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La revue › 16e année, n° 3

De la crise actuelle vers le gouvernement ouvrier et paysan (Résolution de la 15e Conférence nationale du Parti ouvrier révolutionnaire de Bolivie)

Quatrième Internationale, 16e année, n° 3 · juillet 1958 · p. 76-88 · 10 454 mots

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(Résolution de la 15° Conférence Nationale du Parti Ouvrier Révolutionnaire de Bolivie)

I. - La deuxième révolution est commencée.

Les derniers développements ont ouvert une nouvelle étape dans le processus révolutionnaire : celle dans laquelle les deux camps en présence se feront clairement distincts, les forces révolutionnaires des masses se regrouperont, et une épreuve de force décisive se produira. Déjà les premiers combats de la 2ª révolution ont été engagés, opposant dans une lutte à mort le pouvoir capitaliste en crise, mais qui avait survécu à la première révolution, et le pouvoir des ouvriers et paysans, dont les premiers embryons apparurent lors de la révolution d'avril, et qui doivent nécessairement se développer objectivement pour qu'ils puissent tenir. Les masses ont fait échec à Siles.

Poussé par l'impérialisme et par les besoins généraux du capitalisme en Bolivie, le gouvernement Siles s'était lancé dans une lutte pour détruire les organisations syndicales des mineurs et des ouvriers du textile, dont il voulait ignorer les principales conquêtes, et briser l'action des partis ouvriers. La réponse rapide des travailleurs du textile à La Paz; l'ampleur et la force de la grève des mineurs; la cassure à la base du « bloc restructurateur », qui menaçait d'effondrement tout cet appareil bureaucratique, révélèrent la puissance révolutionnaire des masses et leur capacité à organiser d'en bas et à développer leurs propres luttes. Les ouvriers en lutte ont montré qu'ils sont capable de promouvoir, en peu de jours, le regroupement révolutionnaire de grandes masses et de jeter par terre le travail entrepris des années durant par la direction du M.N.R. et la bureaucratie de la C.O.B.

Le complot anticommuniste de la fin janvier et l'accentuation des heurts qui s'étaient produits à l'annonce d'un retour éventuel de Paz Estensoro et de la démission de Siles, ont montré combien sont profonds les déchirements et les contradictions à l'intérieur des secteurs capitalistes dirigeants. Surtout la démission annoncée de Siles révéla la grande division en tendances tant dans les milieux gouvernementaux que dans ceux de lopposition de la rosca. La crise gouvernementale ne put être surmontée que provisoirement, avec l'intervention de l'impérialisme américain et l'engagement de s'attaquer aux organisations ouvrières - politiques et syndicales qui centralisaient déjà leur résistance à la politique gouvernementale. Aussi la « ligne dure » de Cuadros Quiroga l'emporta, et les luttes à l'intérieur des milieux dirigeants furent apaisées, certes pour le moment.

Cependant la réponse vigoureuse des ouvriers du textile et des mineurs et l'écho qu'elle eut dans le reste du mouvement ouvrier, firent échec à ces plans. Les « hommes forts » qui étaient apparus au début de l'attaque réactionnaire tombèrent au cours des deux semaines suivantes, ou sont en train de tomber. Quant à ceux qui annoncèrent l'immédiate application des recommandations faites dans le rapport Ford, Bacon et Davis, avec la fermeture des mines «marginales » et le licenciement de personnel dans les autres, et avaient tenu à terminer le contrôle ouvrier, ils ont soit échoué dans une telle entreprise, soit reculé. Le gouvernement, qui était parti à l'attaque avec comme programme la réorganisation générale du mouvement syndical, de la Comibol (*) et du pays, s'est trouvé à la fin confronté avec une crise gouvernementale, une crise dans la direction de la Comibol, et une crise dans le « bloc restructurateur». Pour que sa défaite soit plus éclatante, il a dû consentir à la réintégration dans la Comibol des directeurs ouvriers, comme ce fut auparavant le cas dans la C.N.S.S.

Le gouvernement Siles a subi la plus grande défaite politique infligée par le mouvement ouvrier. Jusqu'alors il avait réussi à neutraliser la C.O.B., s'était débarrassé de sa collaboration gouvernementale, avait organisé une équipe de bureaucrates syndicaux qui servaient ses plans visant à détruire les conquêtes ouvrières au moyen d'une dictature syndicale arrogante. Lechin avait capitulé à chacune de ces entreprises en arguant que « les ouvriers ne voulaient pas lutter ». Cependant, quand Siles et l'impérialisme se lancèrent pour briser les organisations ou-

(*) Office des mines boliviennes.

vrières et les syndicats d'avant-garde au moyen de la répression et de la provocation, la résistance des masses surgit, suivie d'une contre-offensive qui a, du moins pour le moment, désorganisé à nouveau les forces de la réaction. La lutte s'était organisée d'en bas.

Lechin et Torres, dans un esprit défaitiste, s'étaient contentés d'une grève écheéchelonnée. Quelques dirigeants de leur tendance, tels Lima et Saavedra, en proie aux attaques des silistes, préférèrent quitter leurs postes. Ce fut des usines (dont Said, Formo, Brasseries, et plusieurs autres), c'est-à-dire de la base ouvrière que surgit la lutte contre le complot siliste, et elle infligea une défaite complète aux «restructurateurs», les obligeant à se conduire autrement.

Chez les mineurs, ce furent ceux-ci et leurs syndicats qui organisèrent la lutte avec leurs propres méthodes et leurs propres buts. La grève, déclenchée sans limitation de temps et épaulée par la grève de la faim, passa outre aux directives lechinistes. Les Les interventions des mineurs par la radio, saisie par les travailleurs, mirent en pièces les mensonges de la propagande officielle. Les milices des mineurs et des paysans, qui s'étaient concentrées à San José, freinèrent la provocation de l'armée contre la grève Le Comité de grève formé à Oruro et représentant les travailleurs de dix mines, constitué un très grand pas en avant des mineurs qui tendent à se donner une direction propre, combative, capable d'organiser et de centraliser la lutte. La grève de faim, la participation des femmes dans lutte, le soutien des populations des régions minières ont fait reculer les gens les plus coriaces du gouvernement, comme ce fut le cas de Cuadros Quiroga à Potosi.

Un des aspects de la lutte, qui obligea le gouvernement à reculer plus rapidement, ce fut le grand pouvoir d'attraction qu'elle exerça sur des organisations contrôlées par les silistes. En effet, dans les mines qui sont tenues par une dictature de ceux-ci (à Huanuni, Colquiri, Milluni), un véritable soulè-

II. — La banqueroute de La crise dans l'étain et autres minéraux.

Le capitalisme n'a aucune possibilité d'amoindrir les contradictions économiques dont souffre l'économie bolivienne. Celle-ci subit le coup très dur de la chute des prix sur le marché international dominé par l'impérialisme américain, en ce qui concerne l'étain, le plomb, le cuivre, le zinc, le tungstène et autres minéraux. Elle souffre aussi de la restriction brutale représentée par le quota d'étain imposé par le Comité International siégeant à Londres. Aux termes d'une loi des U.S.A., la Bolivie ne peut pas vement des ouvriers qui voulaient participer à la grève menaçait de se produire. Quant aux ouvriers de Pulacayo, San José et Potosi, ils réalisèrent en un seul jour ce que le lechinisme n'avait pas pu faire au cours de quelques années, à savoir briser le contrôle bureaucratique de Sanjinés sur les cheminots, attirer la solidarité agissante de ceux-ci ainsi que celle des ouvriers du bâtiment, du textile et — comme à Araca -celle des paysans.

Après une longue période, les ouvriers ont a cette occasion montré non seulement leur volonté de lutte, leur grande combativite, mais aussi leur maturité politique, leur esprit d'initiative et leur tendance naturelle à organiser la lutte, à se donner une direction puisée dans leurs propres rangs, à s'unir et à se centraliser d'en bas, enfin à revigorer les milices pour soutenir leurs mobilisations. Les conquêtes d'avril non seulement vivent toujours dans la conscience des masses, mais encore celles-ci les développent au niveau des nouveaux besoins de la lutte. Ce ne fut pas une bataille isolée, mais le début d'une guerre.

La tentative de porter un coup direct aux organisations ouvrières n'a pas découlé de la prédominance éventuelle d'une aile « dure » au sein du gouvernement. Si le gouvernement se décida à frapper aussi bien les organisations qui ont bâti le mouvement ouvrier bolivien que les forces principales qui firent la Révolution d'avril (mineurs et ouvriers du textile) et l'avant-garde politique, ce n'était pas parce qu'il disposait d'assez de force pour gagner la guerre qu'il déclenchait ; c'est parce que la direction capitaliste du pays était arrivée à la limite de ses possibilités. La crise économique, sociale et politique est arrivée à un point où le pouvoir capitaliste ne peut coexister avec les conquêtes et les organismes des masses.

D'autre part, la survie des conquêtes des masses et des organismes qu'elles ont créés pendant et après la Révolution d'avril, ne peut non plus se poursuivre sous une direction capitaliste. l'administration capitaliste.

vendre des

I'U.R.S.S., à populaires ».

produits « stratégiques » à la Chine; aux « Démocraties

Or, la Bolivie ne peut pas non plus vendre tous ses minéraux sur le marché impérialiste, mais doit subir les limitations imposées par celui-ci aussi bien en ce qui concerne le volume d'achats que les prix.

La récession aux Etats-Unis a encore aggravé la situation de la Bolivie dans ces derniers temps. Elle menace de l'empirer avec les nouveaux tarifs douaniers que les U.S.A. envisagent d'établir contre les importations de plomb et de zinc. Aux Etats-Unis et sur le marché international, ce sont les grandes compagnies minières expulsées de Bolivie par la révolution d'avril qui sont présentes et dominent le Comité international de l'étain, le Buffer Stock. Ce sont elles qui, par l'entremise de tels organismes, continuent à disposer des mines boliviennes et imposent des conditions, des quotas, des prix, à ceux qui achètent, traitent et vendent l'étain et autres minéraux boliviens.

Le but de ces grandes compagnies, dont le jeu est servi par le gouvernement Siles, c'est de mener les mines nationalisées à la faillite. On cherche à étrangler la Comibol par les difficultés venant du marché international et par les siennes propres découlant de l'échec de l'administration capitaliste, et de l'épuisement des puits. A travers le plan Ford, Bacon et Davis, les grands trusts cherchent à imposer leur administration et leurs vues aux mines nationalisées. Alors que les richesses de la Bolivie en matières minérales sont énormes, des mines nouvelles ne sont pas exploitées, tandis que des mines nationalisées parmi les plus riches, telle la mine Matilde, sont données « en location » aux grandes firmes impérialistes. L'impérialisme, en alliance étroite avec le gouvernement Siles, tâche de « libérer » les mines du contrôle ouvrier, des syndicats mineurs, et des milices armées. La guerre du pétrole en Bolivie.

Les grandes richesses pétrolifères que renferme le sous-sol bolivien ont fait du pays un champ de bataille dans la guerre mondiale pour le pétrole. Les grands trusts qui avaient été expulsés des mines se ruent sur les concessions pétrolières comme s'il s'agissait de colonies ouvertes. L'impérialisme américain, en accord avec le gouvernement petit bourgeois M.N.R. - alors présidé par Paz Estensoro - avait réussi à obtenir, comme contre-partie des mines nationalisées, une loi dite Code du Pétrole, de type colonialiste.

D'autre part, les grandes compagnies ont, dans le domaine des concessions pétrolières, déployé leurs classiques méthodes de piraterie pour les avoir aux meilleures conditions. La Y.P.F.B. (*) a été frappée de boycott en matière de finances, de technique et de transport, et on a fait pression pour arracher à la Y.P.F.B. les nappes les plus riches (tel Madrejones). Le traité avec le Brésil, avec la « récupération » d'une grande partie du terrain fixé par les accords de 1938 fut précédé d'une large campagne « nationaliste » dont les porte-parole étaient les agences de presse de l'impérialisme américain. Cependant, les choses furent présentées comme un triomphe de la diplomatie du gouvernement Siles. Or, l'étendue de terrain dont il est question fut, au lendemain de la signature du traité, livrée à des compagnies américaines. Ce fut vraiment un triomphe de la diplomatie de la Standard Oil...

Tandis que les grands trusts impérialistes obtiennent ces concessions, la production réelle du pétrole reste toujours aux mains de la Y.P.F.B. La propagande du gouvernement selon laquelle ces concessions dans les pétroles serviront à diversifier l'économie du pays, est réfutée par les faits. Les grandes compagnies pétrolières, comme jadis celles de l'étain, exigent des « garanties » avant de commencer la production. Elles exigent que le « pouvoir syndical » soit terrassé, que l'on retourne à la libre entreprise et que soit établie une dictature contre les masses pour rétablir le libre fonctionnement du capitalisme dans le pays. La faillite du plan de stabilisation.

A peine un an après avoir commencé à être appliqué, le plan de stabilisation dit Plan Eder s'est soldé par un échec. Loin d'avoir obtenu la stabilisation et le développement de l'économie du pays, celle-ci voit sa crise aggravée. Ceci est prouvé par les décrets gouvernementaux du début de l'année, aux moyens desquels le gouvernement visait à bloquer les salaires pour un an encore, à rétablir une liberté déguisée de l'embauche, et à liquider par la voie froide la C.N.S.S. Mais la stabilisation capitaliste est incompatible avec les conquêtes des masses et l'amélioration de leur niveau de vie, et aussi avec leurs organisations. D'autre part, la corruption de l'administration capitaliste, ses trafics de tous les jours montrent la décomposition d'une telle administration.

L' « aide américaine » ne fait que prolonger la vie de cette, administration, mais elle ne résout aucun des problèmes posés. Le chantage dont cette aide est accompagnée a forcé les secteurs les plus réticents de la direction du M.N.R. à suivre les directives politiques du Département d'Etat, en même temps qu'il a accentué l'instabilité et la crise du gouvernement. L'impérialisme américain emploie son « aide » pour soutirer aux secteurs capitalistes boliviens les mesures les plus réactionnaires.

Donc, la nationalisation des mines, la réforme agraire, le plein emploi, les augmentations de salaires, les assurances sociales, les organes de contrôle et de pouvoir servant aux ouvriers et aux paysans à défendre leurs conquêtes, c'est-à-dire les milices, les comités de contrôle ouvrier, les organisations syndicales, ne s'accordent pas avec l'organisation capitaliste de l'économie. C'est pourquoi la stabilisation capitaliste du pays exige la destruction des conquêtes et des organisations des masses, la restauration du neuvoir de coercition de l'armée et des carabiniers, l'établissement d'une dictature capitalo-impérialiste.

D'autre part, comme la grève des mineurs l'a montré, les masses empêchent l'impérialisme d'aller plus loin. Mais, pour que leurs conquêtes puissent être maintenues et pour que les conséquences néfastes de l'économie en état de banqueroute ne retombent

(*) Monopole d'Etat des pétroles.

pas sur les masses, celles-ci sont poussées à transformer le caractère défensif de leurs luites en un caractère offensif visant à une transformation progressive de l'économie et à la destruction des forces qui s'opposent aux masses. Les offres soviétiques et roumaines.

Dans une telle crise capitaliste, les offres de I'U.R.S.S. et de la Roumanie à la Bolivie (prêts et investissements à très bas taux d'intérêt et à longue échéance, installations pour le traitement des minéraux boliviens et la production des pétroles, achats sans limi-

III. - Les masses se refusent à

Les derniers combats sont le produit d'un processus de mécontentement et d'opposition croissante qui embrasse l'ensemble des masses ouvrières, paysannes et petites bourgeoises citadines. L'opposition ouvrière.

Les assemblées plénières des mineurs de Potosi et d'Oruro n'ont pas été les seules à montrer la rupture des travailleurs des mines avec le gouvernement capitaliste M.N.R. Un processus plus profond se dessinait partout ces derniers temps dans les mines, où les travailleurs, devant les menaces de chômage et l'arbitraire de l'administration, occupaient les installations, en chassaient les fonctionnaires et prenaient en mains l'administration. En même temps, ils s'adressaient à la F.S.T.M.B. pour qu'elle vienne soutenir leur action.

Les mineurs ont rejeté le plan de stabilisation et ont fait de leur revendication d'augmentation de salaires le pivot de leurs résolutions. Mais une des questions les plus explosives dans les milieux mineurs, c'est la menace de la fermeture des mines marginales et du licenciement massif dans les autres. Ceci a été clair lors de la dernière grève. En effet, ce sont les mines les plus affectées par ces menaces (à San José, Pulacayo, Kami, Unificada et ailleurs) qui ont le plus poussé en avant la lutte. Ce ne fut pas seulement l'arrestation du dirigeant Cabrera qui mobilisa les mineurs, mais plus encore les menaces directes que les mesures du gouvernement faisaient planer sur leur niveau de vie, leur emploi, leurs organisations.

Le haut niveau de compréhension des mineurs en ce qui concerne la portée réelle de la lutte s'est exprimé dans le texte de résolutions comme celle qui fut adoptée en janvier par l'assemblée tenue à Catavi. et qui rejetait les mesures du gouvernement en matière de libre emploi et de blocage de salaires, appelait à la mobilisation des milices et s'adressait à d'autres syndicats pour centraliser l'action. L'alarme provoquée au tation de plomb et de cuivre, installation d'usines pour l'exploitation des matières premières) ne font qu'attiser les contradictions capitalistes.

Car ce n'est pas le capitalisme qui peut envisager un tel développement industriel pour la Bolivie. Aussi les perspectives ouvertes par les offres de l'U.R.S.S. et de la Roumanie comporteraient le renforcement des conquêtes ouvrières et mineraient davantage le capitalisme. Celui-ci ne peut profiter de telles offres qui le désintégreraient plus profondément, et c'est pourquoi Siles les rejette, armé des arguments du F.B.I. supporter les frais de la crise. sein du gouvernement et chez l'impérialisme américain par les décisions prises à Catavi fut telle que le gouvernement fit de cette ville le point de départ de sa provocation qui visait à déclencher la répression.

Chez les ouvriers du textile, l'opposition aux « trois décrets.» ne fut pas moins vigoureuse. La menace du chômage dans cette branche est aussi réelle que dans les mines. Aux menaces de fermeture d'usines, de cessation de paiement des salaires et des autres conquêtes sociale, les ouvriers du textile ont répondu, comme dans le cas de l'Usine Verrière et de Manaco, à Cochabamba, par des actions décidées qui ont fait reculer le patronat et le gouvernement. La auires conquêtes sociales, les ouvriers du textile de La Paz, et la défaite qu'ils ont fait essuyer aux silistes qui voulaient détruire leur organisation syndicale, montrent que ces travailleurs ne sont nullement disposés à s'incliner devant les attaques des capitalistes. Quant à la conférence d'ouvriers du textile tenue à Tarija, elle s'est prononcée contre le blocage des salaires, passant outre aux manœuvres des agents du gouvernement et des a restructurateurs.

La masse des organisations qui ont été « restructurées » a parfois exprimé une opposition plus grande encore envers la politique du gouvernement. A La Paz les ouvriers du bâtiment ont rompu publiquement avec lui. Plus que personne, ils subissent les méfaits du chômage. Les cheminots se sont opposés ouvertement au gouvernement, d'abord lors de leur grève à Uyuni (début janvier) puis en se solidarisant avec les mineurs d'Uyuni, Oruro, Potosi, et ils n'ont pas suivi les directives de Sanjinés et Cie. La conférence de la Fédération des cheminots de La Paz, fédérotion qui constituait une base pour la bureaucratie, a été une défaite pour le gouvernement car l'assemblée a déclaré se solidariser avec les mineurs et a demandé que les salaires des mineurs correspondant aux jours de grève soient payés à 100 %.

Les typographes de La Paz, les ouvriers du textile d'Oruro et ceux du bâtiment de

Potosi ont également montré leur opposition à la politique du gouvernement et leur volonté combative. Soulignons encore que l'esprit insurrectionnel qui couvait chez les mineurs de Huanuni, Colquiri, Milluini et qui ébranla l'appareil syndical siliste, a révélé toute la faiblesse du gouvernement, mais aussi les grandes possibilités d'une mobilisation générale des masses, unifiée à l'échelle nationale. L'insurrection paysanne est toujours vive.

Le Plan Eder de stabilisation, l'impérialisme américain, la rosca et le gouvernement Siles ont pour la campagne un programme assez clair: arrêter la réforme agraire. C'est Eder qui l'a dit, et c'est Siles qui l'a répété : pour augmenter la production agricole il faut assurer aux « hommes d'entreprise » que leurs propriétés ne leur seront pas arrachées. Autrement dit, le relèvement de la production agricole n'est pas envisagé comme une question technique et en fonction du relèvement social, économique et culturel du paysan, mais plutôt en fonction des garanties à donner aux entrepreneurs capitalistes, aux « investisseurs », ainsi qu'aux grands propriétaires terriens qui ont réussi à ne pas être expropriés.

La stratégie de l'impérialisme américain et du gouvernement Siles est simple. Elle se propose de séparer les paysans des ouvriers ; de neutraliser l'action des paysans tandis qu'on s'emploie à détruire le mouvement ouvrier pour ensuite s'attaquer aux conquêtes des paysans. Quand la rosca s'attaque aux paysans et s'oppose au suffrage universel, elle fait étalage de la haine et de l'esprit revanchard qu'elle ressent envers ceux qui l'ont expropriée de ses terres et mis fin à son pouvoir féodal.

Apparemment les paysans ne sont pas intervenus dans les récentes luttes. Exception faite du soutien apporté par les milices paysannes d'Araca qui étaient venues à San José pour défendre les mines, il n'y a pas eu une intervention massive des paysans. Cependant, ceux-ci s'inquiètent grandement d'une crise sociale et politique qui menace toutes leurs conquêtes. Cette inquiétude s'exprime depuis un certain temps déjà dans une hostilité envers les fonctionnaires chargés de la réforme agraire, et du ministère des Affaires paysannes, dans lesquels ils voient directement représentés les entraves et atermoiemenis qu'on veut imposer à la réforme agraire.

Malgré les Barrientos Mamani et tous les autres bureaucrates dans le pays, la crise affectant les rapports entre le gouvernement et les paysans se développe. Les chocs acfuels entre des fédérations rivales sur la question de se prononcer pour ou contre le ministre des Affaires paysannes, sont l'expression déformée d'une lutte qui couve à la base. Jusqu'ici les organisations paysannes, tant à l'échelle nationale qu à l'échelle régionale, sont dirigées par des individus de la petite bourgeoisie citadine (docteurs, fonctionnaires, agents du ministère).

La tendance des paysans, c'est de s'opposer au gouvernement, de résister aux agents silistes. Mais ils ne disposent pas de la direction nécessaire. La direction de la C.O.B., de Nuflo Chavez, s'inclina sans livrer combat. Les paysans cherchent instinctivement une nouvelle direction, mais ne la trouvent pas. Cependant, leur pression a opéré une différenciation au sein du silisme lui-même. Ainsi, la conférence paysanne tenue à La Paz avait certes pris la décision de renouveler l'attachement des paysans à Siles, mais aussi de défendre la réforme agraire en danger, et pour cela d'aller vers la constitution d'une armée, chaque famille paysanne devant envoyer un de ses membres dans les rangs de cette armée.

La désertion de la direction lechiniste maintient la crise chez les paysans dans une certaine confusion. On ne voit pas comment en sortir; il manque un noyau dirigeant. A Choroma, dont le syndicat paysan est armé et s'est maintenu en guerre contre des villages (tel San Pedro de Buena Vista) où les exploiteurs des paysans ont cherché refuge, l'esprit insurrectionnel des paysans est toujours vif. Malgré l'assassinat d'un de leurs leaders, Narciso Torrico, 30.000 paysans maintiennent vive la flamme de la révolution agraire et obligent, par la pression des masses, les bureaucrates d'Ucurene et d'ailleurs à se montrer solidaires d'elles. Les soulèvement isolés des paysans dans l'altiplano, à Chuquisaca, à Cochabamba expriment la volonté combative des paysans, qui s'épanouira dans les grandes luttes qui approchent.

Les luttes ouvrières, comme celles des mineurs ces derniers temps, offriront le centre pour le regroupement des paysans, le canal pour le développement de la révolution agraire jusqu'ici bloquée, isolée. Il faudra une action consciente de la part des organisations ouvrières, des noyaux dirigeants ouvriers que la lutte fera surgir, à l'exemple de l'influence exercée par les mineurs de Viloco sur les paysans d'Araca, pour parvenir à libérer et à canaliser les forces : évolutionnaires énormes des paysans, contenues jusqu'ici par la bureaucratie, par leur isolement par rapport aux luttes ouvrières, et par la paralysie et la capitulation de la direction Lechin-Nuflo. C'est ainsi que les ouvriers chasseront la direction petite bourgeoise des paysans constituée par les dirigeants de la C.O.B. et dont Siles se sert. La crise de la petite bourgeoisie.

La petite bourgeoisie citadine est elle aussi secouée par les contradictions qui ébranlent le régime tout entier. C'est sur elle que l'on comptait pour réussir le Plan Eder de stabilisation. Elle fut mobilisée par le gouvernement pour enrayer la mobilisation ouvrière en juin-juillet 1957. Cependant, elle a ressenti également les conséquences du Pian Eder. C'est ainsi que ses conditions matérielles de vie loin de s'améliorer se sont empirées.

Pendant toute la récente période, les grèves ont été plus nombreuses dans la classe moyenne que dans le camp ouvrier. Des mouvements grévistes se sont succédé chez les fonctionnaires des Services interaméricains, les employés de banque et de l'edministration dans divers points du pays, les instituteurs. Il s'agit de ces couches sociales qui ont apparemment soutenu Siles, et qui - du moins leurs dirigeants — ont, le 6 mars, « juré » de « ne plus déclencher des grèves ».

Les mobilisations pour soutenir Siles, tout comme les voix électorales recueillies par

La politique du gouvernement Siles, de la direction du M.N.R., de l'impérialisme américain, de la rosca et ses partis, enfin des sommets de l'armée et des carabiniers, s'est fixé pour but de mettre un terme à la révolution bolivienne, que ce soit par la voie froide ou la voie chaude, de libérer le capitalisme de toutes les limitations et contrôles que la Révolution d'Avril lui imposa. Mais ils sont arrivés à un point au-delà duquel ils ne peuvent plus avancer.

Depuis le début de l'application du pian de stabilisation, et plus particulièrement depuis le 2° congrès de la C.O.B., le gouvernement Siles avait réussi à prendre l'initiative contre le mouvement ouvrier grâce à la faillite politique et à la paralysie de la direction de la C.O.B., à la capitulation ouverte d'une partie de cette direction, et au soutien que lui accordaient la rosca et une petite bourgeoisie citadine irritée qui n'entrevoyait aucune perspective.

Cependant, dans le processus de la révolution, aucune de ces forces ni de ces capitulations n'a changé le rapport de forces. Pendant toute cette dernière période, la petite bourgeoisie citadine n'a pas pu être entraînée à affronter violemment, ouvertement, le prolétariat et les paysans. Siles ne pouvant plus avancer sur la voie froide, l'alliance avec la rosca fut rompue. Les penchants aux coups de force se réveillèrent à nouveau, y compris dans le gouvernement. Le compiot de janvier ouvrit ainsi une nouvelle étape dans la situation.

Forte du soutien de l'impérialisme américain et de la faiblesse du gouvernement, la rosca a repris une action politique des plus agressives à travers la Phalange et autres groupes. Favorisés par les inquiétudes qui agitent la petite bourgeoisie et par l'absence la Phalange, sont plutôt le résultat du manque d'une direction et d'une action ouvrière capables d'ouvrir objectivement à la petite bourgeoisie une voie pour l'amélioration de sa situation. Objectivement, de larges secsecteurs de la petite bourgeoisie sont opposés à la politique du gouvernement et disposés à mener la lutte ; il est donc possible que ces secteurs soutiennent le prolétariat en lutte.

Les inquiétudes et la volonté de recherche que connaissent les milieux intellectuels _ notamment les universitaires - en ce qui concerne des questions telles que la production pétrolière, les concessions forestières, les affaires économiques et la libre entreprise, et l'esprit critique de ces milieux (exception faite des éléments appartenant à la rosca) prouvent l'effervescence et les soucis de la petite bourgeoisie en général. d'un canal la reliant à nouveau au prolétariat, nombre de partis tués par la révolution d'avril ont ressuscité et cherchent à tirer le meilleur profit de la situation en faveur de la rosca. Le M.N.R. est cassé.

Tous ces développements ont fini par dévoiler la cassure complète du M.N.R. Jusqu'à l'assemblée élargie d'Oruro, Lechin tâcha de maintenir la fiction de l'unité du M.N.R. Ainsi il attelait le mouvement ouvrier à la direction politique du gouvernement qui pourtant frappait sur lui.

Le retour annoncé de Paz Estensoro - - que certains attendaient — fut présenté comme la seule alternative à la solution de la crise économique et à la réunification du M.N.R. L'annonce de ce retour fit exploser des divergences jusqu'alors contenues. Cependant, Paz Estensoro ne rentra pas. La crise que connaît la Bolivie n'est pas due au gouvernement Siles mais au capitalisme. La politique de Paz Estensoro n'est pas distincte de celle de Siles; dans des conditions économiques plus stables, elle correspond à l'objectif commun de stabiliser le capitalisme sur le dos de la révolution et des masses. Si le « guérisseur » Eder n'a pas pu trouver une solution à la crise bolivienne, le « guérisseur » Paz Estensoro ne l'apportera pas non plus.

Le plan de stabilisation ayant échoué aux yeux de la petite bourgeoisie, qui lui avait cependant accordé son soutien, le groupe représenté par Siles s'est scindé en plusieurs tronçons dent les deux principaux - le « dur » dirigé par Cuadros Quiroga et Ocamp, et un autre lié aux ministres des Affaires paysannes et qui résiste à « brûler » sa base de masse servent en quelque anbianb ne

IV. - La crise des forces politiques.

IV. - La crise des forces politiques.

sorte de champ de manœuvres à Siles et à ses partisans pour ne pas devenir les prisonniers politiques de la rosca.

Quant au secteur paz-estensoriste, il ne se retrouve plus dans la forêt de la crise politique, Il n'a pas une base propre, agissante, ni une orientation dans tous ces développements. Derrière tous ces groupes, c'est l'impérialisme américain qui agit dans sa tentative de les unir afin de constituer une force politique capitaliste quelque peu solide. Cependant, cette intervention de l'impérialisme et son impuissance à imposer une solution dans l'immédiat, ne font qu'aggraver les contradictions. Certes, comme en janvier, comme le 6 mars à l'occasion de la crise produite par la démission annoncée de Siles, des fronts ont été transitoirement formés pour s'attaquer à la classe ouvrière, mais ils ont été freinés par la résistance des masses et se sont vus à nouveau en proie à leurs propres contradictions.

L'armée elle-même et le corps des carabiniers n'échappent pas à ce processus. Leurs crises intérieures se succèdent, et le cadre des officiers se brise à chaque crise. Les soldats n'ont aucune hostilité envers le mouvement ouvrier et paysan car ils appartiennent à ces classe sociales; donc le capitalisme ne peut pas compter sur leur décision pour se battre. La tradition du 9 avril est encore très vivante chez les soldats, et le gouvernement n'est pas assez fort pour imposer une certaine cohésion et une conviction à la masse de l'armée. Quant aux milices du M.N.R., dont les membres ont été recrutés parmi les chômeurs, eiles ne sont que le gagne-pain de leurs composants. Dans une bataille réelle, le mouvement ouvrier exercera sur ces milices une véritable attraction. La gauche lechiniste a fait ses preuves.

Qui a ressenti le plus les effets du choc frontal survenu entre le mouvement ouvrier et le gouvernement M.N.R., c'est la soidisant gauche, dans tous ses secteurs, exception faite du P.O.R. La polarisation des forces et leur confrontation ouverte ont jeté par terre tous les pronostics et l'orientation politique de cette gauche, et révélé son impuissance.

La gauche fut saisie de panique lors de la crise ouverte à l'annonce de la démission de Siles. Alors que des changements politiques très importants se produisaient et exigeaient qu'on prenne position devant eux; alors que la démission annoncée de Siles était Tobjet de discussions dans les usines et dans les mines, l'attitude de Lechin fut de ne pas intervenir, de « ne pas prêter le flanc à la provocation ». C'était la même attitude qui l'avait conduit, de reculade en reculade, à consentir à la neutralisation de la C.O.B. devant les événements. Dans la crise ouverte par la démission de Siles intervinrent l'impérialisme américain, la Phalange, l'Action de Défense, le haut commandement de l'armée et des carabiniers, les chefs du M.N.R., les bureaucrates « restructurateurs ». Mais le mouvement ouvrier vit son intervention freinée. Le résultat en fut que, à l'ombre de cette « paix » que Lechin lui offrait, la réaction parvint à surmonter - certes pour le moment - ses propres difficultés et à s'allier au gouvernement dans la répression. Le mouvement ouvrier eut ainsi, déjà sous le feu d'un ennemi qui s'était uni, à intervenir avec retard pour la défense de ses conquêtes.

Le lechinisme « intransigeant» et tous les autres courants gauche du M.N.R. ont fait faillite. Leur soumission idéologique au M.N.R., à Paz Estensoro, les paralyse politiquement au milieu du processus le plus dynamique que les masses aient jamais vécu. Alors que les camps se profilent clairement, que les syndicats luttent contre le gouvernement du M.N.R., et que les locaux des syndicats et l'unité des ouvriers sont l'objet de coups des commandos au service du gouvernement que Lechin veut maintenir, celui-ci tient à l'unité — illusoire — du M.N.R. Le Parti Communiste.

Devant la démission de Siles, la direction du P.C. s'était prononcée pour la constitution d'un front pour soutenir Siles contre le coup réactionnaire. Les premières victimes de cette erreur du P.C. de considérer Siles comme l'objet et non pas le sujet d'un coup réactionnaire, ce furent les dirigeants du parti qui ont été envovés en prison ou en déportation. La politique conciliatrice de la direction du P.C. a elle aussi été condamnée par les événements.

Le refus de la base de suivre les directives du « Bloc restructurateur », ainsi que l'action des cheminots d'Uyuni, d'Oruro, de Potosi, et des ouvriers du textile de La Paz, ont poussé les militants du P.C. au-delà des directives qu'ils avaient reçues de leur Parti. Nécessité objective du Parti révolutionnaire.

La crise du M.N.R. et celle des forces de gauche qui ont eu jusqu'ici une grande influence dans la direction du mouvement ouvrier, sont sans cesse accrues par la décision combative du prolétariat et des paysans et par leurs progrès en matière de méthodes de combat. Loin de s'apaiser, la lutte révolutionnaire rebondit.

La voie est ouverte pour le développement du Parti marxiste révolutoinnaire capable d'orienter la révolution bolivienne dans sa nouvelle étape. Une lutte politique est devant nous, des nécessités politiques se développent. Tout comme les autres courants du le P.O.R. a fait ses mouvement ouvrier, preuves. Son orientation a été confirmée par les événements.

V. - L'étape

Les deux camps en présence profilent leurs traits, les forces se polarisent et tâchent de s'évincer l'une l'autre. Ce premier combat est le début d'une guerre qui sera dure. Le gouvernement et l'impérialisme n'ont pas la force de l'emporter. Cependant, les masses n'ont pas une unité de vues sur leurs objectifs ni la conscience claire de la voie de la victoire. Or, la situation actuelle est telle qu'elle n'accorde pas de délais pour une évolution politique en toute tranquillité, c'està-dire pour que les forces se préparent au combat. Même sans préparation, l'une et l'autre des deux forces qui s'affrontent seront poussées à des chocs et à des luttes comme celles qui se sont produites ces derniers temps. Perspectives de guerre civile.

Les contradictions se développent qu'en même temps se développe une force capable de maîtriser le processus. La détérioration de la situation avait poussé le gouvernement et l'impérialisme américain à déclencher une attaque sans qu'ils aient la force nécessaire pour s'imposer. Poussés par une situation pareille, les chefs militaires et la Phalange peuvent à tout moment se lancer dans une _offensive et l'emporter peutêtre sur le faible gouvernement Siles, mais ils rencontreront la résistance acharnée des masses qui défendront leurs conquêtes. Des secteurs de la rosca, des commandos locaux silistes peuvent, devant le développement des luttes ouvrières et l'impuissance des secteurs petits bourgeois ou rosqueros, être saisis par le désespoir et se lancer dans des coups et des provocations entraînant des luttes armées comme celles qui ont eu lieu à San Pedro de Buena Vista, à Uncia, à Santa Cruz.

Cependant, les masses réagiront vigoureusement, y compris par la lutte armée, devant toute attaque à leurs conquêtes et contre les provocations, les coups d'Etat, etc. La réponse des ouvriers de Catavi et Siglo XX à la provocation intervenue à Uncia, la concentration de milices à San José pour faire face aux provocations d'un régiment de l'armée et aux commandos du gouvernement, ont été des indices d'une telle tendance de la part des masses. Il y a des prémisses d'une guerre civile qui peut éclater à tout moment. Elle aurait déjà pu se déclencher lors de la récente grève des mineurs si le gouvernement n'avait pas reculé à temps dans l'affaire de la marche du commando d'Heanuni sur Catavi et de l'armée sur San José

Mais cette situation renferme un danger. En l'absence d'une direction et d'un objectif central qui canalise la lutte des masses, la guerre civile peut s'atomiser dans des guéfillas dispersées. Tous les pas en avant que le mouvement ouvrier devra faire pour donner à la lutte des masses un obiectif central

NALE 83 de la décision. et pour que les secteurs les plus avancés du prolétariat développent auprès des masses une action en vue de centrer la lutte sur la prise du pouvoir, serviront à élever à un niveau supérieur et à centraliser la guerre des guérillas. Grève générale et grèves partielles.

D'autre part, dans la présente situation explosive, de nouvelles attaques et provocations du gouvernement, des coups militaires mettant en danger l'ensemble des conquêtes des masses, ou un autre fait du genre, peuvent mettre à l'ordre du jour la grève générale. Des grèves partielles avec tendance à se généraliser ne sont pas non plus exclues.

C'est dans ces actions de masses, auxquelles celles-ci peuvent être amenées par la situation objective, que le combat central, offensif, doit être orienté contre le pouvoir impérialiste et capitaliste et pour que les masses apportent leur propre solution à la question du pouvoir. La force révolutionnaire des masses s'exprime non seulement dans leur capacité de mener de grandes luttes, mais aussi dans le fait qu'elles peuvent apporter leurs propres solutions à la crise du pays. Sinon leur force s'épuisera et le capitalisme parviendra à imposer sa solution à lui. Le développement des éléments du pouvoir ouvrier et paysan.

D'éventuels coups militaires ou des tentatives dictatoriales de Siles attiseront, comme on l'a vu lors de la dernière grève, la tendance des masses à renforcer leurs organes de pouvoir, leurs syndicats, leurs milices, et à centraliser d'en bas ces organes.

Le développement du double pouvoir ouvrier est à l'ordre du jour dans cette nouvelle étape de la lutte révolutionnaire des masses. Les élections.

Ayant échoué dans son épreuve de force, le gouvernement Siles se tourne du côté d'une consultation électorale qui, cependant, ne l'intéresse pas et qu'il tâchera d'éviter. Mais l'impérialisme américain cherche par cette voie la réintégration politique de la rosca dans la vie du pays, afin qu'il puisse élargir sa base et réaliser quelques-uns de ses plans.

L'épreuve électorale servira à provoquer une rupture ouverte des syndicats avec le M.N.R. et renforcera les syndicats en tant que canal des aspirations des masses. Mais, en même temps, au fur et à mesure que ce processus se développe, les agissements de la réaction seront des plus désespérés, et le point culminant de la mobilisation des masses derrière leurs syndicats ne sera pas la réunion d'un parlement bourgeois, mais celle d'un Congrès ouvrier et paysan.

VI. — Pour un congrès extraordinaire de la C.O.B. qui décidera la formation du gouvernement ouvrier et paysan.

Pour arrêter le dernier coup réactionnaire, les masses n'ont mis en jeu qu'une partie très limitée de leur capacité d'action révolutionnaire. Comme nous l'avons vu, la lutte des masses se heurte à une difficulté qui les empêche de déployer pleinement leurs forces, c'est le manque d'objectifs centraux capables d'entraîner la classe dans son ensemble et d'élever sa capacité de lutte. Le gouvernement a provisoirement pour lui comme avantage la confusion régnant dans de larges secteurs de la classe. La lutte défensive, le manque d'un objectif central, ne favoriseront pas le développement de toutes les énergies révolutionnaires des masses.

La crise économique et politique ne peut pas continuer indéfiniment. Elle doit trouver une issue soit capitaliste, soit ouvrière. Les masses travailleuses ne peuvent pas lutter constamment contre le chômage alors que l'économie du pays est en pleine banqueroute. Elles ne parviendront pas à élever, pas même à maintenir, leur niveau de vie au milieu d'une crise générale. La crise dans les mines, l'agriculture et l'industrie exige des solutions que le capitalisme ne peut pas apporter. Tout ce qu'il peut apporter dans ce domaine, c'est la misère et le chômage pour les travailleurs. Ce sont donc ceux-ci qui doivent trouver la solution.

On ne peut pas, à l'instar de Lechin, attendre ou demander au régime capitaliste de sortir de l'impasse. Les solutions venant du capitalisme représentent du sang pour les masses. Les travailleurs des villes et des campagnes ont besoin de leurs propres solutions tant économiques que politiques. Ils doivent chasser le gouvernement capitaliste et instaurer leur propre gouvernement désigné par leurs propres organisations et responsable devant elles; un gouvernement qui exprime et réalise la volonté des travailleurs groupés dans les syndicats, fédérations ouvrières, C.O.B., milices ouvrières et armées paysannes

La réaction veut, au moyen d'une dictature, arracher aux ouvriers et paysans leurs conquêtes, mater la capacité qu'ils ont d'envisager et de résoudre les questions qui les intéressent. Il faut ouvrir la voie pour que les masses puissent décider elles-mêmes de leurs problèmes. Cette voie, par laquelle les ouvriers, les paysans et la petite bourgeoisie pauvre auront à exprimer leur volonté, c'est un congrès extraordinaire des travailleurs dont la convocation est nécessaire. C'est à travers des organismes qu'elles ont déjà créés, et qu'elles doivent tenir toujours en mains, que les masses discuteront et désigneront directement leurs délégués dans les assemblées de syndicats, des mineurs, des ouvriers dans les usines, des paysans, etc. De nouvelles formes d'organisation (comités et autres) surgiront au cours de la lutte qui représenteront aussi la voionté des masses. Le gouvernement ouvrier et paysan.

C'est un tel congrès extraordinaire, en tant que forum suprême des travailleurs des villes et des campagnes qui aura autorité pour apporter une solution à tous les problèmes économiques et politiques qui se posent, à commencer par la question principale, à savoir doter la révolution bolivienne du régime qui assure ses conquêtes, les amplifie, chasse définitivement les forces ennemies capitalistes, établisse et réalise un plan qui assure un développement économique et social réel de la Bolivie. C'est-àdire qui instaure le gouvernement ouvrier et paysan.

Ce gouvernement ne doit pas être une autre expression du régime actuel. Il devra représenter un régime nouveau, organisé en fonction des besoins des masses et des possibilités réelles de l'économie du pays. La formation et le maintien de ce gouvernement doivent venir d'une mobilisation des masses capable de contrecarrer et de détruire la résistance des ennemis. Ainsi il s'attirera les sympathies et le soutien des masses latinoaméricaines, pour lesquelles la formation d'un gouvernement ouvrier et paysan en Bolivie constituera un stimulant dans leur lutte actuelle contre le capitalisme et l'impérialisme. La formation de ce gouvernement devra être décidée par le Congrès extraordinaire de la C.O.B. et composé d'hommes jouissant de la confiance des masses en lutte. Il ne serg pas un gouvernement majoritaire du P.O.R., pas plus que d'un autre parti, dans la mesure où aucun de ces partis n'a gagné jusqu'ici la confiance de la grande majorité des masses. Pour faire progresser leurs luttes, les masses doivent employer le canal des syndicats, de la C.O.B., des comités qui se créeront au cours des combats, afin d'aboutir à l'instauration du gouvernement ouvrier et paysan. Mobilisation centralisée des forces armées de la Révolution.

Dans les conditions actuelles, le gouvernement, l'impérialisme, la rosca, mettront tout en œuvre pour empêcher un congrès où les masses auraient à décider du sort de la Révolution. Pour que les travailleurs puissent dans ce congrès discuter à l'abri de toute répression, et pour que la mobilisation des masses partout dans le pays puisse se développer, celle-ci doit être accompagnée de la mobilisation centralisée des milices ouvrières et paysannes, comme cela a été fait sur une échelle locale lors de la formation du Comité de grève à Oruro.

La menace de l'armée et des commandos gouvernementaux doit trouver une réplique dans les forces armées des masses, comme ce fut le cas à San José et Uncia, et comme le font continuellement les syndicats paysans.

Dans le cas d'une guerre de guérillas, la tôche des marxistes révolutionnaires sera d'orienter les guérillas, de se mettre à leur tête, d'œuvrer à la constitution d'un commandement unique, d'appeler les masses pour qu'elles se mobilisent, armées ou non, et assurent la tenue du congrès extraordinaire de la C.O.B. Pour un Comité de salut public qui dirige les luttes, centralise les milices, convoque le congrès extraordinaire de la C.O.B.

Dans les mains des « restructurateurs », la C.O.B. se trouve paralysée. De même, les confédérations syndicales sous la direction des bureaucrates sont des obstacles et des oppositions à toute mobilisation de masse. La dernière grève des mineurs a, par contre, montré la tendance des trayailleurs à se à éviter des grèves et des mouvements partiels susceptibles de favoriser les plans répressifs du capitalisme et, d'autre part, à impulser les masses à la lutte générale.

Ce congrès ne doit pas être un congrès de bureaucrates, comme ce fut dans le passé. Les bureaucrates, comme le montre l'expé rience chez les cheminots, ne sont pas en mesure d'affronter un congrès de masse, même pas ceux qu'ils « contrôlent». Dans ces conditions de lutte et de mobilisation, le congrès extraordinaire sera vu par les masses comme la voie la plus directe pour mettre fin au contrôle des bureaucrates et des ministères sur les organisations ouvrières centrales, comme la voie la plus directe pour: récupérer la C.O.B.

Les grèves, les milices, les guérillas, la grève générale constitueront un terrain où l'idée du congrès, posée dès maintenant avec toute vigueur, pourra rayonner et s'attirer le soutien des grandes masses.

Au cours des derniers événements, les radios des mineurs se sont révélées être une arme de grande importance. C'est une arme pour contrecarrer la propagande de l'ennemi et diffuser les objectifs des ouvriers et des difusar les noiertits des ouvriers et des paysans. La lutte pour le congrès extraordinaire de la C.O.B., milices, pour aider à ennemies, y compris désormais se servir désormais se servir damental: la radio.

pour l'organisation des la dispersion des forces celles de l'armée, doit de cet instrument tonde cet instrument ton-

Si le 2 congrès de la cielle, le pourra se ser des masses.

Les bases du vir de par la propagande offivenir extraordinaire à cette nouvelle conquête vernement

Le congrès la suite par paysan qu'il envisager les ouvrier et paysan.

extraordinaire de la C.O.B. et, le gouvernement ouvrier et décidera de constituer, devront mesures économiques et polltiques nécessaires pour détruire le pouvoir des capitalistes et organiser l'économie du pays en fonction des intérêts des travailleurs. La stagnation de la production dans les mines, les usines et à la campagne, le bas niveau de vie des travailleurs et le manque de denrées alimentaires devront être combattus avec un Plan ouvrier.

Le premier pas dans ce domaine, ce sera l'expropriation des banques, de la rosca et des capitalistes, ainsi que des grandes entreprises qui pourront être exploitées sans un besoin immédiat d'investissements impérialistes. En ce qui concerne d'autres exploitations industrielles comme celle du pétrole, leurs statuts devront être révisés et soumis au contrôle ouvrier.

La réforme agraire devra être parachevée; les occupations des terres, légalisées; la répartition d'autres terres parmi les paysans, effectuée. Un plan devra être élaboré pour la mécanisation de l'agriculture, avec l'utilidonner leurs propres dénit des Lechin et dépit des Lechin et organes doivent deven ticiper à l'instauration public qui prenne et de lutte organes en

Torres.

De tels des des torres.

ir permanents et pard'un Comité de salut organise le congrès extraordinaire de la C.O.B. La tendance des ouvriers organisés dans les syndicats «restructurés » est, comme ils l'ont déjà prouvé, de rejoindre les luttes. Ces syndicats et leurs fédérations doivent eux aussi selier au comité de salut public. Là oùla bureaucratie maintient d'une façon au d'une autre son contrôle, des comités pour le congrès extraordinaire de la C.O.B. doivent être constitués qui se substifueront aux directions officielles et, au besoin, prendront, la direction et représenteront leurs secteurs à un certain moment de la mobilisation de masses. Le congrès de la C.O.B. sera le point culminani de la mobilisation des

Le congrès extraordinaire de aura à décider la constitution ment ouvrier et paysan, doit masses.

la C.O.B., qui du gouverneêtre le point culminant de la mobilisation des masses. Le processus, comme nous l'avons déjà dit, se développera. Les actuelles luttes seront suivies de luttes plus grandes et décisives. Les chocs armés, la guerre civile, la grève générale sont possibles dans le cadre d'un processus de mobilisation croissante qui gagnera des secteurs plus larges aussi bien des ouvriers que des paysans.

Pour éviter la dispersion de ce processus et l'épuisement de forces révolutionnaires dans des batailles partielles, il faut donner une perspective centrale. La lutte pour le congrès extraordinaire de la C.O.B. servira de levier pour mobiliser les secteurs les plus hésitants ou confus ; elle servira d'autre part

C.O.B. fut émasculé congrès

Plan économique pour le gou-

QUA sation rationnelle des tracteurs et des machines dont on peut se servir déjà, et l'achat d'autres à l'U.R.S.S. ou à d'autres pays susceptibles de les vendre à des conditions favorables.

Les offres de l'U.R.S.S. et de la Roumanie à la Bolivie (installations de hauts-fourneaux, outillage pour l'industrie pétrolière et l'industrie en général, envoi d'équipes techniques, établissement de relations commerciales) seront, si elles étaient acceptées par le gouvernement ouvrier et paysan, une base importante pour le développement de l'économie du pays. L'alliance de la révolution bolivienne avec les Etats ouvriers donnera. à

VII. - Comment développer les forces de

Comme il a été dif plus haut, la rupture ouverte entre le mouvement ouvrier et le gouvernement a créé une nouvelle dynamique et accroît au maximum les nécessités politiques du mouvement des masses. Tous les courants - qu'ils soient lechiniste, « intransigeant », stalinien, « massiste» (*) sont soit entrés dans une crise, soit ont vu celle-ci se développer. Quant au P.O.R., i a vu sa ligne politique confirmée par les événements. Il a devant lui les conditions objectives pour devenir le centre animateur de la lufte et pour l'impulser, mais il devra développer grandement ses forces au rythme du développement des forces de la révolution s'il veut être à la hauteur des nécessités. Développer un centre pour la lutte des masses.

Tout l'effort immédiat doit tendre à créer un centre qui oriente et donne une impulsion à la lutte des masses. Dans la situation actuelle, étant donné l'impuissance de la direction syndicale, il existe le danger -comme nous l'avons déjà souligné — que cette lutte s'atomise dans des combats partiels sans résultats majeurs. il faut donc que l'avant-garde marxiste révolutionnaire s'emploie de toute sa force à éviter des actions partielles qui gaspilleraient le potentiel révolutionnaire des masses et favoriseraient les possibilités des capitalistes. Un centre révolutionnaire est nécessaire pour concentrer les forces des masses et les employer dans une lutte pour la tenue dans le plus bref délai du congrès extraordinaire de la C.O.B. et la constitution du gouvernement ouvrier et paysan.

Comme nous l'avons dit, les masses des mineurs ont tendu du cours de leur grève vers un centre directeur, et ils ont avancé sur cette voie. Ainsi les directives étaient attendues du comité de grève d'Oruro et de la radio de San José plutôt que des « leaders » siégeant à La Paz. Des milices ouvrières et des syndicats paysans se trou- la Bolivie la possibilité de profiter des avantages de la science et de la technique moderne que l'impérialisme américain lui refuse toujours.

La collaboration avec les Etats ouvriers et les ressources matérielles des expropriations serviront de base pour une planification destinée au développement économique du pays. Celle-ci doit établir sans tarder la statistique des denrées alimentaires et organiser leur distribution équitable parmi les consommateurs. Le plan doit ensuite relancer la production des biens de consommation immédiate de façon à élever le niveau de vie des masses le plus rapidement possible. et centraliser dans l'immédiat la révolution ? vèrent ainsi sous la direction de ce comité de grève.

En même temps que seront concentrés les efforts dans une lutte pour le congrès extraordinaire des travailleurs qui décidera la formation du gouvernement ouvrier et paysan, et seront données aux masses des possibilités réelles pour qu'elles puissent organiser et tenir ce congrès, il faut développer les éléments d'une nouvelle direction qui sont apparus dans les dernières luttes. Les tentatives de la réaction pour empêcher par n'importe quel moyen la tenue du congrès ne rencontreront certes pas la résistance de la direction Lechin. Ce sera le centre qui se constituera d'en bas, comme ce fut le cas à Oruro, qui saura répondre aux provocations de la réaction et stimuler chez les ouvriers et les paysans la confiance en leur propre force.

On doit constituer un centre directeur à Catavi et un autre à San José, le premier devant se rattacher Sigio XX, le second devant organiser autour de lui les mineurs des puits des alentours qui participèrent à la grève. A ce centre on doit rattacher Pulacayo avec les mines du Conseio Central Sur et Potosi. Ce centre peut se développer rapidement en reprenant la ligne de la résolution de Catavi adoptée en janvier et l'expérience d'Oruro et de Pulacayo dans la récente grève. C'est-à-dire développer les éléments de la dualité de pouvoir surgis à Catavi, dans le sens où ils avaient pris de l'ampleur à Oruro. Que ces organismes développent et consolident leur pouvoir: qu'ils épaulent ce peuvoir d'une organisation militaire, en alliance avec les principaux centres paysans et des ouvriers de la ville; qu'ils centrent la perspective dans l'organisation d'un congrès extraordinaire de la C.O.B. qui décidera de la constitution d'un gouvernement ouvrier et paysan; que ce centre prenne en

(*) Il s'agit du groupe Lora, dont le journal s'intitule « Masas ».

mains la direction et l'organisation des luttes armées si ces luttes éclataient.

Ces syndicats, qui doivent consolider leur action dans une réunion où un comité chargé de récliser ces tâches devra être désigné, doivent être dirigés par des commissions et faire appel oux ouvriers du textile de La Paz et d'autres viles, aux cheminots des principaux centres, aux ouvriers du batiment et de coy cuvelers du bâtiment et de la mincterie, quisico, de 'citiplano, aux paysans soulevés aux paysans d'Ucurena, Chude Coroma, pour la constitution d'un comité de salut public qui centralise les forces ou- ARi controlice les forces ouvrières et paysannes et organise le congrès extraordinaire. Le plus pressant, c'est de regrouper les centres miniers et du textile les plus disposés à la lutte.

Toute ceite action doit être accompagnée d'une campagne systématique desservie par la radio, des publicotions, des tournées partout dans le pays, des réunions et assemblées, dirigée par ce même centre, campagne qui aura à souligner la faillite de la direction capitaliste et mettra en avant la nécessité de la solution ouvrière pour en finir avec la crise économique et politique. Ce sont les syndicats qui ont le plus avancé dans la lutte qui doivent prendre l'initiative de cette campagne.

Un autre centre fondamental, c'est La Paz, centre politique où en dernière analyse se dénouent toutes les grandes actions. Les ouvriers du textile qui résident dans le même lieu que ce centre de pression qu'est le gouvernement Siles, ont infligé à celui-ci, bien avant la victoire des mineurs en grève, une défaite de grande portée politique. Un centre agissant siégeant à La Paz et soutenu par les travailleurs des principales usines, donnera à l'action des mineurs une grande impulsion, et aura une répercussion dans toutes les couches de la population exploitées. Le Front Unique.

La lutte ouverte déjà commencée, la polarisation des forces, mettent d'une part en échec la politique de la vieille gauche et, d'outre part, libèrent des forces susceptibles de se développer révolutionnairement sous l'impulsion et la pression des masses. Les marxistes révolutionnaires, dont certes la force est petite par rapport aux besoins de la situation, doivent agir sans relâche pour aider les secteurs révolutionnaires à se développer, à les impulser, pour les mettre à la tête de la lutte révolutionnaire et à les aider à mûrir politiquement à travers leur expérience.

Une telle action de notre part auprès de ces secteurs mettra fin aux tradifions conciliatrices et manœuvrières dans lesquelles la plupart d'eux ont été éduqués.

Des dirigeants chez les ouvriers du fextile, des mineurs de San José, de Sigio XX, d'Unificada, de Pulacayo et de dizaines de puits, ont montré qu'ils peuvent aller de l'avant sous la pression des événements. Des pactes et des accords avec ces dirigeants et des dirigeants paysans sont possibles et nécessaires pour constituer un centre, donner une certaine cohésion aux objectifs et orienter ces secteurs révolutionnaires dont l'orientation de leurs directions a fait faillite au même moment où ils se voient lancés dans une lutte plus vive que jamais. Des accords et centraux ou jours en vue aussi secou et à Siglo lié s'était délogé de des pactes pour des objectifs même partiels, mais ayant toude ne pas gaspiller des forces, secteurs révolutionnaires à réaé par les événements. A Potosi XX, c'est-à-dire là où ce groupe au mouvement ouvrier, il a été son monde d'abstractions. La lutte pour le congrès extraordinaire de la C.O.B. peut réintégrer ce secteur dans l'action de l'avant-garde morxiste révolutionnaire.

La base pour le développement de ces courants et de plusieurs autres qui surgiront de la crise des « intransigeants » et du lechinisme dans le mouvement ouvrier et paysan, c'est le développement d'une alternative concrète. Tous ces courants seront bien davantage sensibles aux actes politiques de aux actes l'avant-garde marxiste révolutionnaire agissant au milieu des conditions extrêmement favorables qu'aux raisonnements d'ordre politique. La preuve de la justesse de l'action politique sera faite par l'action, et l'action gagnera plus d'adeptes et d'alliés que ne gagneraient les meilleures argumentations. La femme.

Les dernières luttes ont à nouveau enregistré un fait qui a une longue tradition dans la révolution bolivienne; c'est la présence de la femme ouvrière aux premiers rangs de l'action combative et de la décision.

lier leur expérience et stimuleront leur audace consciente. Evidemment il s'agira d'une étape de rapides expériences. Donc l'avantgarde marxiste révolutionnaire doit conserver toute sa liberté d'action, ne pas estomper sa physionomie, ne pas se lier à des secteurs hésitants.

Avec la banqueroute des « restructurateurs », la faillite de la ligne politique de la direction du Parti Communiste rend possible le développement des secteurs les plus valables de ce parti qui se sont le plus liés à la lutte de la classe. Les expériences d'Uyuni, Sigla XX et Potosi et d'ailleurs en témoignent. Les ouvriers du textile de La Paz peuvent dans leur action développer des secteurs liés au P.C. Une action de front unique qui élève les objectifs de ce parti et de ces secteurs à la hauteur des tâches centrales intéressant les masses — telle que ces tâches ont été définies par nous - aidera le développement de ces secteurs révolutionnaires-si importants pour les luttes à venir.

Quant au groupe « Masas », il a été lui aideront ces lier leur expérience et stimuleront leur audace consciente. Evidemment il s'agira d'une étape de rapides expériences. Donc l'avantgarde marxiste révolutionnaire doit conserver toute sa liberté d'action, ne pas estomper sa physionomie, ne pas se lier à des secteurs hésitants.

Avec la banqueroute des « restructurateurs », la faillite de la ligne politique de la direction du Parti Communiste rend possible le développement des secteurs les plus valables de ce parti qui se sont le plus liés à la lutte de la classe. d'Uyuni, Sigla XX et Potosi et d'ailleurs en témoignent. Les ouvriers du textile de La Paz peuvent dans leur action développer des secteurs liés au P.C. Une action de front unique qui élève les objectifs de ce parti et de ces secteurs à la hauteur des tâches centrales intéressant les masses — telle que ces tâches ont été définies par nous - aidera le développement de ces secteurs révolutionnaires-si importants pour les luttes à venir.

Quant au groupe « Masas », il a été lui

La soumission seciale - et même raciale - de la femme travailleuse• avait emmagasiné chez elle des forces explosives seulement comparables à celles des paysans. Cependant, même dans le mouvement ouvrier, la femme n'occupe pas une place correspondant à sa réelle participation dans la lutte et à sa combativité.

Dans le développement des forces révolutionnaires, le développement conscient de l'énorme force que représente la femme travailleuse en Bolivie a une importance fondamentale. L'avant-garde marxiste devra poser cette question devant le mouvement ouvrier et paysan pour qu'il trouve une solution consciente qui accroîtra énormément le potentiel révolutionnaire et la conscience des masses révolutionnaires envers les problèmes sociaux.

VIII. - Le Parti Ouvrier Révolutionnaire.

Dans une telle situation si riche, mais qui renferme des éléments tendant à éparpiller la lutte, l'action du parti marxiste révolutionnaire est décisive. Il existe diverses possibilités, diverses alternatives dans le développement de la situation. Mais il faut centrer et élever les objectifs au maximum. Le parti signale la perspective la plus possible et la plus correcte, et il intervient dans le processus pour que celui-ci trouve l'issue dans cette perspective. Les guérillas, les grèves, la grève générale constitueront la tendance des masses en lutte, mais celles-ci ne sont pas encore capables de se fixer l'objectif qui concentre cette lutte dans la lutte pour le pouvoir. Le niveau le plus haut de leur combativité ne se suffit pas à résoudre cette question. Sa solution relève du parti révolutionnaire en l'occurrence et à cette étape de la révolution bolivienne, du P.O.R.

Les pronostics faits par le P.O.R. et le cours des événements qu'il avait prévu se sont vus confirmés. Le P.O.R. est sorti renforcé de la même épreuve qui a démoli d'autres courants ouvriers. Mais la nouvelle étape de la révolution bolivienne exige plus qu'une compréhension claire. Elle exige une action vigoureuse, centrée, décidée, s'amplifiant constamment jusqu'à se mettre à la hauteur de la dynamique révolutionnaire de la situation.

La voie pour la Révolution, pour la 2° révolution bolivienne, est ouverte. Cette révolution n'est pas isolée; elle jouit du soutien des forces révolutionnaires qui se développent en Amérique latine. C'est Siles luimêmes qui, parlant aux délégués de la conférence des cheminots à La Paz, a dit: «Si les extrémistes prenaient le pouvoir en Bolivie, un incendie pire que celui de l'Asie enflammerait l'Amérique latine, et personne ne l'urrêterait ».

Ceci explique pourquoi l'impérialisme s'acharne pour mater la Révolution bolivienne mais aussi pourquoi nous abordons avec le plus grand optimisme révolutionnaire les faches de notre Révolution.

11 avril 1958.

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