Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 16e année, n° 1

Que sont les soviets ?

V. I. Lénine · Quatrième Internationale, 16e année, n° 1 · janvier 1958 · p. 69-70 · 1 432 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

De tous les problèmes qui se posent impérieusement dans les Etats ouvriers, l'un des plus importants, sans aucun doute, est celui des soviets comme organismes de base pour que fonctionne la démocratie dans l'Etat ouvrier. Sur cette question des soviets, nous avons trouvé dans une brochure parue en anglais en 1929 le court article suivant de Lénine qui, à notre connaissance, n'a français. Cette brochure ne donne pas d'autres indications date. Son contenu, d'ailleurs, confirme que ces lignes furent après la dissolution de l'Assemblée constituante.

On remarquera combien Lénine insiste sur le caractère jamais été publié en sur cet article que la écrites immédiatement éminemment représenratif des soviets, et surtout sur la nature des rapports entre les soviets de base base et le gouvernement central. Ces lignes constituent ainsi une réponse de Lénine lui-même à ce qui lui est reproché le « socialisme par en . comme ayant été une des sources de la dégénérescence de la Révolution russe.

Des nombreux termes qui abondent dans les sciences sociales et politiques, celui de peuple » est peut-être le plus vague. A vrai dire, nous ne possédons aucune image claire et par conséquent aucune idée effective de cette entité apparemment concrète, le « peuple ». Lié intimement à ce terme, non moins vague et encore plus embrouillant est le terme « gouvernement », un terme dépeignant une réalité aussi concrète et aussi dure que les vieilles roches elles-mêmes. Toutefois, le rapport existant entre ces deux réalités est clair à un point de vue; dans la mesure où tout le pouvoir d'un peuple est investi dans son gouvernement, le peuple est dépourvu de tout pouvoir, un rapport si typique et, pour ainsi dire, monumentalement exprimé dans le cri « L'Etat, je suis l'Etat » lancé désespérément par le chef du gouvernement français pendant la période de sa décomposition ultime.

La Révolution russe qui occupe à présent la scène du monde vacillant permet à l'observateur attentif d'entrevoir ce que peut être cette entité, le peuple. Le peuple russe, luttant pour faire valoir ses droits, a dans le cours de l'enfantement de la Révolution donné naissance à une nouvelle création, souple, mobile, et cependant tenace comme le sont la pensée et la volonté qu'elle exprime. Cette création, ce sont les soviets.

Les trompettes de la Révolution de février 1917 firent tomber la dynastie des Romanov et la joie du peuple russe fut sans limite. Mais les événements qui suivirent immédiatement eurent un effet calmant sur les masses. Une première question brûlante se posa : « La Révolution est-elle sauve? » Il surgit comme une réponse personnifiée à cette question le soviet, une création révolutionnaire, un enfant de la conscience populaire qui s'éveille. Les villes, les villages, ainsi que chaque unité de l'armée, tous formèrent leurs soviets locaux pour préserver la révolution.

Ces organes locaux, fonctionnant continuellement et par conséquent reflétant consconslamment les pensées, les désirs et la volonté des petites communautés qu'ils représentent envoient des délégués à la capitale pour former le Comité Exécutif Central de fous les soviets des délégués, des ouvriers, des paysans et des soldats. L'élection à l'organisme central est faite sur la base des lignes de parti, de sorte que le Comité Exécutif centrai a toujours représenté tous les différents courants de la révolution russe et même les nuances de ceux-ci.

Peu après le renversement du tsarisme, le peuple sentit que le gouvernement provisoire nouvellement formé de Lvov-Rodzianko-Milioukov n'avait pas l'intention d'abandonner la politique générale de l'ancien régime. Ce sentiment populaire se transmit aux soviets locaux, ce qui résulta en une deuxième question : « Qui est l'ami et qui est l'ennemi ? » En d'autres termes, le soviet fut forcé d'expliquer le sens de la révolution. La première réponse fut une fermentation au sein des soviets, reflétant l'esprit interrogateur du peuple et cette fermentation se termina par un clivage des forces soviétiques. Matériellement la scission se manifesta dans la première « coalition gouvernementale » dirigée par Kerensky.

La seconde question fut rendue encore plus vitale et plus pressante par le soulèvement de Kornilov. Il devint de plus en plus évident au peuple que la coalition gouvernementale était seulement une expression l'ordre ancien nouveau. En réponse l'agitation populaire croissante, la brêche dans le soviet s'approfondit; tout élément qui tendait irrésistiblement vers la droite fut éliminé par la pression populaire vers la gauche, le résultat en fut l'insurrection de juillet. Ainsi le soviet soulignait l'interprétation populaire du sens de la révolution. Ce n'est pas seulement une révolution politique, mais une révolution économico-sociale, et quiconque contrarie son cours est l'ennemi du peuple.

Mais si tel est vraiment le sens historique de la révolution alors se pose une troisième : par qui et comment les problèmes de la révolution seront-ils promus réalisés dans la vie ? Bien entendu par le peuple et par le pouvoir qui exprime le peuple par les soviets. Telle fut la réponse catégorique donnée par l'insurrection d'Octobre qui mit fin une fois pour toutes à la politique de coalition et d'alliance de la révolution réelle avec les représentants du vieil ordre mourant. Ainsi, par un processus d'élimination, soviet fut finalement purifié d'éléments penchant vers la droite; un processus qui montra que, tout comme l'individu hésite avant de faire son choix et de fixer sa volonté sur telle ou telle idée mouvant dans son esprit, le peuple russe hésita avant de trouver et d'exprimer sa volonté consciente. Et le soviet rendit tout ceci possible.

Bref, voici les trois phases traversées par le soviet, de sa naissance à sa maturité 1° il naquit du cœur même du peuple comme gardien de la révolution; 2 tout en dissant il servit de pendule, d'interprète de la révolution ; 3" ayant pleinement mûri comme organe de volonté et de pansée de son père, le peuple, il devint l'instrument pour réaliser les problèmes de la révolution

La supériorité du soviet sur toute autre forme de représentation est aisément démonfrable. Tous les gouvernements prétendent représenter la volonté du peuple. Si, pour la discussion, on admet que la volonté d'un peuple est aussi réelle que la volonté d'un individu et qu'elle est la somme ou la résultante des diverses volontés la composant, est manifeste qu'aucun corps représentatif ne peut exécuter cetie volonté composite de manière satisfaisante.

fait a volonte d nettement vide fessicacidementeprésente par procuration De sor qu'on peut déclarer portionnelle à la force numérique de la circonscription représentée.

De ce point de vue, il devient évident pourquoi un ordre de choses qui est devenu généralement nuisible au peuple peut êfre perpétué par un gouvernement « représentatif qui a dégénéré en instrument d'un invisible gouvernement. L'histoire de la guerre est très instructive à ce sujet, comme en bien d'autres. Il est maintenant clair comme le jour que le pouvoir invisible, la classe possédant et dominant l'appareil économique dans tous les pays, possédait le gouvernement représentatif et par lui essayait de perpétuer la diplomatie secrète, spéculation financière, l'exploitation capitaliste des masses, tous ces facteurs conduisant inévitablement aux guerres intérieures et extérieures, et tout ceci au nom du peuple.

En premier lieu, le soviet est un organe local, du peuple et avec le peuple. Un membre du soviet ne représente pas plus de 500 votes environ. Il peut être remplacé en tout temps ; il est toujours visible des gens invisibles ne sont pas admis. En outre, le soviet Fonctionne de manière « centripète », l'organe central est gouverné par les corps constituants locaux. ce point de vue, le gouvernement soviétique peut être comparé à un bureau météorologique central dont l'utilité et l'efficacité, dont la raison même d'existence soni déterminés par les travaux des bureaux météorologiques locaux.

En réalité l'histoire semble montrer à l'humanité une nouvelle forme d'organisation de l'Etat qui se rapproche étroitement des exigences du peuple et qui correspond nouvel ordre de choses infroduit par la révolution russe.

Ces tout derniers jours ont mis ici (à Petrograd) face à face ces deux types de représentafion, d'une part l'Assemblée constituante dans laquelle un homme représente 200.000 volontés et de l'autre les soviets pan-russes, ces gardiens directs, ces interprètes ef ces promoteurs de la révolution sociale, dont chaque membre est étroitement relié au pouls même du peuple. La dissolution de l'Assemblée constituante par le pouvoir soviétique ne souleva aucune ride à la surface de l'immense mer masses russes, alors que la limitation des pouvoirs des soviets, deux mois auparavant, entraîna la destruction gouvernement provisoire. Le soviel, étant proche du peuple, doit exprimer littéralement les réalités, comme le peuple lui-même les exprime.

Le soviet est probablement la plus imporlante contribution de la Révolution russe. Janvier 1958.

Une erreur sur cette page ?