Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 16e année, n° 2

La guerre civile en Indonésie

Tjokro · Quatrième Internationale, 16e année, n° 2 · avril 1958 · p. 33-34 · 1 183 mots

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La situation actuelle en Indonésie est dominée par la lutte militaire du gouvernement central de Djakarta contre gouvernement « révolutionnaire » de Sjaffrudin et Smibolen, à Padang, matra centrale. Efrayée par l'action des masses populaires Indonésie avaient occupé les entreprises des Hollandais et formé des comités pour les gerer. une parde de la bourgeoise indonesienne et les forces semi-teodales ont recherche appui direct de l'impérialisme pour se protéger contre la vague révolutionnaire. L'ancien gouverneur de la Banque nationale d'Indonésie, Sjafruddin, un certain nombre de nationalistes etroitement liés aux impérialistes, ainsi que quelques commandants locaux à Sumatra centrale ont constitué un « contre-gouvernement pour toute Indonésie» qui ne reconnait plus l'autorité du president Sukarno et du commandant en chef Nasution.

Le calcul de ce contre-gouvernement est que Sumatra nord et Sumatra sud. qui sont aussi en conflit avec le gouvernement de Djakarta, mais sont restés neusont restes neutres dans le conflit avec Sumatra centrale, rejoindront bientot la rebellion. Les rebelles pensaient recevoir à Java l'appui d'une partie de l'armée, du côté du colonel Lubis, recherché depuis longtemps par le gouvernement. Ils comptaient plus spécialement sur • le soutien ouvert du Parti socialiste de Sjahrir et surtout du grand parti indonésien, le Masjumi. En outre. Sjafruddin escomptait avec certitude le soutien de l'ancien vice-Premier d'Indonésie, l'anticommuniste notoire Mohammed Hatta. Et, last but not least, ils comptaient sur une reconnaissance rapide par les impérialistes occidentaux. en premier lieu par les Etats-Unis qui n'ont, à aucun moment, caché leur amitié pour ce contre-gouvernement et continuent à le considérer comme un atout dans leurs plans contre-révolutionnaires. L'idée de disposer d'un propre « gouvernement » en Indonésie est très attractive pour l'impérialisme américain, non seulement pour sauvegarder leurs intérêts làbas, mais surtout pour rompre la coalition entre la bureaucratie soviétique et la bourgeoisie nationale et pour arrêter la révolution coloniale. Dans la période de récession dans laquelle se trouvent les Etats-Unis, la nécessité d'atteindre ce but par le déclenchement d'une nouvelle

« Corée » n'a rien d'effrayant pour les gangsters impérialistes, au contraire! La Conférence de I'O.T.A.S.E. à Manille ne s'est pas tenue par amour envers Sukarno. La présence de la 7 Flotte dans les eaux de Sumatra pour « protéger » quelques centaines d'Américains était une menace précise. Et l'annonce de Foster Dulles qu'on reconsidérait la possibilité de reconnaitre le «gouvernement» de Padang conime « pouvoir en guerre» cachait mai ou se trouvent les sympathies des impérialistes américains. L'information faite par Dulles à une conférence de presse que beaucoup dépendrait de la force que le contre-gouvernement pourrait manifester livre en même temps la Cle pour comprendre les hésitations de Washington a aller plus loin.

C'est en réalité la force de la révolution indonésienne cachée par la façade de la lutte entre deux gouvernements bourgeois qui a empêché jusqu'à maintenant une intervention impérialiste directe. Le « contre-gouvernement » n'a pu se former que dans la partie la plus arriérée de Sumatra. Les luttes ont déja montré qu'il ne pouvait pas compter sur un soutien des masses populaires. Au contraire. le gouvernement de Djakarta se sent assuré de l'appui des ouvriers de Sumatra, bien qu'il n'aime pas beaucoup les armer, pour des raisons bien compréhensibles...

Sjafruddin, conscient de sa faiblesse. fait tout pour obtenir une aide impérialiste plus directe. Il exige « l'internationalisation » du conflit, lance des appels aux imperialistes comparant, non sans raison, la guerre civile a la guerre civile en Espagne.

La « neutralité » de Sumatra nord et de Sumatra sud. celle du Masjumi (dont le président Natsir se trouve à Padang et qui est le plus fort parti de Sumatra) ainsi que le résultat des actions militaires montrent cependant que les ouvriers mustilmans et les paysans sans terre ne se laissent pas utiliser par les contrerévolutionnaires. Sans doute, l'action du prolétariat javanais, occupant les entreprises hollandaises, les a profondément impressionnés.

Ce n'est pas par hasard que les élections toutes récentes pour les conseils provinciaux de Sumatra sud montrent une influence grandissante du P.C. indonésien (P.K.I.). Les staliniens ont promis de distribuer la terre s'ils avaient la

QUATRIEME majorité. (Une telle promesse à Java l'an dernier après les élections municipales a conduit à la distribution des pares publics à Solo.) Le P.K.I. a remplacé le P.N.I. (Sukarno) comme deuxième parti.

Masjumi 533.276 voix 13 sièges

P.K.I. 228.965 voix 6 sièges

P.N.I. 187.042 voix 5 sièges

N.U. 113.88 voix 3 sièges

...

Etant donné la radicalisation permanente des masses indonésiennes, il est bien compréhensible que Sukarno ait hésité mille fois avant de lancer la guerre contre Padang. Il a tout fait pour arriver à un accord avec Hatta, ce qui aurait été le prélude à un accord avec les forces contre-révolutionnaires. Mais il n'a pas pu accepter la condition de renoncer au soutien du P.K.I., c'est-à-dire des masses sous contrôle stalinien. Sans ce soutien du P.K.I., Sukarno se trouverait désarmé non seulement envers les masses, mais aussi envers les forces contre-révolutionnaires proimpérialistes.

Mais même après l'échec des pourparlers avec Hatta, Sukarno a hésité à lancer la guerre, craignant que l'action échapperait à son contrôle. C'est surtout la pression du P.K.I. et de l'aile gauche du P.N.I. qui l'a forcé à commencer la lutte. Une comparaison entre Sukarno et Kerenski, qui a été aussi forcé de commencer la lutte contre les forces contre-révolutionnaires dirigées par Kornilov, serait à sa place.

Le fait que le gouvernement de Djakarta ait décidé de retourner les bateaux à la compagnie hollandaise K.P.M. entre dans le même cadre. Il veut tout faire pour éviter une rupture définitive avec l'impérialisme.

Quoi qu'il en soit, la guerre lancé contre Padang sous la pression des masses aura sa propre logique. Il est vrai que la faible résistance de Padang pour le moment accroit l'autorité de Sukarno et du gouvernement Djuanda. Elle facilite pour le moment la politique opportuniste (el même traîtresse) du P.K.I. qui soumet les masses au contrôle du gouvernement bourgeois. Elle retarde la différenciation suivant les lignes de classe dans les forces luttant contre la contrerévolution.

Mais il est en même temps clair qu'un retour au statu quo ante est exclu. Au cours des luttes depuis l'occupation des entreprises, la conscience des masses n'a cessé de se développer. Il est vrai que. SOuS l'instigation du P.K.I., elles ont permis aux forces armées du gouvernement de prendre le contrôle des usines et des plantations. Elles ont fait un pas en arrière, qui a une signification qualitative sans aucun doute. Cependant, elles n'ont pas du tout le sentiment d'être battues. Elles considèrent le déclenchement de la guerre contre Padang comme leur œuvre propre. Les victoires sur les forces contrerévolutionnaires, même en augmentant le prestige de Sukarno, sont considérées par elles comme leurs propres victoires.

Dans ces conditions, la maturation, la politisation, l'élévation de leur confiance en soi, sont inscrites dans l'étape prochaine de la Révolution indonésienne. En lançant la guerre contre Padang, sous la pression des masses, Sukarno a, en réalité, miné sa position bonapartiste. Des ce moment, il est devenu plus dépendant que jamais des masses, même si les faciles victoires sur Padang peuvent temporairement travailler dans l'autre direction.

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