Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 16e année, n° 3

Luttes ouvrières en Grande-Bretagne

Quatrième Internationale, 16e année, n° 3 · juillet 1958 · p. 17-18 · 974 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Une nouvelle étape de la lutte de classe a été atteinte en Grande-Bretagne. L'offensive du gouvernement conservateur Macmillan pour bloquer les salaires en dépit de la montée du coût de la vie n'est pas parvenue à son objectif.

Dans les derniers mois, la résistance des ouvriers s'est accrue. On a vu une vague de grèves en vue d'améliorer les salaires et conditions de travail chez les métallos, les dockers, les travailleurs des bus et ceux de la viande. Sauf la grève des bus, elles étaient non officielles, et toutes furent menées avec une endurance tenace et une volonté de lutte de la part des travailleurs.

Les métallos de Pressed Steel, à Swindon, l'emportèrent sur leurs patrons soutenus par la Fédération nationale des patrons de cette industrie, qui recherchait une épreuve de force. Les ouvriers retournèrent au travail avec la garantie qu'il n'y aurait pas de victimisation; mais à la reprise du travail un nouveau conflit éclata sur une revendication de transfert de jaunes avec lesquels les ouvriers refusaient de travailler. Ce conflit dura plus d'un mois, sans secours de grève.

Au centre national de distribution de la viande, Smithfield Market, de Londres, les fransporteurs firent grève pendant 9 semaines, sans secours également. Là aussi les patrons voulaient une épreuve de force pour briser l'organisation. Ils débauchèrent 600 porteurs. il en résulta un arrêt du marché. Par solidarité avec les travailleurs du marché, les dockers de Tooley Street qui manipulent la viande importée firent une grève non officielle. Malgré tous les efforts des dirigeants syndicaux, rien ne put briser leur solidarité de classe.

Lorsque les patrons embauchèrent des jaunes pour décharger les viandes importées, tous les docks de Londres s'arrêtèrent. Finalement, le gouvernement, malgré le refus des tous les docks de Londres s'arrêtèrent. patrons de négocier avec des grévistes non reconnus officiellement, fut obligé d'intervenir au moyen d'une enquête.

La véritable épreuve de force fut donnée avec les travailleurs des bus. Le gouvernement avait délibérément provoqué la grève en accordant 8 shillings 6 pence à une partie des ouvriers et rien aux autres; l'objectif était de briser la résistance des travailleurs des bus ef, devenant un exemple, d'instaurer un blocage des salaires dans les autres industries.

La cohésion et la solidarité des travailleurs des bus furent une surprise pour la direction des transports londoniens ef pour le gouvernement. Sur 50.000 hommes, il n'y eut que 9 jaunes. De nouvelles couches de travailleurs — Irlandais, Antillais, femmes — qui ne se trouvaient dans l'industrie que depuis quelques années et étaient sans expérience syndicale, se montrèrent aussi solides que leurs camarades plus anciens. Même au bout de six semaines, il n'y avait pas une faille. Les autorités se vantèrent avec provocation au débul de la grève qu'elles protégeraient ceux qui voudraient travailler ; cela s'avéra une vaine vantardise, et on n'osa pas faire circuler des bus conduits par des jaunes.

Frank Cousins, le dirigeant de la Fédération des travailleurs des transports, fut coincé entre les patrons ef les travailleurs. Malgré toutes ses tentatives de parvenir à un compromis, le gouvernement et les patrons poussèrent au conflit. Les militants voulaient étendre la grève aux conducteurs du métro et aux travailleurs des centrales d'énergie. Cousins fut obligé d'étudier cette question. Les cheminots, les électriciens et d'autres catégories d'ouvriers reçurent des augmentations de salaire.

Cousins mancuvra avec habileté et plaça la responsabilité du non élargissement de la grève sur le Conseil général du Trade Union Congress; cet organisme avait peur de défier ouvertement le gouvernement. Car le gouvernement était décidé à employer l'armée, et cela aurait entraîné d'autres grèves, conduisant à une situation pré-révolutionnaire. Les dirigeants du T.U.C. dans la coulisse se lamentaient que de telles conditions menaceraient le gouvernement « constitutionnel ».

Mais la force de la résistance des travailleurs obligea le gouvernement à battre retraite pour le moment. Les fories attendent une meilleure occasion pour s'attaquer à la classe ouvrière. Dans les trois dernières années, la Fédération des patrons britanniques, les banques, des élus et la presse de droite pressent pour une action contre les ouvriers. Ils ont été contenus d'abord par Eden, puis par Macmillan, invoquant que cela entrainerait des pertes commerciales et risquerait de provoquer une explosion révolutionnaire. Le gouvernement accepté une augmentation de 5% au lieu de 3% les années précédentes.

Le gouvernement attend un chômage de masse pour l'hiver 1958-1959, et qu'il sera impossible d'éviter une épreuve de force, pour chercher à régler ses comptes avec les ouvriers.

Tandis que les dirigeants des syndicats et du Labour Party endorment les ouvriers avec la perspective d'un « compromis » le gouvernement prépare sa revanche.

Dans la dernière période il y a eu un nouveau développement de la conscience de classe. La masse des ouvriers organisés se trouve à un niveau beaucoup plus élevé qu'avant la guerre à la fois sur les problèmes économiques et politiques. Outre les grèves mentionnées, il y a eu de nombreux conflits dans tout le pays pour défendre l'organisation syndicale et empêcher que les délégués et les militants soient frappés. Dans tous les conflits, les ouvriers instinctivement rejettent ceux qui font les jaunes ou refusent de se syndiquer. Cette attitude « dure », intransigeante, a alarmé les patrons qui ont essayé au moyen de la presse, de l'Eglise et même les leaders réformistes de mollir les ouvriers. Mais ceux-ci se maintiennent fièrement sur cette position de classe.

Ils voient dans la solidarité de classe l'aspect le plus important de ces luttes. Ils ont compris la nécessité de défendre leurs organisations, leur cohésion, leur solidarité, l'arme la plus précieuse. Ils se préparent, ils se trempent ainsi pour les grandes luttes à venir. Sur cette base, le courant révolutionnaire doit expliquer la nécessité de maintenir le front de classe pour lancer une offensive à un moment favorable, et il doit dénoncer la lâcheté et la pusillanimité des leaders réformistes.

Une erreur sur cette page ?