Lettre polonaise sur la misère intellectuelle en France de Dionys MASCOLO (1)
L'auteur, ex-membre du P.C. français. ayant rompu avec le parti lors de l'alfaire Rajk, se livre à une critique lucide de la situation des intellectuels français, de «gauche» et de « droite». Il insiste plus particulièrement sur ceux de la «gauche » qui vont des membres du P.C. français aux « sympathisants» ou ex-sympathisants à la Sartre.
Mediocrite, contormisme, legerete, sont, selon l auteur, les caracteristiques de la « misère intellectuelle en France », conséquence elle-même des occasions révolumieux les caractéristiques de toute cette catégorie. « En fait, théoricien de l'engagement depuis dix ans, Sartre et ses amis n'ont jamais été capables de s'engager dans une véritable action révolutionnaire, ni d'éviter en même temps de donner des gages, et au pire moment, a l'orthodoxie pseudo - révolutionnaire parti stalinien. Ils restaient donc à l'extérieur du parti tout en le déclarant « seul révolutionnaire ».
Sartre a pu ainsi passer d'une attiture anticommuniste de principe à des positions politiques staliniennes. sans changer d'erreur. Dans les deux cas il a confondu radicalement le projet revolutionnaire avec le stalinisme, tantot pour le condamner et ensuite pour l'approuver, et sans donner aucunement les raisons d'un tel changement d'attitude.»
L'auteur insiste sur la manière dont Sartre a ensuite rompu avec le P.C. et les propos à la fois confusionnistes et scandaleux qu'il a tenus — à côté de remarques ingénieuses et fort correctes concernant le rapport Khrouchtchev et les événements de Pologne et de Hongrie
« Qu'en conclure » ? se demande Mascolo. Que « le pire sous-produit du stalinisme ce sont les « sympathisants ». Ils risquent d'être les derniers destalinisés. bien après les staliniens endurcis ». Que la « désartrisation risque d'etre plus longue et plus douloureuse que la déstalinisation ».
Mascolo fait appel à « la révolte » des vrais intellectuels, c'est-à-dire de ceux « dont la vocation ne fait qu'un avec la conviction que la pensée n'est pas une spécialité. encore moins une fonction. mais qu'elle est une force dans le monde. que cette force est le ben de tous, et que la recherche de la vérité est son but ». Donc, si nous le comprenons bien. à la formation d'un type d'intellectuel qui allie la réflexion profonde à l'attachement passionné et l'action conséquente, l'engagement réel pour les buts
(1) Les Editions de Minuit. Paris.
tionnaires manquées faute de la direction du naire. stalinienne.
la to me particunere appelle la « betise » avant tout par la pseudo-révolution-
P.C.F. Il attaque que prend ce qu'il intellectuelle francaise : " un scepticisme de boutiquier. qui n'a rien de commun avec le grand scepticisme, une logique de bureaucrate. qui n'a rien de commun avec la grande passion logique, une critique de « gens d'esprit » infiniment éloignée de la grande contestation comique. C'est la betise au niveau le plus élevé, la vraie, celle d'une masse « cultivée ». avertie, qui se croit à l'opposé de l'ignorance, une bétise « d'élite ».
La réflexion critique profonde, et plus encore ensuite l'action conséquente font défaut à cette « élite » qui ne s'anime que par une « attitude de curiosité pour les choses vitales. mais sans « l'attachement passionné pour elles ».
C'est surtout l'exemple caractéristique de Sartre. coryphée des intellectuels « sympathisants » de « gauche » qui inspire la verve critique acerbe de l'auteur.
Pour les « intellectuels » propres au P. C. français, « il y a peu de chose à dire * car « aucun d'eux n'a même tenté sérieusement d'être un idéologue communiste » et tous ont fini par devenir en réalité « des fonctionnaires préposés aux tâches culturelles».
Mais que dire de la pléiade des « sympathisants » de « gauche » a la Sartre. d'une productivité toujours « sincère autant que « hative et hasardeuse » ?
Le cas de Sartre lui-même illustre au de la réflexion. le penseur-militant communiste, le vrai intellectuel de notre époque.
Plusieurs des passages de la « Lettre polonaise › de D. Mascolo ne manqueront pas d'aller droit au cœur de ses lecteurs marxistes révolutionnaires. des communistes que nous sommes. Et ces lecteurs souhaiteront que D. Mascolo se montre conséquent avec l'esprit qui anime d'un bout à l'autre sa « lettre » remarquable (2), ne reste pas encore un autre « intellectuel » de la « diaspora » mais
Mémorandum au
Ce document adressé par Imre Nagy au Comité central du Parti des travailJeurs hongrois, écrit avant la révolution de 1956, a été publié en français sous un titre stupide « Un communisme qui n'oublie pas l'homme » (1) qui, ainsi que le contenu de la préface. atteste que le présentateur. F. Feito, identifie tout simplement le marxisme, le leninisme, avec le stalinisme.
Quant au document même d'Imre Nagy. il est très explicatif à la fois du déclenchement de la révolution hongroise et de sa plus grande faiblesse. l'absence d'une direction.
Il ne doit pas être exagéré de dire a le, de toutes les démocraties populaires, la Hongrie avait connu l'équipe dirigeante la plus bornée, la plus brutale, la plus abjecte. Pour Rakosi, les masses travail¡euses vivaient « sur un trop grand pied ». il fallait provoquer un chomage artificiel, afin de maintenir la discipline et d'accroitre la productivité. Après avoir contraint Rajk à se souiller, il lui reprocha apres coup d'avoir « атоце х et ainsi de l'avoir induit en erreur ! Rakosi était un stalinien de la première heure: il se repose aujourd'hui en U.R.S.S. au lieu de répondre de ses crimes devant un tribunal populaire et c'est Imre Nagy dont la tête est menacée.
Rakosi voulut batir le « socialisme » en Hongrie à toute vitesse. le socialisme étant pour lui une copie de l'industrialisation soviétique, sans tenir compte des resscurces propres de la Hongrie. Das le printemps de 1953. une crise se manifesta dans le pays. et le Comité Central de juin 1953. à la suite d'interventions de minoritaires, dont Imre Nagy, condamna la politique antérieurement suivie et en adopta une autre beaucoup plus souple. Imre Nagy devint président Conseil ; il exposa un programme comportant une augmentation de la productien des biens de consommation. une amélioration du niveau de vie des masses. une politique libérale envers les campagnes. l'arrêt des arrestations arbitraires. etc...
Mais au secrétariat du parti il resta 76
TERNATIONAL E se situe, s'engage dans le mouvement politique communiste et œuvre. à sa façon, à la reconstruction d'une avant-garde marxiste révolutionnaire militante.
м. P
(2) Indépendamment des quelques résidus d'éducation politique stalinienne qui lui restent, comme par exemple sa nostalgie du « Front populaire » et de la « Libération ».
Comité Central d'Imre NAGY Rakosi, dirigeant de l'appareil, qui sabota systématiquement ce tournant politique. La résolution du C.C. de juin 1953 ne fut jamais publiée. L'appareil emboita le pas a Rakosi. Une lutte fractionnelle fut menée par lui contre Nagy qui aboutit à son renvoi (C.C. de mars 1955) et à sa condamnation (C.C. d'avril 1955).
Le document qui vient d'être publié fut écrit après cette session d'avril 1955. soit plus d'un an avant la révolution de 1956; il avait pour objet de répondre aux attaques calomnieuses que Rakosi et les siens déversaient contre Nagy, de défendre la politique que celui-ci avait voulu mener mais qui fut sabotée. enfin de crier casse-cou en face de l'orientation suivie par Rakosi, disant qu'il était tout juste temps de s'arrêter sur cette voie et qu'il fallait s'engager sur une autre voie que Nagy expose dans son memorandum.
C'est un document écrit d'une manière avant tout pédagogique. et c'est à peine si en quelques endroits on y trouve un ton polémique frappant. Toutefois, la critique du régime de Rakosi est impitoyabie. et celui-ci apparait tel qu'il était. sans scrupule. odieux, fidèle copie de son maitre Staline.
Les avertissements de Nagy se sont particulièrement vérifiés. Quant à la politique qu'il préconisait, elle était pratiquement dictée en très grande mesure par les fautes et les crimes qui étaient commis par la dictature de Rakosi: il fallait battre en retraite. On peut discuter sur les détails, mais pas sur l'orientation qui s'imposait de détendre la situation en cherchant à rétablir des rapports normaux avec les masses.
Mais comment le faire? Toutes les limites de Nagy se révèlent de façon extraordinaire dans son memorandum. Il fait une démonstration éclatante de la félonie de Rakosi. du régime antidémocratique du parti, de la lacheté et de la corruption qui sévissaient et allaient
(1) Plon, éditeur.
Q VATRIE ME IN croissant dans l'appareil; ceci dit, loin d'organiser la lutte contre cela de manière adéquate, il se défend d'avoir fait du travail fractionnel — il n'en a vraiment pas fait — et il s'adresse aux hommes mêmes qui sont responsables de la situation ou qui sont les hommesliges de Rakosi, à ce Comité Central pour changer la situation.
Comment expliquer cette attitude d'un homme politique, d'un dirigeant de parti ? A vrai dire, Imre Nagy apparait comme un specialiste des questions agraires dans les sommets du Parti hongrois que la force des choses a contraint a occuper des positions dirigeantes dans le parti et dans l'Etat, sans qu'il soit vraiment un chet politique. Cela aura des aspects et des conséquences tragiques dans les journées d'octobre-novembre 1956, quand les masses - tenant compte de son opposition a la dictature de Rakosi et de sa tentative de 1953-1955 — descendent dans la rue et exigent qu'il revienne au pouvoir; au lieu de prendre la tête des travailleurs et des étudiants, il commence par se dérober (il faut que le C.C. prenne une décision déclare-t-il), puis il est constamment ballotté par les événements déchaines.
Mais, à son manque de caractère de chef politique vient s'ajouter une erreur politique monumentale. Il dénonce « bonapartisme » du régime Rakosi, mais l'explique... par des erreurs de jugement et non par l'existence d'une couche sociale bureaucratique. avec des interets dillerents des masses laborieuses. 1l ne fait pas la moindre tentative dans ce sens. même en ce qui concerne l'Union soviétique où pourtant il a vécu des années comme directeur de kolkhoz.
« La raison essentielle des graves erreurs commises dans les questions fondamentales du socialisme est une carence de connaissances marxistes. » (p. 78).
« Quand le travail théorique est inexistant, quand les discussions idéologiques ne peuvent se dérouler ni les opinions s'affronter, on peut faire une politique
Livres que nous commer P. NAVILLE. - De l'aliénation du travail
TERNATIONALE au jour le jour sans tenir compte de l'enseignement marxiste-leniniste, on peut donner libre cours à la manie du pouvoir, opprimer ou écarter les cadres doues. Là où le travail théorique est insuffisant, l'absence de principes envahit tout, provoquant erreurs et fautes en cascades. » (p. 207).
Ainsi, tout en donnant une description souvent impeccable du système bureaucratique, Imre Nagy ne sort pas d'une explication d'ordre idéologique — une insuffisance de travail théorique — d'où sa tendance pédagogique vaine aupres de la direction Rakosi et de cet appareil qui ont des appétits matériels et non des besoins théoriques. On comprend donc tout ce qui a manqué à la révolution antibureaucratique hongroise de 1956: les ouvriers avaient créé des conseils, ceux-ci s'étaient fédérés, ils voulaient un Etat basé sur des conseils démocratiques. avec pluralite de partis ouvriers; mais la direction révolutionnaire a fait défaut.
Dans le document d'Imre Nagy, on trouve des détails intéressants sur les rapports entre les dirigeants hongrois les dirigeants soviétiques. Ceux-ci jouent incontestablement un rôle dirigeant; ainsi il y eut des entretiens à Moscou avant les différentes sessions du Comité central du Parti des travailleurs hongrois où furent prises les décisions les plus importantes qui furent formelleratifiées ensuite par ce Comite central. Cependant, il semble que les dirigeants soviétiques ne purent rien à l'égard de Rakosi. Est-ce parce que Imre Nagy n'avait pas la force matérielle de pousser sa lutte a fond ou est-ce parce que Rakosi avait des défenseurs au sein de la direction sovietique qui devant lui apparaissait homogène ou est-ce par suite d'une combinaison de ces deux facteurs ? Quoiqu'il en soit, déja il y avait eu du chemin parcouru depuis le temps de Staline ou de telles choses avaient même été réglées par télégramme.
P. F.
Livres que nous commenterons ultérieurement :
P. NAVILLE. — De l'aliénation du travail à la jouissance (Librairie Rivière, éditeur).
H. DENIS. - Valeur et capitalisme (Editions Sociales).