Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 16e année, n° 1

Le MAPAM face à une ouverture du Parti El Baath de Syrie

M. K. · Quatrième Internationale, 16e année, n° 1 · janvier 1958 · p. 34-36 · 2 223 mots

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La situation de tension permanente entre Israel et les pays de l'Orient arabe ainsi que de guerre froide et chaude entre eux ne connaitra jamais de fin par l'intervention des puissances mondiales. L'impérialisme occidental ainsi que l'Union soviétique agissent conformément aux besoins empiriques de leur diplomatie et de leur stratégie. Toute cette region est pour les deux un domaine vital où leurs oppositions ont abouti, au cours des derniers dix-huit mois, plusieurs fois a des situations qui menèrent presque à la troisième guerre mondiale.

Cette situation ne peut être surmontée par le statu quo des rapports sociaux et politiques au sein de l'Orient arabe. La révolution coloniale qui a commencé ne peut arriver à un developpement progressif que par l'unification de l'Orient arabe et exige une transformation sociale: tous les éléments réactionnaires, particularistes, restant à mi-chemin ou moins loin encore, tous les éléments de domination qui subsistent dans les pays arabes et qui sont prets à tout instant se mettre à la solde de telle ou telle puissance mondiale sont un obstacle sur le chemin. En d'autres termes, seuls le mouvement et l'action socialistes des masses arabes elles-mêmes peuvent realiser les taches démocratiques et nationales de toute cette région. C'est seulement sur cette voie et dans ce cadre que peut être surmonté, sous une forme positive du point de vue du socialisme mondial, le problème créé par le conflit de l'Orient arabe avec les Juifs d'Israël. Toute autre solution est illusoire.

Malheureusement nous n'avions pas entendu jusqu'à présent d'aucune des deux parties la voix d'un mouvement socialiste révolutionnaire qui propage clairement et sans ambiguité ce point important du programme de la révolution coloniale dans l'Orient arabe aussi bien parmi les masses arabes que parmi les masses juives. Ce silence a été rompu par ume déclaration de Michel Aflek, secrétaire général du parti socialiste syrien El Baath.

Dans une lettre signée de Léon Szur et Fenner Brockway, deux personnalités du Labour Party britannique, parue dans 34 le « New Statesman and Nation » de Londres, du 23 novembre 1957, celles-ci rapporterent une conversation avec MIchel Aflek pendant une conférence a Athènes. Il ne s'agit donc pas d'une déclaration officielle ou d'un appel du Baath. mais plutot d'une prise de position personnelle. Cependant les paroles d'Aflek ont un contenu si important qu'on ne doit pas les négliger, cet homme etant un des plus éminents dirigeants du Baath.

Il a dit : les oppositions entre les pays arabes et Israel doivent et ne peuvent etre résolues que dans une Fédération socialiste de l'Orient arabe. Il demanda l'intégration d'Israel dans cette Federation, les suils se voyant accorder les droits d'une minorité dans cette Fédération. Il déclara aux deux signataires de la lettre qu'il était prêt à se rencontrer avec des socialistes israéliens.

Cette déclaration est importante non seulement parce qu'elle montre une vole positive pour surmonter l'opposition arabo-israélienne. Il y est inclus un programme socialiste révolutionnaire. Aflek parle de Fédération socialiste, et cela signifie que l'unité de l'Orient arabe sera seulement l'œuvre des masses arabes contre la réaction indigène et contre les élements instables. Et quand il se déclare prêt à s'entretenir avec des socialistes israéliens. ceci contient un élément de politique internationaliste. il ne s'adresse pas à un gouvernement mais aux socialistes d'un autre pays qui est en état de guerreavec le sien.

A la lettre parue dans le « New Statesman and Nation » un socialiste indien a réagi en disant que la déclaration d'Aflek est une manifestation très positive qui doit être saluée. Mais il ajoute que la personnalité centrale du Baath, Akram Chaurani, avait déclaré peu auparavant que toute main arabe qui serait tendue en faveur de la paix avec Israël devait être tranchée. Chaurani agissait ainsi pour ne pas être en retrait par rapport aux autres hommes d'Etat arabes qui veulent faire diversion à leurs propres difficultés. C'est une méthode interdite du point de vue socialiste. La révolution arabe ne peut triompher que dans le

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INTERNATIONALE sens de la déclaration d'Aflek, sans concessions a la politique antiarabe des instances sionistes et israéliennes.

En ce qui concerne la partie arabe, nous espérons que la ligne d'Aflek sur cette question triomphera dans le Baath et que les propos de Chaurani n'auront été qu'une déclaration maladroite contre la politique proimpérialiste des dirigeants israéliens. Passons maintenant à l'autre partie, le Mapam socialiste d'Israël (à ne pas confondre avec le parti dirigeant Mapal).

Avant d'en venir à ce parti, nous voulons donner un extrait du « Jerusalem Post » (du 2 decembre 1957) qui exprime d'une façon générale la ligne politique dominante en Israël : " En théorie, du moins, le problème algérien a présenté pendant toutes ces années à Israël un dilemme honnete, a savoir comment coneller notre adnesion au principe d'autodétermination avec l'amitié et l'admiration pour la France. A ceux qui préconisent de ne dévier en quoi que ce soit de la noble voie des principes théoriques, on peut leur citer les mots d'un personnage aussi important que Nehru : « En politique étrangère, les principes jouent un rôle important. mais en dernière analyse l'intérêt national est décisif... rien ne nous oblige, au nom d'un prétendu anticolonialisme méfiant, à donner aide et soutien à nos ennemis les plus intransigeants. »

Nous ne savons pas dans quel contexte et à quelle occasion ces mots ont été prononces par Nehru. Nous n'avons egalement pas la moindre intention de défendre le dirigeant de la bourgeoisie indienne. Ce qui importe ici, c'est que l'auteur de l'article du « Jerusalem Post » qui exprime cyniquement la politique officielle du gouvernement, se cache derrière Nehru pour défendre une ligne incontestablement proimpérialiste et dirigée contre la révolution coloniale. Les politiciens israéliens et sionistes sont en faveur du principe d'autodétermination des peuples.. quand s'agit d'Israël. Mais quand il s'agit de la lutte des peuples coloniaux, alors « rien ne nous oblige... a donner aide et soutien à nos ennemis les plus intransigeants ». Conformément à cela, le représentant d'Israël à l'O.N.U.. Emile • Najar, appuya le ministre francais des affaires étrangères Pineau lorsque celui-ci declara, contre une résolution déposée par 29 délégations du bloc afro-asiatique, qu'aucune résolution de TO.N.U. « ne changera la volonté de mon pays ni le cours de l'histoire de l'Afrique du Nord ». C'est dans la même ligne que s'exprima le Premier mimistre israélien, Ben Gourion, peu apres la fin misérable de la campagne du misérable de la na désert de Sinai contre l'Egypte. Lorsqu'on lui fit observer que cette pagne n/avait fait qu'approfondir la haine des peuples asiatiques. Ges meubles castingl ce vieil aventurier répondit que la seule amitié aventurier qui avait gagnée en Europe (celle de la France) valait cent fois plus que France) valait cent fois ous aue celle de toute l'Asie réunie.

Le Mapam n'est naturellement pas responsable de la prise de nosition du « Jérusalem Post ». Il n'a également pas de responsabilité directe pour les déclarations de Najar à l'O.N.U. et de Ben Gourion au Knesset (Parlement israélien). Mais la question se pose de savoir quelle est sa position envers cette politique crument proimpérialiste et dirigée contre la révolution coloniale. Il faut soulever cette question parce que le Mapam a répondu a la déclaration d'Aflek qu'il était prêt à rencontrer des représentants du Baath syrien et qu'il a demandé à Fenner Brockway d'établir la liaison. C'est apparemment une réaction positive. Mais quel est le contenu profond de cette disposition ?

Premièrement il faut noter qu'Aflek n'a pas seulement annoncé qu'il était prêt a une entrevue, mais qu'il a indiqué sa disposition à le faire sur la base d'un programme concret: l'intégration des Juits d'Israël dans une Fedération socialiste de l'Orient arabe. Dans la réponse du Mapam, sous forme d'une lettre au « New Statesman and Nation » du 30 novembre 1957, se trouve donnée exclusivement l'acceptation d'une rencontre. mais sans la moindre allusion à la partie programmatique de l'invitation.

En outre, le Mapam n'est pas un parti d'opposition au gouvernement de Ben Gourion, mais un parti gouvernemental qui assume donc aussi une responsabilité pour la politique de celui-ci et les déclarations des représentants du gouvernement au Knesset et à I'O.N.U. On pourrait répliquer a ce sujet que le Baath pour sa part est le plus important parti gouvernemental en Syrie et est par conséquent responsable, outre des déclarations de Chaurani. aussi des errements du gouvernement syrien d'un point de vue socialiste. Cette objection est juste. Mais. répétons-le, les termes d'Aflek sont de grande importance parce qu'ils contiennent un programme socialiste révolutionnaire, tandis que le Mapam n'a rien entrepris de tel, mais au contraire accepte sans critique la politique du gouvernement d'Israel et par suite en est coresponsable.

Dans les derniers temps son quotidien « Al-Hamischmar » ne se facha que sur deux points de la politique extérieure d'Israël : 1° Le Japon et l'Inde demandèrent à l'O.N.U. de voter une résolution sur l'interdiction de toute expérience avec les bombes atomiques et thermo-nucleaires. Israël vota contre. Que « Al-Hamischmar » ait protesté contre cela est très bien. Mais c'est encore loin d'être la preuve d'une politique socialiste, puisque même ceux qui déposèrent la résolution étaient des représentants de gouvernements capitalistes. 2º Le Mapam a fait grand bruit dans les derniers temps parce que le poste

Suisse n'avait pas membre du parti, ce lors de la formation d'ambassadeur en été accordé à un qui avait été pro ais de la coalition gouvernementale. L'ensemble de la politique étrangère du gouvernement n'est pas mise en accusation, on déplore la nonobtention d'un de se moquer

Et caractère.

sérieusement poste diplomatique. C'est soi-même et manquer de gens s'appellent très ces des socialistes révolutionnaires et des marxistes ».

Il faut encore ajouter ici que, tandis que le quotidien de ce parti publie constamment les informations de l'armée française en Algérie et des autorités françaises sur l'Algérie, il n'exprime pas sa propre position sur la question.

Voyons maintenant le programme de ce parti sur la question coloniale.

Bientôt aura lieu le congrès du parti. A cet effet son dirigeant, Meier Ja'ari, écrivit un projet de thèses qui est democratiquement discuté depuis des mois. Ja'ari voit dans la lutte armée des peuples coloniaux contre leurs oppresseurs une fausse route. Il honore les méthodes pacifiques de Gandhi et de II.L.P. Dans le passage sur la lutte libératrice des peuples coloniaux Ja'ari ne mentionne pas d'un mot la lutte héroique des Algériens contre l'impérialisme francans. Bien que Israël se trouve effectivement dans l'Orient arabe, on ne peut trouver chez lui aucune analyse ou description sérieuse du développement de la révolution coloniale des pays arabes dans le Moyen-Orient. De même il n'en est pas fait mention dans les articles de discussion qui ont été publiés. Cela i ne ressemble-t-il pas fortement à l'article cité du « Jerusalem Post » : « rien ne nous oblige au nom d'un prétendu anticolonialisme méfiant, à donner aide et soutien à nos ennemis les plus intransigeants » ? N'est-ce pas un assentiment tacite à la solidarité manifestée par le représentant israélien à l'ONU. à la position du ministre des affaires étrangères dans la question de l'Algérie? N'y trouvons-nous également pas l'explication du silence du Mapam, « marxiste révo Jutionnaire », lorsque le chef du gouvernement dans lequel il siège préfère cent fois mieux le « seul ami en Europe ». l'impérialisme français, à tout le monde colonial d'Asie?

Ja'ari pense : « Si nous nous demandons aujourd'hui si sans exception, toutes les campagnes et actions qui ont mene les campagnes eu

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TER NATIONALD jusqu'à la campagne du Sinaï et par voie de conséquence à notre isolement menaçant en Asie, étaient necessaires. nous ne pouvons pas répondre oui sans hesitation et avec une conscience tranquille ». Mais le fait est que, pendant toutes ces campagnes et actions. on ne pouvait observer aucune hésitation ni conscience inquiète; plus précis:ment. le Mapam a meme approuve sans scrupule toutes ces actions. L'action du sinat qui fut réalisée en liaison directe aves la campagne franco-anglaise contre l'Egypte, il est vrai, ne fut pas approuvee préalablement par ses représentants au gouvernement et son journal mit timidement en question cette action; mais lorsqu'elle fut mise à exécution. la campagne du Sinai fut « un exploit héroique de notre armée » et on resta fidele au gouvernement et à soi-même. Pour rassurer sa conscience. Ja'ari ne peut dire un oui complet dans son projet de thises: mais il ne dit aussi pas non à toutes les actions aventuristes de M. Ben Gourion et ses amis.

Nous n'envisageons pas d'examiner ici toute la position du Mapam. Nous n'idéalisons Egalement pas du tout le Baath syrien. Nous sommes devant une ouverture concrète de la part du Baath, dans laquelle Michel Aflek en quelques mots donne une réponse socialiste révolutionnaire au problème du développement de la révolution dans l'Orient arabe et a la question des rapports arabo-israéliens. De son côté, le Mapam qui a été sollicité par lui pour des entretiens, n'a pris telle position ni dans sa réponse une directe ni en se délimitant de la politique réactionnaire proimpérialiste du sionisme. dirigée contre la révolution coloniale dans l'Orient arabe.

Nous saluons l'ouverture du Baath et pensons que la poursuite de celle-ci peut avoir. d'un point de vue socialiste. un effet positif parmi diverses parties des masses israéliennes, notamment au sein du Mapam.

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