L'exacerbation des divergences publiques dans l'organisme dirigeant du S.E.D. annoncées déja au 33º Plenum du C.C. de ce parti en octobre de l'an dernier vient de se produire.
Un groupe oppositionnel ayant à sa tête Wollweber, ministre de la sécurite recemment demissionnaire, schirdewan, connu généralement comme le « dauphin », Fred Oeissner, théoricien en chef du S.E.D., et Fritz Selbmann, « père de l'industrie populaire », s'opposa au sein de la direction au retour à l'ancien cours stalinien exigé par Ulbricht.
Ulbricht a, certes, réussi une fois de plus à éliminer ses adversaires, mais la crise globale du stalinisme en Allemagne orientale n'en a pas été surmontée ni dans ses lacteurs objectifs ni dans ses facteurs subjectifs. Au contraire, la fraction Ulbrich doit ressentir de plus en plus le fait amer que l'élimination de gens qui font des critiques désagréables ne supprime pas les problèmes réels. Ainsi, « Neues Deutschland », l'organe du C.C. du S.E.D., écrit au sujet du Plenum :
Le dénominateur commun aux différentes tendances oppositionnelles dans le C.C. est le refus du cours stalinien dur précédemment exercé par Ulbricht et, en conséquence, l'élimination d'Ulbricht du poste de Premier secrétaire.
Cette résistance reçut sa première impulsion du 20° Congrès et des événements de Pologne et de Hongrie. Ulbricht luimême l'attribue aux opposants très justement dans son discours de clôture en disant que, depuis lors, les divergences avaient pris des formes toujours plus vives et menaient à des antagonismes devenant plus violents au sein du C.C. et du Bureau politique. Albert Norden, qui apparait à nouveau de plus en plus au premier plan, déclara à ce sujet dans un article paru le 27 février dans « Neues Deutschland » :
• ... Le groupe Schirdewan, Wollweber et autres s'efforçait non seulement de mettre en question l'autorité du Premier secrétaire mais aussi de l'écarter du poste de Premier secrétaire. »
En se fixant ce but, les nouvelles tendances oppositionnelles dans le S.E.D. montraient en même temps leur limitation principale. La direction de ces ten-
« ... C'est seulement le prochain Congrès du Parti qui convaincra le Parti de l'ampleur néfaste qu'avaient prises les idéologies du groupe sehirdewan, Wollweber et autres. »
A en juger par les derniers rapports provenant des districts locaux du S.E.D., le trouble n'est pas dissipé parmi les memores du parti. Les organismes inférieurs du parti et des syndicats commencent à s'intéresser de plus en plus ouvertement aux luttes isolées qui, jusqu'alors, étaient limitées au Comité central et la tendance à la méfiance envers les déclarations otticielles se dessine toujours plus nettement sous ce rapport. Dans l'entreprise Kabelwerk Oberspree, de BerlinEst (14.000 ouvriers), les membres de la cellule du S.E.D. ont exigé la publication des points de vue de l'opposition pour, est-il dit textuellement, « pouvoir se former eux-mêmes un jugement sur les divergences ».
Des tendances identiques se manifestent dans d'autres régions du pays, l'argumentation étant adaptée chaque fois aux circonstances locales. dances, le soi-disant groupe opportuniste Schirdewan, Wollweber, etc. ne voulait pas ébranler les éléments fondamentaux du stalinisme. Par suite d'une vue réaliste des choses, ce groupe cherchait à détourner de lui et de sa base sociale le destin menaçant, en procédant à de plus grandes concessions aux masses. Dans ses plans, il s'agissait de trouver en Ulbricht le boue émissaire aussi pour sa propre misère politique et d'atténuer seulement quelques rudesses du vieux cours stalinien. Loin de vouloir attribuer à cette opposition le but de retrouver le chemin de la démocratie ouvrière, il faut cependant dire que son attaque et ses idées contre Ulbricht n'ont pas pour mobile une lutte personnelle pour le pouvoir, mais résultent du déclin général et international du stalinisme.
Quoiqu'il en soit, les rumeurs circulant depuis un certain temps selon lesquelles Schirdewan et Wollweber refuserent de considérer le groupe Harich comme une organisation d'agents loccidentaux] et de le « détruire » comme tel, ainsi que de faire matraquer les réunions de protestation des étudiants, sont confirmées par le rapport du Bureau politique présenté
LA BASE POLITIQUE DE L'OPPOSITION
LA BASE POLITIQUE DE L'OPPOSITION
Q U 4 par Honneker et se relient à l'allusion suivant laquelle les « opportunistes » avaient été nourris dans leurs conceptions par le développement en Pologne et songeaient à développer les mêmes transformations en Allemagne orientale.
Si minimes qu'aient été les premières revendications, •si faibles que puissent apparaitre également les tendances qui se prononcerent pour un déserrement des rapports politiques, elles commencèrent
LE CARACTERE
Notre conviction que le processus général de décomposition du stalinisme s'étendrait aussi en Allemagne orientale - et était déjà entré en opération; notre connaissance de la situation sociale generale explosive et de la pression que cette situation exerce particulièrement sur le corps des fonctionnaires moyens nous avaient déjà amenés, dans notre appréciation du 33 Plenum, à conclure à l'existence d'une opposition sociale générale spontanée.
Le 35• Plenum n'a pas seulement confirmé notre opinion mais nous a appris en outre que l'opposition contre le stalinisme a gagné le S.E.D. dans toute son étendue et que l'opposition au sein du C.C. n'est qu'une expression de ce processus. En d'autres termes, cela veut dire que l'existence de deux ailes dans le S.E.D. est devenue une réalité.
Cette opposition est devenue particulièrement nette dans l'organisme de direction du S.E.D. Il faut tirer de cette analyse les conséquences nécessaires et trouver de nouvelles formes pour la lutte à venir contre le stalinisme.
En raison de leur pratique bureaucratique et de leurs conceptions staliniennes, de leur manque de compréhension et de conviction dans la force de la classe ouvrière, de leur isolement par rapport à la base du parti, Schirdewan, Wollweber. Oelssner, Selbmann et autres ont
1. Parlant du fait que l'opposition du C.C., en dépit de l'isolement dont elle est elle-même responsable, a rencontré un large écho parmi les membres, nous sommes persuades que la base du S.E.D. ne se calmera pas, malgré la « victoire » d'Ulbricht. Toutes les informations et données amènent à conclure qu'il se formera dans le S.E.D. une opposition contre la fraction Ulbricht dans le sens du 20* Congrès du P.C. de l'U.R.S.S.
2. Les enseignements du 35º Plenum pénétreront dans la conscience des masses et aideront à comprendre qu'aucune opposition ne vaincra si, dans sa lutte, elle ne donne pas la primauté aux revendications de classe des ouvriers. Mais cette prémisse touche aux racines du stalinisme et, par conséquent, ouvre la porte au mot d'ordre: pour la démocratie ouvrière !
3. La faiblesse du processus qui se déroule en Allemagne orientale se trouve aussitôt à fusionner avec les conditions objectives et à développer dans leur ensemble leur propre dynamique nouvelle qui pourrait aller bien au-delà des pensees de leurs initiateurs.
Conformément à cette logique, commence à murir en Allemagne orientale le moment culminant qui pourra détruire la domination du stalinisme et mener à un développement qui paraîtra analogue au cours de Gomulka en Pologne. DE L'OPPOSITION poursuivi leur opposition exclusivement dans les sommets du parti. Où mène une telle opposition, leur propre élimination le montre. Leur isolement a permis à Ulbricht de les vaincre une fois de plus.
Deja, lorsque l'opposition des intéllectuels prit des formes plus vigoureuses, ceux-ci avaient la possibilité d'opérer une coordination. Mais ils ne la recherchèrent pas, se tinrent sur le « bord du chemin » et, par leur propre comportement, offrirent à Ulbricht la possibilité de « battre» individuellement l'un après l'autre les différentes tendances de l'opposition des intellectuels.
On ne saisit pas l'occasion de se saisir de la deuxième base de l'opposition sociale contre le vieux cours stalinien - la classe ouvrière avec sa revendication d'un élargissement des droits à l'entreprise par la création de conseils ouvriers - pour établir la liaison avec les masses ouvrieres. Aussi Ulbricht put porter son deuxième coup et étrangler la discussion sur les conseils ouvriers.
De cette façon, Ulbricht avait surmonté les plus grands dangers pour lui et il put alors s'attaquer tranquillement à l'opposition dans ses propres rangs. L'opposition du C.C. s'est, elle-même, laissée pousser dans sa position d'isolement et se trouve maintenant sans protection en face des assauts compacts de la fraction Ulbricht. dans le fait que, malgré les conditions objectives favorables existantes, il n'y a pas de cadres révolutionnaires resolus qui puissent montrer une issue et une direction au combat des masses qui se rebellent, en particulier aux ouvriers organisés et aux intellectuels. Cette absence assure à Ulbricht une sécurité relative pour le maintien de son hégémonie dans le Parti et l'Etat.
4. Prisonniers de leur « tradition » Vieille de décades, qui consiste à se soumettre aux intérêts de la bureaucratie soviétique dirigeante, Wollweber, Schirdewan et notamment Oelssner avaient choisi la voie des conversations avec les représentants des autorités d'occupation russes en Allemagne orientale et des fonctionnaires décisifs du P.C. soviétique à Moscou. Tout comme Harich, ils furent trahis et dénoncés à Ulbricht. Pendant la session du 35 Plenum, la « Pravda » publia un grand article qui, il est vrai,
PERSPECTIVES
PERSPECTIVES dirigeait son argumentation officielle contre le danger du « social-démocratisme ». mais qui, au fond. n'était pas autre chose qu'une approbation du cours exigé par Ulbricht. C'est le secret de polichinelle qu'Ulbricht présenta cet article aux membres du C.C., contribuant à placer une fois de plus les éléments hésitants aux cotes d'Ulbricht.
5. La politique de la social-démocrade allemande abandonne toute l'opposition à son isolement. Se détournant de plus en plus de la base socialiste de sa politique, elle n'apporte aucune compréhension à la situation intérieure et à la dynamique qui s'ensuit (aussi au sujet de la réunification).
Le déroulement du mouvement déclenché par le 20 Congrès en Union soviélique, le frein que Gomulka cherche a imposer au développement en Pologne.
ne permettent également pas à l'opposition en Allemagne orientale de sauter les frontières nationales.
Si elle restait coupée d'importantes impulsions extérieures, l'opposition se verrait contrainte à la première étape. pour maintenir ses transformations de structure sociales, de trouver un compromis entre elle et le stalinisme, comme cela est déjà arrivé sous une forme semblable en Hongrie et en Pologne. Pour le moment, il ne reste à l'opposition comme issue que de consolider ses propres positions et à gagner de nouvelles bases de départ supérieures. Ainsi mürissent les conditions d'exploiter à son profit les transformations ultérieures dans l'ensemble du stalinisme, de developper un nouveau parti révolutionnaire et d'apporter ainsi sa contribution au renversement de la bureaucratie stalinienne.