A propos du 200° anniversaire de ROBESPIERRE
Il était inévitable que la bourgeoisie se garde de donner trop de relief au 200 auniversaire de Robespierre, elle n'était pas prête à faire trop de cérémonies ; mais, maintenant, après la venue au pouvoir de de Gaulle, c'est plutôt le 18 Brumaire qui se trouve à l'ordre du jour. Les historiens, élèves de Mathiez, ont naturellement en cette occasion rappelé les enseignements de celui qui — contre Aulard, apologiste de Danton — rétablit Robespierre à la place qu'il tint effectivement daus la Révolution française.
D'une façon générale, les staliniens ont. à l'égard de Robespierre, une attitude d'approbation sans limite, pour la simple raison qu'il leur apparait comme la représentation passée la meilleure de cette politique du « compromis à gauche » qu'ils voudraient voir se réaliser. Ils se gardent bien d'étudier sa place réelle envers les sans-culottes. Toutefois, la préface que Jean Poperen vient d'écrire au tome trois des «lextes choisis » de Robespierre, publié par « Les Editions Sociales ». sort de cette apologétique insipide. A vrai dire, on assiste chez lui à ce qui s'est fait et sans doute se produira encore plus d'une fois dans l'avenir : les générations successives d'historiens reprennent létude de la Révolution francaise, non pas tant à la lumière de nouvelles découvertes, dans les archives, qu'à la lumière de nouvelles expériences historiques. Ainsi on avait vu Daniel Guérin le faire en se servant de la théorie de la révolution permanente. Jean Poperen ne part pas exactement de considérations générales, il semble cependant a la lecture de son avant-propos qu'il n'a pas été indifférent aux révélations du 20° Congres du P.C. de TUnion soviétique, et qu'il cherche — sans le dire explicitement — à réexaminer Robespierre en tenant compte de ce que lui ont enseigné la Révolution russe et sa phase stalinienne telle qu'il la conçoit maintenant.
Il y a d'ailleurs dans cette préface une critique très modérée de Guérin, exploitant le fait que Guérin, comme quiconque aborde un problème sous un aspect nouveau (correct d'ailleurs), tend parfois à être trop rigide, à forcer la démonstration. Mais, à la différence de Guérin, parce qu'il manque d'une conception générale, il est hésitant devant certains problèmes comme celui de la distinetion entre Robespierre et la Commune. « Les sans-culottes (dont la réalité sociale nous échappe encore) ». écrit-il en observant, ce qui est évident. qu'ils ne sont pas le prolétariat. Il insiste sur la tendance des Jacobins à faire des Sociétés populaires un « réseau », un « appareil », et il conclut que le jacobinisme « n'est pas l'expression d'une classe ». mais plutôt «la méthode politique née de circonstances historiques déterminées et passagères ». C'est là, pensons-nous, une distinction qui voudrait appliquer la notion marxiste léniniste du parti révolutionnaire du prolétariat aux autres partis, et notamment aux partis de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie. C'est au cours de la Révolution française que la notion de parti (de la bourgeoisie) a commencé à prendre une substance plus compacte. et les partis bourgeois ou petits bourgeois ne se caractérisent pas par une conception historique. mais par des buts et des moyens passagers, pour une période donnée.
A ce propos, on ne peut trouver démonstration plus concise de cet aspect transitoire des méthodes des Jacobins, de leur utilisation des masses plébéiennes au cours de la Révolution et du rôle spécifique de la Terreur que dans les lignes suivantes que F. Engels écrivit, dans une lettre à Kautsky le 20 février 1889, au sujet d'un article que celui-ci avait publié dans la « Neue Zeit » sur « les contradictions de classe en 1789 ». à loccasion du premier centenaire de la Grande Révolution :
"... (A la page ...) il aurait fallu dans ine certaine mesure mentionner comment ces plébéiens, se troucant en dehors de l'organisation des états, par conséquent relatirement sans droits et libres comme des oiseaua, en mritèrent peu à peu dans la rérolution à ce que tu appelles culottisme ».... quel rôle ils jouèrent. Alors tu surmonterais les difficultés qu'à la page ... tu bombardes de considérations imprécises et d'allusions mystérieuses sur de noureaux modes de production. Or, il s'acère simplement que les bourgeois là comme toujours étaient trop liches pour agir dans leurs propres intérêts, qu'à partir de la Bastille In plèbe a dû faire tout le tracail pour eur, que sans Tinterrention de cette plèbe le 1+ juillet, les 5 et 6 octobre, y compris le 10 noît et le 2 septembre, ete., la bourgeoisie chaque fois aurait été battue par lancien régime, la coalition aree la cour aurait etranglé la rérolution, et ainsi que seuls ces plébéiens réalisèrent la récolution : mais que ceci ne se produisit pas sans que ces plébéiens appliquèrent aur recendications récolationnaires de la bourgeoisie un sens qu'elles n'acaient pas, qu'ils poussèrent Tégalité et la fraternité à des conséquences ertrêmes, qui mirent totalement sans dessus dessous le sens bourgeois de ces derises, parce que ce sens poussé à son ertrême se tra cornet précis en et ce fat entrinfransformait précisément en son contraire béiennes deraient être un rêre pur à une époque où il s'agissait d'établir Texact contraire, et que comme toujours — ironie de l'histoire cette conception plébéienne des derises récolutionnaires fut le plus puis- sant levier pour accomplir ce contraire -l'égalité bourgeoise — devant la loi — et la fraternité dans l'exploitation.
J'aurais beaucoup moins parlé du nouveau mode de production. Il est chaque fois séparé par une distance excessive des faits dont tu parles. et ainsi, directement, il apparait comme une pure abstraction qui ne rend pas la question plus clairé mais plutôt plus obscure.
En ce qui concerne la terreur, c'était essentiellement une mesure de guerre aussi longtemps qu'elle eut un sens. La classe ou le groupe de la fraction de classe qui seul pouvait assurer la cictoire de la révolution, non seulement se tint par elle au gouvernail. mais s'assura la liberté de mouvement, le elbou-room, la possibilité de concentrer les forces sur le point décisif, la frontière. Celle-ci était à peu près assurée à la fin de 1793. L'année 1794 commença bien, les armées françaises faisaient presque partout des progrès. La Commune avec son orientation extrême derint superflue; sa propagande pour la révolution devint un obstacle pour Robespierre comme pour Danton qui.
L'Afrique
L/auteur de ce petit livre mérite toute notre sympathie. Cest un Noir d'une trentaine d'années, qui est un des représentants de cette intelligentzia africaine qui combat pour la libération de ce continent. Il était, en 1956-1957, rédacteur en chef de « l'Etudiant d'Afrique Noire », organe de la Fédération des Etudiants d'Afrique Noire en France, et à ce titre, fut inculpé d'atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat.
Son livre apporte un témoignage s'ajoutant à ceux qui commencent à faire nombre sur la situation des masses africaines et sur leurs aspirations.
Un point très intéressant du livre, c'est l'insistance avee laquelle l'auteur revient sur la question de l'indépendance, montrant que toutes les réformes que l'impérialisme français s'efforce d'introduire, au moyen de la loi Defferre, ne peuvent remplacer ou faire disparaître cette exigence profonde de chaque peuple à se diriger lui-même.
Son insistance est d'autant plus intéressante qu'il n'est pas marxiste, qu'il ne part pas du tout de considérations proches du marxisme, mais qu'il est catholique et qu'il part de considérations relatives à « l'hom-
Un homm
L'auteur de ce roman était un membre ou un compagnon de route du P.C.F. qui recevait généralement les louanges de la presse stalinienne pour ses œuvres. Ce dernier livre lui a valu une critique non élogieuse de la part de « l'Humanité ».
s'agit de six jours d'existence d'un groupe de maquisards en 1943 quelque part dans le centre de la France, après avoir réussi Texploit de délivrer d'une prison les tous deux — mais chacun d'une manière différente — voulaient la pain. Dans ce conflit entre trois éléments, Robespierre triompha, mais alors la terreur devint pour lui un moyen de se maintenir, et de ce fait devint absurde: le 20 juin, Jourdan à Fleurus, mit toute la Belaique au pieds de la République, et de ce fait elle devint insupportable ; le 27 juillet Robespierre tomba et l'orgie bourgeoise commença.
« Le bien-être pour tous sur la base due travail erprime encore de manière beaucoup trop définie les aspirations de la fraternité plébéienne. Ce qu'ils voulaient, personne ne pouvait le dire jusqu'à ce que, longtemps après la chute de la Commune, Babeuf donna à la chose une forme définie. Si la Commune avec ses aspirations à la fraternité vint trop tôt, Babeuf arriva trop tard.»
Pour revenir d'un mot à l'étude de J. Poperen, elle constitue un progrès important sur la production historique stalinienne, et c'est très vraisemblablement conséquences inattendues de la « déstalinisation » chez un intellectuel communiste.
révoltée d'Albert TEVOEDJRE (1) me », et qu'il invoque le caractère « catholique », c'est-à-dire universel de l'Eglise romaine à lappui de sa lutte contre le colonialisme.
Nous n'avons pas l'intention de traiter iei des raisons politiques qui ont déterminé l'Eglise catholique à adopter en face du problème colonial une position qui n'est pas celle des ultras ni de ses objectifs qu'on ne peut qualifier d'humanitaires, Il y a sans aucun doute un catholicisme des prélats de la Curie romaine et un autre catholicisme chez un jeune intellectuel africain, même quand ils emploient les mêmes mots.
De toute façon, indépendamment des idéologies qui se partagent actuellement l'intelligentzia et les masses africaines, la revendication de l'indépendance — qui a une signification sociale, économique et politique - est vraiment universelle et donne ume force irrésistible au mouvement.
Ajoutons que l'auteur prend également parti pour l'indépendance de l'Algérie.
(1) Editions Présence Africaine, Paris. e de trop de J. P. CHABROL (1) condamnés à mort. Mais, dans la précipitation de lopération, ils en ont enlevé douze au lieu des onze prévus. Avec eux se trouve done une sorte de simple, qui n'avait jamais connu ses parents et qui se trouvait condamné à mort pour un crime de droit commun.
La présence d'un tel homme, incapable de comprendre la lutte qui se mène, susceptible de rendre service à Pennemi sans le savoir, pose un problème grave aux trois dirigeants du maquis : Paulo, le chef : Jean, le commissaire aux effectifs, commissaire politique ; Thomas, le commissaire technique. Les deux premiers sont des membres du P.C.F., le troisième un intellectuel sympathisant.
Nous voici done amenés à des discussions où surgissent des questions qui tourmentent presque tous ceux que révolte la « morale » stalinienne. Le commissaire politique, c'est un vrai bureaucrate stalinien, il a toujours des formules, il invoque des principes (de faux principes marxistes), mais ce qui compte en fin de compte avant tout pour lui, c'est l'appareil. Le chef de camp, c'est le militant du parti dévoué, qui ne se détermine pas par ces arguties bureaucratiques, mais par son bon sens et avec la force qui en fait un chef, mais tout de même emprisonné dans de vieilles habitudes de réagir acquises dans le Parti. Tous deux, par des voies différentes, sont pour tuer cet « homme de trop ». Le commissaire technique, moralement inquiet, soulève la question de la fin et des moyens.
L'auteur se place non pas sur le plan de la politique mais de la psychologie des personnages ; et il réussit à bien rendre ces divers types que l'on rencontre dans les or ganisations. Ce qui a touché « l'Humanité », c'est que le bureaucrate est particulièrement bien mis en relief, et que ce n'est pas très reluisant ; les deux autres personnages ont un caractere humain sensible à leurs camarades de maquis, tandis que le bureaucrate a auprès de ceux-ci une autorité importée de Textérieur.
L'auteur déclare au début de son livre qu'il est purement imaginaire, et que toute
La révolte
C'est une brochure hâtivement écrite par le directeur de « l'Echo d'Alger », qui n'est pas seulement un journaliste réactionnaire, mais le véritable porte-parole des potentats de la colonisation : il a lui-même de très gros intérêts en Algérie. Depuis de nombreuses années, il jouait un rôle décisif auprès des gouverneurs généraux, puis des ministres que le gouvernement de Paris délégait en Algérie.
Pourquoi cette brochure si rapidement publiée ? On y trouve quelques-uns des secrets -_ de ces démarches et entretiens - qui ont abouti d'abord au coup d'Alger, puis à l'arrivée de de Gaulle au pouvoir. Et, de ce que l'on y lit, il apparait qu'il s'agit de la part de Sérigny de coups ou d'avertissements donnés à quelques personnages.
En premier lieu, il y a un règlement de comptes avec Lacoste, averti du coup, qui avait contribué à sa préparation en faisant des déclarations largement exploitées auprès des Français d'Algérie et qui a refusé de s'engager avant le coup, par une déclaration à la radio disant qu'il restait à Alger quoi que décide Paris. Lacoste, en bon politicien, voulait jouer sur les deux tableaux.
Mais de Sérigny paraît avoir voulu viser bien plus haut. Son homme, celui avec lequel il est le plus lié, c'est Soustelle, et il espéavec des personnes ou des faits réels serait fortuite. Nous n'avons aucune raison de mettre cette déclaration en doute ; mais, comme tout écrivain, l'imagination a tout de même quelque part une souree. Bientôt quinze ans ont passé et, officiellement, l'affaire est close. Mais nous n'oublions pas le cas de notre camarade Blasco (Tresso), un des dirigeants du P.C. italien d'avant 1930, réfugié en France, ainsi que ceux de quelques autres camarades trotskystes qui furent libérés par le maquis avee tous les autres condamnés politiques se trouvant à la prison du Puy, dont on n'a plus jamais entendu parler au bout d'un certain temps et dont on n'a jamais retrouvé les corps. Ce n'étaient d'ailleurs pas les seuls cas de disparition de militants révolutionnaires non staliniens tombés entre les mains des staliniens. Et là, il sagit de la fin et des moyens dans le domaine bien précis des rapports au sein du mouvement ouvrier.
Le romancier n'aborde pas cette question directement dans son livre, bien que le commissaire politique montre à divers endroits que lui la résoudrait à la manière de Staline.
Le livre est évidemment celui d'un intellectuel communiste ou sympathisant que la connaissance des crimes staliniens a révulsé, mais qui ne sort pas d'un débat de conscience personnelle. Néanmoins, il n'est mauvais qu'après tant d'années, les staliniens voient se dresser devant eux, même sous une forme littéraire, les spectres de tant de leurs victimes, frappées au nom de principes et d'une morale qui n'avaient rien de socialiste.
(1) Gallimard, Editeur, Paris. du 13 mai de A. de SERIGNY (1) rait que celui-ci deviendrait le ministre de l'Algérie. C'était plus ou moins ce qui était prévu dans le complot. Mais de Gaulle n'a pas aussitôt nommé Soustelle. De Sérigny parle d'un « malaise sur Alger », et ajoute « confiance ». Mais pour un Sérigny, la confiance s'accompagne d'une pointe contre de Gaulle. En effet, il révèle — pour la première fois - que de Gaulle était aussi informé du coup en préparation et qu'il s'était engagé, auprès de Soustelle, à intervenir publiquement quand ce coup serait effectué. Ainsi la déclaration du 15 mai fut loin d'etre une improvisation. li raconte qu'il en avait informé Lacoste, que celui-ci en était enthousiasmé, qu'il se déclara aussitôt prêt à faire une déclaration l'engageant avant le coup, puis qu'après réflexion et entretiens avec certains membres du P.S. (on serait curieux de savoir lesquels) il se refusa à le faire.
On a le sentiment ,en lisant ce livre, que de Sérigny dit à de Gaulle et à d'autres: je pourrais en dire plus, cela dépend de vous. Devant les tribunaux, cela s'appelle du ebantage ; mais nous sommes en présence d'un milieu on on parle honneur, patrie, drapeau, etc. Depuis lors, Soustelle est devenu ministre.
(1) Editions Plon, Paris.
ressemblance
Demain la République
Ce petit livre vaut d'être lu pour son actualité. • sa premiere partie met à nu le mecanisme de la democratie parlementalre bourgeoise, et plus particulièrement la manière dont celle-ci a fonctionné France jusqu'à la fin de la IV' République. Il s'agit là d'une critique lucide et radicale qui rejoint à plusieurs reprises celle que les marxistes révolutionnaires font de ce régime politique. Cependant, M. Duverger qui se place à un point de vue bourgeois hberal et qui ne savoir d'une Assemblée populaire souveraine détenant tout le pouvoir, propose des rétormes constitutionnelles capables d'assurer la stabilité et l'efficacité du pouvoir bourgeois : président du conseil désigné directement par les électeurs, etc. C'est un Etat fort qu'il réclame à son tour, mais qui ne soit pas une dictature militaire ou fasciste.
Sa solution de compromis, il la considère plutôt à la fois comme une nécessité historique qui s'impose par l'évolution du régime parlementaire et de la societe capitaliste évoluée, que comme la seule alternative au danger d'une dictature militaire ou fasciste.
A ce propos, les derniers chapitres du livre contiennent des remarques pertinentes sur l'arrivée de de Gaulle au pouvoir, sa signification, son dynamisme, ainsi que sur le rôle de l'armée.
M. Duverger est cependant victime de sa position de classe qui le prive de perspective et qui vide de tout contenu réaliste son républicanisme. Pour cette raide M. DUVERGER (1) son, sa pensée est un mélange constant d'analyse objective, perspicace, réaliste, et d'aspirations idéalistes qui ne tiennent pas compte des réalités de classe.
Juste au moment où la bourgeoisie passe outre au légalisme parlementaire et instaure en France un Etat fort, M. Duverger incrimine les « illusions » révolutionnaires des marxistes et prêche à leur adresse l'évolution réformiste qui serait, selon lui, seule capable de déboucher sur de véritables transformations révolutionnaires et le socialisme.
Le seul inconvénient de ce raisonnement, c'est qu'en attendant de Gaulle et les colonels des paras ont hérissé les voies « parlementaires » et « évolutionnistes » au socialisme de barricades armés de haute lulte, par la mobilisation révolu qu'on sera bien forcé d'enlever un tionnaire des masses, si l'on veut aller plus loin.
La révolution, l'action extraparlementaire des masses n'est pas une aspiration anarchiste, mais la réponse imposée par la réalité de la réaction et de la contre-révolution. Ceci est valable non seulement pour le Liban ou l'Irak, mais aussi pour la France des colonels d'Alger et des Soustelle. Il n'y a pas de question sérieuse dans notre temps qui n'ait été définitivement résolue que par la force et les armes.
(1) Julliard éditeur, Paris.