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La revue › 16e année, n° 2

Comment le stalinisme assassina un Parti communiste

Quatrième Internationale, 16e année, n° 2 · avril 1958 · p. 62-66 · 3 440 mots

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Tout communiste qui s'efforce de comprendre le rôle du stalinisme dans la vie des Partis communistes doit lire les pages dans lesquelles I. Deutscher expose à un historien polonais qui étudie spécialement l'his toire du P.C. de son pays quels sont les éléments qui ont joué sur ce parti depuis sa formation jusqu'à sa dissolution, ordonnée par Staline en 1938 en invoquant des considérants calomnieux (1). Dans ces pages on ne retrouve pas seulement l'historien et le penseur politique qu'est Deutscher, on trouve aussi la passion révolutionnaire qui anima les années pendant lesquelles il vécut luimême cette tragédie. Il est cependant à craindre que ce texte, répondant à un historien déjà au courant des faits, constitué par suife surtout de vues et de considérations historiques, n'apparaisse pas avec toute sa richesse auprès de nombreux communistes encore embrouillés dans une partie des mensonges staliniens. Et c'est d'autant plus dommage, l'exemple du P.C. polonais expliquant aussi beaucoup de ce qui s'est passé dans les autres sections de l'Internationale Communiste.

Comment cela est-il arrivé ? Comment cette dégénérescence a-t-elle pu se produire?

Le P.C. polonais était l'enfant même de Rosa Luxembourg. Tout en ayant associé des militants de très grande valeur qui s'étaient formés dans le P.S.P. et s'étaient constitués en P.S. de gauche plusieurs années avant la guerre de 1914, il avait à sa tête une pléiade de militants formés par la grande révolutionnaire elle-même.

On saif que, parmi les contempteurs du bolchevisme, il ne manque pas de gens pour opposer un luxembourgisme au léninisme. On les trouve généralement dans les courants sociaux-démocrates, exploitant à cet effet soit certaines positions de Rosa, soit l'attitude de Staline dénonçant Rosa.

La pensée de Deutscher sur ce point est très claire, très catégorique. Pour lui, Rosa comme Lénine - relève du marxisme révolutionnaire. Chacun d'eux a apporté sa contribution à la théorie et à l'action révolufionnaire. Chacun d'eux a commis aussi des

LECTURE ssina un Parti communiste Telles sont les questions que nous posent de jeunes membres du P.C. en France, qui sont allés à lui au lendemain de la guerre, sans la moindre notion de l'histoire des années 1920-1936, et pour qui le rapport Khrouchtchev a constitué un choc. Dans le texte de Deutscher, on trouve la réponse à ces questions sur l'exemple du P.C. polo nais : il y fait la différence entre ce qui revient à la situation polonaise, aux rapports de classe dans le pays, à ce qui était spécifique à l'histoire ouvrière de la Pologne, ef ce qui revient au stalinisme, c'est-à-dire à la direction politique de la bureaucratie soviétique, et à la personne même de Staline. Une démonstration semblable se ferait pour tous les autres grands partis communistes, qu'ils aient connu une fin tragique comme le P.C. allemand ou qu'ils « vivent » encore comme le P.C. français. Si le P.C. polonais n'a pas été en état de résister à l'intervention du stalinisme, alors qu'il était un des partis de l'l.C. avec une très forte tradition marxiste, combien la dégénérescence se comprend-elle mieux pour des partis aussi peu riches de traditions marxistes que le P.C.F. erreurs. Mais on ne peut valablement dire que chacun d'eux avait un système distinct et opposé à l'autre. Citons Deutscher luimême :

• Au sujet de ce qu'on a appelé l'héritage luxembourgiste, les mythes les plus extraordinaires se sont, depuis trente-cinq ans au moins, multipliés avec la plus grande abondance... Je ne proclame pas l'infaillibilité de Rosa Luxembourg et je ne suis pas luxembourgiste. Rosa Luxembourg incontestablement commis des erreurs, mais elles ne furent pas plus graves que ceiles commises par Lénine ou même par Marx; en tout cas, elles étaient d'un autre ordre que les a fautes » de Staline. Il convenait ef il convient de les soumettre à une analyse

(1) « La tragédie du communisme polonais », (Les Temps modernes, mars 1958).

LUXEMBOURGISME ET LENINISME

LUXEMBOURGISME ET LENINISME objective et sévère et de leur donner leurs justes proportions... Afin de se convaincre de ce qui importait à Staline, il suffit de relire ne serait-ce que la célèbre lettre de 1931 au rédacteur en chef de « La Révolution prolétarienne ». En Rosa Luxembourg, Staline découvrit, avec son instinct infaillible, un esprit parent de celui de Trotsky. Aussi, bien qu'il n'y ait eu dans les années 1920 aucune opposition trotskyste au sein du parti polonais, ce dernier, pour le flair politique de Staline, sentait le « trotskysme » à plein nez, car Staline considérait le luxembourgisme comme la variante polonaise du trotskysme. D'où cette « fureur théologique » avec laquelle les autorités du Komintern se mirent à écraser l'héritage luxembourgiste. »

*. Il se peut que des habitudes mentales créées non seulement au cours des dernières années, mais bien depuis trente ans, rendent difficile à la jeune comme à la vieille génération des marxistes polonais la découverte la clef permettant de déchiffrer cet héritage de Rosa. Je tiens à indiquer qu'il ne s'agit, pour moi, d'utiliser - pour le jeu tactique quotidien - des fragments isolés de la pensée de Rosa, tels que, par exemple, sa critique bien connue de Lénine et de Trotsky en 1918 (de telles tentatives ne manquent pas du reste dès maintenant en Pologne) mais de permettre au mouvement de s'assimiler l'immense ensemble que constituent les idées et l'œuvre de la plus grande révolutionnaire de chez nous, idées et œuvre qui sont en pleine harmonie avec les idées et l'œuvre toujours valable de Lénine. » *...Le Parti social-démocrate polonais avait

- comme en témoigne les travaux de son Vi Congrès → une attitude extrêmement proche de celle de Trotsky, et restait indépendant tant des mencheviks que des bolcheviks. Au moment de la Révolution d'octobre, le parti luxembourgiste - comme Trotsky, une fois de plus — s'identifia au bolchevisme. »

Même sur le plan de l'organisation - sur ce plan où on voit tant de gens désireux de nous montrer que le mal était chez Lénine dans sa conception du parti et qu'il a suffi à Staline de donner quelques coups de pouce pour créer le système le plus tofalitaire qui ait jamais existé Deutscher déclare que les différences n'étaient guère très grandes :

* En fait, le parti de Rosa Luxembourg

Deutscher refrace les divers zigzags suivis par le P.C. polonais à partir de 1923. Il montre quand et comment commença stalinisation de l'l.C., à la fin de 1923, sous la direction conjointe de Zinoviev et de Stafine, à la suite d'une réticence de plusieurs P.C. à mener campagne contre Trotsky.

« Les Comités centraux des trois partis était dirigé de façon très semblable à celle dont Lénine dirigeait le parti bolchevik. Cela était du, essentiellement, au fait que les deux partis agissaient dans la clandestinité. ›

Luxembourg, Trotsky, Lénine, chacun des grands marxistes a sa vie associée à telles ou telles conceptions, mais en aucun cas ces conceptions n'étaient pour eux des formules ou des dogmes au-dessus des enseignements de la lutte révolutionnaire. On le vit notamment chez Lénine quand, en avril 1917, il laissa de côté son ancienne formule «dictature démocratique des ouvriers et des paysans » et mit le cap sur la dictature du prolétariat, c'est-à-dire adopta en fait la théorie de la révolution permanente formulée par Trotsky.

Staline, porte-parole de la bureaucratie, liquidateur du bolchevisme, effectua son opération d'une part en transformant Lénine en une « icone »; et d'autre part, pour mener à bout cette opération, en inventant un « trotskysme » et un « luxembourgisme ». Il mena sa lutte de la façon la plus féroce là où le marxisme révolutionnaire avait les positions les plus fortes, c'est-à-dire dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans le P.C. polonais.

Les deux partis — le P.C. de l'U.R.S.S. el le P.C. polonais - étaient plus étroitement liés que d'autres sections de l'l.C. Car des dirigeants polonais jouèrent aussi un rôle de direction dans la Révolufion russe ; de nombreux cadres polonais eurent des foncfions dans le P.C. russe et dans l'Etat soviétique. Un des exemples les plus connus est celui de Djerjinsky, organisateur de la Tcheka. Et c'est pourquoi Staline devait infliger le même sort à ces deux partis, comme l'observe Deutscher :

« Staline vit devant lui, dans ce P.C. polonais, cette forteresse du luxembourgisme qu'il haissait - de cette variété polonaise du trotskysme — d'où, dès 1923, un défi lui avait été lancé; ce parti dont certains dirigeants, par la suite, s'étaient rapprochés de Boukharine et d'autres de Zinoviev: ce oarti aux hérésies en définitive incurables, fier de ses traditions et de son héroisme; ce parti - enfin — qui, dans une certaine conjoncture internationale, pouvait devenir un obstacle... Il résolut donc d'éliminer cet obstacle au moyen de la même guillotine, entraînée à fonctionner fiévreusement, qui avait déjà liquidé toute une génération de bolcheviks.> polonais, allemand et français s'adressent en automne 1923 au Comité central du parti soviétique, en protestant contre la brutalité des attaques publiques dont Trotsky était l'objelt. »

A la suite de cette démarche, la direction russe imposa un changement dans la direction de ces trois partis, qui fut acceptée

LA FAUTE DE MAI

LA FAUTE DE MAI parce qu' « on considérait qu'il fallait à tout prix éviter un conflit avec Moscou ».

En fail, le sens profond des phénomènes en

U.R.S.S. échappait à presque tout le monde, à l'exception de l'opposition de Moscou rassemblée aulour de Troisky. * Ce fut là ajoute Deutscher au sujet des changements de direction dans les P.C., une première et dangereuse atteinte à indépendance des partis communistes, le premier acte en fin de compte - de « stalinisation » du

Komintern...

L'opération fut couronnée à l'échelle de tous les P.C. lors du 5 Congrès de II.C., en

1924 :

• Le 5" Congrès du Komintern, dit ‹ Congrès de la bolchevisation », mais en vérité congrès de la stalinisation. A partir le cette dale, tous les partis sont passes u même rabot... On arrive à l'uniformité bureaucratique du mouvement. »

Dans la période où le stalinisme gangrenait de plus en plus les sections de l'Internalionale communiste, le P. C. polonais commit, en mai 1926, une faute politique capitale qui ailait d'autant plus l'accabler par la suite qu'il ne fit jamais une crifique franche et totale des causes de celle-ci. De quoi s'agissait-il? La nouvelle Pologne passait par une crise politique très profonde, le régime parlemenlaire chancelait, le Maréchal Pilsudski devint le candidat à l'établissement d'un pouvoir fort, et en mai 1926 par un coup d'Etat il chassa du pouvoir le gouvernement du centre-droit de Witos. Pilsudski avait un passé bigarré : ancien dirigeant du Parti Socialiste Polonais, terroriste en 1905 contre le régime tsariste, dirigeant de la Pologne lors de la guerre contre /'Union soviétique en 1920. Le P.C. polonais appuya le coup d'Etat de mai 1926 de Pilsudski contre le « fascisme » de Witos. (Soit dit en passant, quelques années plus tard, le P.C. polonais fera le Front populaire avec Wilos contre le « fascisme » de Pilsudski). *, D'où provenait ceffe faute ? Dans son texte; Deutscher apporte une analyse approfondie des responsabilités du stalinisme dans celte affaire, même s'il n'y eut pas un ordre direct du Komintern.

A partir de 1925, Staline reprochait aux oppositionnels de « sauter» l'étape de la révolution démocralique ef de ne voir qu'un

LE FRONT

A partir de celte période, les dirigeants polonais au lieu de prendre le mal à sa racine furent de plus en plus pris par le stalinisme. Des fractions s'opposèrent à la direction, aussi responsables l'une que l'autre de la faute de Mai, mais leur lutte contribua à enfoncer le parti encore pius :

« Chacune de ces fractions cherchait chez son adversaire les causes de la catastrophe processus révolutionnaire unique dans les pays arriérés sous la direction du prolétariat

Une telle théorie fut introduite dans pensée, dans la politique du P.C. polonais :

• Lors de la campagne anti-luxembourgiste, on ne se borna cependant pas à une révision critique de ces erreurs. On « extirpa» par surcroit les habifudes de pensée et ce qui était le propre du luxembourgisme en même temps que du marxisme a savoir les traditions d'internationalisme véritable; l'orientation spécifiquement prolétarienne et socialiste du parti, ainsi que sa saine mé.

fiance à l'égard des dirigeants réels -OU imposteurs des couches moyennes.>

*...On découvrit soudain que l'histoire avait mis à l'ordre du jour en Pologne la révolution démocratique bourgecise, et non pas; comme on l'avait cru jusqu'alors, la révolution socialiste qui, par la même occasion, devait rottraper également l'arriéré de la révolution bourgeoise inachevée. »

Il en résulta que les dirigeants du P.C polonais découvrirent en Pilsudski le champion de « l'indépendance menacée » de la Pologne, le leader de la révolution bour geoise et lui apportèrent pendant un temps l'appui de la classe ouvrière. Et l'appréciation suivante de Deutscher est on ne peut plus correcte:

* Le stalinisme était responsable de la faute de Mai, du fait que le P.C. polonais, tout comme les autres partis communistes, était condamné à la désorientation politique, du fait que le stalinisme lui interdisait de procéder par lui-même à une analyse marxiste de la situation, du fait qu'il le terrorisait par ses fétiches, le mettait dans l'impossibilité de résoudre ses propres, pro blèmes et d'élaborer sa propre polifique conformément à la logique de sa lutte des classes dans le pays et à sa propre tradition idéologique. On pourra dire ce que, l'on voudra contre le luxembourgisme, majs, dans •lès cadres de cet « isme» il n'y avait assurément pas la place. pour quoique ce soit de semblable à la faute de Mai. Peut-on s'imaginer Rosa Luxembourg se présentant docilement dans l'antichambre du « GrandPère * [Pildsusky] afin de lui, annoncer'le soufien de son parti ? Seul son malheureux élève, dont le stalinisme était déja parvenu à déformer la colonne vertébrale, pouvait se risquer à une telle démarche. » POPULAIRE morale qu'avait traversée le parti; aucune ne se décida à en rechercher les causes dans le Komintern. Aucune n'eut le courage d'attaquer les fétiches du stalinisme: Aucune n'eut l'audace de contester la fausse « bolchevisation ». Aucune n'osa soumettre à une analyse critique les méthodes par lesquelles on avait combattu « l'héritage luxembourgiste ». Aucune n'eut l'audace de tenter de sauver ce qui, dans cet héritage, avait été et restait grand et valable.>

Nous n'insisterons phases de la politique de l'I.C. et du P.C. polonais, notamment sur la politique de la « 3 période » qui, de 1929 à 1934-35, allait très largement couper le parti des masses. Les mêmes dirigeants qui avaient poussé le parti à un « gauchisme » puéril firent ensuite un tournant vers la politique du Front Populaire. Il est tout à fait vrai, déclare Deutscher, que ce tournant permit au P.C. polonais de retrouver le contact avec les masses et de recruter de nouveaux cadres, des jeunes qui commençaient à participer à la vie politique. Mais, ajoute-t-il, cela ne renforça pas la cohésion du parti, et il le dit en termes qui sont tout aussi valables pour le P.C.F. l'époque et aujourd'hui encore où les dirigeants de ce parti, au lieu de suivre une politique communiste contre la guerre d'Algérie croient pouvoir recommencer l'histoire ancienne c Les rieunes cadres qui commençaient leur carrière politique sous le signe du Front Populaire traitaient les nouveaux mots d'ordre avec infiniment plus de sérieux et se lancèrent avec fougue dans le tourbillon de l'action antifasciste. Cependant, cette période ne favorisait pas la formation de la cons-

« RIEN NE SE PERD

Ayant ainsi magistralement fait cette démonstration, Deutscher tend à minimiser l'opposition trotskyste polonaise à laquelle il a appartenu, non pas pour les idées qu'elle défendit, mais en ce sens qu'il juge que c'était un effort condamné « à l'isolement et à l'impuissance politique », comme le montre «l'amère expérience » de tous les groupes qui entrèrent en conflit avec Staline et la direction du parti russe.

A cause de cela, nous ne serions pas étonnés si Deutscher laissait les jeunes militants communistes polonais sur leur soif. Pourquoi donc veulent-ils étudier ce passé encore si proche, tout comme en U.R.S.S. des jeunes étudiants se tournent vers les 12 13, 14 et 15 Congrès bolcheviks ? Derrière l'intérêt historique, il y a le besoin polilique de rétablir la continuité révolutionnaire, de renouer les fils. Le texte de Deutscher laisse sur ce point dominer ses propres sentiments d'une « amère expérience »; et pourtant, même dans ces conditions, on trouve dans son texte plus qu'une justification historique de cette opposition de jadis.

Tout d'abord, Deutscher ne trouve rien à opposer en faveur des dirigeants qui se soumirent au stalinisme. Politiquement ils aboutirent à l'impasse, et idéologiquement ce iut le néant.

« Tous les groupes qui n'avaient pas reculé devant ce conflit avec Moscou s cience marxiste ni de l'esprit révolutionnaire chez les jeunes cadres; elle fut bien moins apte encore à inculquer à ces jeunes les traditions spécifiquement communistes du parti. La propagande du P.C. polonais, en se satisfaisant alors de vagues slogans antifascistes, en évitant les critères de classe et les critères socialistes, en atténuant et en faisant disparaître toutes ses arêtes vives traditionnelles, en renonçant à son attitude spécifiquement communiste, ne différait pas beaucoup, en fait, de la propagande routinière de la fraction la plus à droite du parti socialiste... Ce fut la période de la baisse définitive du niveau idéologique, de la vulgarisation patriotico-démocratique et de la désorientation de ce parti, qui avait jadis puisé son inspiration dans la pensée ardente de Rosa Luxembourg, pensée à laquelle rien n'était aussi étranger et contraire que cette vulgarisation patriotico-démocratique là, précisément, et ce rabaissement du marxisme. *

Cette gymnastique, ces exercices successifs de voltige entre l'ultra-gauchisme et l'opportunisme, expliquent parfaitement « combien le P.C. polonais était incapable de se défendre contre le coup qui lui fut asséré », c'està-dire comment il accepta en 1938, sans réagir, la dissolution et l'exécution de ses chefs émigrés à Moscou, comme agents de Pilsudski, espions et traitres. DANS LA NATURE » condamnaient à l'isolement et à l'impuissance politique... Mais le fait qu'ils aient évité le conflit et qu'ils se soient soumis aux sphères dirigeantes soviétiques ne garantit malheureusement pas davantage le P.C. poloncis et ses dirigeants contre l'impuissance politique, ne les empêcha pas de conduire la classe ouvrière dans une impasse et enfin à une issue tragique. Cela les condamna en outre à l'impuissance intellectuelle. »

D'autre part, il dit très justement que l'opposition trotskyste eut de lointaines répercussions:

« L'influence de cette opposition et l'action de cette tradition firent qu'après des années de « bolchevisation », le portrait psychologique du communiste polonais le plus orthodoxe laissait cependant, du point de vue stalinien, beaucoup à désirer. C'est ainsi qu'il en était dans les années 1930 et c'est ainsi - heureusement -- qu'il en fut égalemetnt après la seconde guerre mondiale pendant toute cette période, une certaine lo de continuité n'avait cessé de jouer. »

Et il aboutit à cette conclusion :

* Près de vingt ans après la mise à mort du P.C. polonais, son esprit et si vous voulez - quelque chose de sa vieille tradition luxembourgiste se sont manifestés en octobre 1956. Rien ne se perd dans la nature.

Mais le renouveau actuel qui s'opère, comment peut-il se concrétiser? Deutscher, dans son texte, n'aborde nullement le problème de la formation d'un vérifable Parti communiste polonais, car le Parti Ouvrier d'aujourd'hui n'est qu'un assemblage hétéroclite d'où Gomulka s'efforce de faire un instrument pour sa politique étatique mais non l'avant-garde marxiste révolutionnaire du prolétariaf polonais. Deutscher n'envisage la nouvelle période que sous l'angle des rapports entre la nation polonaise et l'Union soviétique, entre la révolution polonaise et la révolution russe dans le cadre de la révolution internationale ; ce qu'il dit à ce sujet n'est en général pas faux, mais il n'aborde pas du tout le problème de l'avantgarde polonaise, sans parler du problème de l'avant-garde internationale comme facteur subjectif intervenant dans ces processus.

Dans ces conditions, sa « fragédie du com. munisme polonais » se termine dans la tragédie du parti de 1938 et n'offre à l'avantgarde d'aujourd'hui aucun point d'appui pour agir. Mais n'exigeons pas de l'historien qu'il soit nécessairement aussi homme polifique. Ce que Deutscher a apporté est une contribufion des plus précieuses à la compréhen. sion du passé aux jeunes générations révolutionnaires de Pologne. Elles y verront la justification historique de l'opposition trot. skyste, mais pas seulement cela. Son avant. garde en comprendra aussi sa légitimité comme courant politique actuel ef elle saura faire revivre un « grand parti héroique » qui ne connaitra pas le sort tragique de celui que Staline assassino.

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