Deux faits importants ont jusqu'à présent caractérisé le régime de de Gaulle : le référendum du 28 septembre, et sa manœuvre en Algérie en vue des prochaines élections légisiatives.
Que le rétérendum du 28 septembre donnât une majorité de « oui », c'était largement prévu, car il ne faisait qu'entériner la réussite du coup du 13 mai et l'arrivée de de Gaulle au pouvoir. Par contre, que la majorité des « oui » s'élevât en France à 80 % constitua une surprise générale, tant de la part du gouvernement que de toutes les formations, de la droite à la gauche. Un tel résultat ne pouvait s'expliquer par l'ampleur de la propagande officielle ni par des mesures de pression policière - on n'était pas en Algérie.
Ce qui a provoqué ce vote de 80 %, c'est le très grand nombre d'électeurs traditionnels du Parti communiste qui, à la surprise générale, ont voté « oui ». C'est un fait reconnu de tous, y compris de la direction de ce parti. Dans le rapport qu'il a présenté au Comité central au nom du Bureau politique, Servin, admet qu'il y a eu « pas un million d'électeurs communistes qui ont voté oui, mais davantage » ; qu'il « ne s'agit pas seulement des électeurs gagnés tout fraîchement en janvier 1956, mais souvent d'électeurs qui votaient communiste depuis longtemps » ; que « c'est la première fois depuis la Libération que se produit un tel phénomène » ; que « les électeurs communistes qui ont voté « oui » n'appartiennent pas toujours aux classes moyennes, loin s'en faut » et qu'il faut enregistrer « des pertes sensibles dans les milieux ouvriers, et souvent dans les milieux les plus malheureux ».
Toutes ces déclarations sont exactes, et on peut même dire que le « davantage » du million de pertes est de l'ordre de un million et demi de voix.
Mais de ces constatations justes aux explications, il y a chez Servin une distance considérable. Plus exactement, il donne diverses explications plus ou moins superficielles, mais il ne va pas au fond du problème, tout en laissant échapper ci et là des vérités.
LES « OUI » ET LES « NON » Servin examine pourquoi des gens à opinions divergentes — des électeurs de gauche, des électeurs communistes - ont voté « oui ». A aucun moment il ne se demande quels sont ceux qui ont voté « non ». Or, en commençant par là on pourrait mieux . comprendre le glissement qui s'est produit avec tant d'intensité.
Les « non » comportaient, outre un tout petit nombre de démocrates bourgeois et petits bourgeois, essentiellement la partie de la population française — ouvriers, inteliectuels et membres des classes moyennes - qui sont pour le socialisme : des communistes, des socialistes, des syndicalistes, organisés ou gravitant autour des organisations, des éléments politisés qui ne suivent pas les grandes organisations pour leurs mots d'ordre momentanés, mais parce qu'ils y voient des centres d'organisation, des bastions pour l'expansion de la lutte vers le socialisme. Toute cette partie politisée de la population avait compris le grand danger que constitue le nouveau régime, et c'est pourquoi elle avait manifesté avec une certaine force, comme le 4 septembre à Paris. Ces 4.600.000 « non » forment la partie de la population qui ne flotte pas en fonction de telle ou telle pression ou circonstance politique.
En face, ceux qui, ayant voté à gauche (socialiste et communiste surtout) depuis la Libération et qui ont le 28 septembre dit « oui » à de Gaulle, ce sont ces électeurs qui ont été entraînés par les circonstances, par des aspirations ou des mots d'ordre du moment des partis, mais qui n'ont pas été gagnés par ceux-ci à la cause du socialisme et que des aspirations semblables et les désillusions passées ont jetés dans les bras de la réaction et de la dictadure.
« HUMILIES DANS LEUR FIERTE NATIONALE.. » A sa façon, en voulant défendre la politique de son parti, Servin en fait une démonstration éclatante.
« Significatif... est le résultat du plébiscite dans des départements comme la Meuse el d'autres, où le Parti avait beaucoup gagné en 1956 grâce à sa lutte contre la C.E.D. et le réarmement de l'Allemagne revancharde. »
Servin insiste, comme le Parti communiste n'a cessé de le faire depuis des années, sur le « caractère national » de la politique de son parti, en opposition a une « politique d'alignement inconditionnelle sur les volontés du Département d'Etat » qui a compromis « l'indépendance et la grandeur nationales ». Puis il constate que « pour des millions de Français humiliés dans leur fierté nationale par la servilité des gouvernements précédents, de Gaulle est apparu comme le garant de la grandeur et de l'indépendance nationale ». Mais il ne se demande pas pourquoi, parmi ces millions de Français, près de 1,5 million après avoir fait confiance au P.C.F. se tournent vers de Gaulie.
En réalité, dans le vote du 28 septembre il entre beaucoup moins de « fierté nationale » humiliée que ne le pense Thorez, et comme nous le verrons plus loin, beaucoup de volonté de changement de toutes les conditions d'existence. Cependant, dans la mesure où une partie petite bourgeoise de la population avait été gagnée au P.C.F. au moyen d'arguments patriotards, chauvins, sur la grandeur nationale, et que ce parti n'a rien fait, tout au contraire, pour l'éduquer dans un sens socialiste, il est tout a fait normal que ces mêmes gens à un moment donné aient vu en de Gaulle un meilleur champion de la « fierté nationale » que Thorez et Duclos.
LA CONTAMINATION IMPERIALISTE
Cette propagande « nationale » a d'autant plus servi le gaullisme que la direction cu P.C.F. a eu aussi une attitude « nationale » envers la lutte des peuples coloniaux. Elle ne cesse de parler « d'intérêts nationaux » à défendre dans les pays colonisés par l'impérialisme français. En l'occurrence, les « intérêts nationaux » en Algérie et ailleurs sont, comme l'ont enseigné Marx et Lenine, les intérêts de la classe dominante, c'est-à-dire le capitalisme français. Les seuls intérêts intérêts de la classe ouvrière française dans ces régions du globe résident dans la victoire des peuples colonisés et dans la défaite de l'impérialisme français. Pour défendre les « intérêts nationaux » en Algérie et ailleurs, des électeurs gagnés au P.C.F. par la propagande chauvine dans le passé ont finalement donné leur préférence à de Gaulle.
De son intervention au Comité central, Thorez a consacré une importante partie à condamner les méthodes que le F.L.N. a employées en France, laissant entendre que celles-ci étaient responsables d'un grand nombre de « oui ». Thorez a voulu prendre les plus grandes distances envers le F.L.N., comme si cela pouvait empêcher la bourgeoisie de monter des provocations ou de fabriquer des faux pour les besoins de cause, le moment venu. Mais, l'intervention de Thorez est un nouveau coup qui affai blira la solidarité déjà si insignifiante de la classe ouvrière française envers la Révo lution algérienne. Thorez donne de grandes leçons de marxisme aux Algériens, rappelle le jugement des bolcheviks sur les socialistes révolutionnaires, et oublie de faire une comparaison autrement valable, celle de la Résistance pendant l'occupation alle inande. Thorez se permet dans son intervention de dire qu'une partie de la classe ou vrière est « contaminée » par l'idéologie impérialiste — ce qui est vrai, mais il y a contribué et il contribue lui-même. politique passée du renvoyons à la déclaration de la Fédération de France du F.L.N. à ce sujet (1). Pour le présent, que signifie cette attaque de Thorez, sinon que les Algériens n'ont pas le droit d'attaquer l'impérialisme français sur le territoire de celui-ci ? N'est-ce pas là une contamination par l'idéologie impérialiste, simplement par capitulation l'opinion des petits bourgeois français que n'ont pas dérangés les tortures commises en ligérie contre le peuple algérien, mais qui sont indignés de ce qui, en France même, pourrait troubler leur digestion ?
LA VOLONTE DE CHANGEMENT La plus importante des raisons fournies par Servin à l'ampleur des « oui », c'est « la volonté de changement... réelle dans notre peuple », à laquelle s'ajoute « le discrédit certain d'un parlementarisme qui apparut aux yeux de masses importantes comme la cause des misères du pays et du peuple ». Nous sommes parfaitement d'accord sur ce point. Les masses étaient dégoûtées de la IV République.
Mais Servin ne se demande pas pourquoi, dans ces conditions, des masses qui avaient accordé précédemment leur confiance au P.C.F. n'ont plus eu confiance celui-ci pour assurer ce changement.
Il pourrait, en effet, sembler surprenant que la volonté de changement des masses ne se soit pas produite au profit d'un parti qui se dit communiste, c'est-à-dire dont programme fondamental est celui du plus grand et du plus profond changement qu'on l'humanité ; d'un parti qui ne jure que par l'Union soviétique où des changements gigantesques ont été réalisés au cours des 41 années qui se écoulées depuis la Révolution d'Octobre. Comment expliquer que la volonté de changement des masses ne se soit pas traduite en faveur de ce parti et qu'elle se soit même détournée de lui, en faveur d'un général qui voit la France dans le monde comme elle l'était il y a deux ou trois siècles ?
(1) Voir « Quatrième Internationale » (avril 1958).
«INFLECHIR LA POLITIQUE FRANÇAISE...» L'explication est assez simple. Le Parti communiste français célébrait le spoutnik et les pians quinquennaux, mais la politique qu'il proposait pour la France était tout au pis une pouuque rerormiste. Il ne pouvait eure quesuon pour ce parti, depuis au moms la Liberation, de lutter pour le sociausme en France; il tallait se contenter de pennons, de demarenes parlementaires, de pressions, le tout constituant « une ngne qui se nixait pour but d'innecnir la pontique trançaise », comme Servin la dérnit mimeme. Ennu, u n'est pas mume de rappeier qu'au Comité central qui suivit l'arrivée de de baune au pouvou, en juin de cente cette annee, la direction du rarti Communiste Français umitait les mots d'orare à la seule détense de la République » et condamnait tes propositions de mettre en avant l'idée d'une Constituante, d'un programme, comme des propositions susceptibies de « diviser la gauche ».
Nous en arrivons ainsi à une des raisons protondes de la perte de nombreuses voix ouvrieres, y compris - comme le reconnait Servin - « dans les milieux les plus mineureux ». En euel, un tres grand nomore de pauvres gens, de maineureux, exprimaient, depuis des années, leur mecontentement de leur sort et leurs aspirations à une vie memeure, en votant pour le P.C.t. qui leur apparaissait comme le parti capable d'apporter de grands changements, de grandes transtormations, comme en U.K.S.S. El puis, les annees passant, ils se sont aperçus que ce parti parlait beaucoup mais qu'au neu de cnerener a reauser un grand changement social, il voulait seulement « mrécnir » la ponque trançaise : ces masses peu éduquées politiquement n'ont certainement pas empioyé ce terme de Servin, mais eles ont partaitement compris la qu'il exprime, », cela signitie légèrement dans le cadre du régime, ne pas boueverser celui-ci. Aussi n'est-il pas nant qu'en tin de compte, lors d'un grand choc social, des centaines de milliers gens non politises aient abandonne ce parti et se soient laisses prendre par un général qui ne parait pas d'« intenir » la pontique mais de balayer le « système ». Pour ces masses, le l.Lt. n'apparaissait pius comme un tacteur de changement et de Gaulle leur est apparu comme capable d'apporter ce changement qu'elles recherchent.
C'EST LA FAUTE AUX AUTRES ! Si l'on fait absiraction de quelques raisons incidentes fournies par Servin - tels les événements de Hongrie : pour un peu, ce serait la taute de Rajk et Nagy si le l.C.r. a perau tant de voix — une autre raison invoquée comme etant majeure est la « division des gauches ». Servin l'attribue à la propagande anticommuniste de la bourgeoisie et à la persistance de l'anticommunisme de la part des autres formations qui ont appelé à voter « non ».
Une fois de plus, pour la direction du P.C.F., tout ce qui arrive de mal c'est la faute aux autres. Voila un argument pour le moins simpliste. Servin pense-t-il qu'un jour le capital renoncera à son anticommunisme ? Pense-t-il également que le capital ne trouvera plus de Guy Mouet à sa disposition ? Pense-t-il meme que les rétormistes sincères — et il y en a - renonceront à leur réformisme ? Dans ce cas, le rôle du Parti communiste serait des plus simple. La valeur d'une véritable direction communiste doit precisement se montrer dans sa capacité de promouvoir une véritable pounque de tront unique qui amène les masses dans l'action et torce ainsi au moins une partie de la direction social-démocrate à suivre le courant des masses. Or, la direcuon du P.C.F. était de plus en plus incapable d'assurer une telle politique. La direction du P.C.F. a perdu la contiance d'une proportion sensible des électeurs communistes ; comment peui-on peser qu'au même moment elle pouvait exercer une attraction sur ceux qui antérieuremnt lui étaient plus ou moins hostiles ? C'est à elle-meme que la direction du P.C.F. doit s'en prendre si les manœuvres de la bourgeoisie et de ses agents à la Guy Mollet ont réussi.
Au lendemain du 28 septembre, Servin veut justifier une fois de plus le vote des « pouvoirs spéciaux » du 12 mars 1956, sous prétexte de mettre les socialistes au pied du mur, de voir si Guy Mollet allait respecter son contrat du 2 janvier 1956 avec les électeurs. On ne peut imaginer pire contusion. Le contrat du 2 janvier, c'était la paix en Algérie. Le projet voté le 12 mars, c'était la « pacification », c'est-à-dire la guerre en Aigérie. Le 12 mars, il n'y avait pas la « division » mais « l'union » des gauches, communistes compris, sur le plan parlementaire pour laisser le champ libre aux militaires en Algérie. Le front unique eut au contraire exigé à l'époque une politique en direction des masses, les appelant audacieusement à l'action contre guerre d'Algérie. Elle eut exigé notamment le soutien sans réserve des manifestations rappelés qui se produisaient sur tout le territoire de la France. Mais à ce moment-là, la direction du P.C.F. — probablement pour permettre à Guy Mollet de respecter contrat - dénonçait les manifestations comme l'œuvre de provocateurs. Quel était donc alors le contrat de la direction du P.C.F. envers les électeurs et comment l'a-t-elle tenu ? On ne doit pas être surpris si, dans les « oui », il y a hélas pas mal de jeunes qui avaient participé à ces manifestations de rappelés et qui furent livrés à cux-mêmes ou plutôt abandonnés à la propagande de l'état-major,
LA LIGNE JUSTE ET LES MAUVAISES LIAISONS Servin procède quand même à une certaine autocritique, bien prudente, dans les termes suivants :
substance
« Il est un fait certain, c'est que près d'un million et demi d'électeurs communistes «oui nous ne l'avons pas senti. Sans parler des sentiments animant des couches non-communistes. D'un mot, cela signifie que nos liaisons avec les masses laissent par moment à désirer et que ce fut le cas pendant la campagne du plébiscite. Il semble que nous ne savons pas toujours écouter ce qui se passe dans les masses. »
De là, Servin passe à donner de bons conseils aux membres du parti pour faire marcher les syndicats, le Mouvement de la Paix, la Fédération des Locataires, etc., ete..., c'est à une incapacité dans ce domaine que serait due la défaite du Mais, tout d'abord, qu'est-ce qui permet à Servin de dire que la liaison avec les masses ne laisse à désirer que par moment, que pendant la campagne du référendum ? Servin ose dire : « Nous ne savons pas toujours écouter ce qui se passe dans les masses. » Mais si les membres du Bureau politique et du Comité central savaient écouter seulement les militants de base de leur propre parti, au lieu de leur asséner la « ligne toujours juste » en long, en large et en travers, ils sauraient depuis un bon bout de temos que les liaisons de leur parti avec les masses laissent plus qu'à désirer. Voici déjà plusieurs années, alors que le chiffre des voix du P.C.F. restait encore stable, que ce parti était incapable de mobiliser les masses pour une action sur ses propres mots d'ordre. Sans parler des pétitions aui ne rendaient plus, des réunions squelettiques, et aussi des cellules mal fréquentées et des effectifs diminuaient.
Les liaisons avec les masses etaient detériorées depuis pas mal de temps : c'est in fait que tout militant sérieux du P.C.F. avait constaté. Ceci dit, la question se pose : quelle est donc — pour un parti qui, comme le P.C.F. disposait de la confiance de la majorité de la classe ouvrière depuis la fin de la guerre - la différence entre sa ligne et ses rapports avec les masses ? Nous avouons être incanables de saisir où peut se trouver cette différence. Un parti qui dispose déia de la confance des masses doit trouver les mots d'ordre capables de mobiliser les masses : c'est cela une ligne juste.
Etant donné les différences qui existent entre un référendum et des élections, il n'est pas exclu que les candidats du P.C.F. regagnent des voix aux élections novembre prochain : mais on peut être sûr que, dans le meilleur des cas, la remontée sera faible. En réalité, le 28 septembre n'a pas montré qu'à ce moment seulement. les du P.C.F. avec les masses étaient mauvaises : il a annorté, force résultat, l'aboutissant de toute la politique du P.C.F. depuis la Libération, c'est-à-dire la condamnation de cette « ligne toujours juste ».
LE RAPPORT DES FORCES L'exposé de Servin commence par un tableau de la dégradation constante de la situation depuis qu'en 1947 les communistes ont été éliminés du gouvernement. Si on demande à Servin pourquoi cela a-t-il pu se faire, il répond qu'il y a eu un grand complot fomenté par les Américains et accompli par Auriol et Ramadier. Mais, en c'est de Gaulle qui avait dû se retirer du gouvernement ; et cela, Servin l'explique par la force des travailleurs. Il indique même qu'à la Libération il y avait « un rapport des forces favorables à la classe ouvrière ». (Ce n'était pas exactement cela qui fut invoqué en 1952 pour combattre Marty et l'exclure du P.C.F.). Mais Servin oublie de dire ce qui a contribué à détériorer le rapport des forces. La bourgeoisie, les chefs socialistes à la Ramadier ? Encore une fois. ils sont dans leur rôle. Un parti de masse ne peut pas expliquer avant tout ses échecs et ses défaites par les autres, par les ennemis. Les serviteurs de la bourgeoisie ont pu jouer leur rôle plus aisément parce au'ils ont été aidés par la direction du P.C.F. : n'est-ce pas Thorez qui, à Ivry en 1945, appelait les ouvriers à rendre les armes, à dissoudre les comités, parce qu'il ne devait y avoir qu' « une seule armée, une seule police, un seul Etat » ? L'armée de Salan et de Massu, la police de Soustelle et Dides, l'Etat de de Gaulle...
SUS AUX OPPOSANTS! Tout le rapport de Servin est placé sous le signe de la défensive — la résolution du C.C. énrouve même le besoin de iustifier, en termes pitovables d'ailleurs, « l'existence et l'activité » d'un Parti communiste ! - qu'il parle des opposants dans le parti. Il ne faut pas mettre en cause « l'inefficacité » du parti, dit-il. car c'est un « thème commode, à la fois pour absoudre les responsabilités du Parti parfois aussi pour mettre ses pieds dans les pantoufles ». Pourauoi ? Nul ne le sait. Par contre, chacun peut aisément comprendre que de la constatation de l'inefficacité du parti on peut passer, sans aucune subtilité intellectuelle, à un examen de la valeur de la politique du parti et de la valeur de sa direction.
Il est probable que la direction du P.C.F. a encore un appareil suffisamment fort pour conserver le contrôle du parti, mais à quel prix ? Nous le répétons : la défaite du 28 septembre n'est pas épisodique ; ce n'est pas seulement une la politique du P.C.F., c'est aussi une défaite des masses travailleuses. Et, la continuation de la politique suivie par le P.C.F., si elle ne se heurte pas à une forte opposition des militants de base, ne peut conduire le P.C.F. et actuelles, aussi la classe ouvrière qu'à de nouvelles défaites et même à une catastrophe.
« DE NOUVELLES PERSPECTIVES » « Les résultats du plébiscite — déclare Servin - ne peuvent pas ne pas créer un choc qui risquerait d'être négatif si nous ne donnons pas les raisons légitimes de confiance, si nous ne montrons pas de nouvelles perspectives. »
De nouvelles perspectives ? Ne serait-ce pas là une nouvelle ligne ? Rassurez-vous au contraire, soyez encore plus inquiets : les nouvelles perspectives ne différent des anciennes que par bien peu de choses, une pincée d'opportunisme en plus.
Il est évidemment facile à Servin de dire que de Gaulle se heurtera à de grandes difficultés en Algérie. en Afrique noire, et dans le domaine économique: tout le monde le sait, d'un bout à l'autre de l'échiquier politique français et international. Les changements qu'il introduira ne seront pas du goût des masses laborieuses qui ont voté pour lui le 28 septembre. Mais cela ne veut pas dire que les masses se retourneront aisément contre lui, et qu'après avoir dit « oui », on leur demandera aussi simplement de dire « non » pour que de Gaulle et la dictature s'en aillent. Il faudra une politique - c'est-à-dire des mots d'ordre, une perspective, des moyens de lutte et des formes d'organisation pour rassembler le mécontentement des masses et le transformer le moment venu en action.
Mots d'ordre ? Il y a évidemment dans le programme du P.C.F. les indispensables mots d'ordre de défense du niveau de vie des masses, des libertés démocratiques. Mais déia il y a un recul sur la question de l'Algérie et de l'Afrique noire : il est à peine fait mention du « droit à l'indépendance », on insiste surtout sur les « nouveaux rapports » entre la France et ces pays qui ne sont pas encore indépendants. Sur le plan international, c'est le bla-bla-bla sempiternel sur la détente, le désarmement et autres illusions dans le monde actuel.
Mais c'est surtout sur le plan de la perspective politique que les nouvelles perspectives ressemblent aux anciennes. Les masses veulent un changement. Le P.C.F. leur promet, comme par le passé, « le renouveau de la démocratie », " un gouvernement républicain fort et stable ». Pour justifier la continuation d'une politique de collaboration de classe avec l'aile mendessiste de la bourgeoisie, la résolution du C.C. prétend que « le soutien loyal apporté par les communistes au gouvernement de Front populaire en 1936, la participation des communistes an gouvernement iusqu'en 1947 ont valu au peuple ses plus grandes conquêtes sociales depuis un quart de siècle ». C'est vraiment remettre les choses sens dessus dessous. Toutes les conquêtes sociales ont été obtenues par l'action des masses (l'occupation des usines en 1936, la Résistance et les mouvements à la Libération). Dans les deux cas, la bourgeoisie a utilisé les directions ouvrières (socialistes et communistes) pour endiguer le mouvement des masses, empêcher celles-ci de déborder le régime capitaliste et rétablir l'ordre capitaliste. Après quoi, les capitalistes ont chassé du gouvernement les ministres des partis ouvriers qui avaient achevé leur besogne; ils ont même liquidé la démocratie bourgeoisie, en 1939 et en 1958, parce que celle-ci ne permet pas au capitalisme de diriger le pays comme il lui convient.
La direction du P.C.F. propose tout simplement de recommencer l'opération une troisième fois, à l'avenir. en s'entendant dès maintenant avec le candidat bourgeois préposé à cet effet. Mendès France dit ouvertement que la gestion de Gaulle comporte les plus grands dangers pour le régime capitaliste et il se présente en direction bourgeoise de rechange.
Nor's touchons là an problème crucial. Il est évident que la perte de la démocratie bourgeoisie va éveiller dans les masses, à plus ou moins longue échéance, la nostalgie des libertés démocratiques, et il est indispensable de mettre en avant des mots d'ordre démocratiques. Mais dans quel contexte faut-il le faire ? Les expériences de la France depuis 1934 né font que s'ajouter à de bien nombreuses expériences entre les deux guerres (Allemagne, Autriche, Espagne, Italie). Dans l'ère du capitalisme déclinant, les vieilles démocraties bourgeoises ne peuvent subsister. Les capitalistes se tournent vers « l'Etat fort ». Quant aux masses non politisées, leur déception de la démocratie bourgeoisie les fait se tourner. en l'absence d'une solution socialiste mise en avant hardiment par les partis ouvriers. vers des « hommes providentiels » qui sont service du capital et pratiquent des politiques dictatoriales et réactionnaires. cette question des perspectives servira de pierre de touche opposants à la direction du P.C.F. que pour les militants du nouveau Parti socialiste (S.F.I.O.) autonome.
Les 4.600.000 « non », représentent. nous l'avons dit plus haut, la partie de la population travailleuse acquise au socialisme. indépendamment des différentes concentions et tactiques qui peuvent la diviser. C'est une force plus qu'appréciable, à la condition on'elle soit mise réellement au service du socialisme. La seule perspective aui, aujourd'hui, puisse stimuler les opposants au régime et leur permettre de retrouver laudience des masses au fur et à mesure que le régime de Gaulle montrera tous ses aspects. c'est précisément de dire qu'on ne recommencera plus les erreurs qu'on ne rendra pas la direction de l'Etat et de l'économie à d'autres équipes capitalisme, nu'on expropriera celui-ci et qu'on construire une société socialiste - laquelle ne sera pas, bien entendu, à l'image stalinienne en matière de libertés et de droits.
COMMENT LUTTER CONTRE DE GAULLE ? La defaite du 28 septembre a rendu les dirigeants du P.C.F. plus timorés que jamais. « Les masses populaires instruites par leur propre expérience et éclairées par le Parti communiste français... découvriront bientôt le véritable caractère de cette politique gaulliste de réaliser leurs aspirations par des voies démocratiques », déclare la résolution du Bureau Politique approuvée par le C.C. Ce n'est pas le P.C.F. qui leur indique les voies, ce sont les masses qui les trouveront : on ne savait pas la direction du P.C.F. si confiante dans la spontanéité démocratiques ». Dans des masses. Mais passons sur ce point, et voyons un peu ce que seront ces « voies son intervention au Comité central, Thorez précise : Nous ne nous laisserons pas détourner de nos thèses de 1946, confirmées dix ans plus tard notre XIV* Congrès, sur la possibilité des voies pacifiques pour le par socialisme, sur le rôle que peut jouer un véritable Parlement, . de la souveraineté populaire et s'appuyant sur les masses. » Le Parlement français a seulement montré qu'il était un excellent instrument pour passer « légalement » de la démocratie bourgeoisie à la dictature militaire. Est-ce sur le futur Parlement fantoche de la V République que la direction Thorez compte pour rétablir la démocratie bourgeoisie ? Est-ce avec des pétitions qu'elle espère venir à bout des parachutistes, des matraques de la police, des camps de concentration décidés en guise de pendaison de crémaillère de la nouvelle Constitution ?
Les démocrates de ladis, de l'époque révolutionnaire de la bourgeoisie, avaient une lutte révolutionnaire, l'insurrection, était le moyen démocratique suprême, le moyen autre audace que les Thorez et autres Servin. Ils n'avaient pas hésité à dire que la d'un peuple contre une tvrannie. Mais des Jacobins aux dirigeants ouvriers actuels, aue de chemin parcouru ! Et de Marx aui voyait dans la force « la grande acconcheuse des sociétés », ces prétendus bolcheviks sont passés à Bernstein qui, au siècle, prétendait délà avoir trouvé « l'accouchement sans douleur » des sociétés par
Si on veut vraiment lutter contre de Gaulle, il faut commencer par éduquer les militants et les masses dans un esprit de lutte révolutionnaire les voies parlementaires. pour le pouvoir.
POUR UNE NOUVELLE DIRECTION REVOLUTIONNAIRE Le référendum du 28 septembre est la plus cinolante condamnation d'une direction qui, il y a douze ans, avait acquis la confiance de la majorité de la classe ouvrière et qui, par sa politique opportuniste, a rejeté un million et demi de ses électeurs vers le bonapartisme le plus grotesque dans sa forme. Alors qu'une partie des dirigeants socialistes rompt avec Guy Mollet, alors que se manifeste ainsi le tout début d'un renouveau du mouvement ouvrier, la direction du P.C.F. manifeste plus que jamais son incapacité à faire son autocritique, à saisir ne serait-ce qu'une partie des responsabilités qu'elle porte dans la défaite. Elle s'enfonce encore davantage dans l'alignement sur les politiciens bourgeois qui s'apprêtent à être les terre-neuves du capital quand s'effondrera la V* République. Cette politique est mortelle pour le mouvement ouvrier Avant même que de pouvoir éventuellement donner un précaire « renouveau démocratie », elle permettra au régime gaulliste de frapper plus rudement le mouvement ouvrier, de décimer les organisations, de détruire un grand nombre de cadres ouvriers, précisément en désorientant plus encore les militants et en ne leur donnant aucune politique réaliste pour lutter contre ce régime.
Quoi que fasse la direction du P.C.F., cette défaite engendrera une crise parmi les militants communistes. Il n'y a pas dans le rapport de Servin la moindre réponse aux nombreuses questions angoissantes qu'ils se posent. Mais la crise est là. Cette crise est nécessaire et sera salutaire si les militants communistes font l'effort indispensable pour revenir à la politique de Lenine, pour éliminer une direction faillie et pour créer les conditions de discussion démocratique dans le mouvement ouvrier nécessaires à la renaissance d'une nouvelle direction afin d'assurer la revanche.
Le référendum du 28 septembre a renforcé la position de de Gaulle en France, mais il n'avait pas résolu quoi que ce soit pour l'Algérie ; enfin en Afrique noire la position prise par Sekou Touré et le vote de la Guinée ont bouleversé les plans de de Gaulle et créé une situation qui n'est pas prête d'être dénouée.
En premier lieu, de Gaulle veut exploiter son succès pour les prochaines élections législatives fixées au 23 et au 30 novembre, et pour aboutir à une solution en Algérie. Sur cette voie le danger pour lui était qu'une droite profascisante, se revendiquant de lui, Temporte, ce qui déporterait la prochaine assemblée — si réduite que soit désormais des gens aux vues opposées : il veut pouvoir conserver dans le gouvernement Soustelle sa place - trop à droite. Pour pouvoir être « larbitre », il doit avoir à arbitrer entre et Pinay aussi bien que Pflimlin et Guy Mollet. Le présentait une double : en France même, un scrutin où la droite bloquée éliminerait non seulement un grand nombre d'élus communistes (ce qui est aussi le but de de Gaulle), mais aussi beaucoup de candidats de Guy Mollet ; en Algérie, l'élection sous le contrôle du Comité de salut public de 70 députés ultras, des hommes de Soustelle, de Sérigny et même de plus ultras encore.
Pour obvier à ces dangers, la solution en France était assez simple ; il suffisait scrutin uninominal à deux tours, favorisant ce qu'on appelle les « notables », c'est-à-dire les gens ayant des positions locales, élus depuis de longues années limitant l'extrême les grands déplacements politiques. Pour mieux assurer l'opération, il fut aussi procédé à un redécoupage des circonscriptions.
Pour l'Algérie, il fallait tout autre chose. Au début d'octobre, de Gaulle a prononcé un discours annoncant un « programme de 5 ans » pour l'Algérie. Les promesses les pius mirifiquts v étaient faites, sauf en matière de terres ; financièrement, il faudrait nue la guerre ne snit pas poursuivie et que la métropole consacre à l'Algérie la plupart des capitaux qu'elle investirait normalement chez. elle. Même en tirant une traite sur les futurs profits des pétroles sahariens, la démagogie était un peu grosse et ne pouvait faire oublier nu'il y a d'abord. pour les Algériens. un problème « politique », celni de leur indépendance, et qu'on n'allait pas le résoudre en faisant élire 70 ultras et beni-oui-oui.
Aussi de Gaulle se décida-t-il à briser le Comité de salut public qui, créé le 13 mai. avait continué deouis son accession au pouvoir le fer juin à exercer ume sorte de dualité de ponvoir en Algérie. Pour le faire, il ordonna aux officiers de sortir de ce comité. Te général Salan, qui exerce le pouvoir en Algérie, s'efforça d'obtenir de de Gaulle des changements dans sa décision. mais ce dernier prit les devants en faisant connaitre nublionement celle-ci. Les militaires s'inclinèrent. Dans le Comité de salut nublic. une nartie des ultras essava d'organiser des manifestations (grève générale. démonstration au Forum). mais cela foira comme un pétard mouillé. Ainsi la démonstration était faite une fois de nlus que le coup du 13 mai n'avait pu réussir que grâce à la participation de l'armée.
De Gaulle p aussi décidé que les élections seraient « libres » en Algérie et que l'armée, s'y tiendrait en dehors de la campagne électorale. Il est probable que, pour de Gaulle. cette décision est sérieuse. car il voudrait par ces élections trouver des « interlocuteurs valables » : pour cela, il est plus que probable qu'il a eu indirectement des contacts avec le gouvernement provisoire algérien nour nue celui-ci permette à certains Alsériens de se présenter. Nous examinons nar ailleurs l'asnect du prohlème vu de la nart des Algériens : mais, en admettant même qu'il n'y ait pas d'obstacles aux intentions de de Ganlle de la part du couvernement algérien (ce qui n'est pas du tout certain). il v a des obstacles du côté francais. De Gaulle a ohtenu du commandement francais le retrait des officiers du Comité de salut puhlic. Mais des liens subsistent oui. nour être moins officiels. n'en sont pas moins réels. D'autant nlus que ce ne sont pas les membres des netits groupes fascistes oui sont les vraies têtes politiones. Ceux oni comptent, ce sont Sonstelle et de Serignv. Ils ont tout de suite comoris nue politinuement il ne fallait pas s'opposer ouvertement à de Gaulle : mais ils ont bien des movens d'intervenir dans les élections pour contrecarrer les, plans de de Gaulle. et le moven nrincipal dont ils disposent c'est une partie importante des chefs de l'armée en Algérie.
En attendant de vnir ce prochaines en Algérie, elle a a désarconné tont le monde les farouches démocrates du one la manœuvre de de Gaulle donnera aux élections en en France mm résultat politique considérable ; elle
: la droite emhoîta le nas ; mais il fant voir comment comment
« non » du 28 centembre ont salué de Gaulle comme l'homme ami allait faire la naix en Aloérie. Même « l'Humanité » a dit que tout le pavs apnronvait les décisions de de Gaulle, T1 ne peut v avoir de doute nue. dans res conditions. l'anathie politione va se dévelooner encore davantase dars de très larges macces. ce qui donnera les mains encore nlus libres à de Gaulle. La défaite de mai 1958 n'a pas encore donné tous ses fruits.