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La revue › 16e année, n° 1

La décomposition du stalinisme en Allemagne orientale

Fred Aller · Quatrième Internationale, 16e année, n° 1 · janvier 1958 · p. 20-25 · 4 679 mots

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L'article ci-dessous constitue la deuxième partie d'une étude du camarade F. Aller sur la situation dans la République démocralique allemande (D. D. R.), établie avant tout d'après les travaux d'une session du Comité Central du S.E.D. C'est la seconde fois que la direction publie un compte rendu de discussions intérieures, la première fois environ un an avant l'explosion des 16-17 juin 1953. La première partie de l'étude était consacrée à la situation économique et mettait en avant le caractère de gravité qu'elle avait atteint. Il en résulte létal de tension sociale que soulignent les pages que nous publions.

La décomposition progressive du cours stalinien du S.E.D. ne peut plus être voilée malgré une censure de presse des plus sévères exercée par le Bureau Politique, malgré tous les enjolivements des publications officielles, malgré la « documentation » insistant lourdement sur l'unité du Parti. Bien des signes indiquèrent, dès avant le 33* Plenum (16-19 octobre 1957), que la crise interne du S.E.D. avait progressé. C'est ainsi que furent publiées à intervalles réguliers, dans l'organe central du S.E.D. et dans les journaux de province du Parti, des correspondances de fonctionnaires responsables du Parti et de l'Etat qui, sous la rubrique « autocritique », laissaient apparaître les profonds bouleversements qui frappent le S.E.D. et auxquels, dans une mesure toujours plus forte, il aura à faire face. Le 33 Plenum a même désigné comme sa tâche primordiale le travail du Parti, l'amélioration qualitative du combat idéologique et politique et de sa direction.

Dans l'éditorial de « Neues Deutschland » sur le 33• Plenum l'auteur est contraint de faire l'aveu suivant:

« Nos organisations du Parti, nos organes d'Etat doivent constamment élargir et consolider la liaison avec les masses. Une liaison solide et durable avec les masses, leur direction et leur organisation correctes ne sont toutefois possibles que si le marxisme-lénimisme est infroduit plus profondément dans 20 les masses. Ceci est particulièrement valable pour les directions régionales du Parti...»

Et plus loin :

« Le Plenum attire l'attention sur la tâche importante de la consolidation des organisations de base, de l'élévation de leur rôle dirigeant dans leur domaine d'activité. Ceci n'est possible que si chaque membre du Parti est armé par la direction du Parti, par les discussions principielles dans des assemblées de membres, pour défendre sans hésitations, à l'entreprise comme au lieu d'habitation, la politique du Parti, convaincre les hommes et les enthousiasmer pour l'action socialiste commune en vue de la cause sociafiste commune.»

La publication des interventions dans la discussion du Plenum, d'abord tenue secrète, ne montre pas seulement la crise politique générale du S.E.D., mais éclaire aussi les effets de celle-ci jusque dans les rangs du C.C. Même ceux des membres du C.C. qui font aujourd'hui encore partie de l'aile Ulbricht sont forcés, dans la discussion avec les « mous » du C.C., de mettre en évidence la pression sociale.

Les discussions ont été particulièrement marquées par la volonté de l'aile Ulbricht d'obtenir une décision contre l'aile « libérale » du C.C. Au début de son rapport, Ulbricht pouvait constater triomphalement :

QUATRIEM H EIN

*... Pour tous ceux qui n'ont pas pris au mot les résolutions du Comité Central de notre Parti et qui ont douté de l'évaluation que nous avons donnée de la situation et du rapport des forces, la visite de la délégation du Parti ef du gouvernement soviétiques a fourni un éclairage impressionnant de la situation. Les négociations communes entre les délégations des Partis et des gouvernements de l'U.R.S.S. et de la D.D.R. n'ont pas seulement montré un accord complet sur toutes les questions abordées, mais ont conduit à un nouvel approfondissement des relations amicales entre nos Partis et nos peuples.»

Un groupe important au sein du C.C. commence néanmoins à résister au cours dur d'Ulbricht. Cela ne peut manquer d'être significatif, si Selbmann et Dressel, qu'Ulbricht avait choisis comme boucs émissaires pour la stagnation de la production des biens de consommation, se défendent âprement. Laissons toutefois la parole aux orateurs de le discussion eux-mêmes, et laissons la décomposition du stalinisme ainsi rendue évicente, porter témoignage, par-delà le corps des fonctionnaires moyens, jusque dans les sommets de l'appareil du C.C

Hilde Benjamin, ministre de la Justice :

• Ici aussi il subsiste encore chez nos camarades juges un reste de l'incompréhension des discussions de l'année dernière, des conceptions mal comprises de la légalité dans l'intérêt de l'accusé, qui, à l'occasion, ont mené les juges à se lier les mains et à faire au libre déroulement des procès des concessions incompatibles avec les intérêts de notre Etat et la nécessaire partialité. »

A In lecture de ces considérations on ne doit pas perdre de vue que les juges sont quasi exclusivement des fonctionnaires sélectionnés du S.E.D. On perçoit avec netteté la tendance au sein de la Justice à une opposition croissante contre la terreur stalinienne. De même le discours de Hanna Wolf, directrice de l'école supérieure du Parti appuie l'offensive d'Ulbricht :

«Il est nécessaire de rendre clair qu'il ne peut y avoir dans notre Parti des camarades durs et des camarades mous, qu'il doit y avoir des camarades qui réalisent correctement el avec conviction personnelle la ligne marxiste-léniniste de notre Parti. Je veux dire au'il ne doit plus se produire chez nous, dans la Parti, que certains camarades pensen! devoir être de bons papas et pouvoir laisser à d'autres le soin de la rude explicafion. Je veux dire que ceite pratique nous a nui et que certains camarades, à force de tactique et de diplomatie, ont oublié le but et le sens de notre politique. »

Wengels, secrétaire régional du S.E.D. pour Berlin, avait montré « trop de compréhension » pour un directeur de section du Secréfariat qui s'est réfugié en Allemagne Occidentale. Voici les fermes dans lesquels ladite Wolf polémique contre lui:

E RATIONAL E

« Pour commencer, le camarade Wengels m'a dit : c'est vous les fautifs, vous avez joué les inquisiteurs avec lui, vous l'avez traité comme un prisonnier de guerre. Je lui ai répondu : Tu parles comme Kontorowisz (1). Ensuite je suis d'avis que lorsqu'un camarade apprend que quelqu'un a fui la République, son premier réflexe doit être il en est en tout cas ainsi chez moi - c'est un salaud, et ensuite je peux m'occuper de psychologie. Mais d'abord je dirai qu'il est un déserteur, un fransfuge. Oui, de quel milieu vient cef homme ? Il était le dirigeant de la section culturelle à la direction régionale de Berlin. »

Au cours de ses considérations ultérieures elle s'occupe de fonctionnaires dirigeants du SE.D. qui laissent voyager leur femme en République Fédérale. Dans ce contexte, l'exemple est de signification secondaire ; l'important, c'est le fait qu'elle est obligée de parler de l'existence de membres du S.E D. « mous» et « durs ».

« Mais il s'agit là du cas de l'épouse d'un camarade qui fut le premier secrétaire de circonscription dans la région de Potsdam (maintenant élève à l'école supérieure du Parti note de l'auteur). Il est allé au Comité Central, non pas chez nous, il savait que nous ne le permettrions pas. A la section des cadres du C.C., on a dit: en principe, il n'y a rien qui s'y oppose.

Interruption d'Ulbricht: Je ne comprends pas très bien, dans ce cas c'est la direction de l'école supérieure qui décide !

C'est aussi ce que je voulais dire, mais il est bien connu que la Direction de l'école supérieure suit un cours « dur ». (Rires.) Et le camarade s'en est aperçu. Comme il voulait avoir l'autorisation, il n'est pas venu chez nous.

Ulbricht : Cela veut dire qu'au siège du C.C. le cours est plus mou ?

Ce n'est pas ce que je veux dire; je dis seulement qu'il y a aussi au siège du C.C. des camarades qui évitent les discussions. »

Au cours des derniers mois, le premier secrétaire régional du S.E.D. de Magdebourg, Pisnik, s'est fait remarquer dans les sommets du S.E.D. pour avoir rendu compte du véritable état d'esprit de la population. Il a longuement pris position à ce sujet dans une « considération critique du travail du Secrétariat du Parti de Magdebourg ». (« Neues Deutschland », septembre 1957.)

C'est à ce sujet qu'il est attaqué par Ulbricht et taxé « d'objectivisme ». Sa contribution, que voici, à la discussion donne toutefois à penser qu'il est décidé à garder aussi à l'avenir plus que d'autres fonctionnaires du sommet « la main sur le pouls des masses ». Dans son exposé il s'appuie sur

(1) Membre du P.C. allemand d'avant 1933, qui s'est enfui en Allemagne occidentale en 1957 (N. du trad.).

UATRIE ME des citations de lettres et correspondances qu'il a reçues de la population et du Parti ; ainsi il mentionne, entre autres l'opinion d'un ingénieur sur la construction du socialisme en Allemagne Orientale :

«Selon son opinion [de l'ingénieur], on doit mettre l'accent principal sur l'amélioration de l'organisation et moins sur de nouvelles expériences de base. D'aufres membres de l'intelligentzia se sont exprimés de façon analogue. On devrait surmonter diverses difficultés que nous connaissons. On devrait rattraper plus vite l'Allemagne Occidentale, alors on pourrait avoir beaucoup plus de prise sur les gens.»

« Exclamations : Qu'entend-il par expérience ?

« veut dire, qu'étant donné ces difficultés, que nous sommes un pefit Etat, que nous avons peu de matières premières, la question se pose s'il est utile de construire déjà le socialisme dans de telles condifions, ou si l'on ne devrait pas attendre » (souligne par auteur).

« Exclamations : Tu n'avais pas dit ça, tu avais oublié de dire ça. »

Il faut apprécier les phrases de Pisnik qui suivent, sur la situation politique dans laquelle se trouve le S.E.D., plus franches qu'on n'en ait jamais entendues dans la bouche d'un membre du C.C.:

«Récemment j'ai eu une conversation avec des jeunes de l'usine Ernst Thaelmann dont jeunes de tusine ernst indelmann dont plusieurs jeunes sont partis en Allemagne Occidentale il y a quelques semaines. J'ai constaté au cours de cette conversation qu'on y était parfaitement au courant de la façon у етан paranement au courant de la raçon dont ces jeunes, émigrés en Allemagne de l'Ouest, vivent là-bas. Des lettres sont arrivées. J'ai remarqué l'effet important qu'avait cette affaire, de sorte qu'il y avait et qu'il y a chez ces jeunes cette opinion: ça va mieux de l'autre côté. Nous avons amené cette discussion sur les problèmes politiques, sur la perspective, etc. Nous avons remis une série de points à leur place. Mais je dois dire qu'à la fin non plus il n'y eut pas un état d'esprit foncièrement différent. Dans d'autres manifestations avec de vieux travailleurs, avec des paysans, avec des membres de l'intelligentzia, j'ai trouvé la même chose. Vraiment il y a beaucoup de choses qui ne marchent pas bien. Nous nous sommes débattus chez nous avec la critique des prix, mais longtemps nous n'avons pas pu être éclairés là-dessus, même les camarades responsables pour ces choses n'avaient pas les idées claires et nous donnaient des informations fausses.»

Le fidèle acolyte d'Ulbricht, Karl Mewis, premier secrétaire de la région de Rostock, essaya de critiquer, dans l'esprit de son maître, les « faiblesses » de beaucoup de fonctionnaires, en déclarant :

« Peut-on dire que le Parti se soit déjà imposé dans tous les domaines du développement économique ou de l'activité étati22

TERNATIONALE que ? Non, on ne peut pas le dire. Dans les discussions avec les forces qui résistent dans l'appareil d'Etat, qui font opposition dans l'économie, consciemment ou inconsciemment, est quand même posée la question : devonsnous ou pouvons-nous attendre jusqu'à l'unité allemande pour aller de l'avant dans la voie du socialisme ?

Certains prétendent que nous ne pouvons pas confinuer à édifier le socialisme chez nous si nous n'avons pas toute l'Allemagne. La question est posée : pouvons-nous atteindre le but si l'on tolère la résistance dans le Parti, si l'on ne mène pas à son terme la discussion idéologique? Aussi bien ne peut-il tout de même pas être passé inaperçu par des camarades dirigeants que des idéologies étrangères subsistent chez beaucoup dans l'appareil d'Etat, à commencer par les conceptions selon lesquelles notre organisation étatique est quelque chose de semblable à l'économie de contrainte fasciste.

« Cette intelligentzia technique, comme à Magdebourg par exemple, ces employés, on peut les gagner pour notre socialisme. Mais jusqu'ici, ils croient que nous ne sommes pas encore sérieux et croient qu'ils peuvent, eux, jouer sur les deux tableaux.»

Le secrétaire à la culture du C.C., Paul Wandel, déposé par le C.C., est violemment attaqué par Mewis (apparemment - soit dit en passant - ce dernier est encore sous le coup de la menace d'Ulbricht, qui avait demandé sa tête dans d'après-guerre, parce lemment désapprouvé dans l'émigration et les premières années que Mewis avait viole pacte Staline-Hitler s'était trouvé au bord de la rupture avec le P.C.) :

« Un secrétaire du Parti doit être un camarade amical... déclare le camarade Wandel. Mais dans son cas je me demande s'il est devenu fatigué ou s'il a des faiblesses idéologiques? »

Abordant alors l'agriculture, Mewis continue à demander la collectivisation rapide, et accuse de ce point de vue les fonctionnaires de l'Etat et du Parti de sabotage. Avec véhémence, il constate à la fin de son exposé :

«Il ne sert donc à rien de continuer freiner. Mais il existe des freins jusqu'au Ministère, et en parfie jusqu'au sein de la section agricole du C.C. J'ai discuté hier avec deux camarades qui feraient bien de se pénétrer de cette idée. »

C'est dans le même sens que frappe le secrétaire régional de Francfort-sur-Oder, Gruenberg :

« Une série de camarades, et cela jusque dans le bureau de la direction régionale, voulaient élever des poteaux indicateurs avec beaucoup de SI et de MAIS... Je le dis franchement, si nous ne parlons pas plus nettement de certaines questions, si nous ne demandons pas davantage de comptes aux directeurs des M.T.S. et les traitons libéralement, nous n'avancerons pas. Je pense que la conviction est une chose, mais la mise

U ATRIE ME I en cause de la responsabilité des fonctionnaires qui n'accomplissent pas les tâches et les résolutions en est une autre. Sous ce rapport, nous ne devrions pas être si faibles et ôter les gants de velours.»

C'est au secrétaire d'Etat au Ministère du

Commerce et de l'Approvisionnement et membre du C.C., Dressel, qu'a été assigné par

Ulbricht le rôle de bouc émissaire, aux côtés de Selbmann, pour la crise des approvisionnements en Allemagne Orientale. Dans sa contre-offensive, Dressel insiste, à l'aide d'une documentation très concrète, sur la situation catastrophique des approvisionne-

Get dévoile à cette occasion la dégénérescence de l'économie planifiée sous le stalinisme. Une fois de plus cette intervention prouve à quel point la résistance est forte parmi les cadres de fonctionnaires de lEtat contre la primauté - insensée dans les conditions économiques de l'Allemagne de l'Est - de l'industrie lourde et la négligence des besoins des consommateurs. Les déclarations de Dressel ne sont pas les paroles désespérées d'un homme qui veut sauver sa tête; Dressel passe à l'offensive contre la fraction Ulbricht du C.C., ce qui en fait le porte-parole de « laile libérale » :

« Notre retard sur le Plan est de 36 % pour les tissages de coton, de 34 % pour les tissages de rayonne, 75% pour les tissages de perlon... Et je pourrais allonger cefte liste à volonté. Les camarades me diront : Oui, mais vous avez quand même exécuté votre plan, à 0,4 % près. Mais si aujourd'hui un travailleur du bâtiment veut avoir une culotte chaude, et que celle-ci n'est pas disponible à cause du non accomplissement du Plan, il n'achètera pas une éplucheuse de pommes de terre mécanique à la place, mais c'est son pantalon qu'il veut, et c'est là que surgissent ces choses. Et toutes les questions qui ont été traitées depuis le mois de mai de cette année avec des fonctionnaires dirigeants sont mises de côté, parce que, apparemment, ces questions d'approvisionnement ne jouent pas un rôle de premier plan... Il y a aussi des hausses de prix, et elles ne manquent pas. Chaque entreprise établit ses calculs d'après des coûts d'entreprise individuels. A cela s'ajoute que la rentabilité des entreprises se présente comme fonction du niveau des prix de vente, des prix industriels, qu'en l'occurrence l'entreprise a donc intérêt à élever ses prix le plus possible puisqu'ainsi elle obtient une plus grande rentabilité. La deuxième question, c'est que le camarade Rumpf, lorsque nous nous querellons sur les prix, défend toujours les intérêts du Ministère des Finances c'est bien pour cela, d'ailleurs, qu'il est Ministre des Finances et qu'il essaye d'augmente: les prix et non de les faire descendre. »

Ulbricht: « C'est vous qui avez élevé les prix et non pas Rumpf!»

Delesner: « Ce sont les entreprises qui les

NTERNATIONALE ont élevés, et sans prix forts, nous ne pouvons avancer.»

Dans la suite de son exposé, Dressel livre alors des données détaillées sur le désordre dans la planification et est interrompu par l'exclamation suivante: « Mais c'est là un chaos complet!».

Amené à parler de la situation des prix,

Dressel déclare :

«Nous avons une commission gouvernementale. Personne n'en a encore parlé aujourd'hui. Ceux-là ne disent rien non plus, parce que c'est le Ministère du Commerce ot de l'Approvisionnement qui est responsable. Mais nous ne détenons que 5 de toutes les marchandises à la fixation du prix, alors que 95 % partent directement de la production, et c'est là qu'on fixe leur prix.

De cela on ne dit mot.

« Bien sür, la commission gouvernementale prend des résolutions. Je ne m'esquive pas.

Moi aussi j'y suis, dans cette commission.

J'ai dit au camarade Ernst Lange [Président de la Commission de Contrôle d'Etat note de l'auteur]: Camarade Lange, je ne suis pas mesquin... Mais je vous en prie, attaquez donc les problèmes de fond! Depuis trois mois se trouve un projet à la direction du Parti, mais il n'est pas mis en discussion, ni soumis à décision... C'est aux camarades des Ministères d'industrie que cela s'adresse : ce n'est pas pour le ciel ou pour je ne sais quoi qu'ils produisent, mais c'est pour l'homme et il faut aussi qu'ils en tiennent compte.»

A l'égard de la crise de l'idéologie stalinienne, de la résistance des intellectuels contre le régime, de la forme de cette résistance, c'est Rodenberg, directeur principal de la Defa qui prend position dans son intervention :

« ... Mais le danger de l'opportunisme ef du libéralisme a deux aspects. Il existe l'opportunisme dans la théorie, là il est relativement facile à déceler et à pousser ad absurdum, mais il existe l'opportunisme, beaucoup plus dangereux, dans la pratique...

Il y a de nos jours deux sortes de disciplines dans le Parti. Il y a la soumission et la non soumission aux statuts du Parti. Il y a des hommes qui croient être euxmêmes le Parti ou être au-dessus du Parti. Je crois qu'il est nécessaire de développer de nouveau le langage simple du Parti. Avec ce langage, nous avons vécu et combattu. C'est un bon langage; et il nous arrive d'avoir un langage qui feraif mieux dans un couvent de moines bouddhistes que dans notre Parti révolutionnaire. »

Exclamation de Fred Celssner: « Tu vas rire, mais là non plus ils ne le comprennent pas, ly ai éfé.»

«C'est qu'il y en a beaucoup pour qui la D.D.R. est provisoirement une chose difficilement compréhensible... Il doit y avoir aussi quelque chose de cet ordre dans les milieux scientifiques et techniques. En effet,

QUATRIEMEIN aujourd hui, le danger principal n'est pas celui de l'embellissement et celui du schématisme et du dogmatisme; ce profond pessimisme est plus dangereux, ef dans la période actuelle, c'est le silence qui est le plus dangereux.

Je crois que c'est cela la maladie principale, le silence, Comment le surmonter? C'est l'affaire de notre Parti, et principalement de surmonter le silence de ceux qui ont le plus à dire. C'était ainsi autrefois, ef je le constate en feuilletant de vieilles revues de la littérafure internationale. Les écrivains prenaient position sur tous les problèmes de la vie et sur chaque événement important. Mais depuis qu'il est advenu que les écrivains du club Petoefi se sont autorisés de ce droit ef, se prenant pour des Cassandre, ont entamé une publicité pour la destruction du Parti, cela est devenu difficile. La quesfion principale est: Où en est la liquidation de la pause ? ».

L'estimation de la situation chez les intellectuels, donnée par le membre du C.C., Will Bredel, est extrêmement intéressante :

«Camarades, ce que je dis maintenant n'est pas destiné à la publicité. Je le dis franchement et ouvertement. Dans la première moitié de l'année passée, les faits révélés m'ont été très pénibles. Certains de mes camarades de jeunesse [Harich, Janka, Just, etc. - note de l'auteur] sont devenus les victimes tragiques de ces événements... Vinrent ensuite les événements d'Octobre en Pologne et en Hongrie. C'est vrai, chez beaucoup d'écrivains, les plaies à peine cicafrisées se rouvrirent brutalement...

«Il y eut beaucoup de chancelants et pas seulement chez les plus jeunes, quoique chez ceux-ci en particulier. »

Le secrétaire du C.C., Hager, qui fut rudement critiqué par Ulbricht et Verner, recule pas à pas au cours de la discussion devant les attaques. Dans un dialogue avec Ulbricht et Verner, et malgré sa repoussante autoflagellation, quelque chose perça quand même au sujet des effets du développement polonais sur l'intelligentzia de l'Allemagne de l'Est. Il était dit entre autres :

T ER NATIONALE y avait en Pologne une grande volonté de lutte chez les membres du Parti. Cela m'a impressionné d'une façon extraordinaire. »

Contre le reproche de s'être élevé contre les groupes de combat qui devaient mater par la violence la protestation des étudiants de l'Université Humbold, Hager rétorque :

«Je ne me rendais pas compte s'il était juste dans cette situation, qu'un commandant de groupe de combat dise: Nous allons vous enfoncer le crâne !

Exclamations: - - On n'a pas dit : nous allons vous enfoncer le crâne, mais : nous nous allons te casser les os!» Quelques remarques terminales :

1. Le dernier orateur du 33• Plenum fut Ulbricht. Etant donné les contre-attaques et le mécontentement massif, il dut se contenter d'une « intervention » dans laquelle il en appela à des menaces massives contre l'opposition au sein de l'organisme de direction. Il déclora entre autres :

«... Cependant, nous avons l'impression qu'on n'a pas tout exprimé dans la discussion. Il est inadmissible qu'on entende subitement à l'Ecole supérieure du Parti qu'il y a des doutes au sujet du rôle dirigeant du Parti... Là on chuchote, que se passe-t-il ? Si l'on se renseigne, il apparait que des collaborateurs du C.C. y ont aidé.

« ... Il y a ensuite des problèmes au sujet de l'estimation du développement de la Pologne, certaines sympathies pour la liberté, telle qu'elle s'est développée à Varsovie. Le camarade Hager a parlé de cela avec franchise, mais d'autres non. Le secret reste donc, comment cela a-t-il circulé partout? Apparemment il y a aussi des camarades de l'appareil central qui ont au moins nourri de telles conceptions...

« L'analyse du développement de groupements contre-révolutionnaires s'est avérée comme une question très compliquée. Pourquoi? Parce qu'il existait ouvertement des opinions selon lesquelles il fallait d'abord apporter la preuve de ce développement de groupes contre-révolutionnaire [allusion à Harich et aux étudiants de l'Université Humbold -note de l'auteur]...

«Je ne citerai pas encore de noms maintenant. Si l'on en désire des noms, les intéressés pourront compléter mon rapport à la prochaine session du C.C.

« On a également défendu des conceptions révisionnistes, et chez quelques camarades il y a eu des vacillations. Jusqu'ici certains camarades pensaient qu'on pouvait pour ainsi dire passer à travers toute cette affaire avec un parapluie et éviter une autocritique. La dernière session du C.C. a montré que cela ne marche pas avec le parapluie.»

Plus loin, amené à parler de la situation sans issue du Parti, Ulbricht déclara :

« Les membres ef savent très bien qu'à [il s'agit de Hager] l'Octobre polonais frès prudemment et nous apportait pour suppléants du C.C. l'époque tu défendais le point de vue que je veux m'exprimer très correctement le moins des leçons importantes et positives. »

A cela, Hager répond :

«Comment ai-ie estimé la Pologne ? Je puis dire aujourd'hui qu'il y avait beaucoup de sentiment pur, sous l'impression des événements immédiats. Premièrement j'étais d'avis que la franchise avec laquelle le Parti de l'autre côté avait parlé des difficultés économiques était juste. Deuxièmement, j'étais d'avis que le Parti Ouvrier Polonais avait une bonne audience dans la classe ouvrière. Troisièmement, j'étais d'avis qu'il 24 2.

DATRIEME

« Les expériences que nous avons faites au cours d'enquêtes dans les régions de Halle, Gera, Suhl, Dresde, Magdebourg et Schwerin, efc., montrent que l'on doit apporfer un changement profond ef une amélioration dans le travail du Parti.»

Mais la bravade d'Ulbricht est placée sur un terrain mouvant. Il est vrai qu'il a pu obtenir une unanimité « de principe » sur la nécessité d'élever les normes et de renforcer l'oppression de l'intelligentzia, mais sur le COMMENT et le JUSQU'OU, les esprits se sont partagés.

Entre temps, Ulbricht est allé à Moscou assurer ses arrières pour la reconstitution de sa puissance. Ainsi il convoqua par surprise et avant terme le C.C. pour la 34• session plénière. Cette tentative de mettre knock-out l'opposition interne du Parti resta toutefois sans aucun succès apparent. Il ne fit pas le rapport final qu'il avait annoncé sur les délibération du 33ª Plenum, mais il le repoussa une nouvelle fois au 35° Plenum en janvier 1958.

La crise du S.E.D. continue. Un groupe à l'intérieur du C.C. a peur de suivre le retour d'Ulbricht au régime « dur ».

2. Dans l'intervalle, les difficultés économiques non seulement n'ont pas diminué, mais au contraire sont devenues encore plus fortes. La campagne de propagande, lancée à grand fracas, en faveur de l'émulation socialiste ne trouve ni écho ni soutien dans la classe ouvrière. En permanence, « Neues Deutschland » publie des articles qui doivent se plaindre amèrement de la désapprobation au sein des organisations d'entreprise des résolutions du 33 Plenum.

3. La crise permanente du stalinisme en Allemagne orientale a atteint un stade décisif. La phase de déclin se manifeste actuellement avec l'apparition de deux tendances

TER NATIONALE au sein du Parti et de son sommet; l'opposition des intellectuels continue a exister, comme cela ressort d'un rapport confidentiel du C.C., publié début décembre, au sujet des enquêtes sur la situation chez les intellectuels :

« On a constaté que les partisans du groupe Harich continuent foujours à poursuivre leur but sous le manteau et ne se conforment que de manière purement extérieure à la ligne artistique et idéologique prônée par le Parti...»

4. ! est vrai que la base de l'opposition qui s'est manifestée est plus profonde et plus claire que dans la période des 16-17 juin 1953 mais il importe de constater que, malgré son niveau plus élevé, une conception révolutionnaire claire n'a pas pu se développer.

5. L'une des raisons principales du fait que l'Opposition n'a pas encore porté, consiste en ceci : qu'il n'existe pas en D.D.R. de cadres révolutionnaires capables de montrer une issue à la résistance générale de la population, à l'opposition des intellectuels, à la pression de la classe ouvrière dans entreprises et à la tendance qui se développe au sein du S.E.D. et du C.C.

6. L'étude et l'analyse de la situation objective de l'Allemagne Orientale justifient cependant le sain espoir que le développement de la crise sera l'une des prémisses de la création du facteur subjectif, dont l'adéquation à la situation sociale développera la force prolétarienne pour hâter la phase de déclin du stalinisme en D.D.R. et créer ainsi éventuellement une nouvelle basa de départ pour la crise de l'ensemble du stalinisme.

De même avec la crise du S.E.D., mürissent les conditions qui mèneront au renversement violent de la bureaucratie.

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