A l'occasion du quarantième anniversaire de la Révolution d'Octobre, la revue du P.C. italien a édité un numéro spécial d'une ampleur considérable. qui constitue un document important à plusieurs points de vue. Il s'agit notamment d'une tentative pour donner une réponse autre que celle fournie par «l'Histoire du P.C. (b) de I'U.R.S.S.» de Staline à des questions essentielles de l'histoire du premier Etat ouvrier, pour tâcher de systématiser dans une certaine mesure les différentes explications données par Togliatti et ses amis aux problèmes posés par la « déstalinisation ».
La forme adoptée mérite d'être soulignée. On préfère faire face à de telles questions dans une revue assez lourde, au moyen d'articles souvent très longs que les ouvriers et les militants du rang en general auront beaucoup de peine à lire. Mais on veut justement éviter que la base s'immisce trop dans ces problèmes (c'est toujours dans ce but que les organes du parti ont évite la publication du fameux rapport Krouchtchev) qui devraient être plutot réservés aux membres de l'appareil et aux intellectuels.
Il ne faut pas oublier cela pour juger d'une façon réaliste les répercussions qu'aura la parution de cette revue: Fimla parution de cette revue; n'empêche qu'on doive apprécier portance du fait qu'un P.C., ayant une très large influence de masse, essaie pour la première fois depuis des décades, de developper assez largement une polémique avec les idées de Léon Trotsky et de l'Opposition de Gauche. Qui plus est : cette polémique est maintenue, en général, sur le plan politique et idéologique et évite les méthodes bien connues des accusations, des dénigrations et des calomnies.
Les rédacteur de « Rinascita » (dont Togliatti lui-même est le directeur, mais les articles les plus importants ne sont pas signés! n'ont pas hésité à faire des citations directes (bien que partois tendancieuses) des œuvres de Trotsky et de l'Opposition ; et, dans un article, Ils en arrivent à expliquer la position de Trotsky sur l'affaire de Brest-Litovsk comme étant déterminée par l'espoir d'une révojution en Aliemagne.
ans en arrière les idées de Trotsky)
Dans un autre article, aussi bien Trotsky que d'autres anciens « traitres » (BouKharine, Zinoviev et Kamenev) sont présentés comme « des personnalités politiques qui étaient autour de Lénine » qui. dit-on encore dans le même article, « par leurs opinions diverses ont contribué à former la volonté de la majorité, tout en étant souvent hostiles aux decisions et aux positions de Lenine » (p. 108).
On est évidemment assez loin des « explications » chères à feu Staline!
Il est difficile de répondre dans un seul article à tous les arguments que les rédacteurs de « Rinascita » ont étalés sur plus de deux cents pages (et des pages particulièrement denses). Nous nous limiterons donc aux questions essentielles. soit en ce qui concerne la polémique antitrotskyste, soit en ce qui concerne les problèmes de la « destalinisation ».
Déblayons avant tout le terrain de certains points, somme toute, secondaires.
En parlant de la discussion sur les thèses d'avril. « Rinascita » attribue à Trotsky le mot d'ordre: « A bas le Tsar, vive le gouvernement ouvrier! » (p. 25). Il s'agit d'une vieille erreur ou d'une vieille falsification - suivant le cas. Comme Trotsky dût le rappeler plusieurs fois lui-même, il n'a jamais avancé le mot d'ordre ci-dessus, qui en réalité a ete propose par Parvus. Mais, evidemment. les ridacteurs de «Rinascita » l'ignorent ou font semblant de l'ignorer. parce qu'il s'agit d'un «argument » valable pour justifier encore la vieille fable de la soi-disant hostilité de Trotsky envers les paysans, dont d'ailleurs il est fait étalage dans d'autres passages de cette revue.
Toujours au même endroit (p. 25) « Rinascita » explique que Kamenev et les autres - «aussi bien que Trotsky» ne comprenaient pas la possibilité pour la révolution démocratique bourgeoise de se transformer en une révolution socialiste. Laissons ici de côté Kamenev et les autres; en ce qui concerne Trotsky, cette accusation relève de la plus pure stupidité et sera aisément rejetée" par tous ceux qui ont lu n'importe quelle page de Trotsky sur ce problème.
Enfin, c'est une véritable nostalgie stalinienne qui a sans doute dieté l'ignoble
Q UATRIE ME .IN amalgame sur la base duquel on a pu ecrire
« Tous ces groupes de gauche : populistes socialistes révolutionnaires, mencheviks et sociaux-démocrates. du groupe Tehernev à celui de Martov et à celui de Trotsky, représentaient au fond, malgré leur phraséologie révolutionnaire, l'aile petite bourgeoise de la démocratie bour-
SOCIALISME DANS
Heureusement, comme nous l'avons dit, la plus grande partie de la polémique de «Rinascita » ne se place pas sur ce terrain. Prenons en premier lieu l'article : « La construction du socialisme dans un seul pays: théorie et pratique » qui est évidemment dirigé contre les idées de Léon Trotsky.
Il s'agit en réalité d'une reprise assez ponctuelle des arguments avances par Staline et les staliniens entre 1924 et 1927 et contre lesquels Trotsky a polémiqué d'une façon magistrale, entre autre, dans son écrit « La Troisième Internationale après Lénine ».
Cet article reprend avant tout la critique du mot d'ordre bien connu des Etats-Unis Socialistes d'Europe. L'occasion en était trop bonne : on pouvait polémiquer contre Trotsky en utilisant des prises de positions de Lénine.
D'après le rédacteur de « Rinascita » ce mot d'ordre serait une preuve du schématisme de la conception trotskyste et il serait lis à l'idée d'une révolution simultanée ou presque simultanée dans tous les pays européens. En effet, Lénine s'opposa en 1915 à ce mot d'ordre justement parce qu'il craignait qu'il puisse étre interprêté de cette façon; mais, à ce sujet. Trotsky expliqua son point de vue tout à fait clairement :
« Qu'aucun pays ne doive « attendre» les autres dans sa lutte. voilà une ide élémentaire, qu'il est utile et nécessaire de répéter afin qu'on ne remplace Des l'idée de l'action internationale parallile par l'idée de l'inaction internationale dans l'attente. Sans attendre les autres, commencons et continuons à lutter sur le plan national avec la certitude absolue que notre initiative stimulera la lutte dans d'autre pays. » (Trotsky, 1917, cité dans « La Troisième Internationale apres Lénine. p. 50 ed. it.)
En ce qui concerne Trotsky les craintes de Lénine n'étaient done pas justifiées.
D'autre part, en ce qui concerne le contenu intrinsèque du mot d'ordre. le rédacteur de « Rinascita » oublie trop légèrement qu'il a été adopté par la Il Internationale en 1923 : l'Internationale était elle « trotskyste » à cette époque?
D'ailleurs notre critique « glisse » sur un autre point fondamental. D'après Jui l'idée que les destinées de la Révolution russe étaient liées à celles de la révolution, surtout en Allemagne, serait une espèce d'aberration trotskyste. Au contraire, elle était généralement acceptée dans le Parti bolchevik et dans l'Internationale communiste, et Lénine lui-même la très souvent avancée. Une citation
TERNATIONALE geoise, a savoir une force qui était pour le maintien et l'amélioration, si possible. du capitalisme. »
En ce qui concerne Trotsky (mais aussi. pour la vérité, en ce qui concerne Martov) c'est une falsification grotesque, qui aurait mérité une digne place dans la fameuse « histoire » stalinienne désorma!s oubliée par tout le monde. UN SEUL PAYS ? peut suffire pour toutes (et elles seraient innombrables) : « Il est absolument vrai que sans une révolution en Allemagne nous périrons» (7 mars 1918, Lenine op. vol. XV p. 132). Est-ce clair ?
Il est presque inutile de rappeler combien cette perspective « trotskyste » etait concrète. La situation européenne = et allemande en particulier - était revolucionnaire et une victoire du prolétariat était parfaitement possible. En effet le prolétariat a développé son action revolutionnaire et tous les communistes devraient connaitre les raisons de la défaite, qui n'ont rien à voir avec une carence des conditions objectives et ume erreur de perspective de la part de Lénine, de Trotsky et de Internationale communiste en général.
Mais la pièce maitresse du rédacteur de l'article dont nous parions. est une citation tirée d'un travail de Lenine sur la coopération, d'ou découlerait l'attirmation de la possibilité de la construction du socialisme dans un seul pays. Lénine a écrit ce qui suit (l) :
« En effet, le pouvoir de l'Etat étendu à tous les moyens de production, pouvoir de l'Etat dans les mains du prolétariat. l'alliance du prolétariat avee des millines de petits paysans, la garantie que le prolétariat garde son hegémonie par rapport aux paysans. etc. n'est-ce pas tout ce qu'il faut pour pouvoir. a P'aide de la seule coopération, que nous avons considérée autrefois marchande et que nous avons encore jusqu'a un certain point le droit de traiter de la sorte tandis que nous avons adopte la N.E.P.. n'est-ce pas tout ce qui est nécessaire pour construire intégralement la société socialiste ? Ce n'est pas encore la construction de la soc été socialiste, mais c'est tout ce qui est nécessaire et suffisant a ce but.» (Vol. XVIII, II partie, P. 140).
Il faut avant tout préciser que cet article sur la coopération n'a pas été elaboré par Lénine sous sa forme définitive. ce qui est prouvé, entre autre, par certaines insuffisances de forme assez evidentes. En outre, l'article concerne en particulier les formes sociales d'organisation du passare de la petite économie paysanne a l'economie collective. mais il n'examine pas la question des bases materielles. productives. de ce passage. Les conditions dont parle Lénine. sont au fond les conditions politiques de la construction du socialisme. lesquelles toutefois ne résolvent pas la question du point de vue matériel, économique. C'est pourquot
(E) La citation dans & Rinascita» est partielle et fragmentaire.
QUATRIEME 1 N Lénine écrit en un certain point : « ce n'est pas encore la construction de société socialiste ». Pour y arriver, il faut justement l'existence des prémisses économiques qui ne sont pas en question dans cet article.
Mais ce qui est plus important, on ne trouverait pas dans tous les écrits de Lenine un autre passage qui comme celui que nous avons cité puisse déterminer des équivoques, tandis que maintes fois il a été absolument clair pour affirmer le contraire, à savoir l'impossibilité de la construction du socialisme dans un seul pays, isolé dans un monde capitaliste. Encore une fois nous nous limiterons à une seule citation :
« Dans un pays pareil (la Russie) la révelution sociale ne peut gagner definitivement qu'à deux conditions : premiela condition qu'elle soit soutenue a temps par la révolution sociale dans un ou L'autre condition est l'alliance entre le prolétariat qui exerce sa dietature ou garde dans ses mains le pouvoir etatique et la majorité de la population paysanne... Nous savons que ce n'est que par l'alTiance avec les paysans qu'on peut sauver la Révolution socialiste en Russie aussi longtemps que la révolution n'a pas eu lieu dans d'autres pays.» (Vol. XVIII. I" partie. p. 137-138).
Cette idée était d'ailleurs un acquis commun du parti bolchevik, dans une telle mesure que même ceux qui plus tard T'abandonnèrent, ne la contestèrent pas pendant une longue période. Rappelons, entre autre, que le Comité Central du P.C. (b) approuvait sans aucune difficulte en 1921 inclusion dans le programme des Jeunesses Communistes d'une phrase de cette teneur :
« La Russie ne peut atteindre le socialisme que par la révolution prolétarienne mondiale: nous sommes entrés dans l'époque du développement de cette révolution. »
C'est pourquoi Staline lui-même au printemps de 1924 utilisait une formule « trotskyste » citée par « Rinascita » (2). Il ne s'agissait pas d'une « formulation malheureuse . comme voudrait le faire croire notre rédacteur, mais d'une expression tout à fait conséquente avec la tradition théorique du bolchevisme que Staline n'osait pas encore déformer ouvertement!
L'article de « Rinascita » n'approfondit pas la question de la possibilité ou de l'impossibilité de la construction du socialisme dans un seul pays en l'examinant dans ses vraies bases historiques et théoriques. C'est pourquoi nous ne revenons pas sur ce côté — évidemment fondamen-
- de la question. Cependant nous voulons ajouter encore quelque chose.
(2) < Pour la victoire définitive du socialisme = pour l'organisation de la production socialiste. les efforts d'un seul pays, surtout d'un pays paysan comme la Russie, ne sont plus suffisants; dans ce but les efforts des prolétaires de quelques pays avanc sont nécessaires. » (p. 70.)
« Rinascita » utilise une autre citation de Lénine, adressée surtout contre la tendance gauchiste-boukharinienne (de 1918) pour démontrer soi-disant que « l'internationalisme » de Trotsky s'avérait fondé sur un schema abstrait qui ne considérait pas les situations concrètes, les difficultés particulières de la crise révolutionnaire des autres pays». Rien de plus faux. Si le rédacteur de « Rinascita › n'ignorait pas ou ne faisait pas semblant d'ignorer l'histoire des premières années de T'U.R.S.S et de la Troisième Internationale, il se rappellerait que quand se dessinérent dans l'Internationale des tendances putschistes ou ultragauchistes, Trotsky les combattit toujours aux côtés de Lénine - sans la moindre hésitation et que toutes ses appréciations sur la situation des autres pays se baserent toujours sur des analyses tres concrètes et détaillées, qui ne concluaient pas necessairement - cela devrait aller sans le dire - à l'existence d'une crise révolutionnaire.
D'ailleurs il est trop commode de faire du tapage à propos de Brest-Litovsk et des divergences entre Lénine et Trotsky à cette époque et d'oublier par exemple l'épisode moins connu mais non moins significatif de la campagne polonaise qui, sous un certain point de vue. a marque un renversement des positions réciproques de Lénine et de Trotsky par rapport à Brest-Litovsk. Quand se posa le problème de l'offensive sur Varsovie, Lénine qui rallia à son point de vue la majorité du Bureau politique se - prononça pour l'offensive sur la base d'une appréciation de la situation intérieure de la Pologne qui par la suite s'avéra trop « optimiste». Trotsky, par contre, fut dès le premier moment contre l'offensive dont il comprenait tous les dangers militaires et politiques. Des positions analogues répétèrent après la défaite de Varsovie, à propos de la question de la reprise éventuelle des hostilités. A la fin, Lénine préféra appuyer l'attitude de Trotsky et. même en cela, ce fut une sorte de répétition renversée de Brest-Litvosk (ou finalement Trotsky appuya la position de Lénine). (« Ma Vie ». p. 405-407; « Le prophète armé ». I. Deutscher, p. 622).
Tout cela démontre que la conception générale de Lénine et celle de Trotsky ne différaient pas et qu'il n'y avait non plus de divergences essentielles sur la nature de la periode. Par contre, il y avait - ce qui était tout à fait naturel -des divergences sur des analyses et des appréciations particulières. Sur ce terrain. il est absolument faux de présenter Trotsky comme le prêcheur simpliste de situations toujours révolutionnaires et le fauteur irresponsable de toutes sortes d'aventures en hommage à un prétendu schéma tout à fait abstrait. Ceux qui décrivent les choses de cette manière ou se trompent par ignorance grossière ou défigurent sciemment la vérité historique.
Mais évidemment il est beaucoup plus facile de tacher de tromper les gens par des généralités gratuites et banales
INTERNATIONALE que de développer une analyse sérieuse sur des textes et des positions réelles (3).
En liaison avec la question examinée jusqu'ici, il en est une autre, à laquelle « Rinascita » fait allusion brièvement dans un autre article (p. 115), à savoir celle de la conception des rapports entre l'économie soviétique et l'économie mondiale. Outre que « Rinascita » continue à ignorer le fait historiquement établi que Trotsky et l'Opposition ont avancé l'idée d'un plan quelques années avant que Staline et sa fraction ne l'acceptent. elle avalise encore l'accusation stalinienne classique d'après laquelle Trotsky aurait voulu transformer l'économie de I'U.R.S.S. en « un appendice de l'économie mondiale».
Pour répondre à cette accusation, il suffit de rappeler que Trotsky fut toujours très fermement et très clairement pour la défense du monopole du commerce exterieur. « Le monopole du commerce extérieur, écrit-il dans un essai magistral de 1930, S'impose tout aussi impérieusement que l'armee et la flotte à la République des Soviets. L'abolition ou même seulement l'affaiblissement du monopole du commerce extérieur (Staline tenta d'y parvenir sous l'influence de Sokolnikov à la fin de 1922) marquerait non seulement un retour à la Russie dans la voie du capitalisme, mais réduction de ce pays à l'état de semi-colonie ». (« Ecrits » p. 74).
Ce que Trotsky soulignait, c'était la nécessité d'une liaison économique avec le marché mondial et le caractère utopique d'une espèce d'autarcie soviétique. Cette liaison aurait opéré comme un stimulant, particulièrement dans certains
LENINE, TROTSKY ET LA
L'article au titre « Lénine, le contrôle ouvrier et le mouvement syndical » inclut une polémique assez ample contre l'attitude de Trotsky sur la question des syndicats dans les années 1919-1920.
« D'après Trotsky — écrit « Rinascita »
- l'étatisation des syndicats devait être plus tard rien d'autre que leur transformation dans des organes auxiliaires de l'appareil centralisé de l'Etat, subordonnés de l'extérieur et par en haut
June direction bureaucratique, même militaire, suivant la praxis du communisme de guerre, introduite comme élément permanent dans la construction de la société socialiste » (p. 73).
Plus loin nous lisons que d'après Trotsky et Boukharine, « toute contradiction possible entre les intérêts des travailleurs et l'intérêt de l'Etat soviétique était niée par un simple syllogisme... Trotsky (au II: Congrès des syndicats), en défendant les armées du travail, soutint de la façon la plus énergique, et par des arguu nts ana• bes i ceux de Boukharine, le droit absolu de l'Etat proléemployer les forces de travail tarien à de la nation de la façon qu'il estimait la plus juste; les syndicats devaient transformer radicalement leur propre fonction par rapport aux travailleurs ces derniers devaient désormais être con- secteurs où on aurait pu utiliser, grace a elle, des ressources autrement immobilisées (op. cit. p. 117).
«La plateforme (de l'Opposition de Gauche, écrit Trotsky en 1929, exclut toute ligne de conduite menant vers une économie fermee, isolée. Il est absurde de s'elforcer de separer l'économie sovielique du marche mondial par une muraille de Chine. Le sort de cette économie sera décidée par l'allure générale de son développement (y compris l'agriculture) et nullement par le degré de son « autonomie» dans la division mondiale du travail » (p. 340).
Dans un autre article, nous lisons:
« La tâche n'est pas de realiser rythme maximum abstrait mais le rythme le plus favorable dans les circonstances données, c'est-à-dire celui qui découle des conditions économiques la répare posi intérieures et mondiales, elle est de fortifier les posttions du proletariat. de les éléments nationaux de la future société socialiste internationale, en meme temps. et par dessus tout, d'améliorer le standard de vie du prolétariat, renforçant son union avee les masses non exploiteuses du village » (op. cit. p. 152).
Voilà comment Trotsky posait le problème : sa divergence par rapport a Staline découlait évidemment d'une divergence sur la conception fondamentale de la construction du socialisme et de la marche de la révolution mondiale. Nous ne pouvons évidemment reprendre ici toutes les idées de base de Trotsky : il suffit d'avoir apporté quelques précisions en réponse a , des interprétations ou déformations grossières. DISCUSSION SYNDICALE sidérés non plus en tant que consommateurs - et done défendus dans leurs intérets immédiats — mais dans les conditions de Etat soviétique, en tant que producteurs; leur tache etait, donc, celle d'organiser la discipline du travail, d'en accroitre l'efficacité, la productivité. Les syndicats ne devaient plus S'occuper du revenu individuel des travailleurs. mais du revenu national. De cette façon. les syndicats n'étaient plus qu'un engrenage inséré dans la machine: d'un Etat qui planait au dessus des travail. leurs...
D'après Trotsky les syndicats devaient devenir les brigades de choc de la grande armée du travail : ils devaient être dirigés par un personnel nommé par en haut, par le parti et par l'Etat; seulement par ce moyen ils pouvaient se libérer des dégénérescences bureaucra-
(3) L'affirmation de « Rinascita » suivant laquelle « l'internationalisme de Trotsky se transformait en un nationalisme aveugle et borné» (p. 80) n'est qu'un piètre jeu de l'esprit et ne mérite pas d'être réfuté tant la pensée de Trotsky est claire pour ceux qui savent ou veulent l'entendre
En ce qui concerne les appréciations de Gramsei sur Trotsky nous devons nous permettre de renvoyer nos lecteurs à une série d'articles parus dans
« Bandiera rossa », organe de la section italienne de la IVe Internationale.
Q UAT RIEME I N tiques et de l'étroitesse corporative ». (p. 76).
En principe, le sieur Togliatti et ses acolytes ne seraient pas les mieux placés pour reprocher Trotsky une conception soi-disant bureaucratique des syndicats. Pendant près de trois décades, ces gens ont approuvé la pratique stalinienne de subordination totale des syndicats à l'Etat bureaucratiss, applaudissant à une conception strictement «productiviste ». Il faut tout leur aplomb pour qu'ils se rappellent tout à coup les idées de Lénine
1920 et deviennent des partisans de | « indépendance » des syndicats par rapport à l'Etat : cela, entre autre, sans une seule ligne d'autocritique !
Mais réalité les critiques qu'ils adressent à la position de Trotsky à propos des syndicats ne sont pas nouvelles et elles ont trouvé place aussi dans certains ouvrages historiques dont le sérieux ne pourrait pas être contesté.
Il est vrai que. dans la discussion syndicale en 1920-21, Trotsky fut partisan d'une ligne qui était différente de celle préconisée par Lénine. Il est vrai aussi que certaines de ses propositions impliquaient des dangers sérieux n'étaient pas de nature à assurer un accomplissement de la part des syndicats des tâches qui sont spécifiquement les leurs. On peut ajouter que certaines mesures pratiques adoptées par lui dans le syndicat des cheminots n'étaient pas en accord avec les regles normales la démocratie syndicale. On peut - last but not least conclure qu'il n'avait pas compris que « durant la période qui s'étale entre le début et le parachèvement de la gestion ouvrière, la classe ouvrière avait besoin d'un orgamisme de défense de ses intérêts de consommateurs. organisme indépendant de l'Etat » (4).
Mais il ne faut pas. d'autre part. oublier toute une série d'éléments qui doivent absolument entrer en ligne de compte si on veut comprendre les véritables idées de Trotsky, à cette époque. sur cette question.
Lui-même souligne dans « Ma Vie» l'un de ces éléments : ses propositions sur 1 « étatisation » des syndicats étaient conçues dans le cadre du communisme de guerre et en effet elles ne furent plus reprises après l'adoption de la NEP (5). Il est donc erroné de les considérer dans l'abstral Trotsky de concevoir comme sub specie aeternitatis. l'accuser « permanentes » et « normales » pour une société socialiste des mesures propres à une péride absolument extraordinaire.
Peut-on dire d'ailleurs que Trotsky oubliait tout à fait le point de vue de l'ouvrier-consommateur ou était insensible aux nécessités de la démocratie
(4) A propos de cette question de la polémique sur les idées avancées par Trots. y dans la discussion syndicale dans le P.C. russe, voir larticle de E. Germain (Q.I.. mars 1955). 9(5) Il faut rappeler encore une fois que. contrairement à ce qu'affirme la légende stalinienne, Trotsky comprit très bien la nécessité de la N.E.P. et même parvint à des conclusions « nepistes » avant Lénine.
TERNATIONALE ouvrière? Ce n'est possible qu'à la condition de procéder par des citations unilatérales ou par des simplifications abusives de ce qu'était la conception de Trotsky dans son ensemble.
Nous nous excusons auprès de nos lecteurs si encore une fois nous devons avoir recours à des citations, mais nous ne pouvons pas nous en passer.
A la conférence panrusse du Comité central des ouvriers du transport, Trotsky a dit (en 1920) :
« Les syndicats doivent concentrer entre leurs mains toute la production : ils doivent l'organiser et en devenir les directeurs autorisés. La lutte contre l'esprit bureaucratique a pour condition l'organisation pratique de cette production l'appel aux masses laborieuses à (s'associer) à cette œuvre d'organisation ».
Dans un article paru à peu près à la même époque, on lit:
« Deux ordres de questions dominent actuellement l'attention du Parti Communiste : la démocratie ouvrière et l'organisation economique... Par démocratie ouvriere eu soviétique • nous entendons la participation réelle et de plus en plus large des travailleurs à la construction de la société nouvelle... »
Dans un autre article, écrit pour le X Congrès du parti, on lit
« La democratie ouvrière ne peut pas éclore dans les conditions d'épuisement et de pauvreté. L'auto-détermination des masses peut s'affirmer que sur la base | d'use satisfaction croissante des besoins matériels. Concentrer toutes les forces et toute l'attention sur l'économie, voilà en quoi doit consister l'essentiel de la vie intérieure de tous les organes et de toutes les formes de la démocratie ouvrière. Plus le travail des syndicats se développera dans le sens de la nouvelle direction, plus profondément ils pénétreront dans les masses, et plus il possible d'appliquer tôt toutes les méthodes de la démocratie de l'économie, c'est-à-dire non seulement de discuter systématiquement mesures économiques les plus importantes dans les réunions de larges masses, mais encore d'appliquer le principe de l'élection à toute une série de postes d'administration économique ».
Dans un écrit de 1921 nous pouvons lire :
« Dans les domaines de la lutte contre le bureaucratisme l'Etat ouvrier devrait utiliser ses forces non pas tant pour surcharger les organes de contrôle que pour élargir et améliorer l'appareil économique existant, en l'unifiant à cette fin avec les syndicats. Dans la mesure où les syndicats ne se placent pas dans le domaine du travail productif créateur, ils n'avancent plus, ils s'ossifient et portent en euxmêmes toutes les marques défavorables du bureaucratisme ».
Dans un discours prononcé devant les sections féminines du Parti, Trotsky a dit finalement :
« Dans la lutte collective, notre prolétariat a développé les plus hautes qualités de dévouement, mais à ce dévouement doit correspondre finalement une compensation matérielle. Nous devons lui
INTERNATIONALE assurer ainsi qu'à sa famille les meilleures conditions d'existence ».
Tout cela devrait donner une idée plus claire de la conception de Trotsky à cette époque. Il a commis des erreurs. nous n'avons aucune raison de le nier; mais l'intégration des syndicats dans l'Etat devait répondre, à son avis, à l'exigence primordiale d'assurer une participation active de la classe ouvrière à la direction de l'économie et il comprenait très bien, d'ailleurs, que cette participation ne pouvait pas concrètement s'affirmer sans un minimum de base matérielle, en d'autres termes sans qu'on
Une troisième question importante est soulevée par « Rinascita» dans l'article « La Revolution a ouvert la voie la libération des peuples coloniaux». Il s'agit de la polémique bien connue sur la défaite de la révolution chinoise en 1925-1925.
«Rinascita » reprend point par point les arguments staliniens de 1927 et recourt même à des citations d'un rapport de Togliatti dans une réunion du Comité exécutif de VI. C. à l'époque.
La responsabilité de la défaite retomberait — d'après « Rinascita » - sur la direction du P. C. chinois (Chen-DouSiou) qui aurait commis des erreurs opportunistes « dans le sens de limiter l'activité et le travail d'organisation des communistes à l'intérieur du front uni, d'abandonner à eux-mêmes ou, encore pire. de freiner les mouvements paysans et ouvriers en les considerant comme des « excès » qui pouvaient rompre le front uni» (p. 170). L'Internationale Communiste. par contre. aurait toujours recommandé aux communistes chinois « de developper un travail politique et organisationnel indépendant, d'organiser le prolétariat en tant que force politique indépendante, de soulever les paysans contre les propriétaires fonciers, d'organiser ouvertement la révolution des ouvriers et des paysans et de préparer de cette facon les conditions pour l'hégémonie du prolétariat ».
En ce qui concerne Trotsky et l'Opposition, ils auraient soutenu selon Togliatti — des positions infantiles de la même nature que celles de serrati qui. au 2° Congres de II. C., avait nie la distinction léniniste fondamentale entre la révolution dans les pays oppresseurs et la révolution dans les pays opprimés. " En face de la perspective d'une rupture inévitable avec la bourgeoisie. la directive de l'Internationale au P. C. chinois était de ne pas provoquer la rupture, mais d'utiliser les éléments bourgeois adhérents au bloe révolutionnaire aussi longtemps que cela était possible et compatible avec la nécessité de l'alliance avee les paysans. Si notre directive avait été une autre, à savoir celle de nous isoler du bloc national et de provoquer la rupture avant que l'un des éléments qui le composaient en fut rejeté par le développement de la lutte révolu42 puisse tenir compte des nécessités de l'ouvrier consommateur.
La voie par laquelle Trotsky voulait atteindre ces buts n'était peut-étre pas la plus appropriée. Mais, de toute façon, il est du moins simpliste et donc faux de présenter ses idées comme l'a fait «Rinascita » et il est encore plus faux de tirer la conclusion absurde que Trotsky n'a fait — au moins sur ce terrain qu'anticiper dans la théorie ce que Staline a plus tard réalisé dans la pratique. Il suffit de se renseigner d'une façon un peu moins unilatérale pour se convainere de l'arbitraire de telles interprétations. tionnaire. quel avantage aurions-nous eu? Nous serions-nous trouvés le jour de la rupture plus forts que nous nous sommes trouvés lors du coup d'Etat de Tehang-Kai-Chek à Shanghai? » vola une musique de 1921 que monsieur lognait voudrait Jouer a nouveau. trente ans après, comme si rien n'était intervenu, comme si en Italie même les militants communistes n'avaient pas la possibilité de constater personnellement assez aisement si ses allegations sont exactes ou fausses. Et il suffit, pour un militant quelconque, de lire une seule page de Trotsky sur la révolution dans les colonies pour qu'il se rende compte que la comparaison entre les positions de Trotsky - qui d'ailleurs a été toujours entièrement d'accord avec Lénins à ce sujet — et certaines positions maximalistes infantiles repose sur une grossière falsification. Nous défions Togliatti de trouver une seule page trotskyste qui puisse justifier son appréciation. Nous sommes sürs qu'il ne pourra pas la trouver.
En ce qui concerne la politique de IT. Cen Chine, ce qui est arrive est. d'apres Togliatti lui-meme, exactement le contraire de ce qu'on escomptait. Ce n'est pas le P.C. qui « utilisa » la bourgeoisie nationale, mais la bourgecisie nationale qui « utilisa » le P.C. qui. d'ailleurs. lors du coup d'Etat de Shanghai a été littéralement écrasé. Clétait pourtant inévitable. étant donné la politique qui avait été adoptée et dont le sens était la subordination du P.C. done du mouvement ouvrier, à la direction du Kuomintang qui était essentiellement bourgeoise. Pour entrer dans le Kuomintang et y rester. le P. C. accepta en effet des conditions très dures et meme celle de renoncer à la critique des conceptions petites bourgeoises de l'inspirateur du Kuomintang, le docteur sun Yat sen (entre autre, l'adhésion au P.C. etait mierdite aux membres du Kuomintang !)
Il ne s'agit donc pas, comme « Rinascita » voudrait le faire croire, de simples erreurs d'application d'une ligne en soi correcte, mais d'une conception stratégique tout à fait fausse qui, en pratique. niait l'indépendance du mouvement ouvrier et impliquait sa subordination la direction bourgeoise du Kuomintang.
TOGLIATTI ET LA DEUXIEME REVOLUTION CHINOISE
TOGLIATTI ET LA DEUXIEME REVOLUTION CHINOISE
Quant à la responsabilité de la direction du P.C. chinois et en particulier de Chen-Dou-Siou, nous avons affaire ici a la répétition d'une manœuvre de type classique. Personne ne peut nier cette responsabilité, mais elle est bien moindre que celle de la direction de l'I.C., à savoir Staline, qui détermina toute la politique chinoise. Après la défaite il fallait trouver un bouc émissaire pour décharger le Komintern stalinisé de ses responsabilites et ce sont les dirigeants chinois qui ont payé. Mais ni Togliatti ni le rédacteur de l'article de « Rinascita » ne devraient ignorer qu'après une première expérience négative au mois de mars 1926 à ce moment Tchang-Kai-Chek mit sur pied le coup d'état de Canton, en arrêtant, entre autre, les dirigeants du P.C.) et après avoir connu les conditions très durs que le Kuomintang exigeait pour l'admission des communistes, le Comité central chinois avait décidé de se retirer du Kuomintang : le Komintern intervint dans le sens contraire, annulant la decision de la direction chinoise. Mais c'est évidemment un détail qui n'intéresse pas nos amis de la revue italienne (6).
On peut conclure sur la partie concernant la polimique anti-trotskyste. 11 est vrai que « Finascita » renonce aux « arguments » staliniens couramment utilisés pendant plus de deux décades (7). Mais l'opération accomplie sous la pression de la nouvelle situation créée par le XX Congrès et de la parution récente en Italie de deux œuvres capitaies de Léon Trotsky qui ont eu une circulation incontestable parmi des membres du P.C.J. - consiste dans la reprise des arguments avancés par Staline entre 1923 et 1927. On peut dire qu'il n'y a pas une seule ligne qui soit originale: le vieux Togliatti est simplement revenu trente ans en arrière.
Naturellement, Staline est encore considéré comme une source fondamentale et souvent les idées des adversaires ne sont pas présentées par des citations directes, mais par des paraphrases de Staline lui-même. Le caractère arbitraire de cette méthode n'a pas besoin d'étre dénoncé.
Enfin, le but de tous les articles que nous avons cités, c'est de remplacer l'an-
C'EST LA FAUTE
Si, en général. le numéro de « Rinascita » dont nous parlons tâche de donner une explication néo-stalinienne ou poststalinienne de l'histoire de I'U.R.S.S. dans les dernières decades, c'est surtout l'avant-dernier article - ecrit lort probablement par Togliatti lui-même sous le titre « Les perspectives ouvertes par le XX Congrès et le nouvel essor de la démocratie socialiste » — qui prétend donner une réponse quelque peu systématique aux problèmes posés par la « déstalinisation ».
Grosso modo, on pourrait dire que cet article se place entre la fameuse interview de Togliatti d'il y a un an et demi
- qui avait provoque la critique des dirigeants du P. C. de l'U.R.S.S. → et
TERNATIONALE tithèse Staline-Trotsky — qui n'est plus payante — par l'antithèse Lénine-Trotsky. Trotsky est justement décrit comme l'opposant de Lenine et on arrive a affirmer carrément que Staline avait raison quand il parlait « d'une opposition permanente trotskysme au léninisme » (p. 79). Dans ce out on met en épingle les divergences réelles, on les exagère, on les deligure. On garde le silence sur le rôle de Trotsky dans la révolution et on minimise le fait de la collaboration entre Lénine et Trotsky de 1917 à 1923. On ignore que cette collaboration s'est réalisée non sur des questions de detail, mais sur les questions fondamentales lutte revolutionnaire pour la prise du pouvoir, organisation de l'Etat ouvrier. problème de la guerre civile, fondation et organisation de l'Internationale Communiste, principes de base du mouvement communiste mondial.
Nous sommes donc, loin encore, d'une méthode historique sérieuse. C'est encore feu Staline. en dernière analyse, qui détermine le ton de la musique.
(6) « Rinascita » cite aussi la conclus on du rapport de Togliatti sur la Chine, disant : & De cette façon nous devons être pour les Soviets en Chine dans la phase actuelle ». C'est l'affirmation de la politique aventuriste qui amena à la défaite de Canton: évidemment Togliatti ne pense pas que le moment d'une autocritique à ce sujet soit encore venu.
(7) Pour être précis, des « nostalgies» staliniennes se manifestent dans une note à la page 79, où l'on parle de sabotage de la part de l'opposition trotskyste, tandis qu'l est bien connu que les trotsiystes furent toujours hostiles à de telles méthodes de lutte. encore, on lit : « Dans son autobiographie, Trotsky explique comment ils profitaient de toute occasion pour déclencher « une campagne contre la théorie réactionnaire du socialisme dans un seul pays» (Ma vie. p. 461, éd, it.) et il admet que l'opposition n'hésita pas recourir à des « voies illégales » (Ma vie, P. 472) »
En réalité, "la citation complète tirée de a Ma vie s est la suivante: « Au fond. le problème des coeíficients comparatifs, résultant du fait que les forcede production mond ales sont supérieures aux forces nationales, constituait une campagne contre la théorie réactionnaire du socialisme dans un seul pays». On peut apprécier la déformation !
Quant à « voies illégales ». il est évident que si qu'avoir recours au travail clandestin (sauf Peut « la démocratie socialiste est violée », on désire applaudir les différents Béria, comme Pont toujours fait les rédacteurs de « Rinascita »). AUX MASSES... le document de Moscou, dans le sens que par rapport au premier document représente un pas en arrière, tandis qu'il est plutôt moins « néostalinien » que le deuxième. Sur la question de l'Etat-guide. pour prendre un exemple assez significatif. « Rinascita » ne • reprend pas la conception « polycentrique » avancée par Togliatti en 1956, mais d'autre part elle ne parle jamais, sur plus de deux cents pages, du rôle de T'U.R.S.S. dans les termes utilisés par la résolution de Mos cou, qui a voulu réaffirmer l'hégémonie de l'U.R.S.S.
Dans l'interview de « Nuevo Argomenti » Togliatti en était arrivé à écrire « Dans le régime instauré par Staline dans des périodes déterminées il y avait
INTERNATIONAL des éléments de tyrannie et le pouvoir avait commis des actes délictueux et moralement révoltants » Il avait exprimé des doutes sur la validité de la ligne politique suivie par le P.C. de I'U.R.S.S. « parce que la restriction et. dans certains cas, la disparition même de la vie démocratique est une chose essentielle pour la validité d'une ligne politique »; il avait parlé d'une bureaucratisation du parti, des organes l'Etat, des syndicats et il avait défini Staline comme « l'organisateur et le dirigeant le plus expérimenté d'un appareil bureaucratique ». Tout cela disparait maintenant dans l'article de « Rinascita » ou s'y trouve exorimé en des termes beaucoup plus modéres.
On parle en effet de « certaines formes de rigidité bureaucratique de direction personnelle, de violation des normes de la démocratie soviétique et du parti », mais on ajoute tout de suite que ces phénomènes - qui se seraient dessinés « dans les dernières années d'avant la guerre y - se seraient atténués pendant guerre, quand on aurait pu assister « à une plus large initiative d'en bas ». Toutefois - on continue - « le culte de la personnalité de Staline et les formes de direction personnelle, de dogmatisme. de bureaucratisme qui lui étaient liées. étaient loin de pouvoir être considérées comme liquidées ».
Plus loin on parle de « remplacement de méthodes de direction collective par des méthodes de direction personnelle ». de « déformations hiérarchiques méthodes du centralisme démocratique », de « déformations dogmatiques de la doctrine marxiste et des méthodes de travail communistes ». de « méthodes de commandement bureaucratique », de « dogmatisme », de « distorsions du fonctionnement correct du système politique soviétique et même de délictueuses violations de la légalité socialiste et de la démocratie intérieure du parti ». On souligne en outre les responsabilités de Staline sur le plan culturel et les conséquences du « culte de la personnalité » dans l'agriculture. On affirme enfin que la responsabilité la plus grave de Staline a éti. « peut-être, d'avoir limité et parfois étouffé la circulation des idées et la discussion dans le parti ».
D'autre part, on explique que toutes les erreurs de Staline « ne pouvaient pas entamer ni mettre en question la validité même du système étatique soviétique en tant que système étatique socialiste » et que « malgré les erreurs, les distorsions et les violations, le système soviétique et la direction du parti ont continué, même dans les moments les plus difficiles, à assurer - à la direction de l'économie aussi bien qu'à celle de l'Etat - la participation directe et active de millions de travailleurs ».
niens italiens et dans le même numéro de cette revue elle revient dans un article de Longo (8). Mais il s'agit au fond d'une véritable escroquerie, parce qu'on suppose réalisée la démocratie quand un comité de troisième ordre peut décider sur le nettoyage des cabinets ou sur la construction d'une fontaine, tandis que tous les problèmes politiques et économiques fondamentaux, s'ils étaient soustraits à la décision des membres du Comité central du parti et du Soviet suprême. l'étaient à plus forte raison à celle de l'ouvrier ou du paysan du rang. Mais il se peut que, d'après Togliatti et ses amis, les « grands problèmes » doivent être une chasse gardée des gens d'en haut, tandis que les ouvriers et les paysans peuvent se satisfaire de se VOIT assurer la possibilité de trancher les menues questions.
D'ailleurs le caractère bureaucratiqueréactionnaire de la conception de Togliatti manifeste d'une façon encore plus claire dans ses explications sur les origines du « culte de la personnalité ».
Déjà à l'époque de l'interview de « Nuevo Argomenti », nous avions souligné l'insuffisance absolue - du point de vue du matérialisme marxiste — des explications du culte de la personnalité fournies par Togliatti. Ici, on trouve une explication un peu plus poussée dans le sens qui suit.
" Pendant la guerre et dans la période difficile de la reconstruction de l'aprèsguerre - lit-on dans le groupe dirigeant du parti lui-même avait continué à prévaloir l'idée - basée sur une grave sous-estimation du niveau de conscience politique atteint par les masses soviétiques que, en face des dramatiques difficultés de cette période historique. confiance dogmatique dans le chef du parti (même si elle pouvait nuire à la vie démocratique du parti et à l'initiative des masses) constituait un élément de force nécessaire pour la victoire. Aussi au dehors de I'U.R.S.S., du reste, et pas seulement dans les partis communistes, une appréciation analogue Sur la fonction de la personnalité de Staline était largement répandue : ce qui parait confirmer que - bien qu'erronée et avantcoureur de graves conséquences politiques — elle ne pouvait pas être considérée tout simplement comme un phénomène dû au hasard. explicable seulement par la personnalité puissante et les défauts personnels de Staline, mais qu'elle avait dans la réalité des racines objectives...
(8) L'articie de Longo - l'un des dirigeants du P.C. italien les plus * fro ds » envers la « déstalinisation » — minimise la portée du « culte de la personnalité », que d'ailleurs le parti n'aurait pas hésité à dénoncer et à vaincre « rapidement » (sic | p. 84). « La facilite relat ve avec laquelle les corrections ont été réalisées de l'intérieur du système soviétique luimême - écrit Longo - démontre que le dommage causé par ce qu'on a nommé le culte de la personnalité de Staline, a été partiel et a touché plus les sommets des organes de direction de l'Etat et du parti que la base. » (pp. 83-84.)
A côté de l'article de Longo, il y en a d'autres qui sont plus « staliniens » (par exemple celui sur les opérations militaires qui présente sous un jour favorable même le rôle de Staline pendant la guerre, (p. 140).
Et même dans la période les plus graves », le parti d'après « Rinascita », un fondamentalement juste ».
L'idée suivant laquelle socialiste aurait été violée
« des erreurs aurait assure.
e « direction la démocratie en haut mais fondamentalement en bas a été non pas avancée maintes fois par les post-stali-
« Les déviations dans le sens du culte de la personnalité de Staline, si elles étaient basees, d'une part, sur une grave sous-estimation du degre de maturité politique atteint par les masses soviétiques, peuvent être considérées. de l'autre. comme une concession partielle du parti dans le sens de ce que Lénine avait qualifié « le culte de la spontanéité » des masses les plus arriérées. » (p. 192),
Tout en parlant d'une appréciation incorrecte de la maturité des masses, on avance, au fond, l'argument du caractère arriéré de certains secteurs au moins des masses comme une justification du culte de la personnalité. Cette explication est même avancée pour justifier les d formations dogmatiques du marxisme, certaines formules de propagande, certaines méthodes de direction pendant la période des premiers plans quinquennaux.
Mais pour ceux qui pourraient soupçonner de notre part une extrapolation un peu hative, citons encore les lignes suivantes qui voudraient justifier les hésitations des dirigeants du P.C. de T'U.R.S.S. avant de commencer la lutte contre « le culte de la personnalité ». Ils auraient hesite parce que « ce culte avait désormais des racines profondes dans le peuple et dans le parti lui-même : de telle façon qu'à celui qui en avait compris les conséquences néfastes et avait choisi la voie de le combattre, il pouvait apparaître que ce choix signifiait prendre parti contre la révolution, contre le parti, contre le socialisme, contre le peuple lui-même qui, dans le nom de Staline, identifiait et défendait avec passion, désormais, la révolution, le pouvoir soviétique, le parti, le socialisme » (p. 195).
Dans son interview de l'année dernière Torliatti avait mis en lumière une certaine co-responsabilité des dirigeants soviétiques ; maintenant il semble les justifier beaucoup plus et il préfère insister davantage sur l'attachement du peuple à Staline. Et dans un autre passage il revient encore sur ce thème en disant que les erreurs dues au culte de la personnalité se sont developpées « non en conséquence d'une rupture des liaisons organiques du parti avec les masses. mais. au contraire, le cas échéant. consequence d'une adaptation passive à leur spontanéité la plus arriérée ». Et le retard même de la « déstalinisation» s'expliquerait par « la préoccupation de la part du P.C. de l'U.R.S.S. de garder, en toute situation, ses liaisons avec les masses, sans « fuir en avant », en ne tenant pas compte du degré de conscience atteint par elles » (p. 197).
Ce serait donc, en dernière analyse, la faute aux masses ! Le cercle du raisonnement bureaucratique ici se ferme : les bureaucrates, l'appareil ont toujours des justifications et, s'ils adoptent des méthodes réactionnaires. c'est au fond une nécessité pour s'adapter au niveau des masses !
Nous avons à peine besoin de dénoncer le caractère apologétique, non-marxiste, de ce procedé. Nous ne nions pas que l'état arriéré de larges couches des masses russes ait facilité la « stalinisation ». Il ne s'agit pas d'une cause, mais d'un élément accessoire qui a facilité le processus. Pour déterminer la cause, il faut, en dernière analyse, répondre à la question : dans l'intérêt de qui cela est-il arrivé ? Sont-ce les masses ou les bureaucrates qui ont bénéficié du « culte de la personnalité » ?
La réponse n'est pas douteuse et, par conséquent, il faut s'orienter vers la bureaucratie et la bureaucratisation si 02 veut saisir les causes véritables du « culte de la personnalité ». C'est ce que Togliatti avait tout à fait partiellement commencé à faire. sous la pression des circonstances exceptionnelles, l'année dernière. Mais aujourd hui il pense que le moment est venu de reculer et de se faire pardonner par Khrouchtchev des critiques très mal acceptées. C'est pourquoi il a battu en retraite et il n'est pas exclu qu'il reculera davantage encore 9. lera davantage encore (9).
Toutefois, quelles que soient les limites des écrits que nous avons analysés, quels que soient les buts que se proposaient et se proposent d'atteindre Togliatti et Cla il reste le fait que pour la première fois li reste le lant que pour la premiere 10.s une publication stalinienne officielle ouvre une polémique contre les idées de Trotsky sur un plan en gros idéologique et politique. Cela aura des répercussions inévitables, tot ou tard, sur les militants communistes avancés. Cela poussera à un nouveau pas en avant, qui ne pourra être que la polémique et la discussion directe sur les textes de Trotsky et de la Quatrième Internationale, à savoir sur les idées et les positions réelles du marxisme révolutionnaire. Personne ne peut dire quand ce pas sera fait; mais nous savons que ce sera fait. Si les vieux bureaucrates n'en voudront pas, ce sera l'affaire, sans eux et contre eux, du mouvement communiste sur le chemin de son renouveau.
(o) Le dernier rapport de Togliatti au C.C. du P.C. italien (décembre 1957) se place incontestablement sur cette ligne de repli. Togliatti tâche de minimiser tout ce qui est arrivé et surtout de clore dans le parti le débat sur les problèmes de la « déstalinisation ». Par rapport au numéro de « Rinasc ta » - paru avant la réunion de Moscou - c'est un pas en arrière et il se peut que la publication dont nous nous occupons ait été jugée peu favorablement Moscou, du moins pour certains de ses aspects.