Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

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Quatrième Internationale, 16e année, n° 2 · avril 1958 · p. 67-73 · 5 460 mots

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La question d'Henri ALLEG (1)

Dans une centaine de pages, Henri Alleg, directeur du journal communiste d'Alger, fait un récit des journées qui suivirent son arrestation, pendant lesquelles il fut livré aux parachutistes afin qu'il fasse connaitre les lieux où il s'était abrité précédemment. Pour obtenir ce renseignement, les parachutistes, pendant plusieurs journées, le soumirent à la question, aux méthodes de torture du type de celles employées par la Gestapo (passage de courant électrique, et jusqu'a une injection de penthotal). Alleg résista à ces tortures par un effort de volonté exceptionnel et aussi, par une sorte d'attitude distante de ce qui lui était fait. Cela se trouve traduit dans ce récit, où - sauf quelques remarques pour expliquer le pourquoi de telle ou telle attitude de lui - il décrit ce qui s'est passé comme s'il avait assisté à une expérience dans laquelle ce n'était pas son être qui était meurtri.

Il s'est montré le plus fort et ses tortionnaires finirent par renoncer à obtenir le renseignement recherché. Il avait vaincu.

Son livre est un simple récit, sans aucun recours à des artifices littératres, sans digression philosophique ou sociologique, sans aucun appel sentimental; mais precisément pour cela c'est une œuvre puissante, et, plus encore, un acte contre la guerre d'Algérie.

Ce livre montre que ces méthodes de tortures ne sont pas accidentelles, qu'elles ne sont pas employées à l'insu des plus hautes autorités de France, qu'elles sont un des moyens courants de la contre-

Problèmes actue

Ce petit livre d'Henri Lefebvre est en progrès considérable par rapport à son autre récent ouvrage « La pensée Lénine » (2). La critique du stalinisme, du moins sur le plan philosophique, est sérieusement plus avancée, plus profonde. Par contre, l'essence politique du stalinisme échappe, malheureusement, •toujours à H. Lefebvre, et son ignorance de l'histoire concrète des idées et des luttes du mouvement communiste international est littéralement désolante.

révolution contre un peuple luttant pour son independance: non seulement des noms d'officiers tortionnaires (et qui s'en vantent) y sont donnés, mais on y voit apparaitre, entre deux séances de tortures, et pour l'inviter à ne pas persister dans sa résistance, les représentants des plus hautes autorités militaires d'Alger.

Pour mieux souligner les responsabilités et la culpabilité des dirigeants de la France, le gouvernement qui avait tout d'abord négligé la parution de ce livre (en espérant qu'il ne s'en vendrait qu'un petit nombre à des gens qui étaient déjà bien fixés sur ce qui se passait) a procédé la saisie de publications comme « France-Observateur » ou «l'Express » qui voulaient faire connaître ce témoignage à des centaines de milliers de personnes. Dans sa rage, le gouvernement est allé jusqu'a faire briser, chez l'imprimeur, la composition d'une plaquette de Sartre tirant leçons du livre d'Alleg. Après plusieurs semaines de mise en vente, ce livre a été saisi par le gouvernement. C'est la seule réponse que pour vaient faire ceux qui poursuivent la guerre contre le peuple algérien.

Alleg a triomphé de ses bourreaux. La fin de la guerre d'Algérie, ce ne sera pas seulement l'indépendance de l'Algérie, ce devra être aussi le renvoi devant des tribunaux populaires des hommes responsables de cette guerre et des méthodes de torture qu'ils ont fait employer.

(1) Les Editions de Minuit, Paris. Is du marxisme d'Henri LEFEBVRE (1)

Henri Lefebvre part de l'existence d'un malaise, d'un désarroi, d'une crise même, au sein du mouvement révolutionnaire international influencé par I'U.R.S.S. et les Partis communistes. Ce mouvement.

(1) Aux Presses Universitaires de France. Paris.

(2) Voir la note critique dans «Quatrième Internationale » d'octobre-novembre 1957.

admet-il, cherche « une voie, une direction ». H. Leiebvre analyse les symptomes de la crise de manière souvent heureuse et aboutit à dénoncer les mefaits du « marxisme institutionalisé » qu'est devenu le «marxisme d'Etat » sous Staline. H. Lefebvre rejoint en cela les critiques adressees en réalité non au marxisme révolutionnaire mais à son interprétation stalinienne par le philosophe polonais KolakovsKi.

« Sil y eut parmi les marxistes un dogmatique impénitent et brutal, ce fut Staline », affirme H. Lefebvre. En réalité. le dogmatisme impénitent dans la forme de Staline cachait un contenu foncièrement pragmatique, opportuniste. C'est là un aspect du stalinisme que Lefebvre saisit encore mal

Staline s'intéressait peu aux idées, la rigueur idéologique et théorique. «théorisait y, souvent a posteriori, la pratique opportuniste de l'Etat soviétique C'est une piste absolument erronée que de vouloir expliquer Staline et le stalinisme en partant de la formation dogmatique de sa pensée à l'age où il écrivit « Anarchisme et Socialisme », en 1905, et de son penchant déja juvénile pour «l'autorité de l'Etat ».

Que Staline ne se soit pas distingué par Un esprit particulièrement dialectique mais par un formalisme mécanique outrancièrement simplificateur. C'est certain. Mais qu'il faille chercher dans ces caractéristiques de sa pensée la dégénérescence « institutionnelle » du marxisme. au lieu de comprendre Staline et «idées » comme l'expression pragmatique de forces sociales et politiques données en URSS, comme le théoricien et le porte-parole politique de la bureaucratie sovietique qui a exproprie le prolétariat du pouvoir politique, c'est s'écarter du marxisme pour sombrer dans la superstition des « idees » et de leur puissance, de hegélianisme.

Tout le chapitre que Lefebvre consacre a Staline et «l'interprétation stalinienne du marxisme», malgré de nombreuses remarques justes décrivant des aspects de la pensée et du comportement staliniens, est une extrapolation idéaliste qui cherche à expliquer le stalinisme par des « erreurs gnoséologiques » initiales.

Par contre, les chapitres philosophiques proprement dits du livre, ou H. Lefebvre s'occupe vraiment de ce qu'il connait le mieux — la méthode de pensée dialectique du marxisme, plus particulièrement chez Marx et Lénine - sont parmi les meilleurs écrits de l'auteur en cette matière, les plus réfléchis, les plus approfondis. Il y a là une contribution d'Henri Lefebvre qu'il faut classer parmi les plus importantes en ce domaine par des marxistes français. H. Lefebvre dégèle d'une manière fort heureuse, en lui rendant toute sa souplesse merveilleuse, toute sa richesse, la compréhension de la dialectique, de la méthode de pensée et de la philosophie du marxisme. d'une série d'altérations. d'interprétations mécaniques que des staliniens à la Garaudy et l'équipe Kanapa de la « Nouvelle Critique » lui ont infligées. Son souci de défendre le véritable marxisme gnoséologique et philosophique, aussi bien contre les philosophes anti-marxistes que contre les «marxistes» staliniens, est parfaitement Jouable et utile.

On regrettera. par contre, l'ignorance inexcusable scandaleuse. dans laquelle sombre H. Lefebvre chaque fois qu'il veut se reférer à une matière politique concrète. ou à une question relative à la véritable histoire du mouvement communiste international. Est-il possible, par exemple. qu'il n'ait jamais connu —— ou relu depuis quelques décades déjà - l'œuvre de Léon Trotsky et la littérature du mouvement de la IV Internationale ? Comment expliquer autrement des déformations aussi monstrueuses de la vérité historique, telles que celles contenues dans son livre sur la «Pensée de Lénine », ou même encore sa référence dans les « Problèmes actuels du marxisme» à la théorie de l'Etat chez Marx ?

« La pensée de Marx sur ce point crucial Il'Etatl, écrit Henri Lefebvre, fut mise sous le boisseau pendant la période stalinienne ». Et cela d'autant plus aisément que les grands adversaires de Staline les « socialistes » occidentaux et les « trotskystes » - étaient d'accord sur ce point avec lui. Les sociaux-démocrates ou « socialistes » contestaient la possibilité d'un Etat socialiste dans un pays initialement arriéré; ils ne mettaient pas en question, non plus que Trotsky. le rôle de l'Etat dans le socialisme »! (page 77).

Accuser Trotsky et les «trotskystes› d'avoir, en compagnie des « socialistes » et de Staline, défendu le rôle de l'Etat dans le socialisme contre la théorie du dépérissement de l'Etat de Marx, c'est le comble de la contusion et de l'ignorance! L'essentiel de la lutte de Trotsky et de la IV Internationale contre Staline et la bureaucratie soviétique fut porté — bien avant les Yougoslaves, que Lefebvre considère comme les fidèles adeptes et réalisateurs de la théorie du dépérissement de l'Etat de Marx (3) - -sur cette question précisément: l'hypocrisie bureaucratique de l'Etat soviétique, signe le plus manifeste de l'écart par rapport à la doctrine de Marx et de Lénine sur l'Etat!

Pour un marxiste révolutionnaire, le dépérissement de l'Etat doit se manifester, sur le plan politique, par l'épanouissement de la démocratie politique pour la classe, à savoir par un parti marxiste révolutionnaire démocratique reconnais-

(3) Le « dépérissement » de l'Etat yougoslave, ce n'est qu'un euphémisme qui ne cadre ni avec le niveau des forces productives encore extrêmement bas en Youroslavie, ni avec le fait d une absence de démocratie politique prolétarienne, qui se manifeste aussi bien dans le monopole d'un parti politique monolithique Cla Ligue des Communistes Yougoslaves) que dans les mesures de répression contre tout adversaire politique, qu'il s'agisse de Djilas ou d'un vieux professeur « socialiste » quelconque, à la manière de ceux récemment condamnés à des peines de prison.

sant le droit aux tendances et le droit à la pluralité des partis sovietiques.

Que Lefebvre lise ou relise simplement la « Revolution trahie », de Leon Trotsky, pour se renseigner sur les veritables posıtions des trotskystes en matière d'Etat, de l'U.R.S.S., du salinisme et du socialisme en général. I aura alors peut-étre le mêm choc que Howard Fast, l'écrivain américain bien connu qui vient de quitter le P.C. américain. Dans son récent livre, «The naked God» (Le Dieu nu), H. Fast ecrit :

« Le rapport secret de Khrouchtchev est un problème central. Pendant des années, Trotsky etait le nom même du diable et aucun communiste n'était autorisé à le lire, encore moins à le citer. Mais, quelques semaines avant d'écrire ces lignes, J'ouvris le livre de Léon Trotsky «La révolution trahie». Je n'y avais pas regardé pendant près de 20 ans, mais

Gestohlen

Sous ce titre qu'on pourrait traduire : la vie qu'on m'a dérobée, qu'on m'a volée, Susanne Leonard fait le récit de ce que furent douze années de sa vie en U.R.S.S. Membre du Spartakusbund au cours de la première guerre mondiale, elle avait dü quitter l'Allemagne nazie où elle était recherchée pour son travail illégal. Réfugiée en U.R.S.S. sur le conseil d'Alexandra Kollontai, ambassadeur soviétique à Stockholm, Susanne Leonhard fut arrêtée à Moscou en 1936 au moment des grandes épurations et des «procès de Moscou» alors qu'elle n'avait aucune activité politique et qu'elle se bornait à donner des leçons pour gagner sa vie. Condamnée à 5 ans de travaux forcés pour « activité trotskyste contre -révolutionnaire », elle passa effectivement 10 ans — de 1936 à 1946 — dans des camps situés sur le cercle polaire. Elle fut ensuite « libérée » et envoyée en résidence forcée dans un district sibérien voisin de la Mongolie extérieure. Autorisée à retourner en Allemagne en 1948, elle vécut environ six mois dans le secteur oriental de Berlin puis passa en Allemagne occidentale, car à cette époque la rupture qui venait de se produire entre le Kremlin et la Yougoslavie allait donner lieu à une nouvelle vague de répression stalinienne.

Dès 1951. « Quatrième Internationale » avait publié quelques bonnes pages de ce livre. Nous espérons pouvoir encore en publier queiques-unes, et souhaitons que ce livre trouve un éditeur en France. Car il constitue un monument qui rappellera ces terribles années du peuple soviétique où la dictature stalinienne procéda aux actes les plus honteux -- dont l'extermination de l'avant-garde révolutionnaire — au nom de la construction du socialisme.

ses mots sonnaient d'une actualité terrible comme un commentaire du rapport de Khrouchtchev écrit aujourd'hui. Pourtant, le livre fut publie en 1931.

« Je n'attache guère d'importance sur ce point aux dénonciations des commumistes, mais je me sens force de suggerer que le droit de me défier soit mérité. Je défie les communistes de relire le rapport secret, a fond, soigneusement, et de le confronter avec « la Révolution trahie» de Trotsky et, l'ayant fait, de me refuter. Quant à ceux qui ne veulent pas lire ce qui est évident, leur esprit est bouché et le Parti l'a emporté chez eux. »

Tout bien pesé, ce défi de connaitre ou de relire la littérature trotskyste à la lumière de l'expérience actuelle est, notre avis, valable aussi bien pour Henri Lefebvre que pour tous les militants et penseurs communistes qui veulent sincèrement et totalement se « déstaliniser ». es Leben de Susanne LEONHARD (1)

Nous laisserons de côté les cent dernières pages du livre (sur 850), qui sont consacrées à des réflexions politiques de l'auteur, laquelie n'a d'ailleurs pas la prétention d'y présenter un corps de doctrine précis. Ce qui donne à ce livre sa valeur, c'est le tableau extrêmement riche, tani dans sa vue generale que dans ses détails, sur la vie de gens d'origine. le formation. de mentalité les plus difterentes. placés dans des conditions extraordinaires, elles-mêmes combinaison de facteurs comme les mœurs russes, les préoccupations et objectifs du Guépéou. et les conditions de la vie soit sur le cercle polaire, soit dans un kolkhoz lointain de Sibérie.

Que ce soit pour les condamnés des camps du Nord ou pour les gens « libres » transplantés en Sibérie. les conditions naturelles héritées du tsarisme du milieu où ils furent transplantés auraient déjà constitué une source de difficultés ne serait-ce que pour s'y acclimater. Mais le stalinisme, avec un manque total de considération pour la vie humaine, une suspicion quasiment maladive de tout et de tout le monde, une accumulation sans pareille de chicaneries administratives, a. pour tous ceux qui ont été pris dans l'endont le livre de s. Leonard restera an fait de leur vie une tragédie témoignage de valeur.

On y trouve, se coudoyant dans une misère effrayante, des hommes et des femmes qui avaient consacré leur existence à la cause du socialisme, avec des bureaucrates, des techniciens, des travail-

(1) Europaeische Verlagsanstalt. Francfort-sur-le-Main, éditeurs.

leurs, des paysans incultes, et aussi avec de véritables détenus de droit commun. Dans les conditions atroces où tous se trouvaient — avec, en premier lieu, la faim menaçant quiconque ne trouve pas a s'adapter sous une forme ou une autre aux réglements en vigueur — il était inévitable que les rapports des gens devalent se détériorer au point que, dans ces lieux choisis de cette société « socialiste », l'homme, loin de devenir un frère pour homme, tendait à étre une bête fauve.

Il y a dans le livre de S. Leonhard des pages émouvantes, des pages tragiques. d'autres pleines d'humour, des pages où on retrouve des noms qui furent autrefois connus de militants communistes, et d'autres pages qui évoquent des êtres beaucoup plus près de l'homme primitif que des précurseurs d'une société nouvelle, et le tout est écrit non seulement avec art, mais, ce qui est beaucoup plus important, avee une tranchise eclatante.

S'il en fut ainsi, c'est parce que l'auteur, tout en citant au debut d'un chapitre les mots que Dante met à l'entrée de l'Enfer: «La'ssez toute espérance». n'a pas au cours de ces douze années abandonné l'espérance et même la certitude d'une société meilleure. C'est parce

Pages d

L'histoire ouvrière est faite d'une accumulation de luttes, de combats, grands et petits. L'histoire des grandes luttes, de celles qui ont eu un grand rayonnement, se trouve écrite, bien qu'encore de façon très insuffisante le plus souvent. Mais que de luttes dont il ne reste ou ne restera rien, les participants n'ayant pas su manier une plume, et c'est à peine si dans des archives officielles on peut retrouver des éléments de celles-ci, défigurés par les fonctionnaires bourgeois qui les ont rédigés.

Une des contradictions du stalinisme, c'est que, dans le même temps où il défigure l'histoire la plus récente, la plus grandiose, afin de masquer les fraudes qu'il commet, il permet a des historiens de travailler a extraire des origines du mouvement ouvrier des pages qui risqueraient d'être oubliées. Ainsi, les « Editions sociales » publient à la fois des déformations littéralement scandaleuses comme le

Le réveil d

Nous avions déjà signalé ce livre, quand il avait paru en anglais à Londres, voici deux ans environ (2). Nous sommes très heureux de saluer son édition en français et le recommandons vivement à tous ceux qui veulent comprendre ce qui se développe actuellement dans ce qu'on appelle l'Afrique noire.

Dans ce livre, l'auteur s'est particuliequ'elle n'a pas confondu le stalinisme avec le communisme et qu'elle est restée fidèle à ses convictions de jeunesse. C'est parce que, plongée dans cette épouvantable condition, elle a continué à miser sur ce qui élève l'homme au-dessus de l'animalité et non sur ce qui tend à l'y ramener.

Au cours des toutes dernieres années, les post-staliniens ont procédé à une réduction massive des camps de travail force, et, tout récemment, des dispositions légales ont remis à la disposition des autorites locales des camps jusqu'alors tenus par le N.K.V.D. Mais les crimes qui furent commis au nom du « socialisme », qui ont frappé des millions d'êtres humains et sur lesquels il ne reste, hélas! que trop peu de vivants pour témoigner comme le fait S. Leonhard, ces crimes ne peuvent pas avoir pour seule conclusion des « réhabilitations » à la sauvette qui peuvent satisfaire les Khrouchtchev et autres complices de ces crimes qui ont dit «ouf!» à la mort de Staline. Tous ceux qui ont trempé dans ces infâmies, morts ou vivants, seront désignés à l'opprobre des masses; c'est la cause du communisme qu'il faut débarrasser d'une telle honte.

P. F. 'histoire livre de Palme-Dutt, « L'Inde d'aujourd'hui et demain », qui a eu en anglais plusieurs éditions différentes, revues et corrigées suivant la ligne du jour, et des opuscules comme «Les grèves de 1870 et la Commune de 1871 au Creusot», de P. Ponsot, qui rappelle une partie des sacrifices qui, d'un bout à l'autre du pays, ont permis au mouvement ouvrier d'aujourd'hui d'être ce qu'il est.

A vrai dire, Touvrage de Palme-Dutt que nous avons mentionné réussit à assembler une partie historique ancienne, largement puisée chez Marx, avec une partie sur l'histoire moderne dans laquelle le parti de la bourgeoisie indienne, le parti du Congrès, a été présenté, suivant les éditions, en fonction de la ligne de conduite de la diplomatie soviétique à l'époque. Des livres tels que celui-ci ne resteront pas à titre d'œuvres historiques, mais comme illustration du stalinisme. de ses méthodes et de ses falsifications. e l'Afrique de Basile DAVIDSON (1) rement occupé de deux colonies voisines: le Congo belge et l'Angola portugais, et ne mentionne qu'incidemment d'autres territoires. L'intérêt des deux territoires

(1) Editions de « Présence Africaine ». Paris.

(2) L'Afrique noire en marche (« Quatrième Internationale ». mars 1956.

QUATRIEME étudiés par Davidson est que, tout en étant soumis à deux politiques coloniales différentes et même opposées, il en ressort cependant de l'un comme de l'autre les tendances inéluctables qui meuvent le continent africain.

Au Congo, belge, l'impérialisme d'un pays industriel a, surtout depuis la seconde guerre mondiale, poussé l'industrialisation du pays, y a formé un prolétariat comprenant un grand nombre d'ouvriers qualifiés; mais il a maintenu une politique imperialiste dont un des aspects les plus importants est celui-ci: tandis que les Noirs se voient donner une instruction technique capable d'en faire des ouvriers qualifiés et des contremaîtres. tout accès à une instruction supérieure et à une culture générale leur est refuse L'émigration noire en Europe est pratiquement interdite.

Dans l'Angola, le retard du capitalisme portugais maintient dans la colonie l'ancien régime colonial, où domine le travail forcé. Les contratados (ouvriers assujettis

De l'aliénation

Ce volume fort de 500 pages est une véritable encyclopédie marxiste qui nous permet de suivre les étapes fondamentales parcourues par la pensée de Marx plus particulièrement sur le travail, la production. Cette encyclopédie est rédigée par un des rares érudits en France du

Usa totalité. c'est-à-dire marxisme dans philosophiques et autres du marxisme, que du développement du Marxisme de Marx à Trotsky, dans tous les domaines : philosophique, économique, politique.

Ces connaissances approfondies sont jointes à une culture plus vaste de l'auteur qui lui permet de juger et de défendre «l'actualité», la validité, la supériorité même du marxisme en tant que science par rapport aux critiques, aux apports des sociologues de culture « universitaire ».

Pierre Naville veut établir la légitimité du marxisme en tant que science socioiogique basée sur des grandeurs mesurables, en partant de l' «acte social total» qu'est le travail en société, la production.

Le livre retrace la genèse historique de cette conception sociologique scientifique de Marx, l'analyse du travail, de la production ayant été en effet l'about ssement de l'œuvre de Marx.

Toute la première partie du livre, arbitrairement un peu intitulée « De la pensée au travail », s'occupe de la formation chez Marx et Engels des concepts relatits au travail, a travers leurs critiques de l'œuvre de Hegel, de Stirner et en partie déjà de Proudhon. Nous assistons à la manière dont a évolué historiquement la pensée des fondateurs du marxisme, de la philosophie à la science proprement à celui-ci sont employés à des travaux qui n'exigent aucune qualification. Bien entendu, il n'est nullement question, en Angola, d'un enseignement autre que celui nécessaire pour former quelques prêtres.

Le livre de Davidson traite de très nombreux problèmes de la vie des masses africaines, et notamment des femmes. dans cette société où la vie tribale se décompose et où l'impérialisme n'a pas et ne peut pas apporter un nouvel équilibre social. L'auteur dénonce les « arguments » de tout bord des colonialistes aussi bien de ses partisans impénitents que des paternalistes prenant soin des «grands enfants » que seraient les Noirs

- et il conclut nettement et vigoureusement sur l'inévitabilité de l'affranchissement des Noirs.

On ne s'étonne pas que, récemment, les autorités du Kenya lui aient refusé le droit d'entrer dans ce pays. ou il voulait poursuivre ses études sur l'Afrique noire. à la jouissance de Pierre NAVILLE (1) dite. On retiendra de cette partie très riche en toute sorte de renseignements. d'analyses d'idées, de précisions. les pages consacrées aux idées de Marx relatives à la bureaucratie, aux manuscrits économico-philosophiques 1844, et polémique, d'Engels plus particulièrement, contre Stirner.

dialectique matérialiste relative au travail, à la production, ses concepts fondamentaux, se créent, se déterminent a travers ces travaux philosophiques de Marx et de Engels.

La deuxième partie de l'ouvrage intitulée «Du travail à la pensée» nous montre Marx et Engels engagés dans les sciences expérimentales, accédant de la philosophie à la science. Le point tournant dans cette évolution est marqué par la polémique contre Proudhon, après que celui-ci ait publié ses conclusions « constructives » dans le Système des contradictions économiques (1846), polémique contenue dans le célèbre ouvrage de •Marx Misère de la philosophie (1847).

La théorie de la valeur, c'est-à-dire déjà une «grandeur » et pas seulement un « concept », une « catégorie » logique. philosophique, développée dans Misère de la Philosophie constitue, selon P. Naville, transition de la philosophie à la science. Certes les conceptions économiques fondamentales de Marx sont encore à cette époque incomplètes et il faut attendre 1860 — sinon au-delà même de

1863 — pour que Marx tire toutes les conséquences de la théorie de la valeur.

sur le plan de la force du travail, distincte du produit, de la plus value, du

(1) Librairie Rivière, Editeur, Paris.

sur-travail, et du fonctionnement dialectique d'ensemble du système capitaliste. Mais dès 1847 il est déjà sur cette voie.

Le chapitre intitulé « Peut-on parler d'une sociologie de Marx». ainsi que celui qui le suit sur « Travail et quantité » sont parmi les plus intéressants de l'ouvrage. Pierre Naville soutient que le marxisme est effectivement une science sociale. une sociologie. et même la science sociale par excellence. Le marxisme est une science sociale car il a comme objet un acte social total, qu'est le travail en société, production, et parce qu'il analyse cet acte de manière quantitative mesurable.

Naturellement, dans l'aspect quantitatil de la théorie du travail, tel que Marx l'analyse lors de sa maturité (dans son œuvre depuis 1859), il s'agit de grandeurs sociales et non pas mécaniques, et la dialectique propre à ces grandeurs est la méthode spécifique d'analyse sociologique du marxisme, qui fait à la fois de lui une science et même la science sociologique par excellence.

Pierre Naville insiste à notre avis avec raison sur le profit que Marx a tiré en réapprofondissant la Logique de Hegel avant d'entreprendre ses grands travaux sociologiques-économiques : la Contribution à la critique de l'économie politique, le Capital, les Théories de la plus value. la Critique du Programme de Gotha. S'il est difficile de suivre P. Naville dans tous ses raisonnements concernant la quantité chez Hegel, et être à tout point de vue d'accord avec les interprétations qu'il donne des notions hégéliennes du nombre. du degré, du quantum, du rapport, la mesure. il est par contre incontestable que Marx fut fortement influencé par les conceptions quantitatives de Hegel.

Cependant Marx ne s'est pas arrêté sur une sociologie d'apparence « scientiste» par le fait qu'il a introduit des « grandeurs mesurables ». Ce qui distingue le marxisme de toute sorte de « techniques» sociologiques modernes d'apparence scientifique qui font ample usage des « granaeurs ». des « mesures ». des signes des méthodes mathématiques parmi les plus compliquées, c'est à la fois son point de départ et sa méthode de le traiter: l'acte social total de la production et la dialectique propre à ce sujet que Marx a développée.

P. Naville écrit à ce propos des choses excellentes qui permettent de comprendre toute la différence essentielle, qualitative. qui existe entre la « sociologie quantitative » marxiste et les sociologies bourgeoises d'apparence « scientiste ».

« Le vocabulaire ordinaire de la sociologie et de l'économie politique répond à un « fétichisme », en effet. lorsqu'il prend la perception immédiate, le phénomène pour la réalité scientifique fondamentale.

« Il parle de marchandises et croit toucher en celles-ci l'essence de l'économie marchande; il parle de monnaie et croit palper le capital par excellence; il parle de travail, de communauté, de famille et se réfère à l'individu actif, au groupe formel d'individus, aux familles juridiques, et pense atteindre ainsi le rationnel.

« Il saisit toutes ces données quantitativement par des mesures numériques simples : des unités de production, des prix, des temps élémentaires, des dénombrements de la population. En fait il ne perçoit ainsi que l'apparence immédiate, sensible en quelque sorte qui est une première approximation réaliste « chosiste ». mais d'autant plus éloignée du contenu scientifique profond élaboré. qui recourt à l'abstraction et à ses contradictions ». (page 386).

Tout autre est la théorie du marxisme.

« Il faut aller du concret immédiat à l'abstrait, pour revenir ensuite à un concret nouveau, enrichi, interprété, tout différent du concret primitif. faut pour cela vaincre les obstacles d'habitudes commodes, d'imprécisions sensibles difticiles à surmonter, s'écarter du sensualisme naif à la Feuerbach, du mathématisme ordinaire, ou du sociologisme superficiel, pour parvenir au réalisme conceptualisé. passer du matérialisme brut au matérialisme rationnel et dialectique, informé... Il faut passer d'un quantitatif sommaire « physicaliste » à un quantitatif complexe, aux puissances supérieures abstraites et non susceptibles de représentations intuitives, mais d'autant plus vraies puisqu'elles permettent une saisie plus fine des articulations du réel.

« Derrière la mesure directe et la sensation immédiate il y a un quantitatif et un qualitatif unis de type logique où se pénètrent les moments du quantitatif et du qualitatif, de la grandeur et de Tordre » (page 387).

C'est cette méthode qui permet au marxisme de ne pas s'arrêter devant la description phénoménologique, ou même la mesure quantitative des « structures totales immédiates », si à la mode dans les « sciences » sociologiques et humaines modernes. comme par exemple la marchandise, ou la population, ou la famille. etc.

Derrière la marchandise, l'analyse marxiste découvrira « la structure différenciée du travail incorporé et dans celui-ci sa forme abstraite et concrète, son dédoublement dans l'opération et dans le produit, dans le producteur et l'appropriateur: en définitive la marchandise devient un rapport social entre personnes, susceptibles de variations mesurables où la valeur s'est substituée au prix » (p. 387).

C'est la marche d'une science véritable comme le marxisme. Une fois introduite la conception, en ce sens. quantitative du travail, Pierre Naville analyse tous les aspects de la sociologie du travail : travail abstrait et concret, travail et force de travail, travail et sur-travail, travail productif et travail improductif, travail et non travail.

La force, la capacité de travail de l'homme a la faculté de produire plus qu'il en faut pour sa reproduction. « Le socialisme voit la fin de l'économie politique et des rapports sociaux antagonistes dans la réappropriation (de la torce de travail) dans sa restitution à la fonction d'activité naturelle de a touissance libre» (page 347). Le socialisme tend à l'abolition du travail non pas par la « réappropriation personnelle égalitaire » de la force de travail, comme le préconisait par exemple Proudhon, mais par « sa séparation définitive de la personne humaine et son «transfert » sur l'appareil de production technique a haut rendement » (page 350).

Pour Proudhon, le travail est lui-même libre par nature. Pour Marx, le travail est par nature une œuvre imposée (une nécessité. une peine dont les formes varient avec les modes de production.

Le but n'est pas le «travail libre» « attrayant » mais l'activité libre, c'est-à-

Dix jours qui ébr

Les Editions Sociales viennent de republier le livre de John Reed, le révolutionnaire américain qui vécut les grandes journées de la Révolution d'Octobre et qui écrivit un livre à la gloire de celles-ci.

Ce livre a eut son histoire, parallèle à celle de l'U.R.S.S. Le stalinisme commença par le mettre à l'arrière-plan. En 1931 ou 1932 parut une édition passablement mutilée. Mais c'était encore trop pour Staline. qui n'y figurait que deux ou trois fois incidemment. •tandis que peu de pages se passaient sans qu'il y fut question de Lénine et Trotsky. dont les noms étaient associés. Aussi depuis un quart de siècle, ce livre était-il interdit en U.R.S.S.

Après le 20 Congrès, quand il fut avoué que l'histoire de la Révolution. de l'Etat et du Parti avait ete truquée, notamment dans la célèbre « Histoire du P.C. (b) », 1l fallut bien donner quelque chose à . la place aux Soviétiques et aux communistes dans le monde.

Et ainsi les post-staliniens durent se rabattre sur le livre de John Reed qui était resté dans bien des mémoires. L'édition française des Editions sociales est la reproduction de l'édition soviétique de 1957. Le livre étant tout récemment sorti des presses, nous n'avons pu que le feuilleter. Nous reviendrons à son sujet. Incontestablement l'édition de 1957 est bien plus fournie que celle qui précéda la disparition de ce livre pendant tant d'années; à première vue le texie lui-

NALE 73 aire spontanee, veritable fin de | « alienation » de l'homme. c'est-à-dire de sa « dépossession » dans les conditions actuelles de travail. La véritable liberté de l'homme se place. comme Marx l'a indiqué, dans la sphère du « temps libre » qui n'existe et ne s'élargit qu'aux dépens du «temps de travail social». Il n'est pas, parmi les moindres mérites de l'ouvrage de P. Naville, d'avoir nouveau insisté sur ces notions essentielles du marxisme qui éclairent le sens et les perspectives ultimes du socialisme.

M. P. anlèrent le monde de John REED même est correctement reproduit. Mais ce livre, désastreux pour Staline, n'est pas trop agréable non plus pour les poststaliniens. Car il s'y trouve tant de fois les deux noms associés de Lénine et de Trotsky comme ceux des dirigeants les plus éminents de la Révolution d'Octobre.

Aussi, les post-staliniens ont-ils cru s'en sortir avec quelques notes dans le texte, dont l'une particulièrement mensongère sur la biographie de • Trotsky (social-patriote pendant la I" guerre mondiale !), et surtout avec une post-face de quelques pages qui défigure la théorie de la révolution permanente (laquelie voudrait soi-disant nier la possibilité pour la classe ouvrière de prendre le pouvoir en Russic, si la révolution n'avait pas triomphé en Europe occidentale) et pretend que Trotsky a dirigé le Soviet de Petersbourg dans l'insurrection à son corps défendant. La post-face prétend que Reed n'avait pas vu cela. Mais Lénine qui préfaça chaleureusement ce livre. et Kroupskaia qui le préfaça en 1926, eux aussi n'auraient pas vu cela! Il fallait que vint Khrouchtchev, le prophète du marxisme beurré, pour faire une telle découverte. (L'édition polonaise — si nos informations sont exactes — ne comporte pas ces a-cotés des disciples de Staline.)

Nous invitons tous les communistes, les jeunes plus particulièrement, à lire « Les 10 jours» de Joha Reed pour connaitre l'histoire d'Octobre. Ils pourront aussi juger les post-staliniens aux petites saletas qu'ils ont déposées autour de ce livre.

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