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La revue › 16e année, n° 2

Les élections argentines et les tâches du prolétariat

J. Posadas · Quatrième Internationale, 16e année, n° 2 · avril 1958 · p. 23-32 · 7 863 mots

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L'article du camarade Posadas que nous publions, analysant le résultat des récentes élections en Argentine, devrait normalement être complété par celui que Voz Proletaria, organe du Parti Ouvrier, notre organisation en Argentine, publiait en date du 20 février 1958. I s'agissait d'une longue étude du camarade Posadas, qui définissait les conditions dans lesquelles devaient se dérouler les élections en Argentine et dégageait les perspectives pour le prolétariat.

Malheureusement la place nous manque pour publier également celte étude. En appendice à larticle du camarade Posadas nous publions le « Programme de Cordoba » anquel notre camarade se réfère souvent. Ce texte fut la résolution la plus importante adoptée par le Plenum des délégations régionales de la C.G.T. argentine el 62 organisations syndicales qui se sont réunies à Cordoba en novembre 1957. Il s'agit, malgré toutes ses limitations, d'un véritable programme de politique de classe indépendante.

Comme il est indiqué dans l'article du camarade Posadas, une des taches essentielles, au lendemain des élections, c'est de faire fonclionner les < 62 › organisations en tant que C.G.T., sur la base des 5 points du programme de Cordoba.

Restructurer le mouvement ouvrier argentin sur celle base serait

Run pas formidable en avant ouvrier de masse basé sur les Toute la dynamique de la dans cette direction.

Les résultats électoraux ont montré que la crise politique de la bourgeoisie est très profonde et que les causes de la crise subsistent. Seuls le Parti Ouvrier et Frondizi ont gagné des voix. Tous les autres partis, ouvriers ou bourgeois, ont connu une catastrophe électorale.

La presse a analysé les resultats des élections comme s'il s'agissait d'un triomphe de Frondizi, comme si les forces en présence s'étaient polarisées autour deux candidats rivaux et que la classe ouvrière avait accordé ses voix à Frondizi. Cette presse a voulu ainsi escamoter le véritable sens des élections. Ses analyses et ses conclusions ne s'accordent qu'avec la pensée et les intérêts politiques et sociaux de la bourgeoisie: elles visent a empêcher que le prolétariat argentin ne tire lui-même de ces élections ses conclusur la voie de la formation du Parti syndicats. situation actuelle en Argentine pousse sions de classe pour les incorporer à sa propre expérience et aborder ses taches dans l'immédiat.

La lutte électorale ne s'est pas limitée à celle qui opposait Frondizi et Balbin. deux giles des dasses posse danies rentre Il s'agissait là d'une lutte directe entre sentant respectivement bourgeoisie nationale industrielle et l'oligarchie. La véritable lutte, c'est celle que ces deux candidats ont engagée et poursuivent contre le prolétariat, d'abord pour empêcher que celui-ci ne se présente aux élections en tant que classe indépendante avec un programme de classe, ensuite pour l'empêcher de tirer des élections des conclusions pouvant servir à sa propre expérience et à prendre conscience de sa propre force.

LA MATURATION POLITIQUE DU PROLETARIAT

Dans le cadre de la mobilisation que connait la classe, de ses luttes et grèves, les élections permettent de mesurer l'état. la volonté, la tendance combattive et la maturité politique aussi bien du prolétariat que de la petite bourgeoisie. Parfois, le prolétariat ne s'exprime pas politiquement de façon directe en votant pour tel ou tel candidat, mais il adopte des attitudes qu'on dirait négatives (vote en blanc. abstentions). Le vote massif en faveur de Frondizi, l'abstention et les voix en blanc. loin d'exprimer la passivité, le conservatisme ou l'opportunisme de la part du prolétariat, ont exprimé son désir de lutte, qui n'a pas pu s'exprimer autrement.

Le mouvement peroniste s'est partagé en trois directions dans cette épreuve électorale: il a soit voté Frondizi. soit voté en blanc, soit s'est abstenu. Cependant, la partie la plus consciente et la plus mûre s'est abstenue ou a voté blanc ; elle a ainsi montré son opposition au candidat de la bourgeoisie et son manque de confiance envers l'issue électorale ; elle reflétait la tendance la plus combative et résolue du prolétariat, décidée à pourchasser l'oligarchie et l'impérialisme. La division provoquée par le soutien accordé à Frondizi, c'est une brèche très imoortante ouverte dans l'unité de la classe ouvrière. Cependant, elle peut être colmatée rapidement à travers les mobilisations actuelles et les luttes futures. La cassure du front uni du prolétariat n'est pas simblement l'expression de divergences politiques électorales mais aussi le résultat de différenciations intervenues dans quelques secteurs ouvriers tant en ce qui concerne leur maturité que leur volonté de combat. Les secteurs qui ont voté blanc ou se sont abstenus entraineront de nouveau derrière eux le reste de la classe et rétabliront son unité dans l'action. La direction peroniste ne peut plus

AVANT LES

Avant les élections, la classe ouvrière et la petite bourgeoisie s'étaient engagées dans des mobilisations puissantes et des grèves. De leur côté, Frondizi, le gouvernement, la bourgeoisie dans son ensemble et leur presse déclenchèrent une grande campagne destinée à influencer le prolétariat et les classes moyennes en lutte pour qu'ils mettent fin à celles-ci et attendent le résultat des élections pour la solution des problèmes. Mais la classe ouvrière ne se laissa ni tromper ni intimider ; elle ne remit pas à plus tard la lutte pour ses revendications.

Les directions peronistes capitulardes. ayant décidé de soutenir le candidat Frondizi, se mirent à freiner les luttes et grèves de tel ou tel secteur, tandis que le gouvernement interdisait pour un délai de 40 jours tout mouvement gréviste, sous des peines allant jusqu'à 25 ans de prison. Cependant, les ouvriers et employés du bâtiment, des chemins de fer, du tex contrôler et maîtriser la plus grande partie du prolétariat, comme elle l'avait fait jadis.

Les contradictions du mouvement peroniste sur le terrain électoral sont de vives expressions de sa crise. A côté du programme dit « Programme de Corboda », les abstentions et les voix en blanc expriment qu'un secteur important et résolu du prolétariat est décidé à ne plus suivre les aventures et les directives politiques de la direction bourgeoise du peronisme qui le conduisent a capituler, à se soumettre ou à se lier à la politique de la bourgeoisie industrielle représentée par Frondizi.

Il faut trouver la voie pour resouder l'unité de la classe avant que la bourgeoisie et la politique de la direction politique ne parviennent à élargir la division. Ceci ne sera pas difficile. La classe a une seule et même volonté de lutte. Sa division, provoquée par le soutien électoral accordé à Frondizi, a reflété sa maturité politique. Le secteur le plus avancé et le plus conscient doit agir de façon résolue nour attirer de nouveau le prolétariat a l'action unie, à travers la lutte syndicale et d'autres luttes pour la réalisation du « Programme de Corboda ».

Cependant, c'est sur le plan politique au'il faut chercher les voies pour la réunification de la classe sur un niveau plus élevé. Les secteurs qui se sont abstenus lors des élections, ou qui ont voté blanc. exoriment leur volonté pour un parti politique indépendant de la classe. Il faut les aider à constituer le parti ouvrier indépendant basé sur le « Programme de Cordoba », et aussi pour que les 62 délégations -- qui avaient assisté à ce congrès - se mettent à fonctionner en tant que C.G.T., tandis que continue la lutte pour faire revenir à la classe tout le patrimoine de la C.G.T. Tout cela est nécessaire et possible à bref délai. ELECTIONS tile, du pétrole, de la banque et des assurances poursuivirent la lutte.

Trois mois avant les élections, se tint, à Cordoba, le Congrès des régionales la C.G.T. et de 62 organisations. Il approuva un programme syndical, social. économique et politique basé sur la lutte pour la libération nationale et sociale. Entre temps, un véritable front unique fut fait autour de la candidature de Frondizi. Les peronistes, les communistes, des secteurs de la petite bourgeoisie firent pression sur le prolétariat et les masses exploitées; ils freinèrent leurs luttes et mobilisations et s'efforcèrent de les amenor a Valliance électorale. Toute cette propagande, de Peron jusau'aux communistes, fut destinée à présenter aux ouvriers le soutien de Frondizi comme la seule issue. Sinon, affirmait une telle propagande, on s'acheminerait vers l'anarChie et la catastrophe.

Soumis à cette pression énorme qui les étouffait, le prolétariat et les masses exploitées ne virent devant eux d'autre issue que celle qu'on leur montrait. Cependant, de grands secteurs de la classe ouvrière ne se laissèrent ni tromper ni intimider. Ils montrerent qu'ils se considéraient, et se considèrent toujours, forts, surs, fermes dans leur volonté de lutte. Ils n'hésitèrent pas; ils ne se laissèrent pas entrainer par une campagne d'intimidation qui servait la candidature Frondizi. Ils n'eurent pas peur d'un triomphe éventuel de la candidature Balbin. Par leurs voix en blanc et par leurs abstentions, ils exprimaient leur décision d'abattre la réaction. Ces secteurs proletariens retusèrent de soutenir Frondizi, non

Les élections ont montré que la classe ouvrière veut lutter pour un programme de classe et qu'elle veut un parti ouvrier à elle. Il existe déjà un secteur imporvant du prolétariat qui, se détachant du peronisme, a muri politiquement et soulient le programme trotskyste, et l'avantgarde conscients marxites révolution naire.

Pour que le Parti Ouvrier Révolutionnaire (trotskyste) ait pu obtenir sa légalisation juridique, la bourgeoisie a exigé de lui de ne se nommer que Parti Ouvrier et de supprimer de son programme et de sa Declaration de Principes telle ou telle formulation. Le Parti y a consenti sans renier pour autant aucun de ses principes et son programme et ses oojecuis.

C'est pour la première fois que le Parti Ouvrier s'est présenté à des élections, et il n'a pu le faire que dans la province de Buenos-Aires, c'est-a-dire la où il a pu être legalisé. Le Parti ne comptait pas avec des moyens économiques et les forces matérielles nécessaires pour mener sa campagne électorale dans l'étendue de cette province. Sans argent ni un nombre de militants suffisant, et seulement a jours des élections, le Parti fut autorise à participer à celles-ci. Cependant il a obtenu 15.424 voix. Par endroits, ll a eu plus de voix que tel ou tei parti plus ancien disposant de plus de moyens et ayant une audience à l'échelle nationale. Il a recuelli pius de voix que l'Union ader le des ou des tre pileus les Fédérale, ouvriers plus anciens et avec une tradition de lutte politique. Le Parti Ouvrier a obtenu un nombre de voix représentant le quart des voix recueillies par le Parti Communiste (toujours dans la province de Buenos-Aires). Or le Parti Ouvrier s'est limité à faire campagne électorale dans trois districts seulement.

Tous les partis ouvriers et bourgeois ont perdu des voix en pourcentage très elevé. Le Parti Ouvrier obtint 15.424 voix ; le Parti Communiste 69.590. Par rapport aux elections de 1957, le P.C. a perdu 12.600 voix dans la province de BuenosAires. Les deux autres partis qui se disent ouvriers, à savoir le Parti Laboriste et celui des Travailleurs, ont perdu les deux seulement parce qu'il était un candidat bourgeois, mais encore parce qu'ils se sentaient surs de leur propre torce de classe. Ils n'avaient aucune confiance dans les élections ni dans la candidature et la direction du capitaliste Frondizi.

La résistance de ces importants secteurs du prolétariat aux directives de Peron montre que la crise du peronisme mürit. Or cete crise ne prend pas la forme d'une désagrégation ou débandade des forces peronistes. En effet, une masse importante du prolétariat veut lutter pour un programme anti-oligarchique, et espère abattre par sa propre force organisée le gouvernement de l'oligarchie. tiers des voix obtenues lors d'élections précédentes. Ainsi, et selon des données provisoires, le Parti Laboriste est passe de 51.900 voix à 8.500 voix; le Parti des Travailleurs, de 49.017 voix à 13.663 voix.

Les partis de la bourgeoisie ont perdu des voix, et ceci dans une proportion catastrophique. En ce qui concerne les élections présidentielles, le Parti Socialiste perdit 100 % des voix. Seuls ont gagné des voix les deux autres partis qui expriment les tendances réelles de la lutte entre le proletariat et la bourgeoisie nationale, c'est-à-dire le Parti Ouvrier et la U.C.R.I.

Les voix que les masses exploitées ont accordées au Parti Ouvrier sont l'expression du désir et de la volonté d'un secteur important au proletariat ayant murı politiquement jusqu'a soutenir le programme des trotskystes. D'autres secteurs qui ont voté pour le Parti Ouvrier ont, de ce fait, témoigné de leur aspiration à se doter d'un parti ouvrier. La classe ouvrière n'a pas été en mesure de s'exprimer politiquement pendant deux ans et demi après la désertion de Peron. L'expérience que la classe ouvrière a réalisée avec ses grandes luttes et mobilisations lui a permis d'élever sa conscience politique, et c'est maintenant, par le truchement de ces élections, qu'elle a eu l'occasion de le prouver.

Les voix recueillies par le Parti Ouvrier ne sont pas dues au hasard. Le programme adopté par l'assemblée tenue a Cordoba; les grandes mobilisations du proletariat, en depit des entraves mises par sa direction; les abstentions aux élections ; les voix en blanc; la défaite des Partis communistes et socialistes; les reculs marqués qu'ont subis les partis de la bourgeoisie: le soutien électoral massif accordé a Frondizi — tout cela signale un processus de maturation et de polarisation de classe.

Un secteur très important a voté pour le programme trotskyste. Tandis que la direction peroniste se lance dans des plans pour parvenir à tromper les masses et freiner leur action, afin qu'elles n'empruntent pas la voie de l'indépendance de classe, des secteurs très importants du prolétariat et des masses exploitées mûrissent politiquement. Telle est la première conclusion à tirer. La seconde est que

LES 15.424 VOIX DU PARTI OUVRIER

LES 15.424 VOIX DU PARTI OUVRIER limportant secteur d'où Viennent les voix recueiliies par le Parti Ouvrier a exprimé par la même occasion sa volonté de lutter pour un programme marxiste révolutionnaire.

Soixante-quinze pour cent des voix obtenues par le Parti Ouvrier ont été obtenues dans la banlieue prolétarienne du Grand Buenos-Aires. Mais en réalité les voix pour le Parti Ouvrier ont été plus nombreuses que celles proclamees. En effet, il existe des dizaines de preuves que beaucoup d'ouvriers ont mal voté, ceci dû à la mauvaise distribution des candidatures. Ces voix-la ont éte donc annulées. Ainsi, nous calculons à 18.000 le nombre des voix obtenues par le Parti Ouvrier. Ces voix n'ont pas ete conjoncturelles ; elles auraient pu aller au Parti Communiste qui avait déployé une grande campagne dans toute la province, grace à ses grands moyens matériels.

Le trotskysme est, en Argentine, connu par de larges secteurs du prolétariat. Pendant des années, les trotskystes ont mené une constante activité tant sur le plan syndical que sur le plan politique. Les militants du Parti Ouvrier ont participé aux mobilisations les plus importantes de la classe, occupé des postes de

LA CRISE DU

Les élections ont confirmé que le peronisme est en crise. L'atout du peronisme était l'unité de la classe ouvrière qu'il contrôlait, unité qui s'est cassée devant ces élections. C'est ainsi que le peronisme a perdu, et perdra encore davantage, le contrôle et la direction des masses.

Depuis 1945, le prolétariat a, à travers ses luttes et ses mobilisations, développe son profond esprit unitaire, de fraternité et de solidarité de classe. Il s'est élevé politiquement et s'est fusionné dans les quartiers ouvriers grâce à ses luttes. Depuis que Peron s'est enfui, et alors que les directions ouvrières soit capitulaient soit désertaient, le prolétariat a maintenu fermement son unité, sa cohésion, son esprit combatif vigoureux. Ce fut pendant toute cette période qu'il a développé son unité tant syndicale que politique. Dans ce processus de maturation, il a appris et assimilé les expériences des luttes des peuples coloniaux, de l'Algérie, de la Chine, de la Corée, de la Bolivie, de l'Egypte, etc., qui ont développé conscience internationaliste.

La bureaucratie syndicale croyait compter avec le soutien inconditionnel de la classe ouvrière. Cependant, au cours des grèves et à l'occasion des élections générales, le prolétariat a montré qu'au fur et à mesure qu'il mürit politiquement, il a tendance à rejeter des directives et des directions capitulardes. Or l'obstacle le

Au sein du peronisme est apparue une aile jacobine qui tache de capitaliser le mécontentement et la méfiance de certains secteurs de la base envers une politique d'alliance et de conciliation direction lors des grandes grèves, sont connus et respectes de secteurs importants du mouvement ouvrier. Des dizaines de ses mlitants ont été chassés des usines par le patronat, en raison de leur attitude combaiive en tant que dirigeants ouvriers. L'organe du parti, Voz Proletaria, est connu de tout le mouvement ouvrier argentin.

Le prolétariat a voté pour des partis soi-disant ouvriers, parce qu'il n'a pas trouvé un autre canal pour s'exprimer politiquement. Les voix qui sont allées au Parti Ouvrier doivent etre considérées - compte tenu des conditions objectives, de l'état d'esprit combatif des masses, de leurs mobilisations contre le gouvernement et la bourgeoisie, et du pourcentage élevé des voix en blanc et des abstentions — comme l'expression d'un secteur de la ciasse ouvrière politiquement mür soutenant le programme trotskyste. Un autre secteur a voulu, par ce vote, exprimer son désir de se doter d'un parti ouvrier indépendant.

Telle est la conclusion qu'on doit tirer des élections, et que les militants, les cadres et les dirigeants ouvriers et revolutionnaires responsables et loyaux doivent tenir compte. PERONISME plus important pour son développement politique, c'est le manque d'une direction et d'une organisation politiques indépendantes, de classe.

Les élections ont révélé d'une façon éclatante que la crise du peronisme pris des proportions considérables. Certes, la direction parviendra a recoller provisoirement les morceaux. Mais, en dépit des manœuvres, des directives et de la mystique que Peron et les dirigeants bourgeois du peronisme s'affairent à faire passer, la crise commencée suivra son cours irréversible et tendra de plus en plus à échapper au contrôle de la direction. Si le peronisme a pris la décision de soutenir Frondizi, c'est parce qu'il y a entre eux des données historiques qui les unissent. L'un et l'autre servent la bourgeoisie nationale industrielle. Mais, en soutenant Frondizi aux élections, la direction peroniste a beaucoup perdu de son autorité parmi de larges couches du prolétariat.

Il faut empêcher que la crise du peronisme ne soit utilisée par des dirigeants bourgeois et la bureaucratie ouvrière qui voudraient donner un coup de frein au processus de maturation et d'organisation politique de la classe. Pour que la crise du peronisme prenne un cours progressif il faut construire le Parti Ouvrier base sur les syndicats. avec d'autres partis. Il s'agit d'une aile petite bourgeoise qui veut atteler le parti peroniste à un programme petit bourgeois de libération nationale; elle a un certain écho parmi des dirigeants et des cadres

LA TENDANCE JACOBINE DU PERONISME

LA TENDANCE JACOBINE DU PERONISME

• moyens du mouvement syndical. Les luttes dans le sommet, entre dirigeants peronistes, ne sont que le reflet des inquiétudes et des preoccupations des secteurs importants de la base ouvrière et populaire du peronisme. Le caractère de la lutte au sommet, ainsi que l'adoption du Programme de Cordoba témoignaient de l'existence, à l'intérieur du peronisme, de ce mécontentement ainsi que des partisans d'une alliance avec Frondizi. Donc lapparition de l'aile « Jacobine ». expri mait. bien que de façon déformée, dans ce processus de désagrégation du peronisme, celui de la maturation politique de la classe qui tendait et tend de Ditis classe qui tendait et tend de plus en plus à échapper au controle, direction et au programme peronistes servant inconditionnellement la bourgeoisie industrielle.

Mais la classe ouvrière n'a pas pu jusqu'ici s'exprimer politiquement en tant que force indépendante; elle ne dispose pas encore d'un canal direct pour s'exprimer independamment, c'est-à-dire un parti ouvrier indépendant menant une activité politique intense. Quand elle aura ce parti, on verra qu'elle est politiquement pius avancee et plus mûre qu'on ne le pense.

Le soutien accordé par le peronisme à Frondizi ne fut pas une décision prise à la dernière minute, qui aurait mis fin a de soi-disant hésitations de Peron et des dirigeants peronistes. Ce soutien était déjà accordé un an plus tôt. Après l'échec de leur coup d'Etat du 9 juin 1956, les dirigeants peronistes comprirent que les moyens militaires ne les ramèneraient plus au pouvoir. Mais comme ils se refusalent a recourir à une mobilisation réellement révolutionnaire des masses, il n'y avait pour eux d'autre choix que celui de s'allier à une autre aile de la bourgeoisie nationale, en l'occurrence à Frondizi.

La direction peroniste avait paralysé la classe ouvrière, en l'empêchant de développer une mobilisation générale des mascontre le gouvernement militaire reactionnaire. Elle avait fait échec à toutes les tentatives pour une telle mobilisation et parvint à morceler et à limiter les luites des masses, en cantonnant ces luttes sur le terrain des revendications économiques, sans pour autant cesser d'accompagner ces actions par des coups terroristes ou putchistes. Ecartant ainsi l'alternative d'une grève générale, il était evident que la classe ouvrière, qui voulait combattre, allait s'exprimer par d'autres canaux contre le gouvernement. Le soutien électoral à Frondizi fut également destiné à dévier vers des voies électorales la volonté combative des masses.

La d'cision de Peron de soutenir Frondizi fut acceptée par une partie du prolétariat peroniste, tandis que 36 % votèrent en blanc. Or. entre ces 36 % et le million, et même plus, d'abstentions, il y a 1.200.000 peronistes. Déjà, à maintes reprises, la base peroniste a rejeté des directives venant de Peron. Maintes fois. pendant ses mandats présidentiels. les travailleurs n'avaient pas écouté les ordres donnés par lui ou par des dirigeants peronistes de cesser des grèves. La classe

NALE 27 ouvrière parvenait toujours à leur arracher des concessions. Toutes ces actions de la classe étaient unies, cohérentes. Aussi la resistance d'ouvriers peronistes a voter Frondizi marque un processus plus protond de maturité, de confiance de la classe en elle-même. Des secteurs importants de la classe ont müri politiquement au cours des derniers deux ans ec demi.

La resistance au soutien de Frondizi a été grande. Si Peron n'a pas rendu publique plus tot sa décision de soutenir Frondizi, ce ne fut nullement parce qu'il voulait garder les formes, ou parce qu'il aurait voulu empêcher que le gouvernement militaire ne prenne des mesures pour les élections générales. L'annonce de ce soutien, il aurait voulu le faire bien avant, mais il a reculé devant l'état d'esprit des masses exploitées; il craignait de rencontrer la résistance du mouvement peroniste dans ses secteurs petits bourgeois et parmi les cadres dirigeants et les militants du mouvement ouvrier. L'an dernier, E. Rey publia un livre intitulé « Frondizi est-il un Peron ? » destiné à polémiquer, non avec Frondizi, mais avec des peronistes, pour leur démontrer que Frondizi n'était pas Peron. La parution de ce livre prouvait qu'au sein du peronisme s'étaient développées des tendances, pro-frondizistes. En tout état de cause, on peut prévoir un assemblage des tendances peronistes, frondizistes, avec d'autres secteurs. Cependant, la resistance à voter Frondizi a amplifié et ies divergences et les contradictions au sein du peronisme.

A la veille des élections, un organisme dirigeant du peronisme (le Commando Tactique) publia un tract signé de dirigeants syndicaux bien connus et respectés de la classe ouvrière, pour faire savoir que les peronistes allaient voter pour Frondizi. Il est certain que si, sur ce point, l'unanimité avait régné chez les dirigeants, le tract en question aurait été publié quelque douze jours plus tôt, c'esta-dire au moment où la décision de soutenir la candidature de Frondizi connue de tous. Le fait d'avoir diffusé ce tract avec un tel retard prouve les profondes divergences apparues au sommet. Ce qu'il est intéressant de savoir, c'est le sens de ces divergences provoquées par le soutien de Frondizi. La direction peroniste petite bourgeoise et bourgeoisel représentée par Leloir) essaie de lui donner un sens faux, en les présentant comme divergences politiques s'affrontant dans le camp de la bourgeoisie. Mais pour la grande majorité (les 36 %) de ceux qui votèrent en blanc ou s'abstinrent, ces divergences ont une raison de classe: la résistance sinon le refus de secteurs de dirigeants ouvriers, et même petits bourgeois, de voter Frondizi exprimait, bien que d'une façon déformée, le mécontentement et le rejet de la classe ouvrière d'une décision de soutien d'un candidat capitaliste. Et ce contenu de classe se montrera de plus en plus évident dans un proche avenir de lutte des masses, aussi bien à l'intérieur du peronisme que dans le mouvement syndical.

LA CRISE

Le soutien de Frondizi de la part du Parti Communiste n'a pas été unanime, les vues de la direction n'ayant pas été non plus unanimes. Elle avait discuté longuement de l'affaire; on envisagea un moment le soutien de la candidature Balbin. Les dirigeants du Parti communiste pesèrent les chances de l'un et de l'autre candidat, et les avantages ou les concessions que le parti pourrait obtenir de l'un ou de l'autre. Ces dirigeants s'attendaient à ce que la masse de peronistes décidés à voter mais désorientés par l'absence de directives précises de la part de la direction peroniste, vote Frondizi pour le poste présidentiel, tandis que ses voix iraient aux communistes pour les postes de députés, sénateurs, etc.

Les calculs de la direction du Parti communiste sont toujours faits sur la base de désirs subjectifs de la direction; ils ne sont jamais faits en partant de la réalité objective et de l'état d'esprit des masses. Rééditant les erreurs et les capitulations d'hier, la direction du P.C. fit la preuve qu'elle ne comprend pas l'état d'esprit, la conscience et les tendances du proletariat peroniste. A en juger par les données fournies aux militants du parti, la direction escomptait une augmentation de 30 % des voix au P.C.

Ces élections ont, une fois encore, confirmé quelle est la tendance du prolétarat. cei-ci est en train de murir polriat. Celui-ci est en train de mûrir politiquement, de progresser sur les plans idéologique, politique et organisationnel de classe, sans qu'il montre une tendance à rejoindre le P.C. ou à être attiré par celui-ci. Par contre, il se concentre de plus en plus dans les syndicats centraux ou régionaux.

La base du P.C. rejeta les vues de sa direction de soutenir Frondizi. Par la suite, cette direction se vit obligée de suivre, à contre-cœur, le désir de la base ; mais elle fut prise par la non satisfaction et l'inquiétude.

Les militants du P.C. s'étaient aperçus avant les élections que les ouvriers n'étaient pas disposés à voter pour les candidats communistes. L'attitude persistante des ouvriers peronistes exerce une grande influence chez les militants du Parti communiste. Ceux-ci demandent à leur direction de leur expliquer pourquoi le Parti ne se développe pas. Mais ils devront encore demander pourquoi il est en recul.

La défaite électorale du P.C. est due non à une erreur conjoncturelle du parti mais à sa ligne opportuniste et de capitulation. Alors que la classe ouvrière mürit par son expérience, le P.C. pense pouvoir l'attirer à la politique opportuniste et capitularde du Parti. La majorité de la classe ouvrière a soutenu Frondizi parce qu'elle ne trouva pas une autre

DU P. C. façon d'exprimer son esprit de lutte. La politique du Parti communiste était determinée par l'opportunisme et un esprit capitulard. Ce parti a marchandé avec des promesses post-électorales et d'éventuels accords commerciaux avec l'U.R.S.S. La classe ouvrière avance tant du point de vue ideologique que du point de vue politique. Les secteurs les plus avancés de la classe ont élaboré le Programme de Cordoba et tendent à organiser leur parti ouvrier basé sur les syndicats. Par contre, le Parti communiste, poussé par sa politique opportuniste, veut soumettre la classe aux accords passés avec la bourgeoisie et se servir d'elle pour ses buts diplomatiques et commerciaux.

On mesurera toute la signification et la portée politique de ces faits si on tient compte que le Parti communiste a perdu 26 % de voix aux élections alors que le Parti Ouvrier a recueilli un nombre de voix dont l'importance et la signification sont énormes. Le Parti Ouvrier a obtenu - là où il s'est présenté - un nombre de voix égal au quart de celles recueillies par le Parti communiste, et ceci dans les zones ouvrieres les plus importantes.

Nous devons insister sur quelques chiffres qui soulignent la catastrophe électorale du P.C. par rapport aux élections précédentes. A Buenos-Aires (province), il a perdu 12.653 voix, soit 18 %. A Tucuman, il est passé de 6.574 à 1.779. A Santa Fé, il a reculé de 24.800 à 17.100. A Santiago del Estero, il VOIX à 1.700; et de Salta.

La classe ouvrière de classe dans les de classe sera const les syndicais. Cest est passé de 5.549

2.045 voix à 26 à fait son expérience yndicats. Son parti tué sur cette base, la ene co statation historique. Le militant du Parti Communiste sent la pression opposante venant du militant peroniste. Les résultats des elections ont augmenté les doutes, les hésitations du militant communiste ainsi que sa résistance envers la direction. Il faut que les militants communistes exigent une discussion critique sur les résultats de ces élections. Ils ne devront pas accepter les arguments de la direction qui présente la perte des voix comme etant due soit à des erreurs commises au moment de voter, soit à des sabotages, soit au manque de maturité des ouvriers peronistes.

Car ces explications sont fausses. En réalité, la cause de la perte des voix du P.C. réside dans la politique opportuniste et capitularde du Parti, politique qui va à l'encontre des besoins objectifs et révolutionnaires de la classe ouvrière et des masses exploitées. Il faut exiger que la classe soit aidée pour organiser son parti ouvrier basé sur les syndicats, à lutter pour le Programme de Cordoba, à faire fonctionner les 62 délégations en tant que C.G.T., etc.

LA FEMME EXPLOITEE DANS LES ELECTIONS ET LES LUTTES

Les socialistes et les radicaux débitent des déclarations élogieuses à l'adresse des femmes qui ont participé aux élections et parlent sur le même ton de leur activité sociale et politique. Mais ils songent toujours aux temmes appartenant à la bourgeoisie et à la petite bourgeoisie et nullement aux femmes exploitées. Ils tachent de faire pression sur les gouvernants pour que ceux-ci fassent aux cercles féminins bourgeois et petits bourgeois une meilleur place dans la vie sociale, politique et administrative du pays. Si, parfois, ils parlent des femmes exploitées, c'est pour chercher une base supplémentaire dans la défense de leurs intérêts activités politiques et syndicales, mais pas avec toutes les possibilités dont elle peut disposer.

Il ne s'agit pas ici de la femme en général, mais de la femme exploitée. Le mouvement ouvrier doit considérer la situation de la femme exploitée, en tant qu'ouvrière, militante syndicale et membre de la société. La société capitaliste a imposé, par des normes juridiques mais aussi par des habitudes et des préjuges, le critère selon lequel la femme doit avoir des droits moindres que les hommes mais plus de devoirs qu'eux. La femme est doublement exploitée par la société: par le capitalisme en tant qu'ouvrière, et par le canitalisme en tant au ouvrière et nar les hommes qui la placent socialement à un rang inférieur.

Dans les douze dernières années, •la femme exploitée, depuis la ménarère jusqu'à l'ouvrière, a de plus en plus participe aux luttes politiques, syndicales et poluques. Elle a démontré qu'elle s'intéressait grandement aux luttes politiques, et y participait sur le même plan que l'homme. Pendant la récente campagne électorale, elle a discuté dans les usines, émis avec passion des idées; son avis a pesé dans les résolutions et décisions des secteurs de la classe ouvrière qui ont voté en blanc ou ont voté pour le Parti Ouvrier. ce n'est pas non plus impossible. Mais même si un coup d'Etat n'intervient pas, Frondizi se trouvera toujours sous la menace d'une intervention de la part de l'armée. Aussi bien la bourgeoisie que les généraux n'ignorent pas la faiblesse de Frondizi, celui-ci dépendant du soutien d'une petite bourgeoisie anti-oligarchique et du prolétariat qui exigeront de Frondizi la réalisation de ses promesses. D'autre part, le gouvernement Frondizi se trouvera soumis à une pression constante de l'impérialisme américain. Aussi. les forees capitalistes et impérialistes serontelles aux aguets pour exploiter en leur faveur les difficultés que Frondizi au pouvoir aura à affronter. Une telle situation, à laquelle viendraient s'ajouter des luttes du prolétariat pour l'application du Programme de Cordoba, créerait de nouvelles conditions d'instabilité et de nouvelles crises politiques.

Frondizi a vraiment besoin d'arriver à des accords avec des secteurs du peronisme et d'autres tendances en vue d'organiser un mouvement tout neut pouvant le soutenir dans la réalisation de son programme et en tant que représentant de la grande bourgeoisie industrielle. Il a. en outre, besoin de monter son propre apparel bureaucratique-syndical. Dans ces domaines, les services de la bureaucratie peroniste lui seraient précieux. Quant à celle-ci. elle a prouvé être préte à servir Frondizi, à l'opposé de la classe ouvriere.

Pour donner un coup d'arrêt à la crise politiques et sociaux gens-là tude de ces exploitée est propre la protection, et - d'élite. Mais l'attila temme envers au paternalisme, à au fond, c'est une attitude superbe, méprisante. Ils n'ont aucun intérêt à la lutte pour la libération sociale de la femme en tant que couche la plus opprimée des classes exploitées.

Le problème de la femme exploitée est le même que pour le prolétariat, mais avec des caractéristiques spéciales. C'est le prolétariat le plus intéressé à comprendre le rôle des femmes exploitées dans les luttes sociales. Le mouvement ouvrier et révolutionnaire est l'école expérimentale, d'éducation pratique où s'éduque la classe. La femme exploitée participe aux

Tout comme l'armée, la bourgeoisie veut mettre un terme à l'actuelle situation caractérisée par la crise politique et l'instabilité. La tendance majoritaire au sein de l'armée et de la bourgeoisie penche pour quitter le gouvernement. Frondizi se présente comme l'homme censé donner un coup d'arrêt à cette crise politique qui menace d'appeler la crise sociale. Or, Frondizi agit fondamentalement en représentant de la bourgeoisie industrielle. La situation du pays est extrêmement compliquée et, du point de vue finances, elle est mauvaise. La bourse et le marché des valeurs sont paralysés. Un nombre considérable d'actions ont vu leur cote baisser de la moitié de leur valeur nominale. Les échanges commerciaux avec l'étranger enregistrent un déficit énorme. Le chômage pointe déjà. quelques usines ont cessé leur production.

En dépit de sa volonté et de son programme pour surmonter la crise politique de la bourgeoisie, Frondizi aura a faire face à toute une série de facteurs combinés qui poseront à nouveau, et cette fois sur un plan plus élevé. la crise politique de la bourgeoisie et l'instabilité tant gouvernementale que sociale.

Bien que le noyau majoritaire de l'armée veuille assurer la passation des pouvoirs - car il sait que la décomposition et la perte d'autorité peuvent affecter la caste des militaires — il n'est pas exclu que de petits groupes, agents de l'oligarchie, aient recours à des coups d'Etat. Ce n'est certes pas le plus probable, mais

LES PERSPECTIVES DU FRONDIZISME

LES PERSPECTIVES DU FRONDIZISME politique. Frondizi devra compter non seulement sur son programme gouvernemental et la possibilité de trouver une voie parlementaire pour l'établissement d'accords tant sur le plan diplomatique

PERSPECTIVES ET TACHES

Avant, pendant et après les élections, la classe ouvrière et les secteurs populaires de la petite bourgeoisie ont poursuivi leurs luttes. Les couches exploitées de la petite bourgeoisie mènent à l'heure actuelle la plus grande lutte de toute l'histoire de leur mouvement syndical. Les employés de banque et des compagnies d'assurances sont en grève depuis un mois déjà. Dans les rues, s'affrontent forces policières et travailleurs, ceux-ci bravant les mesures répressives du gouvernement et la terreur des militaires et des policiers. Les ouvriers du bâtiment. du transport et du pétrole luttent sans relâche. La direction stalinienne des travailleurs du bâtiment a essayé d'arrêter leur grève, car sa politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie nationale la pousse à capituler devant le patronat. Cependant. elle n'y est pas parvenue à cause de l'ampleur du mouvement greviste.

L'action résolue des travailleurs l'entreprise Anglo (viandes frigorifiées) chassant de leur syndicat des agents du gouvernement: la tendance des ouvrières à empêcher l'arrêt de la production et à occuper les usines; enfin la magnifique volonté de lutte des cheminots montrent que la classe ouvrière veut lutter.

Arguant de la menace que représente toujours l'oligarchie, Frondizi tâche d'enlever tout caractère d'indépendance aux mobilisations de la classe ouvrière èt de les capitaliser en faveur de la bourgeoisie industrielle. Il veut donc donner aux problèmes qui se posent une solution bourgeoise dont la classe ouvrière et les couches pauvres de la petite bourgeoisie feront les frais.

Une partie de la direction du mouvement ouvrier - peronistes, communistes et les dits «libres » - est disposée à servir de pont entre Frondizi et la classe ouvrière. Sur la base de l'union autour de la restructuration de la nouvelle bureaucratie ouvrière, il se peut qu'on dresse un front uni contre la classe ouvrière, destiné à empêcher toute action indépendante de celle-ci.

La direction responsable, honnête et loyale de la classe ouvrière doit, par contre, arrêter ses décisions en accord avec les intérêts de la classe et profiter pour cela de toutes les difficultés que la bourgeoisie rencontre.

Le mouvement ouvrier est mûr. Idéologiquement, programmatiquement. organisationnellement il a fait un grand pas en avant. Il faut une direction qui saura conduire la lutte pour la réalisation du

Programme de Cordoba. La direction actuelle du mouvement ouvrier s'est montrée disposée à servir non les intérêts de la classe mais ceux de la bourgeoisie nationale. Il faut une nouvelle direction qu'avec d'autres secteurs de la bourgeoisie; il devra encore compter, en fonction de son objectif de stabiliser le pouvoir. avec la classe ouvrière, ses luttes et ses rapports avec elle. DE LA CLASSE OUVRIERE du mouvement ouvrier capable de diriger la lutte pour l'application du programme adopté au Congrès de Cordoba.

Pour que le prolétariat puisse avancer dans sa voie révolutionnaire, il a besoin impérieux d'un parti ouvrier indépendant de classe. Il a déja un programme adopté démocratiquement par un congrès qui sera historique et qui a marqué une nouvelle étape dans la progression et la maturation idéologique et politique de la classe ouvrière. Avec le Programme de Cordoba, il doit participer à toutes les luttes sur tous les problèmes concernant la vie du pays. Son programme répond aux besoins de la population exploitée et au développement économique et social du pays. Il doit lutter et diriger la lutte du peuple exploite pour l'industrialisation, pour le développement économique du pays, pour les échanges commerciaux, le contrôle ouvrier et contre l'imperialisme.

Les problèmes syndicaux ne sont pas indépendants des problèmes sociaux et politiques: ils sont inséparables les uns les autres. La bourgeoisie nationale dépend du soutien de la classe ouvrière et des secteurs populaires de la petite bourgeoisie. La direction du mouvement ouvrier. les cadres dirigeants et les militants responsables doivent à tout moment mettre en avant son propre programme, en l'opposant aux intérêts de la bourgeoisie nationale.

Les élections ont montré que le prolétariat. la paysannerie et la population exploitée sont à gauche, et que la petite bourgeoisie se radicalise.

La crise politique embrasse les Partis communiste, socialiste, peroniste. et aussi la bourgeoisie. L'autorité de ces partis sur la classe ouvrière et la petite bourgeoisie se réduit et se limite de plus en plus avec tendance à disparaitre. Le devoir des dirigeants, des cadres et des militants responsables de la classe ouvrière, c'est de ne pas courir au salut de la bourgeoisie ni de l'aider à sortir de ses difficultés, mais de faire avancer la classe avec son programme et son organisation vers son propre pouvoir: le Gouvernement ouvrier et paysan.

Par sa participation aux élections, la classe ouvrière a montré qu'elle veut et cherche un parti de classe. Un secteur de la classe a révélé sa maturité politique soutient le programme trotskyste: d'autres soutiennent et cherchent parti ouvrier indépendant. La résolution adoptée au Congrès de Cordoba constitue.

avec le soutien du mouvement ouvrier. un programme pour ses luttes pour la libéranationale et sociale du peuple exploité. Sur cette base, il faut constituer le Parti ouvrier basé sur les syndicats.

Tous les dirigeants, les cadres, les mil tants responsables du prolétariat doivent se réunir en tant que représentants des syndicats et organiser le parti ouvrier indépendant sur la base du Programme de Cordoba. Le Parti ainsi organisé avec l'adhésion de tous les syndicats et toutes les centrales ouvrières, doit faire appel à tous les secteurs exploités de la population pour qu'ils viennent rejoindre le parti, en y adhérant soit individuellement, soit collectivement. Cet appel doit être adressé aux ménagères, aux paysans, aux étudiants, aux employés, etc.

Le peronisme, le Parti communiste et les dits « libres » n'ouvrent au prolétariat aucune perspective de classe. La classe ouvrière a besoin de voir et de sentir sa propre perspective de classe. Les conclusions les plus importantes qu'on peut tirer des élections nous apprennent que la classe ouvrière cherche une issue à elle, tandis que le secteur le plus avancé cherche à lutter pour son propre pouvoir, le Gouvernement ouvrier et paysan.

Il faut faire fonctionner en tant que

Le « programm Les délégations régionales (de la C.G.T.)

C.G.T. les 62 délégations représentées au Congrès de Cordoba et lutter en meme temps pour reconquérir le patrimoine de la Centrale Ouvrière. Dès maintenant, le mouvement ouvrier doit se mobiliser avec le Programme de Cordoba, contre le chomage, contre la hausse des prix, contre le démantèlement des industries, et pour l'établissement de relations économiques et diplomatiques entre l'Argentine et les Etats ouvriers, pour l'expropriation et l'expulsion de l'impérialisme, pour la constitution du Parti ouvrier basé sur les syndicats.

Les militants et les cadres dirigeants du prolétariat ne doivent pas attendre d'être convoqués par leur organisation, mais ils doivent prendre l'initiative et, avec dynamisme, organiser des comités dans les usines, les syndicats, les quartiers, constituer des comités de lutte pour un tel programme. C'est a travers cette lutte que sera sélectionnée la nouvelle direction du mouvement ouvrier. e de Cordoba » réunies en session nationale plénière,

CONSIDERANT que les fravailleurs argentins ont acquis une grande conscience politique quant à leur conception de la lutte ef ses formes; que celte conscience s'exprime par le fait qu'après l'expérience des luttes vécues ces dernières années, les travailleurs argentins ne limitent plus leurs revendications à de simples augmentations des salaires ou au renforcement de leurs syndicats en tant qu'instrument de lutte, mais encore qu'ils s'intéressent constamment — avec toutes les implications que cela comporte sur les plans économique, social et politique → à la situation générale du pays et à celle des salariés défendant dans un but progressif l'industrie nationale ef les ressources énergétiques du pays;

CONSIDERANT que la classe ouvrière est unanime à formuler dans les domaines économique, politique et social des bases programmatiques qui expriment sa volonté de restructurer la nation sur une économie indépendante, et ceci à travers une politique sociale dont le souci de justice puisse enfin faire du pays une nation souveraine de son destin, décident : de soumettre à l'avis de la Commission coordinatrice des 62 organisations le programme suivant :

INDEPENDANCE Sur le plan économique :

Indépendance économique totale du pays. Pour y parvenir il faut absolument : a) En matière de commerce extérieur :

1. - Le contrôle de l'Etat sur le commerce exférieur. 2. - - La disparition des monopoles étrangers d'importation et d'exportation. 3. - Le contrôle des producteurs sur les opérations commerciales avec létranger, ayant en vue la défense du revenu national. Planification de ce commerce en fonction des besoins du pays et de son progrès historique, et en tenant compte des intérêts des classes laborieuses.

5. -- Dénonciation de tout traité commercial nuisible à l'indépendance économique du pays.

6. -- Planification du commerce dans le but de développer l'économie intérieure du pays.

7. — Fusion économique de l'Argentine avec les pays frères de l'Amérique latine, en tenant compte des expériences déjà faites.

b) Sur le plan intérieur :

1. Politique favorisant une consommation croissante; hauts salaires; augmentation de la production dans le sens de l'intérêt national.

2. Développement de l'industrie légère en conformité avec les besoins du pays. 3. - Renforcement d'une politique économique tendant à consolider l'industrie lourde, base de tout développement économique ultérieur du pays.

4. - Nationalisation des ressources énergétiques du fonction des besoins commandés par son développement.

5. — Nationalisation des frigorifiques étrangers afin d efficace sur le commerce extérieur et d'arracher aux monop si fondamentale pour le pays.

6. - Apporter une solution de fond, guidée par un économiques régionaux, sur la base d'une intégration de l'économie nationale et en conformité avec les besoins réels pays et leur exploitation en • rendre possible un contrôle oleurs étrangers une industrie sens national, aux problèmes s économies régionales dans du pays, afin d'en finir avec l'actuelle situation qui crée des provinces « pauvres » et des provinces « riches ».

7. Contrôle de l'Etat sur le crédit, celui-ci devant être adéquat à un plan de développement économique national ayant en vue les intérêts des travailleurs.

8. - Programme agraire établissant : la mécanisation de l'agriculture, vers laquelle «tend l'industrie nationale »; l'expropriation des grands propriétaires fonciers; le développement de coopératives agricoles; le principe que la terre revienne à qui la travaille.

JUSTICE a) En matière sociale :

1. Contrôle ouvrier sur la production et sur la distribution du revenu national, ce contrôle devant effectivement s'exercer par les travailleurs, c'est-à-dire par : a) la participation de leurs syndicats dans l'élaboration et la réalisation du plan économique général ; b) leur participation à la direction des entreprises tant privées que publiques, ef y assurer la fonction sociale des richesses; c) le contrôle populaire sur les prix.

2. - Salaire minimum vital et échelle mobile de salaires. 3. - Sécurité sociale sans limitations. 4. - Réforme de la législation du fravail en conformité avec la situation actuelle générale et avec le plan général de transformation populaire de la réalité argentine.

5. - Création d'un organisme étatique qui, sous contrôle ouvrier, assure l'efficacité réelle des conquêtes et lois sociales.

6. Du travail pour fous. 7. -Droif syndical. b) En matière politique :

T. - Elaboration d'un grand plan politico-économico-social répondant à la réalité argentine et reconnaissant le mouvement cuvrier comme étant la force nationale fondamentale, celui-ci devant de ce fait participer d'un manière hégémonique dans l'élaboration et l'application du plan.

2. - Etablissement d'un Etat national populaire qui chasse les oligarchies antinationales et leurs alliés étrangers. Car la classe travailleuse est la seule force qui renferme dans ses propres intérêts ceux du pays, et qui se présente unie par ses luttes et sa puissance,

3. - Développement d'une action tendant à rsserrer les liens politiques et économiques de l'Argentine avec les pays frères de l'Amérique lafine.

4. - - Action politique qui surmonte les divisions internes artificiellement déterminées par un fédéralisme libéral et faux.

Liberté de suffrage ; droit d'élire et d'être élu sans aucune entrave; renforcement de la volonté populaire.

6. Solidarité de la classe travailleuse avec les luttes des peuples opprimés pour leur libération nationale.

7. - Politique internationale indépendante.

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