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Le tournant de la situation internationale, les perspectives et nos tâches (Rapport du camarade Pablo au 20e Plenum du Comité exécutif de la IVe Internationale)

Pablo · Quatrième Internationale, 16e année, n° 2 · avril 1958 · p. 74-85 · 10 088 mots

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La situation internationale opère un tournant qui peut s'avérer le plus important au moins depuis la guerre de Coree.

Nous assistons à la combinaison, à l'interaction, de divers faits et processus : fin manifeste du boom de l'économie capitaliste, qui durait depuis 1953-1954, et commencement d'une phase de déclin économique; nouveau progrès de la révolution coloniale en Indonésie, dans les pays arabes, en Afrique noire, en Amérique latine; succès sensationnels de l'économie et de la technique soviétiques assurant la supériorité militaire de PU.R. S.S.; désarroi et crise dans les rangs de Pimperialisme, et particulierement cette fois de l'impérialisme americain. La resultante en est une nouvelle détérioration grave du rapport de forces global pour l'impérialisme.

Ce tournant de la situation ouvre naturellement de nouvelles perspectives revoiutionnaires qu'il s'agit de bien saisir afin de mieux définir nos tâches et notre activité dans les mois à venir.

L'EVOLUTION DE LA SITUATION ECONOMIQUE

Nos estimations, pronostics et appréhensions lors du 5• Congrès mondial et de ses documents se trouvent confirmés. L'opinion est maintenant générale qu'on assiste à une évolution de l'économie capitaliste du boom à la récession. La seule question est celle de l'ampleur et de la durée du recul économique commencé.

Ce recul est, comme nous l'avions souligné, avant tout marqué, aux Etats-Unis mêmes. D'août à décembre 1957, la production industrielle aux U.S.A. a décliné de 6%. L'industrie de l'acier travaille à 60% de sa capacité. Les autres industries, à 80% environ. Les stocks industriels n'ont que très peu diminué, tout en restant en valeur supérieurs à 1 milliard 600 millions de dollars par rapport à 1956

Aussi longtemps que durera leur diminution, cela ne cessera d'exercer une influence plutôt régressive, les industries préférant puiser dans leurs stocks que produire davantage.

Dans la seule industrie de l'automobile, les stocks à la fin de 1957 étaient supérieurs de 200.000 unités par rapport à 1956 (1).

On prévoit une diminution dans les dépenses d'investissements de l'ordre de 7% en moyenne; dans le cas des entreprises industrielles proprement dites, elle atteindra 16% en moyenne. Ce qui signifierait une réduction dans la demande totale des biens et des services de l'ordre de plus de 6 milliards de dollars pour 1958.

Le chômage total a atteint fin décembre 4.000.000 environ, et ce mois-ci risque de dépasser les 5.000.000 (2).

La crise industrielle est aggravée par la persistence de la crise agricole chronique, la diminution des exportations et, fait particulier, par la persistance de l'inflation.

Naturellement ce dernier trait. tres important, ne peut s'expliquer qu'en tant que manifestation de l'endettement excessif de l'Etat, occasionné par le gonflement démesuré de ses dépenses improductives, en tout premier lieu de ses dépenses militaires.

Malgré la diminution de la population agricole d'un nouveau million de farmers et les restrictions à la culture, la production agricole en 1957 a connu un nouveau record, et l'Etat a été obligé de doubler par rapport à 1956 son aide à l'agriculture (qui est montée à un milliard de dollars).

Cette tournure vers la dépression de l'économie américaine dément toutes les

(1) La production d'autos en janvier 1958 n'était que de 500.000 unités environ, contre 612.000 en janvier 1957, 612.000 en janvier 1956, et 659.000 en janvier 1955.

(2) Fin janvier, le chômage était supérieur à 6% de la main d'œuvre emplovée dans 45 centres industriels clés du pays, avec tendance à augmenter davantage. Les industries les plus touchées sont celles de l'antomobile, de l'aviation et de la métallurgie.

prévisions optimistes de ses apologistes, à l'exemple de « Fortune » qui en juiliet 1957 prévoyait une expansion soutenue de l'économie durant toute l'année 1957 et même 1958. Elle constitue d'autre part un élément très important dans la formation de la conjoncture politique actuelle des Etats-Unis et de l'ensemble du monde capitaliste.

Naturellement, les capitalistes s'efforcent de réagir à cette tournure de la conjoncture économique; et les moyens, particulièrement aux Etats-Unis, ne leur font pas complètement défaut. Nous les examinerons plus loin.

Tournons-nous pour le moment du côté de l'économie capitaliste européenne et des pays semi-coloniaux et dépendants.

« L'expansion économique en Europe comme en Angleterre, constatait encore récemment l'Economist (11 janvier 1958). cest en Allemagne hus le ralentisemet de l'Angleterre. est le plus marquant ». où la production industrielle en 1957 n'était que de 5% supérieure à celle de 1956, c'est-à-dire un taux d'expansion considérablement inférieur à celui des années précédentes (3).

Le boom des investissements en Europe s'est également partout ralenti. Ceci particulièrement visible dans des industries comme celle de l'acier et de la fabrication des machines, et dans des pays sensibles aux fluctuations de telles industries comme la Belgique et Allemagne. D'autres pays, comme la Hollande et la Suède, qui ont été obligés d'adopter des mesures restrictives pour améliorer leur balance des paiements, ont sensiblement diminué leur taux d'expansion.

Même la France et Italie semblent ces derniers mois affectées par cette diminution du taux d'expansion. La production industrielle en Italie a augmenté cependant de 9% en 1957 contre 7,6% en 1956. La production agricole a par contre stagné. En France, la production a augmenté de 10% en 1957, mais le pays a connu par contre une grave crise financière due principalement au coût de la guerre d'Algérie. Les prêts accordés par les Etats-Unis et l'Allemagne lui donnent cependant un répit.

La production européenne marque maintenant le pas, le chômage réapparait et augmente ici et là, les exportations fléchissent, comme également les investissements dans les industries et pour la construction. Il faut qu'un nouveau stimulant intervienne pour arrêter une plus grande contraction. Dans le cas des Etats-Unis. cela pourrait être le gonflement important des dépenses militaires Dans le cas des pays européens, sauf neut-être l'Allemagne, le plafond a été atteint dans ce domaine, au delà duquel on risque la précipitation dans l'inflation

Les perspectives de l'économie européenne n'incitent certainement pas à l'ontimisme. Les progrès de l'inflation affaiblissent le stimulant de la consommation intérieure. La dépression aux Etats-Unis et les difficultés des pays coloniaux et dépendants, qui proviennent principalement de la baisse des prix des matières premières, affaiblissent le stimulant des exportations.

Dans ces conditions nous pouvons prévoir une aggravation de la dépression de l'économie européenne allant de pair et en interaction avec la dépression aux Etats-Unis et dans les pays coloniaux et dépendants. Pour certains de ces derniers, la situation peut devenir rapidement critique à la suite de l'épuisement de leurs réserves et de l'impossibilité de les renouveler dans des conditions de chute continue du prix des matières premières

Les pays dépendant de leurs exportations risquent dans ce cas de souffrir le plus. Exemple du Japon: La situation dans ce pays s'est détériorée brusquement, rapidement, ces derniers mois. Les stocks industriels ont augmenté de 50% par ranoort à 1956, tandis que la production industrielle commence à fléchir (6% pour celle de l'acier pendant le 2º semestre 1957), ainsi que les investissements (de 10 prévus pour 1958). Le chômage augmente rapidement: 500.000 chômeurs totaux en octobre 1957; 1 million 500.000 prévus dans les mines, les textiles, la métallurgie pour cette année.

On parle beaucoup, y compris dans les sphères officielles. de crise de « surproduction » en 1958 au Japon, année dans laquelle va s'opérer l'équipement industriel des investissements des années précédentes. Seul un effort aceru dans les exportations peut soulager le Japon. Mais cet effort risque précisément d'échouer du fait que les conditions générales de l'économie capitaliste deviennent plus difficiles cette année.

D'autres pays exportateurs comme l'Allemagne, l'Angleterre, l'Autriche, l'Italie.

(3) Selon les données fournies par « l'Feonomist» (25 janvier 1958) l'état et les perspectives de l'économie allemande s'établissent ainsi:

Le taux de production de plusieurs articles métallurgiques (machines-outils, équipement de bureaux, générateurs électriques) a baissé cette année par rapport à l'année dernière. Les marges de profit également, et certaines entreprises importantes comme les locomo tives Henschel à Kassel. ont eu des difficultés financières.

C'est un cas plus général qui a amené la Bundesbank à abaisser le taux d'intérêt de l'argent de 0,50% le 16 janvier.

Depuis le printemps, le taux de la construction a également baissé. Bien que l'AIlemagne ait encore besoin de deux millions d'habitations nouvelles, il n'y aura pas un taux de 500.000 mnités nouvelles par an comme depuis 1951. In reconstruction est également accomplie dans des industries comme celle de l'acier et des chantiers navals, ainsi que celle pour remplacer les industries de l'Allemagne de l'Est.

Comme l'Allemagne reçoit 1/5 de revenu national des exportations, une récession mondiale risque de la toucher beaucoup. vu également le ralentissement de la demande intérieure. Cependant il y a les dépenses militaires, surtout celles du réarmement, qui peuvent absorber quelque 5ã milliards de marks d'iei 1961 (au lieu de 45 prévu). Récession internationale et danger l'inflation en cas de nouvelle expansion à l'intérieur, guettent l'économie allemande.

etc., risquent de connaitre les mêmes diflicultés.

J'insisterai davantage sur le cas des pays semi-coloniaux et dépendants :

comme on le sait, leurs principaux revenus proviennent de la vente des matières premières et de leur production agricole. La baisse des prix de ces produits, outre la répercussion qu'elle a sur les pays industriels exportateurs, peut conduire à une situation particulièrement sérieuse des pays producteurs en freinant leur développement industriel et en aggravant l'inflation. C'est déja le cas.

Insistons sur quelques exemples :

L'Inde : L'année 1957 fut « une année de désespoir » pour ce pays, constate le « New-York Times » (7 janvier 1958). Il y a eu « moins de nouvelles usines, moins de projets de développement, plus de chômage et une capacité d'achat moindre » que dans l'année précédente. les dépenses ayant dépassé de • loin les recettes et, l'inflation aidant, le 2º Plan quinquennal commencé en 1956 s'est vite trouvé déséquilibré.

Si l'Inde n'obtient pas dans les prochains 18 mois un milliard et demi de dollars. elle sera prise entre « la banqueroute et le ralentissement » considérable de son rythme de développement. La production industrielle a certes augmenté encore en 1957 (de 13%); mais, par contre, la production agricole a stagné, et dans quelques régions du Nord quelque 80 millions d'hommes font actuellement face à une véritable famine.

Afin de juguler l'inflation et d'augmenter les ressources, le gouvernement du Congrès a imposé de nouvelles restrictions aux importations et aggravé la taxation. surtout la taxation directe. Sans une importante aide extérieure. TInde de Nehru est au bout de son expérience de « capitalisme d'Etat» et d'économie « libre ». « mixte » (4).

L'Indonésie a souffert de la baisse des prix des matières premières qu'elle exporte (en dehors du petrole) et de la pauvre récolte de riz. Elle a fini l'année avec un très important déficit budgétaire (3.775 millions de rupies soit 1.000 millions de plus qu'en 1956) et une inflation aggravée. Des demi-mesures du gouvernement indonésien actuel risqueraient, en prolongeant les souffrances des masses, besoins de la population. D'où également la pression inflationniste qui se maintient.

En Argentine la production, à l'exception de l'agriculture, stagne en réalité depuis 1955, et l'inflation fait toujours ces ravages.

C'est également le cas du Chili, de la Colombie, du Pérou et de la Bolivie. Cette dernière, misant actuellement surtout sur le pétrole (investissements et production) pour améliorer ses finances.

Les seules exceptions d'une situation meilleure sont celles du Venezuela et en partie du Mexique et de Cuba.

En cas d'affermissement de la dépression de l'économie capitaliste mondiale, les pays de l'Amérique latine auront affronter une année encore plus difficile qui, par endroits et par moments, pourrait créer une véritable crise révolutionnaire ou contre-révolutionnaire.

Le retournement de cette conjoncture économique du capitalisme n'est actuellement possible que si Teconomie des Etats-Unis trouve les moyens d arreter l'approfondissement et l'étalement de la dépression et de repartir en avant grace à un nouveau stimulant. Sinon, ce qu'on risque, c'est d'assister à un processus d'interaction accumulative des diftérents facteurs régressifs, qui aggrave toute la situation et en atteignant par exemple le mécanisme de financement des échanges internationaux - basé toutes ces dernières années sur le crédit - provoque à partir d'un certain moment une véritable crise et non pas une simple « récession ».

Mais avant d'examiner les réactions du capitalisme. disons quelques mots sur • conomie des Etats ouvriers.

En contraste avec la dépression qui s'empare de l'économie capitaliste, celle des Etats ouvriers connait en général un essor soutenu, quoique à un rythme d'expansion plus lent.

C'est l'économie soviétique qui est toujours en tête. ayant connu en 1957 un développement de 10% environ au lieu des 7% prévus, suivie de celle de la Tchécoslovaquie, de la Chine, de la Pologne. Il faut cependant noter que la production agricole dans tous ces pays reste toujours en retard, aussi bien par rapport aux progrès comparatifs de l'industrie que — surtout — par rapport aux besoins d'une population en augmentation et plus revendicative que par le passé en

(4) Les Etats-Unis semblent disposés à accorder un prêt de 225 millions de dollars à l'Inde. Les réserves de cette dernière sont actuellement de 580 millions de dollars senlement. L'accomplissement du 2º Plan quinquennal dans sa totalité est déjà abandonné. On sefforce de ne compléter maintenant que l'essentiel du Plan, les trois nouvelles aciéries et les moyens d'énergie, de transport et du minerai nécessaires à leur fonetionnement. Si l'aide des Etats-Unis se confirme. celle-ci amènera le déficit résultant des dépenses pour rénliser le plan limité à un milliard environ de dollars (le Japon et l'Allemagne avant déjà prêté des sommes qui ont diminué le déficit initial).

de faciliter les projets de de l'impérialisme contre indonésienne commencée.

Les pays de l'Amérique en général une année très ressources ayant diminué des prix de leurs produits la réaction et la révolution latine ont eu difficile, leurs par la baisse : métaux non ferreux, café, coton, laine, tandis que leurs importations augmentaient. Ainsi le déficit de leur balance commerciale avec les seuls Etats-Unis a largement dépassé les 600 millions de dollars en 1957, soit une fois et demi et plus le total des prêts reçus des Etats-Unis. de la Banque Import-Export et de la Banque mondiale.

Le Brésil a connu cette année - un important déficit commercial. Aussi bien la production industrielle que surtout la production agricole restent loin en arrière du développement (62 millions) et des matière d'alimentation et de produits de consommation.

La pianification nationale et internationale des Etats ouvriers, sur laquelle pèsent actuellement ces exigences, est en etat de transition. Son orientation nouvelle sera le résultat non seulement des impératifs économiques en soi, mais egalement de la pression exercée actuellement par les masses dans ces pays, et du rapport de forces avec la bureaucratie.

La tendance — qu'on discerne dans tous les plans en préparation - à diminuer le taux d'expansion de l'industrie lourde et à accorder plus d'importance que par le passé à l'agriculture, et à pouvoir ainsi mieux satisfaire la production des moyens de consommation, reflète naturellement la pression accrue des masses dans ces pays et leurs nouveaux rapports de force avec la bureaucratie.

LES MESURES « ANTI-CRISE » DE L'IMPERIALISME

ET LEUR EVENTUELLE EFFICACITE

De quelle manière l'impérialisme penset-il réagir à la «récession» qui a commencé et éviter qu'elle ne se transtorme en véritable crise?

Nous avons maintenant des indications suffisantes pour repondre a cette question, qui confirment les principales idées développées en cette matière dans le document du 5• Congrès mondial « Perspectives économiques et politiques internationales ». Le principal moyen de l'impérialisme pour redresser la situation sur le plan économique est naturellement d'enrayer l'approfondissement de la «recession » aux Etats-Unis même, dont l'économie détermine tres étroitement celle de l'ensemble du monde capitaliste.

Le cas est actuellement même plus caractéristique que pendant la récession 1953-1954, où l'économie européenne a pu se développer durant un certain temps en dépit de la récession de l'économie américaine, et aider en quelque sorte cette dernière à se redresser plus vite. Actueliement, la prospérité même immédiate de l'économie européenne dépend de sa possibilité de continuer à exporter aux Etats-Unis et au Canada, ainsi que dans les pays semi-coloniaux et dépendants.

D'autre part, ces derniers ne pourront maintenir leurs exportations que si leur balance commerciale avec les Etats-Unis s'améliore grace a un relèvement des prix des matières premières et des produits agricoles, relèvement que seul le dynamisme restauré de l'économie américaine pourrait provoquer.

Or un approtondissement de la récession aux Etats-Unis risque de limiter les importations américaines et de maintenir la pression delationniste sur les prix des matières premières et les produits agricoles.

Ainsi la question de l'avenir immédiat de l'économie capitaliste mondiale se résume à celle de l'économie américaine. Or le moyen principal par lequel celle-ci s'efforce actuellement d'échapper à l'engrenage de la « récession » est celui d'une nouvelle importante augmentation des dépenses budgétaires, principalement des dépenses militaires.

La preuve est ainsi faite, une nouvelle fois, que le « miracle » américain n'est viable que grâce à ces injections artificielles, de temps à autre, et à des doses qui en réalité vont croissant.

Le nouveau budget américain 1958-1959 prévoit une augmentation de 2.1 milliards de doilars de dépenses, mais le chiffre que nous devons retenir est celui d'une augmentation des dépenses militaires de plus de 4 milliards de dollars, grace a des « économies » faites par ailleurs qui comporteront la diminution de la construction des écoles et des hopitaux, l'abandon de divers travaux publics, la réduction de l'aide aux fermiers, le relèvement des tarils postaux, etc. Des réductions plus importantes dans toutes sortes de dépenses d'ordre social sont d'autre part recommandées pour les années à venir. « Economie » et « discipline » du secteur des dépenses civiles et sociales sont les caractéristiques du nouveau budget de guerre de l'administration républicaine. Il faut s'attendre également à une tentative de blocage des salaires, qu'Eisenhower a déjà fortement recommandé dans son message économique du 20 janvier. Les U.S.A. entrent ainsi à leur tour dans «l'ère de l'austérité».

Il n'est pas du tout exclu que les dépenses militaires ne soient augmentées encore plus par le Congrès, et les « économies » par ailleurs aggravées. En effet dirigeants démocrates du Sénat ont déjà critiqué la «timidité» du budget militaire. Quant aux conseillers écoutés de l'administration républicaine à la Rockefeller, ils n'ont pas hésité à proposer une augmentation progressive du budget militaire d'ici quatre ans de 30 milliards de dollars supplémentaires! (Plus 3 la première année; plus 6 la deuxième ; plus 9 la troisième et plus 12 la quatrième. - Recommandations de la commission Rockefeller).

Un autre chiffre important à retenir prévisions économiques aux pour les Etats-Unis cette année est celui des dépenses militaires cash sous forme de commandes de production escomptees pour 1958: 6 milliards de dollars par rapport à celles de 1957 (soit l'équivalent des pertes enregistrées par la diminution de la production dans le dernier trimestre 1957, ou de la réduction dans la demande totale des biens et des services, résultant du fléchissement des investissements en 1958). Parallèlement à ce stimulant on assiste à une nouvelle « libéralisation » de la politique du crédit, à des assouplissements boursiers, ainsi qu'à une aide accrue aux exportations (400 millions de dollars pour 1958).

Il est naturellement difficile de prédire avec certitude si toutes ces mesures d'une ampleur deja importante suftiront a enrayer la « recession » (a). Nous pensons quant à nous qu'elle sont encore insuffisantes et qu'elles ne contrebalanceront pas adéquatement la diminution du pouvoir d'achat qui résulte du développement déjà important du chômage, de la réduction de l'aide aux fermiers, et en général des nouveaux progrès inévitables de l'inilation. D'autant plus que le patronat. aidé par le gouvernement, se prépare à repousser les augmentations de salaires.

D'autre part, l'effort militaire particulier en direction des fusées (au détriment de tout autre armement), s'il favorise certaines branches industrielles, risque d'aggraver le déclin d'autres branches

Ce qui confère un caractère tout spécial aux difficultés économiques actuelles de l'impérialisme, c'est qu'elles surgissent à un moment de crise également politique de l'impérialisme, à la suite des succès économiques et techniques soviétiques et des nouvelles avances de la révolution coloniale.

La Tuse autoguidée intercontinentale et la fusée interplanétaire (qui confirme la réalité de la première) ont donne à 1U. R.S.S., sur le plan strictement milltaire. une supériorité qu'elle pourrait maintenir au moins pour quelques années.

En réalité il n'est pas exclu que cette avance s'avère désormais irréversible (sur le plan de l'armement militaire). C'est là un fait d'une portée considérable, peutêtre historique, dont nous n'avons pas encore fini de tirer toutes les conséquences.

Leffet psychologique sur les masses et sur l'impérialisme de ces succès de l'économie étatisée et planifiée, que nous saluons de tout cœur, est déjà immense. Les masses réalisent l'infériorité du rapport de forces du côté de l'impérialisme et interprètent les changements d'une manière révolutionnaire, comme un stimulant pour nouvelles luttes et victoires sur l'impérialisme. Cet effet ne fera que grandir par bonds dans les temps a venir.

L'impérialisme réalise également cette infériorité, y compris l'impérialisme amerieain cette fois, pour la première fois. C'est là également un fait d'importance historique.

Il serait cependant faux et dangereux de conclure à la possibilité de voir l'impérialisme se laisser paralyser par une sorte de propagation rectiligne d'un courant défaitiste (qui incontestablement existe et se renforce). Les milieux dirigeants et encore décisifs de la bourgeoisie internationale réagissent pratiquement. en dernière analyse. en renforçant leur potentiel et leurs préparatifs militaires.

C'est là la conclusion que nous devons tirer de ce qui se passe et se prépare actuellement aussi bien aux Etats-Unis qu'à l'OTAN. Les discussions sur le désarmement, le plan Rapacki, une nouvelle conférence aux sommets. etc., qui vont continuer. les compromis partiels qui emploient plus de matières premières et plus de personnel.

Egalement, la tentative de l'impérialisme américain « d'exporter » en quelque sorte sa crise industrielle et agricole, ne pourrait qu'aggraver les difficultés aussi bien de l'industrie européenne que de l'économie agricole et des matières premieres des pays semi-coloniaux et dépendants.

Pour toutes ces raisons nous pensons que la « récession » qui a commencé peut s'avérer beaucoup plus difficile à surmonter aussi relativement vite que par le passé, et en tout cas plus sérieuse que celle de 1949-1950 ou celle de 1953-1954. toujours possibles, et mêmes inévitables. ne doivent pas nous cacher les réalisations pratiques de l'impérialisme dans le sens d'un superarmement, avec la généralisation de l'armement atomique, la construction de fusées et bientôt d'anti-fusées. et la multiplication de par le monde des bases militaires et des rampes de lancement.

Dans ce domaine, il n'y a aucun recul depuis la guerre de Corée. Il y a au contraire une préparation pratique de plus en plus ample et intense. Aux spoutniks soviétiques l'impérialisme a répondu en déclenchant une véritable hysterie pour le surarmement dans les plus brefs délais. une hystérie qui aux Etats-Unis n'a épargné personne, y compris les «libéraux » les démocrates à la New Republic The Reporter, etc., qui ont « remercie spoutnik » d'avoir éveillé les réactions « salutaires » de la « nation ». Quant aux hommes plus prudents comme Kennan ou Lippman, pris si véhémentement à partie par le démocrate Dean Acheson, ils sont loin de s'opposer à l'effort pour «rattraper » lU.R.S.S. Ils demandent simplement que cet effort s'allie à une diplomatie moins ambitieuse et moins provocante, plus réaliste et plus prudente quI evite un choc prématuré avec les Etais ouvriers. dans un rapport de forces manifestement défavorable pour l'impérialisme. (Ils proposent d'autre part des ripostes diplomatiques à l'offensive de « paix » du Kremlin, visant à enlever à

(5) Le message économique d'Eisenhower au Congrès enregistre un fléchissement des dépenses d'investissements, ainsi que des exportations, et met tout son espoir sur le stimulant des nouvelles dépenses étatiques pour contrebalancer les forces de « récession ». Cette dernière est attribuée plus spécialement à la liquidation des stocks, au taux de 3 milliards par an. qui a fait réduire la production. Il est à noter également que le message accepte explicitement la sérieuse probabilité pour cette année de voir la récession s'accompagner de l'inflation, ce qui obligerait le gouvernement à limiter l'emploi des « stabilisers » par nature inflationnistes.

CRISE GENERALE AGGRAVEE DE L'IMPERIALISME

CRISE GENERALE AGGRAVEE DE L'IMPERIALISME celui-ci l'initiative dans ce domaine et à l'acculer le cas échéant à la défensive). l'acculer le cas échéant à la défensive gure

Tel cependant pourrait ne pas l'avis des milieux dirigeants américains qui se sont exprimes a travers les rapports encore secrets des commissions Gaither, Rockefeller et autres. En insistant sur une augmentation considérable propressive du budget militaire, sur la soumission des états-majors des trois armes a un commandement unique, ainsi que sur l'idée que le temps risque d'ici quelques années de • travailler encore davantage contre les Etats-Unis, et sur les avantages de l'offensive « par surprise», ces commissions caressent en quelque sorte l'idée de la guerre préventive.

Nous ne devons nullement minimiser les dangers d'une telle situation. Nous devons au contraire axer notre politique sur leur dénonciation et sur la mise en valeur et en pratique de nos solutions, les solutions révolutionnaires, dont il s'agit de démontrer également le caractère réaliste, c'est-à-dire qu'il s'agit du seul et vrai realisme.

Abordons la question dans toute son ampleur. Il est incontestable que la course effrenée aux armements atomiques, elle-même cause des réalisations techniques sensationnelles de part et d'autre, va faire passer bientôt l'humanité dans «l'ère de la guerre pressebouton automatique ». C'est l'expression qu'a employée le Dr. Pickering, directeur du laboratoire des fusées de l'Institut Technologique de Californie. C'està-dire qu'afin de gagner du temps, afin d'intercepter les fusées de l'ennemi avant qu'elles n'atteignent leurs objectifs, de déclencher les représailles, il y aura bientôt des machines pour déterminer si les signaux des radars proviennent de fusées ennemies. et pour déelencher l'offensive. Tout le processus risque de s'automatiser et d'échapper au contrôle des hommes, y compris des individus et de groupes isolés de militaires — qui certes eux-mêmes coupés d'un contrôle démocratique plus ample, ne constituent qu une piètre garantie d'éviter des erreurs de panique ou simplement de folie.

D'autre part, une guerre atomique au niveau des fusées, déclenchée de n'importe quelle manière - automatiquement ou après « mure » réflexion - ne manquerait pas d'être immensément catastrophique pour l'humanité. Il est infiniment juste par conséquent qu'on ne prenne pas la question à la légère et qu'on fasse tout pour éviter ce désastre.

Mais la question de la guerre n'est pas une question de logique, de raisonnement; c'est une question sociale, et toute la pratique actuelle montre que l'impérialisme est capable de tout, sauf d'abdiquer « pacifiquement ». Il faut partir de cela et, en réalistes, envisager quelle est la manière la plus efficace de réduire sinon d'éliminer les risques.

Notre mouvement répond sans hésiter: la propagation de la lutte révolutionnaire eflicace partout; le renversement du capitalisme sur la plus grande partie du globe.

Ceci pour les deux raisons principales suivantes : il est évident que l'impéria-

ALE 79 lisme, celui des Etats-Unis en premier lieu, s'efforcera de compenser son inferiorité militaire et d'accroitre ses chances de succès grâce à une strategie de multiplication des bases de par le monde qui disperserait l'action militaire de l'U.R.S.S. et rendrait son territoire plus vulnérable. A cette claire strategie l'impérialisme doit répondre la neutralisation de ses bases, avant tout de celles d'Europe et d'Asie, si possible également d'Afrique. Cette neutralisation, seule la victoire de régimes ouvriers peut la garantir.

D'autre part, l'emploi des armes atomiques, par les forces réactiorinaires indigènes ou par l'impérialisme, dans une révolution, est infiniment plus difficile que dans le cas d'une guerre générale. des continents et des régions dans les Encercler l'impérialisme américain quels il a cessé d'avoir des bases et des points d'appui est la seule manière réaliste d'envisager la possibilité d'éviter la guerre atomique, ou de désarmer relativement facilement, sans dégâts colossaux, /impérialisme américain en cas de tentative de guerre de sa part.

La politique du Kremlin, ou des centristes et des réformistes de tout acabit. qui vise à « pacifier » le monde sur la base du statu quo actuel est en réalité utopique, le statu quo s'aitérant constamment par les progrès des forces révolutionnaires techniques et humaines, et l'existence du capitalisme étant organiquement liée comme l'exemple des U.S.A. le démontre le mieux — à l'économie de guerre et à la précipitation de la guerre.

Naturellement, tout en raisonnant et en œuvrant pratiquement ainsi, nous ne devons pas avoir une attitude négative ou ultimatiste rapport aux mots d'ordre, aux luttes et aux formes transitoires. Tout d'abord, quand nous parlons de la nécessité de la révolution dans chaque pays, nous ne parlons pas de la formé ultime de dictature du prolétariat mais de son premier pas, sous la forme transitoire de gouvernement ouvrier des partis ouvriers appliquant un programme minimum.

C'est la tache de chaque section de mettre en avant la forme transitoire du pouvoir ouvrier, adéquate au pays, et d'élaborer de manière très réaliste son programme minimum. Ce qui nous différencie des staliniens et de réformistes en matière de pouvoir, c'est que pour nous, primo, n'importe quel programme politique minimum mais vraiment anticapitaliste et anti-impérialiste ne peut être appliqué que par des formations politiques ouvrières et, secundo, qu'un tel gouvernement ouvrier ne peut se former et, surtout, ne peut durer qu'appuyé de manière extraparlementaire, sur les masses organisées (en comités) et armées.

Quant au programme, nous pouvons et nous devons nous montrer très réalistes.

en tenant compte dans chaque cas par exemple de manière très concrète des impératifs économiques pour que la vie économique ne se disloque pas. Par exemple, on peut très bien envisager dans le cas de pays semi-coloniaux et dépendants

QUAT de former des entreprises capitalistes sous contrôle de l'Etat ouvrier, et des entreprises même impérialistes travaillant sous le même controle, mais dans des conditions nouvelles profitables également a l'Etat ouvrier (exemples du cuivre chilien. du pétrole bolivien, etc.).

Le moment et la forme de certaines étatisations ne sont pas des questions de principe mais de tactique, selon le rapport de forces donné. Seule la question du pouvoir politique est une question de principe et est vraiment déterminante.

La question a une solution concrete transitoire et realiste aussi bien pour laire face à la menace de la guerre qu'à la situation qui peut se créer lors d'un éventuel approfondissement de la « récession chomener doit recuer telle sion » commencée doit préoccuper toutes solution, nous pouvons et nous devons conclure des accords pratiques avec les tendances centristes de gauche qui peuvent se développer dans les organisations de masses où nous agissons, afin de les pousser vers une telle direction, l'essentiel étant de nous présenter non seulement avec notre programme ultime mais avec un programme realiste, immediatement applicable.

bar la lutte pour le pouvoir ouvrier, sous cetie forme et dans ce sens, peut rapidement devenir par endroits, dans la nouvelle conjoncture, une question tres actuelle et tres urgente.

D'autre part, il y a un échelon même encore plus inférieur de la lutte transitoire actuellement possible et nécessaire : celui d'une lutte par nos forces qui sont incrustées dans les organisations de masse, contre les armements et les esssais atomiques, contre les rampes de lance-

Les difficultés économiques et politiques de l'impérialisme sont aggravées par les nouveaux progrès importants de la révolution coloniale en Indonesie, dans les pays arabes, l'Afrique noire, l'Amérique latine. Nous assistons à un nouvel essor de la révolution coloniale. Tandis que l'Inde se débat dans des difficultés économiques déjà décrites, qui menacent la réalisation du Deuxième Plan quinquennal, et que le Parti du Congrès se montre plus inquiet que jamais de l'évolution politique dans le pays (comme ceci ressort clairement de la dernière session de ce parti, en Indonésie la révolution a commencé. Elle a pris la forme de la saisie. sous l'initiative des masses ouvrieres adhérentes aux syndicats SOBSI, des entreprises industrielles, agricoles, commerciales, bancaires et de transport de l'impérialisme hollandais.

La saisie a eu pour prétexte une reaction nationaliste à propos de la Guinée occidentale (Irian) encore sous domination hollandaise. Mais, en réalité, les masses ont trouvé ainsi l'occasion de pousser en avant leurs positions révolutionnaires, stimulées depuis les élections de l'été de l'année dernière qui ont scellé une grande victoire du Parti communiste indonésien (P.K.I.). Les masses ont, en ment, pour le Plan Rapacki et toute sorte de propositions facilitant le « désarmement ». Nos forces dans les organisations *e, Chemin tisant. trier occason at de masse peuvent très bien donner appui critique toutes ces propositions les éclairer par la perspective du gouvernement ouvrier et paysan.

Nous devons meme nous efforcer de propulser le pius large front unique ouvrier possible, sur l'échelle internationale, autour de telles propositions et faire dépendre leur réalisation tant soit peu effective du contrôle ouvrier, du contrôle des organisations ouvrières.

Dans les pays de P'OTAN en particulier, la lutte contre les armements et essais atomiques et les rampes de lancement doit être au centre de l'activité immediate de nos forces agissant dans les Partis socialistes.

Nous pouvons même envisager dans Tuelle mesure inest posible de suscite quelle mesure il n'est possible de susciter nationale réunissant les Partis communistes et socialistes et auires organisations ouvrières, les associations de savants et l'organisme de la Conférence du Caire, afin d'organiser et de synchroniser une lutte efficace pour l'interdiction des armes et essais atomiques, contre les rampes de lancement et les bases militaires en Europe, en Asie et en Afrique. Une telle conférence peut être envisagée comme l'aboutissement d'autres conférences préliminaires.

Agir avec imagination, audace et énergie signifie se hisser au niveau d'une profonde compréhension des nécessites urgentes, mais egalement des possibilités qui sont actuellement immenses. réalité, spontanément créé des comités, des embryons de double pouvoir, instaurant le contrôle ouvrier, et par endroits meme, la gestion ouvrière sur les entreprises saisies.

Le gouvernement bonapartiste bourgeois de Sukarno, que soutient le P.K.I., s'est trouvé devant un fait accompli, debordé par l'ampleur des initiatives révolutionnaires des masses. Afin de reprendre la situation en main, il a mis en avant l'armée. qu'il a interposée entre les masses et l'impérialisme. Depuis lors, la situation reste indécise, les masses n'ayant pas reçu la direction qu'elles attendaient du P.K.I. pour compléter la revolution, mais le gouvernement n'osant pas non plus revenir en arrière sur la saisie des entreprises impérialistes.

Quant à l'impérialisme lui-même, il s'est trouvé pris à l'improviste et sans possibilité pratique de réagir par la force. On peut mesurer l'importance des séquelles économiques pour l'impérialisme des saisies en Indonésie, en indiquant que 15 % de la superficie cultivée du pays appartiennent aux plantations étrangères et que la moitié des superficies réservées aux cultures techniques destinées à l'exportation (café, thé, hévéa, canne à sucre) appartient au capital étranger (dont

NOUVEAUX PROGRES DE LA REVOLUTION COLONIALE

NOUVEAUX PROGRES DE LA REVOLUTION COLONIALE co l

70 % est capital hollandais). Les principales industries extractives (les seules en réalité qui existent en Indonésie, le reste de l'industrie n'étant qu'insignifiant) de pétrole, de charbon, d'étain. appartiennent également au capital hollandais et étranger en général, ainsi que les principales entreprises bancaires, commerciales et de transport.

Sans l'étatisation sans indemnisation de toutes ces entreprises, à l'exception de celles dont le fonctionnement immédiat exigerait qu'elles passent simplement sous contrôle d'un Etat ouvrier, il serait bien futile de parler de possibilités d'un développement économique harmonieux et profitable pour le pays. D'autre part, question agraire en Indonésie a une forme très aiguë aussi bien par le fait que 70 % des paysans ne possèdent pas de terre (ou moins d'un demi hectare), et que les cultures vivrières, particulièrement celle du riz. furent relativement bloquées au profit des cultures techniques, auxquelles s'intéressait l'impérialisme.

Le règne de celui-ci a provoqué d'autres déséquilibres qui aggravent la situation dans ce pays et exigent actuellement des solutions radicales. Ainsi Java fut surpeuplée d'une population de 54 millions (sur 82) de paysans pauvres et de masses citadines paupérisées, tandis que les cultures techniques et la production minière florissent dans les autres iles de l'archipel considérablement moins peuplées. C'est d'ailleurs la relative richesse de ces iles. et principalement de Sumatra, provenant du coprah, du caoutchouc (production indonésienne: 40 % de la production mondiale) et du pétrole, qui alimente les tendances séparatistes des féodalités locales et que l'impérialisme encourage actuellement. (6)

L'avenir de la révolution indonésienne qui a commencé dépend naturellement de l'attitude du P.K.I. Il n'est pas exclu que. soumis à la très forte pression des masses qui aspirent actuellement à une solution radicale, ce parti se voit obligé de se comoorter en définitive à la yougoslave ou à la chinoise. Mais le danger existe également que ses atermoimements, ses hésitations, ses jeux compliqués de ruse avec l'équipe bonapartiste bourgeoise de Sukarno - qui s'efforce de maintenir le pays dans un régime à mi-chemin ne fasse, en définitive, le jeu des forces réactionnaires du pays, représentées par l'armée. et des politiciens à la Hatta, qui aspirent à une dictature sanglante entrant dans de nouveaux compromis avec l'impérialisme.

C'est surtout aux éléments marxistes révolutionnaires travaillant à l'intérieur du P.K.I., et qui ne manquent pas dans le pays, d'aider le courant révolutionnaire polarisé par ce parti, à aller de l'avant, et à compléter la révolution commencée.

La révolution arabe a fait, elle aussi, ces derniers temps de nouveaux progrès importants. Je mentionnerai brièvement la réalisation d'un Etat fédératif SvrieEgypte, qui ne manquera pas de s'avérer un stimulant très puissant de l'unité arabe et de la révolution dans le MoyenOrient: les succès remportés par l'Armée de Libération marocaine contre les franquistes à Ifni; le mürissement politique et le renouveau d'activité militaire des forces de la révolution algérienne, numériquement renforcées et dotées d'un matériel semi-lourd dont le maniement, des qu'il sera assimilé par les jeunes combattants de la révolution, transformera qualitativement l'aspect militaire de la lutte.

Quant à l'Afrique tropicale, nous devons mentionner le mouvement montant aussi bien dans les colonies françaises qu'anglaises et belges, d'avant-garde syndicale. pour un accès à l'indépendance véritable. avec des pointes aussi avancées que la lutte des guérillas commencée dans le territoire du Cameroun par les forces de Um Niobé, ancien dirigeant syndicaliste communiste.

Un point culminant, illustrant ce nouvel essor de la révolution coloniale en Asie et en Afrique, fut incontestablement la Conférence du Caire réunissant environ 500 délégués et représentants de quelque 50 pays afro-asiatiques. Les progres réalisés par rapport à la conférence de Bandoeng peuvent se mesurer en consta-

(6) La presse (Observer du 26 janvier 1958) a parlé d'une conférence de séparatistes tenue à Padang, dans Sumatra central, en vue de la création d'un Etat musulman indépendant, sous la présidence du vice-président du mouvement réactionnaire Darul Islam, le brigadier Dand Bereuch.

Le gouvernement indonésien vient du reste de confirmer (24 janvier) que l'ancien chef de l'état-major Tubis et d'autres personnalités ont pris part à un « complot » visant à la création d'un Etat de Sumatra « indépendant ».

Il est en tout cas incontestable que la situation actuelle favorise les tendances séparatistes, alimentées par la structure géographique et économique du pays. La dislocation des communications et les difficultés d'approvisionnement du pays en produits d'alimentation incitent à un commerce direet de chaque ile avec l'étranger (Singapour par exemple). Ceci risque naturellement de disloquer complètement l'économie nationale.

Tava ne contribue que pour 6% aux exportations, tandis qu'elle a besoin de 700.000 tonnes sur un million de tonnes de riz importé. Bornéo / et Sumatra par contre, qui ont moins de 20 millions d'habitants contribuent à 85% des exportations.

En cas de sécession de ces iles, les ressources financières du gouvernement central se trouveraient très fortement diminuées. D'où les efforts de ce gouvernement de maintenir la structure centralisée du pays en ordounant aux militaires d'aider à la construetion des Comités du Front National pour la libération de l'Irian. (Ordre du chef de l'état-major Nasution en date du 28 janvier 1958). Te Front National est une organisation active depuis le 11 janvier lestinée à promouvoir un mouvement civilomilitaire centralisé sur tout le pays, afin de contrebalancer les tendances séparatistes tant que la conférence du Caire a mis l'accent sur quelques idées et résolutions fert explosives: nationalisation des entreprises étrangères; aide économique et technique inconditionnelle à demander aux Etats ouvriers; soutien actil de la révolution algérienne, concrétisée dans la résolution connue.

J'en viens maintenant aux progrès récents de la révolution coloniale en Amérique latine. Je ne mentionnerai que brièvement les points saillants de cette situation :

En Argentine, à l'approche des électons, l'activité ouvrière a repris avec une vague impressionnante de nouvelles grèves. Il est peu probable que l'instabilité extrême dans laquelle se débat toujours le pays prenne fin avec ces élections.

Au Chili, la candidature à la Présidence de la République du dirigeant socialiste Allende, soutenu par les communistes, connait un très grand succès. Nos camarades à l'intérieur et à l'extérieur du P.S. participent très activement à cette campagne.

En Bolivie, la polarisation des masses ouvrières et paysannes autour d'une nouvelle direction hostile au M.N.R. s'accentue. Le noyau animateur de cette nouvelle direction est incontestablement notre parti. comme les camarades ont pu le vérifier à la lecture des informations que nous avons données dans un récent bulletin intérieur du S.I.

A Cuba, la rébellion de Fidel Castro, qui opère dans le maquis, s'étend connaît de nouveaux succès; animée d'un programme anticapitaliste et anti-impérialiste, elle a de bonnes chances de renverser par un soulèvement populaire le régime détesté de Batista. (7)

Au Venezuela, la magnifique révolte populaire des masses a eu raison de la dictature sanglante de Jiménez, homme de paille des trusts pétroliers nord-américains, qui gouvernait le pays par la répression et la terreur depuis dix ans déjà. La dictature fut affaiblie par les dissensions dans les forces armées, la rébellion de l'aviation et de la marine. mais surtout par le mécontentement grandissant des masses, des étudiants, des ouvriers. de la petite bourgeoisie. mécontentement nui a déterminé les réactions de l'armée. héroique soulevement gueulate u Elle n'a été jetée bas que grâce à causé des centaines de morts et des milliers de blessés. les masses de Caracas s'étant jetées à corps perdu contre les tanks et les nids d'assassins policiers de Jiménez barricadés dans les bureaux de la Sûreté. de la police politique. et contre les prisons pour libérer les prisonniers. (8).

Les forces marxistes révolutionnaires. agissant au sein de l'Action Démocratique dirigée par l'ancien président Romulo Bethencourt. ont de grandes chances. dans les nouvelles conditions créées par l'éclatante victoire populaire, de promouvoir une aile gauche ouvrière. à laquelle appartient l'avenir de ce navs fabuleusement riche, pillé jusqu'à maintenant par l'impérialisme et les milieux indigènes compradores restreints.

L'évolution de la situation économique et politique en Amérique latine ouvre de grandes possibilités révolutionnaires pour nos sections et nous impose des devoirs urgents. En Argentine, notre organisation lutte audacieusement pour élargir sa base et son influence, recruter amplement, obtenir sa légalisation (c'est déjà fait), se faire connaitre auprès de larges masses prolétariennes du pays qui cherchent une nouvelle direction. Gagner ces masses, en particulier les plus radicalisées, que polarisait jadis le mythe de Peron, à l'aide d'un grand parti ouvrier basé sur les syndicats, est la tache politique centrale de notre organisation.

Au Chili et en Uruguay, c'est le travail dans les P.S. qui doit se mener de manière plus ample et systématique, tout en évitant un choc prématuré avec les directions bureaucratiques qui chercheraient à exclure la véritable gauche. Au Chili, d'autre part, l'unification de toutes les forces trotskystes dans une organisation . ne peut manquer d'accroitre i très considérablement l'efficacité de l'ensemble de notre travail dans ce pays.

En Bolivie, l'Internationale doit tendre à donner tout l'appui pratique à l'application de la ligne de la résolution du 5. Congres Mondial sur cette question. ligne qui s'avère généralement juste et qui connait déjà un début d'application réussie.

(7) Fidel Castro - selon les informations données par la presse américaine —- contrôle maintenant la région de la Sierra Maestra. De la, ses hommes font des incursions dans tout le pays. utilisant récemment même des bazookas. Un de ces raids les a amenés à la possession momentanée des stations de radio de la Havane. d'où ils ont appelé la population à agir «à la Caracas». Une administration populaire est établie dans les régions contrôlées par Castro, disposant de tribunaux, d'écoles, d'hôpitaux. Les rebelles confisquent souvent ou détruisent certaines entreprises agricoles capitalistes et distribuent le butin aux éléments les plus pauvres de la population.

(S) C'est la Junta Patriotique, organisation de front unique incluant le Parti Communiste. qui a joué un rôle prépondérant dans les événements du Vénézuéla. Son dirigeant clandestin, inconnu récemment encore. est Fabricio Ojeda, âgé de 29 ans. journaliste, de la gauche de l'Union Démocratique.

La Junta a été organisée en comités de trois : comités de grève, d'usines, de femmes. d'étudiants, et également comités de « violence » disposant de bombes incendiaires autres armes. C'est elle qui a déclenché la grève générale, à la suite de laquelle (le deuxième jour) l'armée se décida à intervenir.

La Junta a été créée en tant que front unique à la base au cours de l'été dernier. incluant 1 Union Démocratique. l'Action Démocratique, le Parti démocrate-chrétien et le Parti Communiste.

LA SITUATION DANS LES ETATS OUVRIERS ET LES P. C.

En apparence au moins. la crise Joukov a débouche sur une période de stabilite relative dans la direction politique de la bureaucratie soviétique. Les succès des spoutniks et l'évolution de la situation internationale en général, défavorable a impérialisme, semblent se refléter en U.R.S.S. au profit de la direction actuelle du Kremlin.

En partie cette appréciation est juste. Mais nous ne devons pas oublier que des problèmes très importants, qui sont à la base de la crise chronique de la bureaucratie soviétique, n'ont toujours pas trouvé une solution satisfaisante. L'économie soviétique est actuellement en pleine transition. Des réformes tres protondes y sont introduites qui visent à enrayer sa sclérose bureaucratique, à accroitre son élasticité. à la rationaliser et à la rendre apte à digérer rapidement et sans secousses les nouvelles forces productives de l'automation et de l'énergie nucleaire.

C'est le but de la décentralisation en regions et groupes de régions économiques largement autonomes, du point de vue industriel et même agricole - les sovknarkhoz décentralisation que Khrouchtchev s'efforce maintenant d'étendre dans le domaine agricole également.

La décentralisation n'est pas une opération purement économique (ou influencée par les perspectives de guerre atomique) mais une opération hautement politique et sociale. Elle bouleverse la structure sociale de l'U.R.S.S. et pose des problèmes politiques fondamentaux. Elle comporte une refonte structurelle de la bureaucratie en lesant les couches de l'administration centrale au profit des couches plus techniques liées plus directement à la production. Mais, en même temps, elle pose la question des attributions des rôles à l'intérieur de chaque entrebrise, en rendant encore plus imperieuse la nécessité d'une association démocratique des masses productrices dans l'élaboration du olan et son exécution.

Dans tout cela, la direction politique de la bureaucratie agit de manière bonapartiste, jouant les uns contre les autres et cédant à des pressions parfois contradictoires. Les tout derniers développements paraissent cependant être des concessions continues sous la pression d'en bas, en augmentant les attributions des comités d'entreprises non seulement à l'égard des directeurs mais y compris à l'égard de la bureaucratie des syndicats qui les étouffe.

On a l'impression que la « déstalinisation ». provisoirement stoppée dans le domaine strictement politique et culturel, continue et s'approfondit dans le domaine des attributions économiques et sociales du prolétariat et des organes locaux des masses (comités d'usines, soviets).

Dans cet ordre d'idées entre également la mesure très importante de faire dépendre désormais les « camps de correction ». très réduits en nombre et en effectifs. non plus du ministère de l'Intérieur et de la police, mais des soviets locaux.

Les concessions économiques envers les paysans continuent et s'amplifient. La proposition de Khrouchtchev de donner aux kolkhoz la propriété des tracteurs et des machines agricoles est une nouvelle concession « boukharinienne », mais qui dans les conditions présentes de l'agriculture soviétique et des rapports des paysans avec l'Etat pourrait s'avérer nécessaire et utile. Elle vient naturellement à la suite de la persistante stagnation relative de l'agriculture soviétique. contrastant tellement avec les progrès dans le domaine industriel (ou avec les réussites de l'agriculture américaine).

L'année 1957, a dit Khrouchtchev dans son discours du 24 décembre 1957. « a été défavorable » : stockage de blé à peu près égal à celui de 1955, année médiocre, en dépit de l'extension considérable des cultures depuis 1955 dans les « terres vierges ». ainsi que du coton. Quant à l'élevage, le chiffre de 31.500.000 vaches fin 1957 reste toujours inférieur à celui de 33.200.000 en 1928, avant la collectivisation. et ne s'est enrichi que de 600.000 têtes environ de 195f à 1957. (Chiffre qui laisse supposer difficile d'atteindre celui de 40 millions de têtes en 1960, prévu par le 6 Plan quinquennal.)

Dans l'appel qu'ils ont adressé le 21 janvier aux travailleurs de l'agriculture, le Comité Central du Parti et le gouvernement reconnaissent que l'année 1957 a été d'ificile et que les conditions météorologiques dans les régions de la basse et de la moyenne Volga ont été pires « qu'en 1921 », année de la famine en U.R.S.S

Mais le fond des difficultés toujours insolubles dans l'agriculture se trouve ailleurs: dans la non coopération volontaire des paysans avee l'Etat. à la suite de la facon dont fut opérée la collectivisation. et dans les conditions non économiques des échanges avec l'Etat et les villes.

Les réformes de Khrouchtchev s'efforcent de miser sur l'intérêt matériel des Davsans et de rétablir l'équilibre sur cette base. Il reste à savoir dans quelles conditions économiques les tracteurs seront vendus aux kolkhoz, si les paysans se débarrasseront de leur méfiance envers l'Etat « exnloiteur ». dans quelles conditions juridiques ces libertés aux kolkhoz n'ahoutiront pas à accentuer la différenciation économique et sociale entre les kolkhoz et à l'intérieur de chacun d'eux; les répercussions également de la libération de telles forces marchandes sur l'ensemble de l'économie planifiée. (9)

(9) Il y a actuellement 8.500 M.T.S. (environ 3 millions de membres) disposant de quelque 750.000 tracteurs (de 15 CV.) pour quelque 82.000 kolkhoz (35 millions de membres).

Khrouchtehev justifie la réforme en insisfant sur le mauvais entretien et la mauvalise utilisation des machines, les sureharges sur le coût de revient des produits agricoles (parfois il a dit jusqu'à deux fois et demi)

Il est difficile de dire sur quelle ligne exacte toutes ces réformes restructurent la bureaucratie, et sur quelle attitude, par rapport à la direction actuelle, se placent les différentes couches bureaucratiques. Ce qui est clair, en tout cas, c'est que Khrouchtchev s'est aliéné le soutien de représentants d'importantes couches bureaucratiques sans avoir trouvé une base populaire stable. Toute la situation en U.R.S.S. est toujours en évolution tumultueuse, dont les « surprises » ne sont pas exclues - - tout au contraire.

La - situation dans les « Démocraties populaires y et en Chine n'est pas non plus sans répercussions pour la stabilité du régime Khrouchtchev. Tout d'abord leurs besoins d'aide économique de la part de l'U.R.S.S. ne diminuent guère mais vont en augmentant. Ce poids, ajoute à celui de l'aide diplomatique nécessaire a une série de pays semi-coloniaux et dépendants, doit actuellement peser beaucoup sur le Kremlin, Il y a, ensuite, les difficultés politiques provenant du maintien et même de l'accentuation à nouveau d'une rigidité toute stalinienne en Allemagne orientale, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et dans les autres « démocraties populaires » européennes.

La tension est grande dans tous ces pays, et les explosions toujours possibles.

Pologne même, les difficultés économiques persistantes et sans perspective d'amélioration rapide importante (surtout en cas de récession mondiale plus ample. qui maintiendrait la chute du prix du charbon polonais passé récemment de 25 dollars à 14 dollars la tonne, et rétrécirait ses débouchés dans les pays à devises fortes) ne font qu'aggraver le malaise politique consécutif au néobureaucratisme de teinte stalinienne dans lequel s'installe le « gomulkisme » (affaire « Po Prostu »: épuration du P.C. des meilleurs éléments d'octobre 1956; censure des écrivains ; mouvements de grèves à Wroclaw, etc.). Il n'y a que la Yougoslavie qui connaisse un climat moms tendu, dû pour beaucoup aux concessions non seulement économiques que le régime fait aux masses (y compris en laissant éclater des grèves, non réprimées). (10)

Quant à la Chine, nous devons noter une nouvelle rectification de la fameuse campagne de « rectification », qui consiste à remettre l'accent sur la lutte contre « la bureaucratie, le subjectivisme et le sectarisme » dans l'appareil dirigeant du gouvernement et du Parti, et à considérer cette lutte comme faisant partie de la catégorie des «contradictions dans les rangs du peuple». D'où la nécessité de traiter de telles contradictions non pas par la répression mais par l'éducation et la persuasion, de manière « gentle as a breeze. or mild rain »! (Hsi ChoungHsoun, secrétaire général du Conseil d'Etat. dans le 18 Plenum élargi des comités du Parti, des organisations du gouvernement central, les 17 et 18 janvier). (11)

Les difficultés économiques, le mécontentement des masses et la peur de s'alié- ner complètement la sympathie des intellectuels ont incité la direction chinoise à revenir en quelque sorte sur les thèmes et buts initiaux de la campagne. Mais cette direction a — et pour la première fois peut-être depuis l'avènement du nouveau pouvoir en Chine — beaucoup perdu de son prestige durant cette campagne qui la débordée et qu'elle a dû mener en zig-zags brusques et contradictoires. Quant à la situation dans les différents Partis communistes, il y a naturellement beaucoup à dire. Notons que plusieurs de ces partis ont laissé plus que des plumes dans la crise de « déstalinisation » ouverte depuis le 20 Congrès. Certains d'entre eux se sont tout simplement disloqués et réduits en sectes; c'est le cas particulièrement du P.C. américain, du P.C. anglais. des P.C. belge, danois. suisse, ete. Mais, de manière générale, les que l'administration de ces stations fait peser, la pagaïe bureaucratique provenant du fait de la « coexistence de deux maîtres sur une même terre ». Il semble d'autre part faire confiance aux présidents et autres membres du Parti dans les kolkhoz (30.000 présidents nommés d'office en 1956 par le Parti) pour contrôler les kolkhoz.

Les questions que cette réforme soulève sont les suivantes : dans quelles conditions de paiement les kolkhoz achèteront-ils les machines et dans quelles conditions se fera leur approvisionnement en machines nouvelles et articles de rechange, évitant de tomber sous une dépendance plus grande que jamais de l'Etat ; dans quelles conditions se fera la distribution des machines entre kolkhoz riches et pauvres, sans accentuer leur diférenciation économique et sociale ? dans quelle conditions juridiques l'achat (et non l'échange) des moyens de production par des groupes commerciaux non étatisés que sont — au moins en partie - les kolkhoz, combiné à l'activité marchande de ees groupes, ne libérera-t-il pas des forces nepistes incontrôlables ?

(10) Le malaise parmi les ouvriers industriels de la Yougoslavie paraît avoir, entre autre, comme cause leurs bas salaires par rapport à ceux des employés et fonctionnaires du secteur commercial des entreprises. D'après la nouvelle législation sur les « Conseils ouvriers », ces derniers participent au partage des bénéfices des entreprises parmi leurs membres. Dans ce partage les ouvriers productifs semblent être fortement défavorisés par rapport au secteur commercial, touchant leur salaire mensuel d le cas dans la récente Trbovlje, en Slovenie, et au maximum un par an. tandis que quelquefois à peine e base (comme c'était grève des mineurs de que Lito a confirmé), mois supplémentaire des « commerciaux» sont arrivés à toucher jusqu'à 27 mois de salaires dans une période de neuf mois !

(11) Voir également la note parue sur cette question dans le numéro de janvier

1958 de « Quatrième Internationale ».

P.C. des pays capitalistes et dépendants ont vu leurs rapports se détériorer gravement tout d'abord avec les intellectuels et ensuite avec leur base ouvrière et avec la classe ouvrière même.

Quelque chose semble être cassé dans les rapports des directions staliniennes avec leur base et avec la classe ouvrière en général. La perte de prestige, de confance, de contacts avec les masses, des directions staliniennes est énorme et très profonde. Tout se passe comme si nous assistions à un changement quasi qualitatif des rapports de ces directions avec les masses.

On n'assiste certes pas à la formation d'un courant derrière une nouvelle d'rection; on ne peut même pas parler d'une désaffectation des masses par raboort aux organisations staliniennes politiques et syndicales, qui se manifesterait lors, par exemple. de votes politiques ou syndicaux. Mais on assiste indiscutablement à une rupture des liens de confiance, d'enthousiasme, entre les directions de ces organisations et les masses. Les masses cherchent à dépasser ces directions, non pas dans une voie réformiste ou centriste quelconque, mais dans une voie qu'elies ne voient pas encore clairement et qui ne saurait etre que communiste révolutionnaire démocratique authentique. Ce qui donne la mesure des chances de notre mouvement dans cette crise continue et approfondie du stalinisme international.

ALE 85

Elle doit être composée d'articles qui critiquent en termes clairs. d'unstyle direct, à « la Marty », la politique générale des P.C. (campagnes de simoles signatures « pour la paix », sans action de classe éclairée par la perspective des solutions politiques ouvrières; collaboration de classes; tactiques des grèves partielles; absence de démocratie, etc.) et qui esquissent la politique alternative; plus d'articles courts écrits par des militants. portant sur toute sorte de questions. griefs, critiques, expériences concrètes. ainsi que des lettres de correspondants. lecteurs, etc. Des articles leaders doit se dérager la plate-forme immédiate sur laquelle se bat actuellement l'opposition de gauche.

De ces articles et de l'ensemble du tournal doit se dégager la ligne d'une méfiance absolue envers les directions qui ont fait faillite, qui trahissent et liquident le oarti et continuent à régner bureaucratiquement.

Le mot d'ordre d'un congrès extraordinaire, avec droit aux tendances, nour liquider la crise en liquidant les directions a une portée générale. La ligne, le ton du zournal doit etre dans chaque cas le produl, le rellet du rodage politique de la gauche en formation, de son imnortance, de son expérience. Mais ce qu'on peut et coit éviter dis le d but, c'est la sortie d'un orane de critique partielle, timorée, sans conviction, sans mordant et sans souffle de révolte profonde.

Les P.C. traversent actuellement une crise sans précédent, et seule une presse intérieure canable de soulever le patriotisme et la colère de leurs membres contre les directions responsables peut s'avérer un instrument valable de polarisation d'un courant pour un combat précis, sur des perspectives claires, de redressement révolutionnaire démocratique de ces part15-

De pair avec ce travail intérieur doit aller l'activité independante proprement dite. par l'amélioration de notre presse. sa diffusion audacieuse et ample dans les milieux staliniens, des interventions indépendantes dans les usines et les syndicats. ainsi que par l'exoloitation de la • crise dans les milieux estudiantins et intellectuels, où nous avons des nossibilités de jouer des maintenant un rôle dirigeant.

La directive du 5° Congrès Mondial de nous comporter dans cette période de grandes possibilités révolutionnaires partout. non tellement en tant qu'opposition crifique mais de direction positive, doit se concrétiser.

Sans exagération. nous devons sentir le souffle de la situation et nous montrer capables de le traduire en activité plus ample et plus audacieuse que jamais.

"C'est là le sens le plus intime de ce rapport sur la situation internationale actuelle et ses perspectives.

Seule une accentuation de que sui generis.

de travail indépendant combinés, mené audace avec mordant, avec notre tactientriste et avec force, peut éviter ane ros centaines et des milliers de cadres communistes ne se démoralisent et n'abandonnent la lutte, mais peut leur faire trouver au contraire la perspective du combat pour le renouveau du communisme et le triomphe de la révolution.

Nous devons être profondément conscients que la situation actuelle des P.C. inclut à la fois de grandes possibilités et de grands dangers. Tout dépend de notre action, plus décidée et plus ample que jamais.

Dans le travail entriste proprement dit. nous devons tendre à polariser la mefiance. le mécontentement et à combattre le défaitisme, autour d'un organe d'opposition de gauche qui rende resoonsables les directions staliniennes du marasme et du cours liquidationniste que ces organisations risquent de connaitre, et présente audacieusement une politique alternative à celle des directions bureaucratiques, banqueroutières et traitresses.

La question d'une telle presse, nécessaire, écrite par des éléments qui connaissent bien le milieu de ces organisations, les aspirations, les inquiétudes, les griefs, les critiques de leurs membres, et qui sont capables de les exprimer en des termes qui touchent ces membres, est actuellement primordiale.

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