« Pour que les masses boliviennes puissent se sauver et vivre. il faut que le capitalisme soit terrassé en Bolivie; par contre, pour que celui-ci puisse se survivre, c'est la révolution bolivienne qui devra succomber ».
C'est dans ces termes que s'est exprime au Parlement un député mineur.
La rupture des masses avec le gouvernement réactionnaire de Siles, au service de l'impérialisme américain, s'exprime chez les mineurs qui constituent l'avantgarde la plus combattive et la plus décisive du prolétariat bolivien, par un raldissement préludant a un choc ouvert.
Après un an d'un plan économique dit plan « libéral », imposé au pays par l'impérialisme yankee, et qui a bloqué les salaires à des niveaux de misère, réduit les masses laborieuses a une détresse économique incroyable, et provoqué une baisse de la production, au moment ou les couches réactionnaires et contre-revolutiennaires voyaient leurs positions politiques et économiques se renforcer. le gouvernement est venu devant le Parlement demander la reconduction pour un an des pouvoirs speciaux afin de poursuivre l'application de ce plan.
Bien que celui-ci n'ait fait qu'empirer la crise économique déja grave du pays. Siles et ses ministres ont fait état de cette crise et de ses très sombres perspectives pour demander la prorogation des pouvoirs spéciaux et affirmé qu'il n'y avait aucune autre alternative pour faire face à la situation !
Or la reconduction de ces pouvoirs signifiait pour les masses un nouveau blocage des salaires, avec par contre la liberté des prix, plus l'autorisation pour le potronat de congédier massivement les travailleurs. Elle signifiait en outre un pas en avant du gouvernement sur la voie de la liquidation des acquis de la révolution boliviene pour parvenir à l'établissement d'une dictature féroce. S'il est vrai que, sur cette voie contrerévolutionnaire. le gouvernement Siles s'est trouvé encouragé par la couardise et l'attitude capitularde de la direction syndicale représentée par Lechin et Ci fuyant la lutte, il est non moins vrai que les calculs de Siles ont été jusqu'ici freinés par une résistance tenace, de plus en plus ouverte, des masses qui se manifeste par des grèves, des manifestations de rue, des décisions prises par les syndicats — tout cela obligeant les cadres moyens et plus proches de la base soumis à l'influence et au contrôle direct de la grande masse à se mettre en vedette dans la lutte.
La demande du gouvernement concernant les pouvoirs spéciaux devait se heurter à la résistance des masses et celle-ci, à son tour, se prolonger inévitablement jusque chez certains députés ouvriers. sensibles à la pression des masses, done poussés à mener le combat contre l'équipe gouvernementale.
Venant au secours de Siles, le journal officieux La Nacion lança par la même occasion une grande campagne d'intimidation et de menace contre les leaders ouvriers qui viendraient à se solidariser avec le POR, dénoncé par le journal comme le seul parti s'opposant aux pouvoirs spéciaux. La Nacion alla même jusqu'à publier dans la première page d'un de ses numéros la photocopie d'une page de Lucha Obrera, organe du POR où s'étalait en grand titre : « A bas les pouvoirs spéciaux! ». -
Là, le gouvernement visait bien. En effet, le centre politique de l'opposition des travailleurs à la politique réactionnaires de Siles ne se trouve nullement dans la direction capitularde représentée par Lechin mais dans le POR. dont les vues révolutionnaires attirent l'attention des masses qui quittent par vagues successives les rangs du MNR, ainsi que celle de cadres combatifs du MNR qui, subissant la pression d'en bas, rompent avec le gouvernement en raison de son orientation pro-impérialiste.
Mais Siles n'a pas pu empêcher que la résistance des masses à ses plans ne fasse tache d'huile jusqu'au Parlement lui-même. Le Bloc mineur parlementaire. qui groupe six députés, est apparu à la chambre comme le porte-parole de cette opposition, et a gagné à cette cause
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Q UATRIEME IN d'autres élus de la COB. Cependant. parti qui a montre la politique prolétarienne pouvant faire échec aux plans de l'impérialisme en Bolivie, c'est le POR. C'est ainsi que quand le député mineur Armanda Morales est monté à la tribune pour s'opposer au nom des mineurs aux pouvoirs speciaux et qu'il a déclaré rompre avec la politique réactionnaire de Siles, il a développé des arguments qui rejoignent point par point les idées et la politique du POR.
Apres avoir reconnu la réalité de la situation catastrophique décrite par les rapporteurs du gouvernement, depute mineur rejeta l'idée qu'une telle situation soit due, comme certains voudraient le faire croire, à une « incapacité du pays » ou au « manque de discipline des ouvriers ». car si incapacité il sauver le pays du chaos et de la catastrophe, elle se trouve dans le régime capitaliste, que le gouvernement défend. Puis, l'orateur opposa aux chiffres se rapportant aux problemes et aux difficultes rencontrés par le gouvernement le patronat, les chiffres relatifs aux problèmes aux allicuites economiques
- dont aucun mmistre n avait parle des familles ouvrières. Chiffres en main. il démontra que celles-ci mangent — et mangent mal - une seule fois par jour ne peuvent renouveler leurs habits parce qu'elles doivent destiner leurs maigres salaires à la nourriture. Mais en dépit de tout, elles soutiennent toujours la révolution bolivienne, alors que les nouveaux riches du MNR la trahissent et l'étranglent.
Il démontra comment avec un tel niveau de vie. c'est-à-dire de faim et de misère, imposé aux masses, celui de la production ne peut pas ne pas baisser : comment le plan économique dicté par l'impérialisme américain avait comporté une redistribution du revenu national en ce sens qu'on a arrache aux couches pauvres ce qu'on a donné aux riches: comment une telle situation ne peut que s'aggraver davantage avec le blocage des salaires, la montee des prix et un chomage galopant.
Le député mineur combattit l'argumentation des ministres capitalistes selon laquelle on ne pouvait relever les salaires sans une augmentation préalable de la production, et montra comment relever ceux-ci tout en évitant les nouvelles émissions de papier-monnaie, a savoir par une redistribution du revenu national découlant de mesures et de plans économiques qui réduiraient la part que reçoivent les classes possédantes et relèveraient celle des travailleurs. D'ailleurs. aJoute-t-ll. seule une telle redistribution, representee en partie par un relèvement des salaires. peut relever le niveau de la productivite. chose qui s'avère impossible avec les salaires de misère actuels.
Il a ensuite dénoncé la gabegie et le gaspillage du gouvernement capitaliste dans le maintien d'une bureaucratie aussi bien étatique que syndicale, d'une armée. des nouveaux riches, etc.. qui lui sont fidèles. Il dénonça le plan de stabilisation economique. dont le caractère était également politique et avait ete « ela32 :32
TER . NATIONALE boré » par l'impérialisme « pour balayer la révolution bolivienne ». Puis il sinsurgea contre les attaques dont était victime le mouvement ouvrier, contre les saisies répétées du journal du POR Lucha Obrera et autres journaux ouvriers alors presse réactionnaire jouissait d'une entière liberta. Quant aux pouvoirs spéciaux, Siles les veut, dit le député mineur, « pour les utiliser contre le mouvement ouvrier, terrasser la révolution, finir avec nos conquêtes, et parvenir ainsi à une véritable stabilisation capitaliste défendue par un gouvernement fort qui se serait érigé sur le dos des ouvriers et des paysans ».
En demandant les pouvoirs spéciaux et en affirmant péremptoirement que plan économique était le seul possible. le gouvernement avait menace de démissionner si on les lui refusait. Au nom des mineurs, le député Morales répondit qu'il relevait ce défi, et il ajouta: « Ce n'est pas le pays qui a lait faillite. c'est son régime capitaliste... Hors le capitalisme et rompant avec le capitalisme, il y a une autre politique politique ouvrière assurant une stabili sation économique qui ferait supporter les frais de la crise aux riches. C'est la seule issue pour sauver la révolution bolivienne, arrivée au bord de la défaite et de la débâcle par la faute de la politique du gouvernement actuel ».
Rejoignant toujours les vues politiques du POR, il proposa un plan ouvrier de stabilisation économique comportant des mesures anticapitalistes audacieuses, plan qui effectivement ne pourrait être appliqué par Siles mais par un autre gouvernement. Et, répondant à la menace du gouvernement de démissionner, le député s'écria : « Cette attitude a posé la question de fond. la question-clé pour la Bolivie : Qui gouverne le pays et pour qui ? En proposant son plan économique. et en menaçant de démissionner si on ne l'adopte pas, le gouvernement entend gouverner Me pays pour le profit des capitalistes et des riches. Nous, mineurs.
proposant notre plan économique. relevons le défi du gouvernement. Si le gouvernement n'est pas disposé à accepter le plan ouvrier, qu'il se démette: nous. les travailleurs, constituerons notre propre gouvernement et prouverons que nous sommes plus capables pour diriger le pays que ne le sont les capitalistes».
Le discours du député Morales fut continuellement gratifié d'interruptions même calomnieuses de la part d'un publie composé de policiers et d'employés du gouvernement qui se voyaient encouragés par l'attitude passive du président de la chambre à leur égard. Leurs provocations arrivèrent à un point tel qu'un autre député mineur fit savoir à la présidence que si elle persistait dans une telle passivité, le groupe des députés mineurs se rendrait personnellement à la tribune du public pour y imposer de 1 ordre. Saisi par la peur, les policiers se turent aussitôt.
Le discours d'Armando Morales avait effrayé la majorité siliste. Aussi elle fit approuver une motion-baillon pour clore le débat et empêcher l'intervention des
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INTERNATIONALE autres députés ouvriers. Ceux du Bloc mineur, suivis d'autres élus de la COB. quittèrent la salle en guise de protestation. Mais les pouvoirs spéciaux demandés par le gouvernement furent adoptés par un vote majoritaire.
Cependant, ce qui se passait à ce moment au parlement n'était qu'un faible prélude de ce qui allait se passer hors de ses murs. Quelques jours après. les ouvriers du textile de La Paz se mirent en grève contre les menaces de chômage. De leur coté, réunis dans une assemblée nationale élargie tenue à Potosi, les mineurs adoptèrent une motion qui approuvait le comportement de leurs élus parlementaires et. par 70 voix contre 10, se déclarèrent contre les pouvoirs spéciaux du gouvernement, scellant de cette façon leur rupture avec celui-ci. L'assemblée de Potosi avait été précédée d'un défilé des mineurs dans les rues, suivis de toute la population. Y ont pris part 20.000 personnes environ. A l'heure où j'écris, l'assemblée est toujours réunie et continue la discussion dans un climat de combattivité extraordinaire. On s'attend à l'adoption de nouvelles résolutions pour l'action, parmi lesquelles la lutte pour le relèvement des salaires. passant outre au blocage de ceux-ci prévu dans le plan Siles (1). Le journal officieux du gouvernement sue la rage et accuse le POR de diriger les débats de l'assemblée de Potosi, du fait que celle-ci s'achemine effectivement vers les vues politiques et le programme des trotskystes.
La révolution bolivienne est arrivée maintenant au moment où sa direction petite bourgeoise et capitaliste se dispose à l'étrangler après avoir completement capitulé devant l'impérialisme. Mais il y a aussi la résistance héroique des masses qui, sentant ce danger, tournent le dos à cette direction et se préparent à lattaquer en dépit de la haute bureaucratie ouvrière qui refuse toujours de combattre. Les travailleurs, qui luttent pour sauver leur révolution, se rendent compte qu'il n'y a d'autre voie pour y réussir que la destruction du capitalisme et la constitution du gouvernement ouvrier et paysan. C'est dans cette voie que la réalité objective pousse les masses. les mineurs en tant qu'avant-garde et des cadres combatifs qui ne se resignent pas à la capitulation des sommités bureaucratiques. Et c'est dans cette voie que les uns et les autres trouvent que, pour organiser la nécessaire lutte pour la construction d'un gouvernement ouvrier et paysan, il n'y a d'autre direction que celle du POR, ni d'autre programme que le sien.
De la conjonction des désirs et des aspirations des masses et de l'action audacieuse et responsable du POR pour les organiser, surgira, à la prochaine étape. le pouvoir ouvrier en Bolivie. Les tentatives de Siles pour établir une dictature contre-révolutionnaire seront ainsi mises en échec.
(1) L'assemblée de Potosi a effectivement décidé à l'unanimité l'organisation de la lutte pour l'augmentation des salaires (N. D. B. R.)