement provisoire algérien, s'est précipité pour faire à ce propos des déclarations d'une « souplesse diplomatique » au moins curieuse inon franchement scandaleuse, rejetant entre autre la responsabilité de l'action menée écemment en France par le F.L.N. sur sa Fédération dans la métropole. Quel étrang rapide oubli de ses toute récentes déclarations de « transporter la guerre en France ! ». Ferhat Abbas cependant devrait se souvenir qu'il n'est pas diplomate d'un gouvernement quelconque, mais le membre de la direction d'une révolution en plein combat, dont l'admirable base plebéienne de paysans pauvres et d'ouvriers a eu jusqu'ici 600.000 victimes de la barbare répression impérialiste. Quant aux louanges que Ferhat Abbas adresse à de Gaulle, elles rejoignent actuellement celles que Messali Hadj cesse de prodiguer au « noble », « grand soldat », etc., avec lequel il se voit déjà assis autour d'une Table ronde, en « interlocuteur valable » pour une « solution » en Algérie.

Mais quelle « solution négociée ? ». Il est certain qu'il n'existe actuellement aucune fraction importante de la bourgeoise française qui envisage une indépendance tant soit peut réelle de l'Algérie, et que de Gaulle lui-même, à supposer qu'il puisse imposer sa volonté, n'est pas non plus pour une telle solution. Sa solution maxima serait une apparence d'auto-détermination algédans le cadre de la Communauté française, l'Algérie restant effectivement contrôlée par la métropole. Ce contrôle étant nécessaire aussi bien pour les intérêts présents de la France en Algérie que pour la mainmise sur les richesses du Sahara et la garantie des investissements du Plan de Constantine.

La bourgeoisie française est trop engagée, trop intéressée en Algérie et au puisse envisager une solution d'indépendance tant soit peu réelle. La politique de la bourgeoisie française est axée sur une intégration économique poussée de l'Algérie et du Sahara dans l'économie métropolitaine. Toute la ruse de de Gaulle sera employée pour promouvoir une aile « bourguibiste » parmi les « élites algériennes », se contentant d'une solution qui ne soit pas même lindépendance formelle.

Les bourgeoisies tunisienne et marocaine, alléchées par l'odeur du pétrole du Sahara, ne rêvent que de coopération avec une Algérie « pacifiée » dans un front maghrebien pro-occidental, capable de contrecarrer l'influence de la R.A.U. nasseriste. Les perspectives de l'exploitation du Sahara jouent actuellement un rôle aussi bien pour les plans algériens de la France que pour l'orientation extérieure de

Tunisie et du Maroc.

Que le capitalisme français ait besoin de la « paix » en Algérie pour faire fructifier le Sahara, condition d'autre part de tout plan d'investissements en Algérie, Car la continuation de la guerre ne compromet pas seulement les chances d'exploitation, mais par son fardeau économique elle rend également absolument irréalisable le plan de Constantine (qui exigerait un minimum de 400 milliards de francs de subvention annuelle par la métropole).

Il s'agit maintenant de savoir si une aile du F.L.N., elle-même alléchée par les perspectives d'une certaine association à l'administration et l'Algérie et du Sahara, pas dans la voie d'un compromis négocié, recherché par de Gaulle et ses alliés sur le plan maghrebien.

Cependant la Révolution algérienne est toujours forte sur le plan militaire et jouit d'une incontestable sympathie profonde parmi les masses arabes et coloniales du monde. Sa véritable faiblesse provient de l'orientation politique et de la structure de sa direction. Pour soutenir le moral de ses vaillants combattants et de la population algérienne qui, malgré des souffrances et des pertes inouies, appuie de son mieux la lutte, plus qu'urgent de définir un audacieux programme de la révolution, d'approfondir son sens social, d'ouvrir largement et clairement les perspectives de transformations sociales profondes qui accompagneront sa victoire sur l'impérialisme et les colons, à commencer par un minimum : la terre aux paysans du pays ; adhésion à une République maghrebine fédérative unie. qui la travaillent ; émancipation des femmes industrialisation et économie planifiée

Un tel programme est d'autant plus nécessaire que l'impérialisme met en avant ses propres plans économiques d'exploitation capitaliste de l'Algérie et du Sahara travers lesquels il fait appel aux éléments pro-bourgeois de la révolution et qu'il se permet d'accorder le vote aux femmes algériennes.

D'autre part, il ne suffit pas de définir clairement les objectifs politiques et sociaux de la révolution. Plus urgente encore est la démocratisation réelle son armée, de son organisation politique, de son administration, afin d'élever constamment la politisation des masses et de les associer consciemment dans la de la révolution sur tous les vlans. Sa structure actuelle, monolithique, bureaucratique, outre le fait qu'elle empêche une efficacité réelle dans l'action et gaspille une part énorme de l'énergie révolutionnaire des masses, et qu'elle est responsable de lacunes criantes dans la propagande, la logistique, l'armement et l'éducation militaire adéquate des forces de la révolution, favorise politiquement les éléments pro-bourgeois de la révolution enclins au compromis avec l'impérialisme.

Ce n'est pas seulement la Révolution algérienne qui risque actuellement de piétiner et même de reculer ; c'est l'ensemble de la révolution arabe dirigée encore par des équipes d'éléments bourgeois et petits-bourgeois. Les limites d'une telle direction apparaissent maintenant clairement, devant l'incapacité de procéder à une véritable réforme agraire et à une unification harmonieuse dans une République fédérative arabe.

La bourgeoisie est à la fois trop faible et trop liée avec les féodaux indigènes pour qu'elle puisse les exproprier, satisfaire les paysans et impulser l'industrialisation en grand des pays arabes. Elle est également trop timorée et trop liée à l'impérialisme pour pouvoir l'exproprier réellement et se servir des richesses de ces pays pour le développement de l'économie nationale. Elle s'avère aussi trop faible et trop antagoniste dans ses fractions nationales par pays pour pouvoir digérer une véritable unification sur le plan inter-arabe.

• Les difficultés au sein de la R.A.U., entre l'Egypte et la Syrie, la peur de Nasser d'étendre l'unification à l'Iran, la trahison de Bourguiba, les conflits

Maroc, sont autant d'indices récents des limites de la direction de la Révolution arabe.

Aussi bien pour la Révolution algérienne que pour la Révolution arabe en général, il est urgent que surgisse du mouvement des masses et s'organise une nouvelle direction socialiste révolutionnaire qui s'appuie sur le prolétariat et les paysans pauvres pour stimuler et faire aboutir la révolution.

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