Il y a maintenant six ans que les masses ouvrières et paysannes d'un petit pays du point de vue population, la Bolivie, poursuivent un combat admirable pour défendre leurs conquêtes révolutionnaires et les compléter par l'installation d'un véritable gouvernement ouvrier.
Ces conquêtes s'appellent: nationalisation des mines, confiscation de certaines terres et début de réforme agraire; syndicats et centrale unique - la C.O.B.; milices ouvrières et paysannes.
La faible bourgeoisie indigène — appuyée par l'impérialisme américain qui convoite les richesses minières et pétrolières du pays et qui craint l'exemple contagieux que la Bolivie offre à toute l'Amérique latine — n'a pas réussi jusqu'ici à briser indomptable energie revolutionnaire des masses boliviennes et leur elan. Cependant. grâce à la couardise de la gauche officielle, dirigée par Lechin, Torres et Cie, qu domine encore les syndicats et apporte son appui au parti M.N.R. au pouvoir, la bourgeoisie a pu marquer des points importants qui menacent manifestement l'avenir de la révolution. D'autant plus que le seul parti révolutionnaire, le P.O.R. (section de la IV• Internationale), n'a pu encore trouver toute la force organisationnelle requise pour garantir la victoire des masses.
Exploitant ces faiblesses, la bourgeoisie a pu transférer le pouvoir de Paz Estensoro, dirigeant de l'aile « gauche » du M.N.R., à Siles, dirigeant de la droite de ce parti. A son tour, Siles, s'efforçant d'appliquer le programme de « stabilisation» capitaliste qu'exigent les experts de l'impérialisme yankee, et de briser par conséquent la résistance des masses, a été amené à s'appuyer de plus en plus sur les éléments de l'extrême-droite à la Quadros, Quiroga, Ocampo, et mème sur les forces fascisantes.
Les derniers développements dans cette direction ont conduit le gouvernement Siles à recourir à une nouvelle épreuve de force avee les masses. Tout a commencé par une provocation du gouvernement contre les mineurs, avant-garde de la résistance des masses boliviennes, qui venaient ces derniers mois de rompre ouvertement (1) avec le M.N.R. et son gouvernement.
Sous prétexte qu'une intervention armée avait été effectuée le 5 mars dans les centres miniers de Uncia et de Llallagua, dirigée par des éléments « tros-cobistes », comme la presse officielle appelle l'alliance de fait entre le P.O.R. et les cadres révolutionnaires des syndicats de la C.O.B., et qu'elle avait , soi-disant abouti à destituer les autorités gouvernementales, Siles procéda à une série d'arrestations et d'autres mesures réactionnaires. Le but de ces mesures etait, en realite, de decapiter les organisations des mineurs et des ouvriers des usines de La Paz de leur élements révolutionnaires, et de les remplacer par des hommes de paille du gouvernement, « reconstructeurs » du mouvement syndical.
Parmi ceux qui furent arrêtés figuraient le dirigeant mineur S. Cabrera ; le camarade Gonzales Moscoso, secrétaire Villegas, membre du Bureau politique du et le camarade Guillermo Lora, éditeur part donné d'étendre les arrestations à Catavi et de Siglo XX, de réorganiser renrecentants ouvriers.
général du P.O.R.; le camarade Vietor
P.O.R.; quelques dirigeants du P.C. bolivien de l'organe « Masas ». Ordre était d'autre toute une série de dirigeants mineurs de la direction des mines et de liquider les représentants ouvriers.
Sans attendre que les dirigeants centristes de la Fédération des mineurs et de la C.O.B. agissent, les masses des mineurs ont répondu immédiatement en déclenchant une grève et en prenant en réalité le contrôle compiet de tous les centres miniers.
Lechin et Torres étaient pour une grève échelonnée, chaque mine faisant une grève d'un jour avec comme objectif d'obtenir la libération des dirigeants syndicaux et de défendre les droits syndicaux acquis.
Mais les masses ont vite débordé ces consignes, en généralisant la grève illimitée dans tous les centres mineurs, en désarmant les forces militaires envoyées par le gouvernement ou en les consignant dans leurs casernes gardées par les milices. Dans certains endroits. des grèves de la faim, avec participation des femmes des mineurs, furent déclenchées.
Les radios de Catavi et de San José, aux mains des mineurs, émettaient continuellement, stimulant la lutte des mineurs et appelant les ouvriers de La Paz et d'autres centres urbains à s'y joindre. C'est ainsi qu'une alliance effective a pu s'établir entre les mineurs et les ouvriers des usines et les cheminots de La Paz et d'Oruro.
La combativité agressive des mineurs fut telle que Siles a été obligé encore une fois de freiner son offensive, de libérer les dirigeants syndicaux arrêtés, et de temporiser avec ses projets antisyndicaux.
Il a été également obligé de trouver une position de repli au sujet des dirigeants politiques arrêtés. Nos camarades Gonzales Moscoso et Victor Villegas, ainsi que le camarade Lora, ont été expulsés en Argentine.
(1) Voir l'article de H. Lucero dans « Quatrième Internationale», (janvier 1958)
Mais l'épreuve de force n'est pas pour autant terminée. Siles est obligé de à diviser le mouvement syndical et à briser ce la presse appelle la « conspiration tros-cobiste », c'est-à-dire la fusion qui est en train de se réaliser entre le P.O.R. et les éléments révolutionnaires de la classe.
Le rôle du P.O.R. dans les événements fut très important, ses militants ayant ete au centre des combats et des initiatives les plus audacieuses masses. Le P.O.R. avait lancé le mot d'ordre d'une grève générale de tout le prolétariat du pays, dirigée par un Comité unique, et la mobilisation des milices ouvrières et paysannes pour la détense des conquêtes révolutionnaires des masses. Il a d'autre part préconisé la création d'un front révolutionnaire des syndicats et de tous les partis ouvriers afin de lutter pour la convoration d'un congrès extraordinaire de la C.O.B., dans lequel devrail se discuter et se résoudre la question même du Gouvernement ouvrier.
l'évolution prochaine en Bolivie. La dualité du pouvoir qui existe sous forme latente depuis avril 1952 a pris ces derniers temps une forme plus ouverte, plus car les centres miniers du pays sont en sous contröle ouvrier presque exclusif, et leurs organisations ont en fait rompu avec le gouvernement Siles.
Le front révolutionnaire des syndicats, du P.O.R., du P.C., ne doit pas tarder à se constituer et a faire convoquer le congrès extraordinaire de la C.O.B. dans la partie du pays que les ouvriers contrôlent en fait.
Il serait ainsi plus facile de trouver quelle doit être la riposte efficace sur le plan gouvernemental aux provocations continuelles d'un gouvernement de plus en plus coupé et isolé des masses.
Il est d'autre part évident qu'il faut éviter une coupure dans l'organisation et la lut'e. entre les mineurs et les ouvriers des usines et les cheminots. ainsi qu'entre le prolétariat dans son ensembie et les paysans. C'est sur ces divisions que spécule actuellement la réaction pour pousser son offensive.
Mais la meilleure réponse à ces plans, le meilleur stimulant pour une véritable unite des masses est actuellement l'action résolue pour le Gouvernement ouvrier et paysan.