Dans le numéro d'octobre 1955 de notre revue, nous avons donné un historique de la révolution algérienne et plus particulerement du phénomène de la rénovation de la direction du mouvement des masses.
Depuis, le problème de la direction de la Révolution algérienne est devenu de plus en plus un sujet de préoccupations pour les ouvriers révolutionnaires aspirant a aider le peuple algérien et à comprendre son action et son évolution. Les difficultés croissantes de l'impérialisme français. l'extension de la Révolution sont parfaitement vus et compris. Ce qui demeure souvent obscur, c'est ce qui se passe au sein de la Révolution elle-même, les luttes de tendances. les regroupements. les positions politiques respectives, etc. L'ensemble de ces questions se rassemble autour de la lutte entre le Mouvement National Algérien (M.N.A.) et le Front de Libération Nationale
L.N.). Les événements de ces derniers mois ont même transformé cette préoccupation en inquiétude. Le développement des attentats entre travailleurs algériens en France, le passage du « général » M.N.A. Bellounis du côté de l'armée française étant les plus marquants de ces événements pour l'opinion révolutionnaire internationale.
Nous voulons dans les articles sur l'Algérie que nous publierons, aider à la clarification de ces problèmes. Nous examinerons d'abord l'évolution et les positions récentes du M.N.A., ensuite celles du F.L.N. et nous reprendrons à la fin l'ensemble de la question de la Révolution algérienne et de sa direction, afin d'en dégager les conclusions sur son caractère, sa dynamique, ses perspectives.
Le très sérieux « Economist » de Londres parle du M.N.A. comme du « parti plus modéré de Messali Hadj» (par rapport au f..N.). De meme le non moins serieux M. Sulzberger, dans le «New York Times » (qui a comparé le M.N.A. à Mikhailovitch dans la Révolution yougoslave). Le rôle de ces organes n'est pas 26 par Jacques PRIVAS de tromper les travailleurs, mais d'informer correctement la classe dirigeante. Ils peuvent naturellement se tromper. Mais Pineau se trompait-il aussi lorsqu'il déclarait le 4 février 1957 devant la Commission politique de l'Assemblée générale de l'O.N.U. : « En quoi le M.N.A. se distingue-t-il du F.L.N.? Il apparaît. à notre avis, plus occidental, plus réanste, surtout plus independant. ce qui ne signifie pas que ses revendications soient moins vives ».
Cet avis du ministre français des Allaires étrangères n'est pas infirmé mais, au cortraire, confirmé par toutes les déclarations du M.N.A. Le 24 janvier 1957. Moulay Merbah, secrétaire général du M.N.A., adresse un télégramme au président Eisenhower : « Le peuple algérien et Messali Hadj accueillent avec faveur votre politique sur le Moyen-Orient et l'approuvent comme une contribution généreuse et positive au bien-être, à la paix et à la liberté du peuple arabe... La véritable guerre coloniale qui se livre en Algérie affecte la sécurité de l'Europe occidentale du fait que 500.000 soldats françis, dont 4 divisions de l'OTAN et des armements de l'OTAN y sont engagés ». ( Le Monde ».)
Le 26 novembre 1957. Moulay Merbah adresse un aide-mémoire à M. Hammarskjoeld, secrétaire général des Nations Unies, dans lequel il déclare qu'il ne serait pas surprenant que la prolongation de la guerre en Algérie « pousse le peuple algérien désespéré à se jeter dans les bras du communisme international (« Le Monde »).
Cette même orientation pro-occidentale anticommuniste se trouve rendue encore plus solennelle par les déclarations de Messali Hadj lui-même. Dans une interView au journal «Die Welt », de Hambourg, il dit: « La guerre ne se terminera pas même si le gouvernement français envoie 500.000 soldats en Algérie. Si les Algériens n'ont pas l'indépendance, ceci aggravera le problème et mettra en danger la paix mondiale. L'Algérie deviendra un problème de sécurité pour l'alliance
Q UATRIEMEIN occidentale. Le monde entier sera éventuellement dressé contre l'alliance allanlique a cause de la politique française ». Et plus nettement encore dans une interview a l'hebdomadaire socialiste «Demain » (26 juillet 1956):
«Il faut être atteint de cécité politique complète pour ne pas comprendre que la poursuite de la guerre en Algérie menace la paix et la sicurité en Mediterrance et soulève teutes sortes de difficultés internationales au sein de l'OTAN Jui-meme.
C'est pourquoi nous sommes persuadés nue la solution du probleme algérien affermira la paix en Airinue du Nord. renforeera le camp de la liberté, consolidera l'amitié franco-islamique... L'Islam maghrebin évoluera en tenant compte de nes voisins occidentaux, de ses intérets économiques et de ses rapports avee les Etats méditerranéens.»
Ces quelques citations permettent de dire qu'au moins el ce qui concerne le caractère « plus occidental» du M.N.A.. Pineau ne se tromoait pas. Mais on peut penser qu'il s'agit là d'une manœuvre Dour expioiter les contradictions entre les impirialismes. afin d'amener les U.S.A. à faire pression sur l'impérialisme français pour qu'il arrête la guerre. Il est néanmoins étrange qu'un « parti revolutionnaire » (1) déclare que la doctrine Eisenhower est une contribution à liberté du peuple arabe, et l'OTAN. le camo de la liberté. Mais si cela ne suffit pas a caractériser le M.N.A. comme « plus réaliste » et «plus modéré », il faut examiner les déclarations faites par le M N.A. a l'égard de la France.
Dans un mémorandum du 15 juillet 1957, adressé à F. Dulles, le M.N.A. propose que toutes les fractions algériennes prennent l'engagement de négocier des accords « garantissant les intérêts millimes de la France, culfurels, econolégitimes de la France, culturels, écono-
Get stratégiques».
Dans la même interview à «Demain». Messali Hadj déclarait :
« Méditons sur l'exemple donné par le Pakistan et l'Inde: le Pakistan. cette grande puissance islamique. tout en jouissant de sa liberté et de son indépendance a conservé les liens de sympathie el des rapports d'intérêts avee la GrandeBretagne. »
Ce qu'il est difficile de ne pas appeler ce qui est auteue de te pas une solution « modéree » et même singuhèrement modérée, pour un peuple qui combat depuis 3 ans pour son indépendance. Dans le même esprit, on peut reledance. Dans le meme espin, on peut telever la déclaration faite par le M.N.A. à «France-Observateur » en février 1956:
«Question: Comment vous nroposezvous de reconnaitre les « droits légitimes » des « éléments nouveaux» dont vous admettez que votre pays « s'est enrichi»?
Réponse : Nous les admetto?s dans notre famille avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les citoyens algeriens... Nos principes directeurs dans ces problèmes relèvent de la démocratie et du désir d'éviter les heurts entre les éléments ethniques du pays.»
Bien que nous aurons à y revenir, notons tout de suite comme élément de comparaison la réponse du F.L.N. à une question semblable, parue dans le même
TERNATIONALE numéro de «France-Observateur » « Les biens des Europeens, honnetement acquis, seront respectes. Le gouvernement algerien se réservera cependant le droit. si linteret géneral l'exige, de nationaliser par exemple les grands moyens de produ ton qui sont aujourd'hui entre les mais d'une peignée de colonialistes. en sera de même de la question agraire. Aucun gouvernement algérien digne de ce nom ne tolérera qu'une seule famille exploite des dizaines de milliers d'hectares. alors que l'immense majorité des Aigériens vegetent dans une misère sordide.
Nous n'envisageons aucun statut privilégia pour les Français pour leur citoyennete d'origine opteraient opteraient
Ceux qui opteront pour la citoyennete algerienne auront les mêmes droits et les memes devoirs...»
La manière du M.N.A. de décrire l'avenir des relations franco-algériennes, et du statut des colons n'est d'ailleurs que l'aboutissant d'une conception des buts de guerre qu'on peu difficilement ne pas qualifier au moins de « modérée». En fait. c'est la recherche du compromis. A plusieurs reprises, le M.N.A declara qu'il n'y a ps de solution militaire au conflit. Lors de la dernière session de IO.N.U.. « Le Monde » communiquait : « Dans un communiqué publié à Londres un représentant du Mouvement National Algerien a déclaré que la fin du conflit Rigerien ne peut etre le resultat d'une victoire militaire.
L'unique solution démocratique et juste. a-t-il ajouté. se trouve dans lorganisation d'élections libres sous le contrôle effectif des Nations Unies.»
La mime idée est reprise le 7 novembre 1957 par « La Vérité du groupe « trotskyste » Lambert, sirulier défenseur inconditionnel du M.N.A. :
« Militairement par suite de son isolement relatif essentiellement par rapport au prolétariat français.. le peuple algérien ne peut remporter la victoire.
... La direction du F.L.N.. par son aventurisme. fournit indeniabiement aux ultras tens les éléments politiques et psycholegiques pour continuer la guerre colonialiste.»
De cette conception de l'imoossibilité de remporter la victoire découle très logiquement l'idée d'u l'idée
M.N.A. formule: « ronde, cessez-le feu controle tion sous in compromis que le
Aix-les-Bains ou table sans préalable. élecinternational ». Le
«sans préalable» est à noter, puisque labord le M.N.A. a déia reconnu que la Frince verrait ses intérêts légitimes - culturels, économiques et stratégiques
- garantis, qu'on évitera les « heurts» antre éléments ethniques et que Messali Hadi l'invite à méditer sur l'exemple du
(1) L'aile soi-disant « prolétarienne» et même « socialiste » de la Révolution algérienne, selon quelques singuliers c trotskystes » dont le sectarisme aussi virulent qu'infantile, consiste depuis des années à méconnaître le visage de la révolution. parce que sa direction n'est pas 100 % de pur sang «bolchevik».
VATRIEME
Pakistan. Ensuite, ce « sans préalable» n'est pas une revendication à l'égard de la France dont c'est précisément l'objectil. Et ceci est d'autant plus remarquable que le « préalable » du F.L.N. a un cessezle-feu est la reconnaissance de l'indépendance algérienne par la France et que la «gauche » française, le roi du Maroc et Bourguiba lui demandent. avec insissance. précisément de l'assouplir ou de l'abandonner !
Bien entendu, les mouvements d'émancipation nationaux ont parfaitement le droit de considérer a tel ou tel moment qu'un compromis vaut mieux que la continuation de la guerre. Mais. concrètement. aujourd hui quand le peuple algérien tout entier combat et reluse de cesser le feu sans avoir obtenu l'indépendance, il n'est pas erroné de dire que c'est une aile étrangement « modérée» qui proclame la victoire impossible et qu'il faut accepter quelque chose qui ressemble au fameux tryptique de Guy Mollet. N'est-ce pas une déclaration accablante que fit Messali Hadj dans la meme interview à « Demain , en disant: « Constatons que la motion finale (du congres de Lille du Parti Socialiste) sans aller
Le problème des exécutions réciproques entre membres du M.N.A. et du F.L.N dans l'émigration algérienne en France a particulièrement troublé l'opinion ouvrière internationale.
Nous répétons que nous réprouvons ces méthodes dans ie mouvement révolutionnaire pour trancher les divergences poltiques. Mais ceci ne peut remplacer l'essai de comprendre ce qui s'est passé reellemeat.
C'est dans ces derniers mois qu'une véritable campagne s'est développée en France dans la presse, les discours. ete.. contre les attentats. Mais cette campagne visait avant tout le F.L.N. Plus particulièrement, ce sont les défenseurs temporaires ou permanents du M.N.A. qui ont jeté les foudres contre « les gangsters du F.L.N. ».
Or. ces exécutions duraient depuis le debut de 1956 et même avant. Il est étrange que ces vertueux pourfendeurs de gangsters se soient tus pendant pres de 2 ans. On est en droit de leur demander s'ils n'ont pas trouvé ces procédés inqualifiables seulement a partir du moment où les victimes en étaient aussi des membres du M.N.A.
En fait. la lecture de la presse montre que jusqu'en 1957, à chaque fois que l'appartenance politique de la victime était indiquée, c'était en général un membre du Front.
Dans une déclaration au Parlement. le Ministre de lIntérieur Bourges-Maunoury. lisant visiblement un rapport de police déclarait :
« Les attentats se multiplierent au cours de l'année 1956. Les victimes furent surtout des frontistes: 80 morts, principalement dans cette fraction, furent denombrés dans cette période.
« Le F.L.N.. déjà solidement établi, reagit des le début de 1957 en ripostant aux 28
TERNATIO ALE jusqu'a notre conception peut né. nmoins cire consideree comme un pas en avant vers la négociation ».
N'est-ce pas « Demain » (organe socialiste qui passait pour exprimer le point de vue de Pineau) qui a raison en présentant l'interview de Messali Hadj ainsi:
« Mais l'opinion publique enregistrera avec intérêt qu'un de nos interlocuteurs possible de demain se prononce contre le parti unique.... demeure partisan d'un « Aix-les-Bains algérien » ouvert à toutee les tendances, ne pose aucun « préalable » ni au cessez-le-feu - ce qui est capital ni à «l'Aix-les-Bains ». Enfin, l'idée d'un Commonwealth (entre la France et une Afrique du Nord fédérée) qu'il avait déjà opposée a celle de l'Union française dans un message à l'O.N.U. de 1948, merite pour le moins réflexion. »
Tout ceci est assez bien confirme par le fait qu'en France les défenseurs du M.N.A. sont des personnalités comme Rous. Pivert. Hervé, des dirigeants reformistes de la Fédération de l'Education Nationale qui tous sont partisans d'un ‹ compromis honorable » quand l'impérialisme français est en difficult attaques dont il était l'objet. ensuite en accroissant son activité. Il entreprit luimême une campagne terroriste pour tenier l'elimination définitive de son adversaire.
« Ces actions et réactions devinrent de plus en plus violentes et les deux partis nationalistes se livrèrent et se livrent aujourd'hui à une véritable lutte d'extermination réciproque sur notre territoire.» (Bourgès-Maunoury. « Journal Officiel » du 12 novembre.)
De plus, et surtout il était de notoriété publique dans les milieux nord-africains jusque vers le milieu de 1956 que le F.L.N. en France cherchait à se procurer cies armes pour se défendre. alors que les exécutions duraient depuis déja pres d'un an.
L'ensemble de ces faits permet de dire d'une façon formelle que ces méthodes cnt été utilisées par le M.N.A., désireux de sauvegarder sa predominance en France le premier. La campagne d'indignation qui déferla contre le F.L.N. n'a que peu à voir avec la morale prolétarienne: il s'agit d'une opération politique destinée à dresser l'opinion contre les Nord-Africains et. pour certains. specifiquement contre le F.L.N., direction reconnue par les masses algériennes de leur Revolution.
C'est dans le même sens que la quasi unanimité de la « gauche » francaise • emboite le pas au gouverneme it lorsque celui-ci attribua au F.L.N. le massacre de Melouza. Alors que l'examen des faits montrait facilement qu'il y avait au moins des choses inexpliquées et littéralement troublantes sur le rôle joué par l'armée française et ses auxiliaires dans cette affaire (2).
(2) Voir « La Vérité des Travailleurs» (n° 65. juin 1957).
LES ATTENTATS EN FRANCE
LES ATTENTATS EN FRANCE
Q
LE M.N.A. ET LE MOUVEMENT DES MASSES
Messali Hadj lançait, le ler septembre 1057. un « appel au peuple algérien pour que cessent les exécutions entre Algériens. Cet appel aurait certainement en une signification toute différente s'il avait été publié au moins un an plus tot lorsque C'étaient les membres du F.L.N. qui en etaient essentiellement les vietimes. Le 1° septembre 1957, cet appel ne peut signifier qu'une chose — lorsque c'est l'organ'sation qui a commencé les hostilités qui le lance - c'est que cette organisation a perdu. De fait, toutes les in ormations émanant notamment entreprises vont dans le même sens: la progressive disparition de l'influence de masse du M.N.A. dans l'émigration nordafricaine. Même dans le Nord et lESt de la France et en Belgique, ou cette influence subsistait encore il y a quelques mo's, elle est en voie de disparition. Cette régression fut parallèle au développement de la révolution en Algérie.
Pour l'Algérie même, il ne fait plus rucun doute pour personne, que le M. N.A. n'y dirige plus d'opérations armées. De nombreux reportages sont publiés dans la presse allemande, américaine, anglaise, italienne sur les maquis algériens. Tous les décrivent dirigés par le Front. En France, seule la journaliste Claude Gérard décrivit un maquis M.N.A. -il semble bien que c'était celui dirigé par Bellounis. Déjà, en février 1956, lorsque
L'AFFAIRE
On sait qu'au début de décembre 1957 un «accord» signé entre un chef de maquis M.N.A. et l'armée française était rendu public. Il s'agit d'une trahison évidente de la Révolution algérienne. Elle tente de se camoufler sous les couleurs d'une action autonome contre le Front. mais elle est aussi peu autonome que ne l'était celle de Bao-Daï. Les déclarations de Bellounis sont d'ailleurs très claires :
•« Si l'on me reconnaissait comme représentant de l'armée nationale du peuple algérien et le Mouvement national algérien et Messali Hadj comme interlocuteur valable. je suis disposé à participer à la pacification de l'Algérie avee mon armee.n
Il faut ajouter tout de suite que quelques jours après. pressé par ses proteeteurs de l'armée française, il reniait le M.N.A.
Ses affiches disent :
"Je déclare aujourd'hui solennellement que mon armée combat contre les forces anarchiques d'obédience étrangère représentées par le F.L.N. pour affranchir les populations de ce pays de leur domination cruelle. Mon but est essentiellement de permettre à chacun de s'exprimer librement le jour prochain où l'anéantissement du F.L.N. permettra au peuple d'Algérie de définir son destin dans un cadre harmonieux indissolublement lié à la France.
J'ai entrepris cette lutte en étroite collaboration et amitié avec les autorités le M.N.A. déclarait à « France-Observateur » : « La grande majorité des combattants de l'Armée de Libération Nationale sont des militants du M.N.A. fidèles à
Messali Hadj... La plupart de ces maquis sont sous la reconnaissent du M.N.A. » confinant au direction de cheis qui
• ne d'autre autorité que celle c'était une exagération mensonge. Aujourd'hui, depuis le passage de Bellounis du cote des Français, il est impossible de trouver trace d'un seul maquis M.N.A., ni dans la presse internationale d'information, ni dans la presse pro-M.N.A.
La vérité est que le M.N.A. a cessé d'être une organisation dirigeante ou organisatrice de la Révolution algérienne qu'il n'a pas déclenchée. Celui qui ne voit pas cela ne voit pas la Révolution telle qu'elle est et s'en fabrique une dans son imagination. Il ne s'agit pas du tout pour nous d'idéaliser le F.L.N.. de voir en lui, le parti bolchevik, etc. Mais c'est un fait fondamental de la situation de l'Afrique du Nord et de la Révolution : le F.L.N., qui a pris l'initiative de la lutte armée, est l'organisateur et le dirireant du peuple algérien en lutte à l'étape présente. Le M.N.A., d'une part. n'occupe pas une telle place dans le mouvement des masses et. d'autre part. par ses positions « plus réalistes » se trouve à droite du F.L.N. BELLOUNIS civiles et militaires de la France. Mon armée est engagée dans le combat qu'elle mène contre les égorgeurs frontistes qui n'épargnent ni femmes, ni enfants, ni Vie ilards.
Je suis un chef de guerre. je n'exclus pas les méthodes révolutionnaires. Mais l'administration n'est pas du ressort de mon armée, qui demeure celui de l'appareil administratif représenté par les autorités civiles françaises actuellement en place. »
Les autorités françaises lui fournissent du matériel et de l'armement pour la « protection » de «sa » zone. De pius. après Melouza, 300 « messalistes » vivant en France furent transportés officiellement en Algérie pour « venger leurs freres de Melouza ». il apparait maintenant qu'ils furent « livrés » à Bellounis.
On peut se tromper sur • la tactique. on ne peut se tromper sur l'appréciation d'un passage aussi flagrant à la contrerévolution. Ce qui est un i signe particulièrement grave de l'évolution du M.N.A et de ses supporters, c'est qu'ils se sont tus et qu'ils se taisent sur cette affaire L'argument qu'il s'agit d'un traitre comme tous les mouyements en ont eu n'est guère valable, d'abord parce qu'il serait facile de le dire, ensuite parce qu'il ne s'agit pas d'un traitre parmi d'autres, mais du chef du premier et dernier maquis M.N.A. important qui subsistait. Serait-ce un aboutissement trop poussé de la ligne du combat sur
INTERNATIONALE deux fronts que son porte-parole « La Vérité » du groupe Lambert résumait ainsi: « Les révolutionnaires conscients lutteront jusqu'au bout pour défendre contre les tueurs du F.L.N. les authentiques révolutionnaires algériens ?»
Le M.N.A. se contente de se taire. Mais ce qui est réellement extraordinaire, c'est qu'alors que tout le monde savait déjà en gros que Bellounis était passé aux Français, « La Vérité» écrivait le 14 novembre 1957 :
«La Commune ». de juin 1957 — journal d'une coalition centriste, truffée de quelques « trotskystes orthodoxes » écrit sous le titre: «Où sont les socialistes algériens » ?:
Le M.N.A. est « socialiste, revolutionnaire, représenté par le chef du M.T.L.D.. vieux militant ouvrier, rompu à la lutte de classe et formé dans (les rangs du mouvement ouvrier français ».
«Il existe un mouvement de masse en Algérie : le M.N.A. Ce mouvement est le plus représentatit du peuple algérien. 1l est essentiellement prolétarien, il a une doctrine socialiste bien établie, il contrôle la majeure partie des maquis, il est profondement democratique et n'est inféode à aucune puissance étrangère. »
«The Militant », déjà cité, écrit de son côté: « La lutte entre le M.N.A. ouvrier et sccialiste et le pro-capitaliste F.L.N. » (30 decembre 1957).
« La Vérité » rapporte un discours de Gérard Bloch, déclarant :
«Les militants du Mouvement National Algérien de Messali Hadj... sont ce qui existe aujourd hut de plus proche, comme parti de masse, de ce que fut l'authentique parti bolehevik de Lénine et Trotsky. »
On croit naturellement rêver! (4)
Comment expliquer que ce parti thentiquement « révolutionnaire », presque « bolchevik », puisse régresser dans les masses, voir son maquis passer du coté de la contre-révolution précisément pendant le développement de la révolution. L'explication par la « campagne de silence » faite autour du M.N.A. et par la publicité faite autour du F.L.N. (qui est celle de « La Vérité») ne pourrait jouer que pour la France. A moins d'avoir une idée très méprisante des masses algériennes qui abandonneraient une direction prolétarienne pour une direction bourgeoise.
L'explication est toute autre. Il est tout simplement ridicule de voir dans le M.N.A. une direction socialiste des masses. Le M.N.A. ayant manqué l'occasion de déclencher la lutte armée a depuis constamment régressé idéologiquement et numériquement et est actuellement de plus en plus coupé des masses. 30
« R. Barrat n'aurait pas rencontré Krim Belkacem et Ouamrane dans le maquis - lorsqu'il a fait son reportage en août 1955 - mais dans l'appartement d'une haute personnalité française. « Fins politiques !» s'extasient les stalino-progressistes. » Mais que Bellounis rencontre un officier français, et ces vertueux personnages crient à la trahison.»
Depuis, silence de leur part (3). y compris dans la métropole. Pour remonter la pente et afin de montrer sa plus grande efficacité que le F.L.N. dirigeant de la lutte armée, il est entré dans lengrenage des opérations de « manœuvre » à l'égard des impérialismes américain et français. Mais c'est là un jeu dangereux. Bientôt on ne voit plus exactement qui manœuvre et qui est manœuvre. Vraisemblablement que Bellounis aussi se croyait très fort. Il est allé plus vite et plus loin parce que la guerre a une logique plus acérée, celle de l'action.
L'impérialisme français ne s'y trompe pas. Lorsque Pineau insiste pour que le M.N.A. « plus réaliste » participe à d'éventuelles negociations, il sait qu'il tirera un bénéfice en opposant le M.N.A., même isols, même devenu une secte, au F.L.N.. même dirigeant de tout un peuple. Ce n'est sûrement pas pour d'autres raisons que l'impérialisme français a permis la tenue d'un congrès et d'un meeting légal lors de la fondation de l'U.S.T.A. (la centrale syndicale M.N.A.), ainsi que la présence de représentants de cette meme U.S.T.A. à Bamako. Qui manœuvre l'autre ?
A suivre les déclarations pro-oscidentales et anti-communistes, l'activité terroriste anti-F.L.N., la fin de Bellounis. les silences qui ont suivie, on ne peut s'empêcher de penser que Soustelle pourrait finir par avoir raison d'avoir déclaré : « Messali Had] est ma derniere carte ».
Le 7 janvier 1953.
(3) « The Militant », du SWP aux EtatsUnis, qui s'efforce de minimiser cette aifaire, affirme que le M.N.A. a désavoue Bellounis. Nous ne pouvons qu'espérer que sa bonne foi a été surprise (comme sur tant d'autres affirmations de ses articles) et lui demander de citer la source de son information.
(4) Il suffit d'ajouter en outre que le M.N.A., en commençant par l'habillement et les prières de son chef, se déciare « religieux ». terminant nombre de ses tracts a ses treres musulmans. mar des appels a laide et a la gloire d'Allah!