Au début du 20 siècle, Bernstein introduisit la discussion de la question de la voie graduelle au socialisme pour tenter de justifier et de codifier théoriquement la pratique réformiste des partis sociaIstes dans un monde capitaliste qui semblait devoir aller en s'épanouissant. Dans ses premières années, la III Internationale prépara l'avant-garde et les masses pour aborder la voie révolutionnaire au socialisme. Sous Staline, la question ne tus guere soulevee; on en etait au « socialsme dans un seul pays» les masses des autres pays devaient ne servir que d'appoint à la défense de I'U.R.S.S. selon les conceptions du Kremlin, sans qu'il soit question pour elles de s'emparer du pouvoir et de construire le socialisme.
Si la question a été soulevée à nouveau son « socialisme » donne toute sa mesure en Algérie.
La direction du P.C.F., pour sa part, n'aborde le sujet des voies du socialisme qu'avec beaucoup de précautions. Il est toujours facile de reprendre quelques citations de Khrouchtchev, mais après ? Ici ou la, un article a laissé entendre que le « Front populaire» était une étape sur la voie au socialisme, mais cela ne fut jamais étayé et pour cause: le Front populaire s'était si mal terminé. Enfin. Thorez qui, mieux que tout autre dirigeant du P.C.F., comprend que la question du socialisme préoccupe au plus haut point les militants communistes, ne manque généralement pas de conclure ses discours les plus opportunistes par un couplet plus ou moins tonitruant sur le communisme qui... etc., sans qu'on sache iamais comment il voit le nassage sache jamais comment il voit le passage de sa politique opportuniste à la prise du pouvoir pour la construction de la société socialiste.
La carence, la trahison des directions traditionnelles a eu pour conséquence de favoriser une floraison de courants petits bourgeois partisans du socialisme qui cherchent une voie vers celui-ci nors des partis traditionnels de la classe ouvrière. quelque part à mi-chemin entre ces deux partis. Ils viennent de fusionner en une organisation, l'Union de la Gauche Socialiste (1). En vue de cette fusion, une sorte de programme fut établie qui a paru sous la forme d'un livre « La révolution qui vient› d'Y. Craipeau, qui a pour objet d'exposer « les voies nouvelles du socialisme». L'intérêt de ce livre est d'une part qu'il formule sans ambiguité toute une série de conceptions néoréformistes qui existent non seulement parmi les courants centristes de l'Union de la Gauche socialiste mais aussi chez les staliniens et leurs compagnons de route: et d'autre part que tout en faisant siennes les conceptions principales des staliniens sur la « coexistence paci-
(1) Dans cette fusion, il y a aussi une organisation. le M.L.P., sur la composition ouvrière de laquelle insistent les tenants du nouveau parti nous y reviendrons plus loin.
par les post-staliniens,
20-
Khrouchtchev au de l'Union soviétique.
dignes élèves ces en particulier par
Congrès du P. C.
ce n'est pas que
Staline aient des soucis théoriques, mais c'est que, dans la décomposition grandissante du monde capitaliste. la question de la liquidation de celui-ci et du passage à la construction du socialisme est devenue un problème brülant. Et ce aussi et surtout dans les pays de l'Europe occidentale où la révolution prolétarienne a subi un retard considérable. Par exemple, pour la France, la crise du regime est si profonde qu'en dépit de tout ce que font les grands partis ouvriers. c'est à une société socialiste qu'aspirent l'écrasante majorité des ouvriers, une importante partie des intellectuels et même une partie appréciable des classes moyennes les plus pauvres.
Bien entendu, ce n'est guère dans les rangs du P. S. qu'on peut trouver le souci de répondre théoriquement et pratiquement a la question de la voie vers le socialisme. Guy Mollet est avant tout préoccupé de s'entendre avec le secrétaires des «Indépendants » pour trouver des dispositions qui assureraient au Parlement lelimination des petites formations et des «extrêmes ». pour aboutir à quelque chose de comparable aux Communes britanniques. Quant à Lacoste. 4G figue » et le «Front populaire», il prétend construire un parti nouveau, condamnant l'orientation suivie par la section française de la IV Internatinale pour la construction du nouveau parti révolutionnaire (2).
Alors que, de toute évidence. nous vivons la période la plus révolutionnaire de l'histoire humaine; alors que des millions, des dizaines et des centaines de millions d'hommes sont en marche pour changer le monde, l'auteur tend à insister sur tout ce qui lui parait aller a l'encontre des perspectives revolutionnaires. Ainsi l'automation et l'énerge nucléaire ouvriraient de nouvelles perspectives au capitalisme. Bien ajoute quelques restrictions, qui ne peuvent être considérées que comme des restrictions de style, quand on tient compte de cette affirmation:
« Il n'existe en France dans la conjonoture actuelle aucune classe révolutionnaire...
1. La majorité de la classe ouvriere aspire le plus souvent à de profonds changements qui mettent en question les bases même du régime. Mais elle compte bien utiliser aussi largement que possible les structures légales et constitutionnelles. » (p. 113-114).
Ces quelques mots montrent une incompréhension du marxisme sur le role du prolétariat dans la société capitaliste. Tis ne correspondent également pas aux faits. oubliant la vague révolutionnaire d'après la deuxième guerre en France et en Italie.
La conclusion logique d'une telle conception, c'est qu'il ne faut pas défendre un programme d'action et forger un parti qui permettront au caractère révoTubonnaire du prolétariat dans la société capitaliste de s'exprimer et d'aboutir à la conquête du pouvoir. La classe ouvriere n'étant pas révolutionnaire, et ne voulant se battre que dans un cadre légal et constitutionnel, il faut donc être asser astucieux pour s'appuyer sur cette tendance légaliste et parvenir quand même au socialisme.
Comment le faire surtout dans monde où la force, la violence, joue un role difficilement négligeable dans les rapports entre classes entre Etats. d'autant plus que, à l'échelle du monde. les Etats tendent à se partager suivant des lignes de classe?
L'auteur se garde bien de parler d'Etat ouvrier, mais il voit une lutte entre « deux systèmes économiques » distincte de la lutte pour le socialisme:
«La lutte pour le socialisme doit donc se dérouler dans le cadre de la « coexistence pacifique» entre les deux systemes économiques qui se partagent la planète ». (p. 63).
Comme on verra plus loin que la lutte pour le socialisme elle aussi sera surtout pacifique, de quoi nous plaindrions-nous ?
Mais d'abord. conment la paix, la « coexistence pacifique » sera-t-elle maintenue ? Il y a dans l'exposé de Craipeau toute une mécanique de « pression » et
TER NATIONALE de « contre-pression », des petites puissances sur les chets de file, et des peuples sur les gouvernants qui lui permettent de conclure en termes on ne peut plus rassurants:
" Dans la conjoncture actuelle, une généralisation des conflits est hautement improbable. Cette conclusion ne constitue nullement une prédiction ni un parti pris d'optimisme. C'est une hypothèse raisonnable de travail. » (p. 63).
Nous avouas être en l'occurrence d'accord avec Boulganine et les ministres qui se sont réunis à l'O.T.A.N. pour ne pas partager cette si « raisonnable hypothèse de travail».
Passons à la question de la révolution pour le socialisme. Pages et pages se suivent pour expliquer les différences entre la révolution dans les pays sousdéveloppés et la révolution dans les pays économiquement développés: il ne s'agira pas d'une explosion mais d'un dépassement (2), la révolution aura lieu dans le cadre d'une économie partiellement intégrée à l'Etat (?), la révolution prendra appui sur des structures « démocratiques ». la révolution sera faite par les masses populaires (mais, dans les pays sous-développés, par qui donc est-elle faie?).. tout cela pour arriver à la conclusion suivante:
« Dans les pays sous-développes, l'accouchement de la nouvelle socifté exige une césarienne. Dans les pays industriels a un stade antérieur de leur développeles prem ères tentatives révolutionnaires participaient du même caractère. par exemole dans la France de 1818
1871. Il en tout autrement aujourd'hui. Si la naissaace implique toujours un saut qualitatif 11n passage révolutionnaire de l'état fretel à la vie indépendante. passage n'exige plus forcément qu'on emploi les le s. » (p. 162).
Comment se fera cette naissance qui implique un saut qualitatif, pour repréndre l'image légèrement cocasse de notre auteur ? « Aucune mesure révolutionnaire, ni en général aucune mesure qui lese les intérêts du grand capital. ne peut être entreprise hors de la pression des masses populaires. » (p. 163).
Ainsi donc, il s'agit d'une chose bien connue de tous les parlementaires et de tous les réformistes, il faut la pression des masses, et non leur action révoIutionnaire, pour passer du vieil ordre social au nouveau. La «révolution qui vient» qui se trouvait sur la couverture du livre a disparu dans les pages de celui-ci.
Soyez exacts, nous dira-t-on, l'auteur n'a pas oublié la violence: « Les elassos possédantes ne laisseront pas porter atteinte à leur monopole sans réagir violemment. Cette réaction sera sans doute d'autant olus violente que le pays est arriéré. Ainsi dans l'Espagne de 1936...»
(2) Nous jugeons ce livre comme expression aussi développée que possible des idées de ces courants, et non comme l'œuvre d'un ex-trotskyste.
Q UATRIEME I N Donc « être prêts à opposer la violence à la violence réactionnaire. » (p. 170-171).
On ne peut mieux montrer sa myopie politique et son opportunisme. lence a sa place dans les pays arriérés. mais il n'en sera vraisemblablement pas ainsi dans les pays économiquement évolues. Vraiment ? L'auteur cite lEspagne d'avant la guerre de 1939, mais comme par hasard il ne se souvient plus du nazisme. Quelle était la signification de celui-ci sinon la violence systématique pour le maintien de l'ordre établi... dans le pays le plus développé d'Europe. Et Crapeau pense-t-1l que dans le pays oui est à la tête du monde capital ste, aux Etats-Unis, le passage au socialisme se fera sans violence? Nous ne conseillons pas aux travailleurs américains de se fier à une telle « hypothèse de travail ». Il suffit de voir ce qui s'y passe au sujet de l'égalité des Noirs avec les Blancs
Si les capitalistes prennent les armes, alors nous auroas recours nous aussi à la force armée: ce raisonnement n'est pas nouveau. Il faisait partie du bagage politique de l'austromarxisme. Celui-ci prépara politiquement les travailleurs autrichiens pour un passage pacifique au socialisme par les voies parlementaires, tout en avant en réserve une organisation arm.e. le Schutzbund, pour le cas où etc. Mais quand le gouvernement passa à l'assaut, le Schutzbund armé se trouva paralysé par toute la politique antérieure de la social-démocratie autrichienne. Cette conception ne nous parait pas être devenue meilleure au bout d'u quart de sicle.
Comment, sur le plan politique. faire ce « saut qualitatif »? Nos centristes prennent entièrement à leur compte la politique stalinienne du «Front populaire ». Autrement dit, sous le pretexte d'assurer l'alliance nécessaire, indispensable, entre le prolétariat et les autres couches laborieuses des villes et des campagnes, ils prooosent des accords avec des formations politiques censées les représenter, par exemple les mendessistes. Mais, nous prévient l'auteur, ce que nous avons l'intention de faire est différent de ce qu'ont l'intention de faire les staliniens:
« Quand nous lancons. par exemple. le mot d'ordre de Front populaire, ce mot d'ordre signife pour nous à coun sür des allianers au sommet. Mais telles alliances n'auront de valeur qu'anpuyées sur un mouvement populaire réel dans les villes et les quartiers, dans les villages et les entreprises. Non pas des comités suscités artificiellement pour « noyauter » la population et aider un des partis de la coalition à forcer la main à ses partenaires (ce qui est l'op ique stalinienne de l'util sation des masses), mais. au contraire. pour permettre à la masse des travailleurs de contrôler ses élus et de les empêcher de trahir leurs mandats, et aussi pour aider les mandataires du peuple à briser les obstacles suscités par l'adversaire réactionnaire. » (p. 194).
Le moins qu'on puisse dire. c'est que ce passage n'est pas des plus clairs. Les dernières lignes permettent de pen48
TERNATIONALE ser que, pour l'auteur, les comités doivent en lin de compte demeurer des adjuvants du système de représentation parlementaire que nous connaissons dans le cadre bourgeois. On ne saisit également pas très bien ce qu'il reproche aux staliniens. D'avor voulu utiliser les masses pour forcer la main à leurs partenaires du Front populaire en 1936 ou du « tripartisme» en 1944-1945 ? Sur 1e seul plan de la politique extérieure, soit. Mais sur le plan de la politique inteTleure, c'est tout l'inverse qu'il faut reprocher aux staliniens: sous la pression de leurs partenaires - socialistes ou bourgeos — ils ont force la main aux masses pour que celles-ci lachent ce qui constituait leur force: usines, les armes. Il ne s'agit pas là d'une fausse manœuvre, mais du but même de l'accord au sommet. En fait cette conception
Fronts ». par alliance avec les sommets, comme étape vers le socialisme profondement reiormiste. Elle prétend remplacer la lutte tres dificile, comprenant la lutte armee, pour l'établissement d'un pouvoir prolétarien, par une série d'opérations plus aisées. a meilleur marché, faites avec l'aide d'une partie de la bourgeoisie. C'est seulemen; une conception gradualste de la marche au socialisme, plus explicite que celle de Bernstein, avec alliance parlementaire et participation gouvernementale, mas qui jusqu'à présent n'a rien donné de positi à la classe ouvrière et à la cause du socialisme. Les seules transformations du pouvoir effectuées jusqu'à presens été, même quand les partis communistes parlaient de Front populaire ou de Front national, quand ils ont pratiqué une politique contraire à leurs propos. Toutes les alliances que des ailes la bourgeo sie ont faites avec des partis ouvriers l'ont été dans le seul but de revigorer le capitalisme, et non pour aller avec moins de douleur au socaIsme.
Si, aujourd'hui, on ne voit guede d'aile bourgeoise prête à faire un nouveau Front populaire, à accepter le « compromis à gauche propose par Thorez, ce n'est pas parce que les éléments les plus aptes à une telle opération se méfient que Thorez veuille aller trop loin. mais qu'il ne sera peut-être plus en état de faire ce qu'il a fait en 1936 savoir arrêter une grève) et en 1945 (rendre les armes) parce que son crédit sur la classe ouvrière et son avant-gard: tend à baisser. En tout cas. pour qu'il en soit éventuellement ainsi, il ne faut pas des aujourd'hui favoriser les maneuvres de Thorez en nourrissant des illusions sur le Front poulaire. mais opposer à cette funeste politique la politique révolutionnaire du front un que ouvrier pour un gouvernement des travailleurs.
L'auteur est bien entenlu pratiquement muet sur la nature du pouvoir qui édifie le socialisme. Il ne faut surtout pas parler de dictature du prolétariat dans le nouveau parti. Et c'est plein de signification, comme Lénine la montré en polémiquant contre Kautsky.
Reste encore la question du parti qui guidera les masses vers le socialisme. Si la classe ouvrière n'est pas révolutionnaire, si la révolution se fait en toute probabilité de manière pacifique, il ne faudra pas exiger trop de qualités du parti en question. Il doit être socialiste, démocratique révolutionnaire. c'est progressivement au cours de l'action que le mouvement unifié précisera sa doctrine, il est vain de compter reconstituer pour le moment une Internationale sur la base d'un programme proposé par des individus ou des groupes. telles sont quelques-unes des observations de Craipeau qui ajoute:
«Qui n'est pas marxiste? Maurice Thorez prétend l'être. Guy Mollet aussi. Par contre, Bevan ne se dit pas marxiste méthode d'analyse est en effet pragmatique: pourtant il a su donner confiance aux travailleurs et tracer la voie de redressement en Grande-Bretagne, En fait, le marxisme a été à ce point appauvri, déformé. torture. qu'il faut l'effort d'une nouvelle génération pour lui redonner sa trempe et son tranchant. Se réclamer du marxisme a moins de sens que de travailler patiemment à lui redenner vie en empoignant à bras le corps la réalité nouvelle. » (p. 280-281).
La réalité nouvelle, toute nouvelle, que Craipeau a oublié d'empoigner à bras le corps, c'est la défection de Bevan qu'un peu de marxisme faisait prevoir comme inéluctable tôt ou tard. Le modèle de l'avenir, c'est : le Parti socialiste italien de Nenni; une étude de ce parti montrerait aisément qu'il est encore loin de réaliser l'unité des travailleurs italiens et de devenir le guide du prolétariat italien vers le socialisme. Mais, en attendant, sur qui le nouveau parti en France ou plutôt son théoricien compte-t-il pour redonner au marxisme sa trempe et son tranchant ? L'espoir du nouveau parti pour redonner sa trempe et son tranchant au marxisme, ce sont « les ouvriers du M. L. P. ». c'est-a-dire l'extrêmegauche socialisante de la démocratie chrétienne! Le Sermon sur la montagne vient apporter son aide à l'œuvre appauvrie, torturée. déformée, de Marx, Engels, Lenine, Rosa, Trotsky !
Toute cette construction qui se prétend si réaliste va à l'encontre de la voie réelle du socialisme en France. Une étude vraiment marxiste chercherait cette voie avant tout dans l'histoire de la classe ouvrière en France, pour y comprendre ses tendances profondes, ses contradictions internes et discerner autant que possible comment se résoudront ces contradictions.
La première observation qui doit servir à une telle étude, c'est un fait massif : depuis une douzaine d'années, la classe ouvrière vote à environ 65% pour le Parti communiste que ce soit dans les élections parlementaires ou, sous une forme indirecte, chaque année dans les entreprises pour les candidats de la C. G. T sont en grande majorite des militants communistes ou sympathisants. Les cadres les plus combatifs de la classe ouvrière sont soit des membres du P.C.F.. soit contrôlés par eux. Il ne s'agit pas
TER NATIONALE là d'une poussée temporaire, comme ce fut le cas dans d'autre pays d'Europe, au lendemain de la guerre et qui disparut au bout de peu de temps. contraire, on peut noter une évolution très nette de la classe ouvrière en France depuis 1935-1936. Quand crise sociale en France a commencé à se développer, 60 à 65 % des travailleurs votaient P.S., tandis que le P.C.F. n'était soutenu que par une iorte minorité de 30 à 35 % des travailleurs. Après l'expérience du Front populaire, de la Résistance, à la Libération, majorite des travailleurs s'est portée vers le P.C.F. et. depuis lors, elle a fait son expérience sous cette direction A travers toutes les variations de la politique du P.C.F., on a pu constater que ni masses dans leur ensemble ni les militanis d'avant-garde ne se sont portés ailleurs.
Dès qu'il s'agit d'un phénomène aussi massif, aussi durable, il faut lui trouver une explication objective. S'il y a en France un fort Parti communiste ce n'est pas que la direction Thorez avait des qualités que ne possédaient pas les directions d'autres P.C. (comme le pense un peu la direction du P.C.F.). L'explication du développement du P.C. en France n'est pas mystérieuse. Sans céder ici à une démonstration détaillée. il nous suffira de mettre en lumière le Tacteur qui nous parait le plus essentiel. A la dillerence des autres partis socialistes d'Europe occidentale. le Parti so cialiste d'avant 1914 en France n'avait en fait pas organisé, pas encadré les masses travailleuses du pays; il était séparé des syndicats (la C.G.T. de l'époque étant elle-même à peine une organisation de masse). C'est le P.C. qui. après la première guerre mondiale, préparé le plus grand nombre de cadres ouvriers, les cadres les plus actifs, qui, à partir de 1935-1936, ont d'abord attire une forte minorité (et même la majorité dans des industries décisives comme la métallurgie) puis la majorité. On peut observer que, là où comme dans le Nord, le P.S. d'avant 1914 avait eu une organisation voisine de celle de la social-démocratie allemande ou belge, il a résisté et résiste encore davantage au P.C.F. auprès de la classe ouvrière.
La place du P.C.F. dans la classe ouvrière est le produit d'un développement historique. Le développement ultérieur de la classe ouvrière en France, c'est-à-dire la véritable voie du socialisme en France. doit être recherché dans les contradictions maintenant visibles qui existent au sein de cette situation, qu'il s'agisse des masses qui ne se mobilisent plus sur les mots d'ordre du parti pour lequel elles votent, ou qu'il s'agisse de la crise même au sein du P.C.F., nourrie à la fois par cette crise de confiance des masses et par la crise internationale du stalinisme.
Le développement politique de la classe ouvrière dans un pays donné, les rapports entre cette classe et les courants qui aspirent à diriger ses luttes, le passage d'une direction à une autre. tous ces phénomènes ne sont nullement arbitraires et on ne peut espérer ruser avec la marche de l'histoire. Ainsi, toutes
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EME les tentatives et espérances pour un « parti unilié » en France ont échoué et nous pouvons dire avec assurance que, pour toute une période historique qui comprendra la prise du pouvoir, et ce qui suivra celle-ci, la classe ouvrière franÇaise • sera politiquement divisée. Parce que la division actuelle est un fait historique, qui n'a pas sa source dans les directions actuelles mais des causes prolondes dans l'histoire du mouvement ouvrier français.
Dans les conditions actuelles, la progression politique de la classe ouvrière française dépendra avant tout de la progression politique de son avant-garde qui se trouve actuellement encore dans le P.C.F. Certes beaucoup de militanis ont quitté ce parti, dégoûtés, écœurés; mais trop souvent le développement de leur esprit critique s'est accompagné d'un afTablissement sinon de la perte du militanisme - pour diverses raisons, dont attitude sectaire du P.C.F. visant à briser quiconque s'oppose à la ligae du parti; de toute façon le resultat est que, dans son écrasante majorité, l'avantgarde révolutionnaire du prolétariat franqui portera, à travers des formes encore indiscernables, l'avant-garde qui y est aujourd'hui Thorez aux lu ionnaire, lut onnaire,
Ceux qui tants comm premier lieu la piupari, prisonnière de la direction positions du marxisme révoa un nouveau parti revoà une nouvelle direction ? renoncent à gagner ces miliunistes, ceux qui misent en sur les inorganises qui, pour au point de vue militantisme sont en perte de vitesse ou inexisau socialisme en France. Or, les militants. ceux-la renoncent de ce fait tants communistes ne sont pas attires et ne seront pas attirés par des formations créées de toutes pieces sans programme politique précis. sans base de masse sérieuse, sans autre passe que celui du M.L.P. Ex nihilo nihil. Dans le meilleur des cas, les militants de l'Union de la Gauche socialiste donneront principalement des cadres à un parti socialiste qui se trouverait rénové au cours d'une transformation fondamentale de la classe ouvrière et partant. de la société française.
Aujourd'hui, pour la construction du parti révolutionnaire, il n'y a pas d'autre route que celle sur laquelle se sont engagés les militants de la section française de la IV Internationale. Parce qu'il n'y a pas de possibilité de réformer le P.C.F. ni d'y développer un programme marxiste révolutionnaire en raison de l'absence de la démocratie ouvrière, il est indispensable qu'une organisation agissant de taçon indépendante développe tout le programme marxiste révolutionnaire, c'est-à-dire le trouskysme. Parce que la vole du socialisme en France passe par le développement de son avant-garde actuellement organisée dans le P.C.F. et cherchant, pour le moment encore, une issue dans ses experiences au sein de ce parti, il faut que les marxistes révolutionnaires y militent également. partagent ces expériences, tirent peu à peu les leçons qui en découlent en fonction des conditions.
Il n'y a dans cette tactique des trotskystes aucune astuce, aucun machiavelisme, mais seulement le fait que marche de la classe ouvrière en France a atteint un point tel qu'il est possible de définir, plus concrètement que ce ne fut jamais le cas dans le passé, la voie du socialisme, la voie de construction du parti révolutionnaire qui pourra. sur la base d'un programme d'action approprie et au moyen d'organismes de base correspondant à l'expérience des masses, assurer le front unique de cellesci dans une mobilisation révolutionnaire
(3) On ne doit jamais identifier le développement d'individus et le développement d'organisations, Dans T'avant-garde révolutionnaire arrivent des hommes d'origines très diverses et parfois très lointaines, après des évolutions individuelles qui peuvent étre extraordinaires. Mais il en est tout autrement d'une organisation, comme le montre avec une multiplicité d exemples 1 histoire Penser qu'une organisation d'arrière-garde puisse seulement par quelques luttes intérieures, et en labsence d'une action révolutionnaire, se transformer en organisation d'avant-garde. c'est risible : et croire que cela pourra être admis par les militants les plus conscients du P.C.. Cest encore plus risible.
ça.s suit encore la en ayant de plus entique et pario.s elle.
on ne fera
Or.
direction Thorez, lout en plus une attitude
• de défiance envers pas progresser cette avant-garde en lui offrant comme modele les ouvriers du M.L.P. et la gauche des syndicats chretiens. Ces formations sont intéressantes surtout comme signes de la prolondeur de la crise sociale en France qui porte vers des solutions socialistes des couches qui, il y a vingt ans, étaient non seulement des couches arriérées politiquement. mais bien souvent des bastions de l'influence patronale dans la classe ouvriere. Mais de la à oublier que. malgré toute leur évolution, ces organisations sont encore une arrière-garde bien en arrière par rapport aux militants communistes, et les présenter comme les redemptrices du mouvement ouvrier. c'est une pure aberration de l'esprit (3).
Les partis socialiste et communiste ne sont pas rerormabies, on ne peut rien faire au sein du P.C.F. a la dierence de ce qui est possible dans le Labour Party britannique, nous dit aussi Craipeau afin de justifier ses espoirs dans son nouveau parti. Que les partis socialiste et communiste ne soient pas reformables, il y a longtemps que nous l'avons dit. Mais qu'il n'y ait rien à faire dans le P.C.F., c'est une toute autre histoire. La comparaison avec le Labour Party britannique est très significative. Combien n'avons-nous vu d'ex-trotskystes qui étaient très compréhensifs envers une tactique d'entrée dans le P.S.. mais qui se sont indignés et rebelles contre l'idée d'une tactique semblable envers un Parti communiste de masse. Nous conviendrons que c'est une tactique qui présente beaucoup plus de difficultés et de dangers. Mais revenons d'abord à la question essentielle: où est la voie réelle du socialisme en France, dans les conditions concrètes actuelles. sinon dans le developpement de la crise au sein du P.C.F. 50
Q pour la conquête du pouvoir. Il est aujourd'hui clair que l'expérience de la direction stalinienne, après celle de la direction social-démocrate, s'approche de sa fin, et que l'avant-garde tend encore obscurément mais de façon indubitable a trouver une nouvelle direction qui conservera toutes les acquisitions du léninisme mais saura éliminer toutes les tares liées au stalinisme.
La conception trotskyste de construction du parti révolutionnaire n'a rien de commun avec cette tendance si répandue de prendre ses désirs pour des réalites; elle s'insère dans la réalité, dans le mouvement ouvrier tel qu'il est, pour l'aider à parvenir plus aisé nent et plus rapidement là où le conduisent ses tendances fondamentales. Quand cette tactique fut formulée, la crise du stalin sme n'était qu'une perspective déduite de l'analyse de la situaiion, une « hypothèse de travail » pour reprendre le terme de Craipeau. Depuis lors, cette perspective est devenue réalité, et des oppositions se manifestent plus ou moins largement dans de nombreux P.C. justifiant pratiquement noire orientation. A la ditférence des courants centristes ei des nomoreux groupes oul sévissent dans le mouvement ouvrier et autour de lui, qui comoinent le pius plat opportunisme dans les positions politiques a un veritable sectarisme en matière d'organisation. le trotskysme, le marxisme révolutionnaire sait allier à l'intransigeance la plus grande en ce qui concerne "le programme (qui n'est pas une invention arbitraire mais la généralisation théorique de la marche réelle de la classe vers le socialisme) la souplesse la plus extraordinaire dans le domaine des voies d'organ.sation pour la construction du parti révolutionnaire.
Et l'histoire passée a déjà répondu pour l'avenir. Au cours des trois dermeres décades, combien de groupements se sont formis qui regardaient du haut de leur grandeur les « groupuscules» trotskystes, combien nous ont enterrés des qu'une scission se produisait dans nos rangs! Nous suivions des voies impossibles vers le socialisme, ils avaient trouvé des chemins de traverse qui allaient permettre d'aboutir plus vite et plus sarement. De tous ces groupements, a travers des événements gigantesques, il n'est rien resté, car en dépit des prétentions qu'ils affichaient ils n'avaient aucun lien profond avec la classe ouvrière. Ces années a'ont été franchies que par des formations qui n'avaient pas été construites artificiellement mais qui historiquement et politiquement correspondaient à des tendances réelles de la société : la social-démocratie qui, en depit de ses trah sons accumulées, a des racines prolondes dans la classe ouvrière ; les partis staliniens parce qu'ils étaient pour des messes révolutionnaires les représentants du premier et seul Etat ouvrier. et qu'ils étaient soutenus par la bureaucratie de cet Etat; et la IV. Internationale issue du parti bolchevik et de l'Internationale communiste parce qu'elle représentait les intérets historiques fondamentaux de la classe ouvrière, parce qu'elle seule en avant-garde ouvrait la voie effective du socialisme.